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Hépato-Gastro & Oncologie Digestive

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Progression des lésions planes de dysplasie de bas grade chez les patients ayant une rectocolite hémorragique Volume 11, issue 3, Mai-Juin 2004

Author
  • Page(s) : 239-40
  • Published in: 2004

Auteur(s) : Thierry Piche

Ullman T, Croog V, Harpaz N, Sachar D, Itzkowitz S. Progression of flat low-grade dysplasia to advanced neoplasia in patients with ulcerative colitis. Gastroenterology 2003 ; 125 : 1311-9. 

Les malades atteints de rectocolite hémorragique (RCH) ou de maladie de Crohn sont à haut risque de cancer du côlon. Au cours de la RCH, la durée et l’étendue de la MICI sur le côlon, la présence d’une cholangite sclérosante ou une histoire familiale de cancer colorectal doivent inciter au dépistage. Chez ces malades, le cancer survient le plus souvent en muqueuse plane et on n’observe pas la séquence classique polype-cancer. La coloscopie doit être effectuée à distance des poussées et le nombre des biopsies doit être conséquent (environ 30) et cartographié (tous les 10 cm dans des pots distincts) pour espérer mettre en évidence les dysplasies. Dans ce contexte, des travaux récents indiquent que le dépistage des dysplasies peut être amélioré par l’utilisation de colorants comme le bleu de méthylène [1]. Bien que le bénéfice de la surveillance endoscopique ne soit pas clair en termes de mortalité du cancer colique sur RCH, la surveillance endoscopique reste recommandée en pratique clinique [2]. 
La plupart des auteurs considèrent que la mise en évidence d’une dysplasie de haut grade est une indication de colectomie en raison du risque élevé de cancer colique synchrone. En revanche, la valeur prédictive des dysplasies de bas grade (DBG) est plus incertaine. Dans une étude rétrospective récente, Bernstein et al. [3] ont montré qu’un carcinome était retrouvé chez 19 % des malades qui avaient une DBG. D’autres auteurs ont évalué le risque de cancer du côlon à 5 ans à 50 % en cas de DBG. En revanche, certains travaux sont plus rassurants et concluent que le risque de cancer du côlon en cas de DBG reste faible [4]. 
Ces résultats divergents peuvent être attribués à des méthodologies différentes suivant les études, à des variations dans l’interprétation histologique de la dysplasie, à des différences d’ordre géographique, voire au fait que la dysplasie n’est finalement pas une entité anatomopathologique homogène. En effet, la DBG peut être mise en évidence en muqueuse plane, polypoïde et être unie ou multifocale. Deux travaux récents ont précisé l’importance de ces distinctions. Dans ces études, il a été montré que la résection endoscopique complète d’une DBG unifocale était suffisante pour prévenir la progression histologique et élargir le rythme de la surveillance endoscopique [5, 6]. 
Le but de cette étude était de déterminer le taux de progression des DBG planes et d’envisager l’aspect uni ou plurifocal comme un facteur de risque indépendant de progression vers le cancer. Dans cette étude rétrospective, 46 malades atteints de RCH associée à une ou à des DBG planes ont été inclus. Une corrélation entre la progression néoplasique et plusieurs variables comme l’âge, le nombre de biopsies avec des DBG, la durée et l’extension de la maladie inflammatoire a été effectuée. Onze malades ont bénéficié d’une colectomie totale dans les 6 mois et un cancer a été détecté chez deux d’entre eux (18 %). Des dysplasies de haut grade étaient retrouvées sur les pièces de colectomie dans 23,5 % des cas. Un cancer était mis en évidence chez 5 des malades n’ayant pas été opérés d’emblée (20 %). Les cancers détectés sur des pièces de colectomie étaient de stade 1 alors que ceux révélés lors de la surveillance endoscopique des dysplasies étaient souvent à des stades plus avancés. Le taux de progression néoplasique à 5 ans a pu être évalué à 53 % et il n’a pas été mis en évidence de facteur clinique prédictif d’évolution vers le cancer. 
En conclusion, cette étude indique que des malades atteints de RCH avec DBG plane ont un risque élevé de néoplasie synchrone ou de progression vers la néoplasie. L’aspect unifocal ou l’absence de la DBG sur des coloscopies répétées à des intervalles réguliers (moins de 12 mois) ne limitent pas le risque néoplasique. Les auteurs recommandent d’envisager la colectomie quand une DBG plane est observée, même quand elle est mise en évidence sur un seul site et une seule fois. À moins que des facteurs prédictifs ne soient identifiés, cette stratégie, qui augmenterait certainement le nombre de colectomies pour des dysplasies sans cancer, permettrait néanmoins d’éviter la survenue de cancers malgré des surveillances endoscopiques rigoureuses. Une stratégie thérapeutique plus agressive devrait donc être discutée en cas de DBG sur RCH.

Références

1. Kiesslich R, Fritsch J, Holtmann M, Koehler HH, Stolte M, Kanzler S, et al. Methylene blue-aided chromoendoscopy for the detection of intraepithelial neoplasia and colon cancer in ulcerative colitis. Gastroenterology 2003 ; 124 : 880-8.

2. Kornbluth A, Sachar DB. Ulcerative colitis practice guidelines in adults. American College of Gastroenterology, Practice parameters Committee. Am J Gastroenterol 1997 ; 42 : 711-4.

3. Bernstein CN, Shanahan F, Weinstein WM. Are we telling patients the truth about surveillance colonoscopy in ulcerative colitis  ? Lancet 1994 ; 343 : 71-4.

4. Befrits R, Ljung T, Jaramillo E, Rubio C. Low-grade dysplasia in extensive, long-standing inflammatory bowel disease : a follow-up study. Dis Colon Rectum 2002 ; 45 : 615-20.

5. Engelsgjerd M, Farraye FA, Odze RD. Polypectomy may be adequate treatment for adenoma-like dysplastic lesions in chronic ulcerative colitis. Gastroenterology 1999 ; 117 : 1288-94.

6. Rubin PH, Friedman S, Harpaz N, Golgstein E, Weiser J, Schiller J, et al. Colonoscopic polypectomy in chronic colitis : conservative management after endoscopic resection of dysplastic polyps. Gastroenterology 1999 ; 117 : 1295-4.