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Hépato-Gastro & Oncologie Digestive

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Consommation d’alcool et risque de maladie cardiovasculaire Volume 10, issue 3, Mai 2003

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  • Page(s) : 231
  • Published in: 2003

Auteur(s) : Aurélie Plessier

Mukamal KJ, Conigrave KM, Mittleman MA, Camargo CA, Stampfer MJ, Willett WC, et al. Roles of drinking pattern and type of alcohol consumed in coronary heart disease in men. N Engl J Med 2003 ; 348 :109-18 

Le but de cette étude était d’évaluer l’effet de la consommation d’alcool sur l’évolution de la cardiopathie ischémique pendant 12 ans. 
Un questionnaire concernant les habitudes alimentaires et les antécédents médicaux a été adressé à 51 529 hommes, âgés de 40 à 75 ans, du Health Professional Follow Up Study Group (dentistes, opticiens, ostéopathes, podologues) de 1986 à 1998. Ce questionnaire était actualisé tous les 2 ans en réadressant un courrier aux patients. Les critères d’exclusion étaient : les antécédents de maladie cardiovasculaire ou néoplasique et/ou d’éthylisme les 10 années précédentes et l’absence de réponse aux questions concernant la consommation d’alcool. Finalement, 38 077 hommes ont été inclus dans l’étude. 
Une analyse multivariée par régression logistique était effectuée (ajustée à l’âge, à la consommation de tabac, à l’index corporel, au traitement par aspirine, à l’HTA, au diabète, à l’exercice physique, aux antécédents familiaux, au régime alimentaire). 
L’augmentation de la consommation d’alcool était associée à une augmentation de la consommation de tabac, à l’HTA et à l’hypercholestérolémie. Parmi les patients qui buvaient de l’alcool, la quantité d’alcool consommée n’était que modérément corrélée à la fréquence. En revanche, lorsque les patients consommaient des bières et des liqueurs, ils buvaient plus et la quantité d’alcool consommée était corrélée à la fréquence. Mille quatre-cent-dix-huit patients ont fait un infarctus du myocarde (IDM). La quantité d’alcool consommée était inversement corrélée au risque d’IDM, avec une diminution significative du risque relatif d’IDM, lorsque la consommation d’alcool augmentait. 
De même, plus la consommation d’alcool était fréquente, plus le risque relatif d’avoir un IDM diminuait. Le type d’alcool bu et la consommation pendant les repas ne modifiaient pas significativement le risque d’avoir un IDM. 
Chez 38 077 hommes, la consommation d’alcool était clairement associée à un risque plus faible de coronaropathie, quel que soit le type de boisson alcoolisée, le moment de la consommation par rapport au repas et la sévérité de la pathologie ischémique. Une consommation périodique régulière (3 fois/semaine) était associée à un risque relatif plus faible d’avoir un IDM. 
En revanche seuls 3,5 % des patients avaient une consommation d’alcool supérieure à 50 g/j. 
Les résultats de cette étude épidémiologique ne permettent pas de conclure à la nécessité de recommander une consommation d’alcool régulière à la population générale. En effet, les variations interindividuelles sont fréquentes et la notion de consommation modérée serait variable d’une personne à l’autre (tableau 1).

Tableau 1. Risque relatif des infarctus non létaux et létaux en fonction de la consommation d’alcool



Consommation d’alcool 0 g/j 0,1-4,9 g/j 5-9,9 g/j 10-14,9 g/j 15-29,9 g/j 30-49,9 g/j 50 g/j p
Infarctus du myocarde non létaux
• risque relatif 1 1,04 0,84 0,73 0,8 0,64 0,5
• IC à 95 % 0,86-1,26 0,67-1,05 0,57-0,93 0,63-1,02 0,48-0,84 0,31-0,79 p = 0,003
Infarctus du myocarde létaux
• risque relatif 1 0,89 0,84 0,61 0,71 0,62 0,39
• IC à 95 % 0,67-1,17 0,61-1,15 0,43-0,87 0,5-1,01 0,13-0,89 0,21-0,71 p = 0,01
D’après N Engl J Med 2003 ; 348 :113 .