ARTICLE
vir.2012.0432
Auteur(s) : Angélique Campocasso1, Bernard La Scola1,2 bernard.lascola@univmed.fr
1 Université Aix-Marseille, faculté de médecine,
URMITE UMR CNRS-IRD 6236, IFR48, Marseille, France
2 Assistance publique-Hôpitaux de Marseille, pôle des
maladies infectieuses, rue Saint-Pierre, 13005 Marseille,
France
Tirés à part : B. La Scola
Introduction et historique
Au cours de l’investigation d’une épidémie de pneumonie en 1992
en Angleterre, la flore microbienne d’une tour aéroréfrigérante de
Bradford a été analysée à la recherche de légionelles par
co-culture avec des amibes. Lors de cette étude, un microorganisme
de type coque Gram positif à croissance intra-amibienne stricte a
été isolé (figure
1A). Les tentatives d’identification par
amplification du gène de l’ARN 16S ribosomique sont restées sans
succès et c’est une analyse en microscopie électronique de cette
particule au sein de l’amibe Acanthamoeba polyphaga qui
permettra d’observer une structure virale caractéristique. En
effet, ce microorganisme possède une capside icosaédrique, non
enveloppée, avec des particules matures d’une taille de 400 nm
(figure
1B). Cette taille est à rapprocher de celles de
certaines petites bactéries et explique qu’il ne soit pas filtrable
sur des membranes de 0,2 μm de porosité comme la plupart des virus.
La particule montre aussi la présence de fibrilles d’environ 150 nm
à la surface de la capside (figure 1B).
Le virus est alors nommé A. polyphaga Mimivirus,
Mimivirus pour mimicking microbe en référence à son aspect
de bactérie à la coloration de Gram (figure 1A)
[1]. Sa capacité à se répliquer dans les amibes et donc à résister
à la destruction par le phagosome ainsi que les conditions de son
primo-isolement ont fait suspecter son rôle comme pathogène humain,
notamment dans des cas de pneumonies, selon un modèle comparable à
celui de Legionella pneumophila [2, 3].
L’analyse du cycle de réplication de ce microorganisme a
corroboré les observations préliminaires avec une multiplication
typique des virus comprenant une phase d’éclipse [4]. De plus,
Mimivirus montre un type de multiplication peu fréquent, puisqu’il
forme une usine à virus dans le cytoplasme des amibes pour produire
ses virions.
Le séquençage complet de son génome montre que son ADN est de
type double brin et d’une taille d’environ 1,2 Mb, ce qui est plus
grand que pour certaines bactéries [5]. Par l’analyse de gènes
conservés, ce virus a été classé dans la famille des
nucleocytoplasmic DNA viruses (NCLDV) mais représente une
classe à part, distincte des Iridoviridae,
Asfarviridae, Poxviridae et Phycodnaviridae
[1].
À la suite de cette découverte qui a bousculé la définition
établie des virus [6, 7], une étude a été menée sur l’eau des
tours aéroréfrigérantes dans le but d’isoler de nouveaux
microorganismes associés aux amibes. L’inoculation d’un de ces
échantillons sur une culture d’amibes libres a permis l’isolement
d’un deuxième virus géant morphologiquement très proche de
Mimivirus, mais dont la particule présentait une taille légèrement
supérieure : Mamavirus [8]. Cet isolat était en outre
accompagné d’une particule virale inconnue, d’une taille d’environ
50 nm, observée dans le cytoplasme de l’amibe et en périphérie de
l’usine à virus. Ce virus, incapable de se multiplier dans l’amibe
sans la présence d’un virus géant, a été appelé Sputnik et qualifié
de premier « virophage » connu par sa capacité à altérer
la croissance de son grand virus hôte selon un modèle ressemblant à
celui d’un bactériophage (figure 1D)
[8].
Au cours de la même étude, les co-cultures d’un autre
échantillon sur amibes ont permis d’isoler un virus géant du nom de
Marseillevirus, d’une taille d’environ 250 nm et possédant de
petites fibrilles de 12 nm (figure 1C)
[9]. Le génome de ce virus a une taille de 368 kb. Ce nouveau virus
constitue un nouvel embranchement des virus géants au sein des
NCLDV, distinct des Mimiviridae. Récemment la famille des
Marseillevirus s’est agrandie avec l’isolement de Lausannevirus
[10] partageant 89 % de son génome avec Marseillevirus.
Les études de métagénomique dans l’environnement ont montré que
des séquences de gènes de Mimivirus étaient présentes dans les
milieux aquatiques de façon ubiquitaire [11]. D’autres recherches
visant à les isoler ont donc été menées à partir d’échantillons
d’eau de tours aéroréfrigérantes ainsi que sur les eaux issues de
l’environnement : lacs, rivières, fontaines, mer et hôpitaux
mais aussi à partir d’échantillons issus du sol (terre, terreaux…).
Après inoculation de 105 échantillons d’origines diverses,
cette étude a permis d’isoler 19 virus géants de tailles
allant de 150 à 600 nm dont 16 morphologiquement et
phylogénétiquement proche de Mimivirus ainsi qu’un nouveau
virophage, portant à 21 le nombre total de virus géants isolés et à
deux le nombre de virophages [12]. Récemment, un nouveau virus
géant d’une taille de 300 nm avec un génome de 730 kb, appelé CroV
(Cafeteria roenbergensis) et infectant des flagellés marins
a été isolé [13], lui aussi accompagné d’un virophage [14].
Structure
Les virions de Mimiviridae ont une taille comprise entre
400 et 600 nm et sont constitués d’une capside icosaédrique
(figure
1). Ce sont des virus non enveloppés entourés de
fibrilles d’une taille d’environ 200 nm de long. Les gènes
L829 et R135 ont été identifiés comme participant à
la formation des fibrilles [15]. Celles-ci sont sensibles aux
protéases seulement après traitement au lysozyme, ce qui suggère
qu’elles sont entourées de peptidoglycanes et sont insensibles aux
collagénases, ce qui semblait contribuer à expliquer le marquage
par la coloration de Gram. La récente analyse d’un clone de
Mimivirus dépourvu de fibrilles, mais répondant toujours à la
coloration de Gram, suggère que c’est plutôt la structure de la
capside qui est responsable de cette prise de colorant [15]. La
présence de ces fibrilles densément implantées à la surface du
virus rend difficile l’étude de la capside du virus. Leur
apparition se fait tardivement au cours de la production du virus,
elles sont fabriquées séparément puis attachées à la particule
immature [16]. Ces fibrilles sont composées d’une partie ancrée à
la capside et d’une tête globulaire terminant l’extrémité opposée.
Les fibrilles sont attachées à des protéines d’ancrage recouvrant
la capside de façon organisée mais non géométrique et chaque
protéine d’ancrage peut soutenir plusieurs fibrilles. Il est
possible que ces protéines d’ancrage soient en fait des boucles
polypeptidiques émergeant des major capsid protein (MCP). Un
autre type de fibres a été observé au cours d’une étude en
microscopie à force atomique [17]. Ces fibres de 1,2 nm de diamètre
sont observées après rupture des virions, ce qui suggère qu’elles
sont encapsidées dans la particule virale. Elles présentent une
répétition de bandes sombres et claires tous les 7 nm et sont
certainement composées de protéines. Elles peuvent être observées
seules ou organisées en différentes superstructures (hélices,
rubans, câbles). La localisation de ces fibres et leur fonction au
sein de la particule virale restent encore inconnues mais il est
supposé que leur rôle est de maintenir la stabilité entre
l’intérieur de la capside et le sac contenant le matériel génétique
ou nucléocapside.
La membrane la plus externe de la capside a une épaisseur de
70 Å et est composée de MCP. Cette protéine possède de nombreuses
similarités avec les différents virus à ADN double brin évoquant
une évolution à partir d’un ancêtre commun [18].
L’organisation de la capside de Mimivirus est comparable à celle
des virus à ADN double brin, composée de capsomères hexamériques.
Chaque capsomère est composé de trois monomères eux-mêmes composés
d’un assemblage de deux jelly-rolls, parties N-terminales et
C-terminales de la MCP. Malgré la présence de quatre gènes de
capside homologues dans le génome de Mimivirus, il a été montré que
la MCP exprimée chez Mimivirus est codée par le gène L425 de
3430 bp [5]. La protéine de 593 acides aminés ou capsid
protein I subit des modifications post-traductionnelles de
type glycosylation et phosphorylation. Cependant, 190 acides
aminés supplémentaires sont insérés dans une des boucles du
jelly-roll, ce qui a pour conséquence de former une tour au
sommet de chaque monomère, donnant une impression de triangle et
maintenant une structure pseudohexamérique [17]. La suppression des
fibrilles de Mimivirus par des techniques de digestion avec du
lysozyme ou des protéases a permis d’analyser la structure de la
capside de Mimivirus en cryomicroscopie électronique [19]. La
surface du virus présente de nombreuses dépressions hexagonales en
nid-d’abeilles séparées d’environ 140 Å ainsi qu’une structure en
étoile de mer associée à un sommet pentamérique. Les dépressions de
la capside, interprétées comme l’absence d’un capsomère, semblent
en fait être liées à un conflit d’encombrement stérique causé par
les 190 acides aminés supplémentaires de la MCP. Le concept de
quasi-équivalence de Caspar et Klug permet de définir la
conformation d’une capside icosaédrique par le nombre de
triangulation T dépendant des variables h et k qui
permettent de définir les relations entre chaque pentamère et les
pentamères voisins. La résolution de 65 Å n’étant pas suffisante
pour définir le h et le k de Mimivirus il est
seulement possible de dire que T est compris entre 972 et
1 200, soit h et k valant 19 plus ou moins 1.
L’absence de certains capsomères chez Mimivirus implique que,
contrairement aux autres virus possédant des MCP à deux
jelly-rolls où T est équivalent au nombre de
jelly-roll, ici le nombre de jelly-roll est seulement
de 2T/3 [19].
Le sommet en étoile, aussi appelé « stargate »,
présente une largeur de 500 Å, une épaisseur de 400 Å et une
longueur de 2 000 Å et paraît être composé de protéines différentes
de la MCP [20]. Il ne contient pas de protéines d’ancrage et est
donc dépourvu de fibrilles. Cette structure permet, grâce à
l’ouverture de cinq faces icosaédriques, la formation d’un canal
qui libère le matériel génétique du virus dans la cellule hôte
[16]. Ce mode de libération de l’ADN viral rappelle celui des
bactériophages. En outre, contrairement aux autres virus à ADN
double brin, l’encapsidation de l’ADN semble se faire à un endroit
différent de sa libération. En effet, un portail sur la face
opposée à celle de la « stargate » agit comme un portail
transitoire pour l’encapsidation du matériel génétique. À
l’intérieur de la capside se trouve la nucléocapside, un sac
composé d’une bicouche lipidique qui protège l’ADN viral. Celle-ci
présente un espace entre nucléocapside et capside plus grand au
niveau de la « stargate ». Cet espace contient les
enzymes nécessaires pour les premières étapes de la réplication
virale. De plus, la nucléocapside semble être maintenue à la
capside par des fibrilles internes de 1,2 nm de diamètre avec un
motif répété tous les 7 nm décrites plus haut. La nucléocapside
contient l’ADN double brin du virus associé à des protéines.
Marseillevirus est un virus géant à ADN double brin dont la
capside de symétrie icosaédrique mesure environ 250 nm de diamètre
et possède des fibrilles de 12 nm de longueur terminées par une
extrémité globulaire (figure 1).
La capside mesurant 10 nm d’épaisseur est séparée de la
nucléocapside par un espace de 5 nm et suit la forme de la capside.
Ainsi la morphologie de ce virus appartenant à la classe des virus
géants ressemble beaucoup à celle de Mimivirus hormis sa plus
petite taille. Cependant, Marseillevirus de part son contenu
génétique représente une nouvelle famille des NCLDV [9]. Ce virus
demeure actuellement très peu étudié.
En conclusion, la structure de Mimivirus est plus complexe que
celle de la plupart des virus. La présence d’une structure unique
dédiée à la libération du matériel génétique rappelle les
bactériophages tandis que le génome enveloppé par une
pseudomembrane rappelle le noyau des cellules eucaryotes. Enfin, la
présence de fibrilles composées de peptidoglycanes rappelle, quant
à elle, la membrane bactérienne. Ces observations corroborent les
études montrant que Mimivirus a intégré ou conservé des gènes des
procaryotes, eucaryotes et Archae, posant ainsi la question
de sa position au sein de l’arbre de la vie.
Cycle réplicatif
Mimivirus a un cycle de réplication particulier, qui, s’il
présente des analogies avec celui d’autres NCLDV, et notamment les
Poxviridae, n’est identique à aucun autre (figure 2).
L’entrée de Mimivirus dans les amibes se fait par phagocytose [4].
Il a été démontré que l’entrée de Mimivirus dans les macrophages se
fait aussi par phagocytose, renforçant encore l’analogie entre
capacité à infecter des amibes et capacité à infecter les
macrophages [21]. C’est la première fois que ce mode d’entrée dans
une cellule hôte, typique des bactéries, est décrit pour un virus.
Les fibrilles à la surface de Mimivirus pourraient être impliquées
dans l’attachement du virus à son hôte de prédilection : les
amibes du genre Acanthamoeba [22]. L’entrée de Mimivirus
dans l’amibe par phagocytose est définie comme le H0 du cycle
réplicatif. Le virus est alors contenu dans une vacuole. À partir
d’une heure post-infection, le vertex du virus s’ouvre et semble
fusionner avec la membrane de la vacuole afin de libérer le
matériel génétique dans le cytoplasme de la cellule. Des
expériences de microscopie électronique en transmission ont montré
que les particules de virus géants ayant libéré leur matériel
génétique ne possèdent plus ce sommet en étoile de mer. Il
semblerait donc que la première étape de multiplication de
Mimivirus consiste en le relargage de la structure en étoile de mer
permettant ainsi l’ouverture des faces icosaédriques de la capside
et la fusion de la membrane interne du virus avec celle du
phagosome. Cette fusion forme un canal propice à la sortie du
matériel génétique par le vertex [16, 19]. Après une première
hypothèse supposant que le matériel génétique libéré par le virus
passe ensuite dans le noyau de l’amibe pour se répliquer une
première fois, la réplication du matériel génétique a été élucidée
grâce à des marquages des acides nucléiques et des acides
nucléiques néosynthétisés. La libération du matériel génétique dans
la cellule hôte marque l’activation de la transcription qui libère
des ARN messagers à différents endroits du cytoplasme. L’ADN libéré
commence à se répliquer pour former les prémices des usines à virus
déjà décrites. La croissance rapide de ces pôles de réplication
entraîne leur fusion pour constituer l’usine à virus uniforme [23].
La totalité du cycle de réplication de Mimivirus prend donc place
dans le cytoplasme (figure 2),
ce qui est à rapprocher du cycle réplicatif des poxvirus, mécanisme
unique à cette famille jusque-là [24].
Le virus entre alors dans une phase d’éclipse où les particules
virales ne sont plus visibles. À quatre heures post-infection, une
structure dense aux électrons et entourée de mitochondries mais
dénuée de membrane commence à être observable en périphérie du
noyau de l’amibe. Plusieurs de ces structures peuvent être
observées à proximité les unes des autres. La taille de cette
structure, qui semble être le lieu de réplication de l’ADN viral,
augmente rapidement entre cinq et huit heures post-infection,
entraînant la fusion des structures proches pour former une
structure plus grande et plus uniforme : l’usine à virus
(figure
3A). C’est à partir de ce temps que de
nouvelles particules virales commencent à être visibles en
périphérie de l’usine. Celle-ci grandit pour finir, autour de H12,
par occuper la majeure partie du cytoplasme de la cellule hôte.
L’usine peut atteindre environ 250 μm2, ce qui en fait
l’une des plus grandes jamais décrite, et est dépourvue de
membrane. Un grand nombre de mitochondries peuvent être observées à
proximité de ce centre de réplication. La grande majorité des
amibes infectées ne possèdent qu’une usine. L’usine à virus peut
paraître désorganisée au premier abord, mais elle répond en fait à
une structure constante. En effet, le centre de l’usine est le lieu
de la réplication du matériel génétique proprement dit. Il présente
une structure hétérogène où sont observées des masses très denses
aux électrons. La deuxième partie de l’usine, plus à l’extérieur,
sert de lieu d’assemblage des virus géants. On peut y observer
l’apparition de capsides encore incomplètes. Enfin, la dernière
partie de l’usine, la plus externe, est la partie où les particules
complètes reçoivent le matériel viral. Cette entrée de l’ADN dans
la particule se fait par la face opposée au vertex permettant la
sortie du matériel génétique au début du cycle. En effet, un canal
conique, de 35 nm de diamètre à l’extérieur de la particule et de
20 nm de diamètre à l’intérieur, se forme au centre de la face
opposée au sommet de la structure en étoile de mer, traversant
toutes les membranes virales et permettant le transport du matériel
génétique au sein de la particule virale. Ce canal est ensuite
refermé puisqu’il n’est plus visible sur les particules matures
[16]. La façon dont ce canal se forme puis se referme reste encore
à déterminer. Enfin, la particule virale acquiert ses fibrilles.
Après environ 24 heures d’infection, l’amibe est lysée par le virus
et se morcelle, libérant ainsi les particules virales produites
durant le cycle. Les mécanismes par lesquels le virus module
l’activité cellulaire de son hôte restent encore obscurs.
Le cycle de réplication de Marseillevirus suit les mêmes étapes
que celui de Mimivirus. Les virus entrent dans l’amibe en une
heure, puis l’usine virale est mise en place à trois heures
post-infection. Cependant, à partir de cinq heures post-infection
les virions sont produits et libérés par la lyse de l’amibe hôte à
19 heures post-infection, ce qui représente un cycle beaucoup
plus rapide que ce qui a pu être observé pour les autres virus
géants [9]. De plus, l’usine à virus des Marseilleviridae
est beaucoup plus grande et diffuse que celle produite par les
Mimiviridae (figure 3)
[9].
La formation d’usines à virus pour réaliser la production de
virions au sein de la cellule hôte est couramment utilisée par les
virus et notamment par les membres des NCLDV, mais aussi par
d’autres virus [25]. Cependant, certaines caractéristiques sont
uniques aux Mimiviridae. La première particularité
observable chez ces virus est la taille de l’usine à virus qui peut
occuper la majeure partie de cytoplasme de la cellule infectée. De
plus, les dernières études menées sur le cycle de Mimivirus dans
l’amibe montrent que sa réplication se déroule uniquement dans le
cytoplasme, indépendamment du noyau de la cellule hôte [23].
Génomique
Mimivirus est un virus à ADN double brin linéaire de 1,2 Mb, ce
qui est plus gros que pour certaines bactéries [26]. Le génome est
probablement circularisé grâce à deux séquences répétitives
inversées de 900 pdb à chaque extrémité, comme c’est le cas pour
certains NCLDV [5]. La totalité du génome a été séquencée en 2004
[5] et se compose de 72 % de A + T. Le génome présente une
asymétrie des brins qui est souvent retrouvée dans les génomes
bactériens au niveau de l’origine de réplication. Les gènes de
Mimivirus sont donc transcrits le plus souvent à partir de cette
origine. Le génome de Mimivirus compte 1 262 cadres de lecture
(open reading frame, ORF) et code pour 911 protéines
dont 298 ont été reliées à une fonction, soit une densité codante
de 90,5 % [27]. De nombreuses interrogations sont donc posées
par la présence de ce grand nombre de gènes de fonction inconnue,
notamment quant à leur utilité et leur origine. Cent
quatre-vingt-quatorze ORF correspondent à 108 clusters of
orthologs groups (COG) dans 17 classes différentes,
notamment le métabolisme, le transport des amino-acides, la
traduction et les modifications post-traductionnelles qui sont
surreprésentées en comparaison des autres NCLDV. Le génome de
Mimivirus contient aussi bien des caractéristiques communes aux
autres virus, bactéries et même cellules, que des caractéristiques
qui lui sont propres et uniques au sein des virus.
Mimivirus contient neuf gènes de classe I (communs à toutes
les familles de NCLDV) sur neuf, six gènes de classe II
(absents d’une des familles de NCLDV) sur huit et 11 gènes de
classe III (conservés dans trois ou quatre familles de NCLDV)
sur 14. Des transcrits du gène de la capside et de l’ADN polymérase
(classe I) ainsi que du facteur de transcription
TFII-like (classe II) ont été observés dans la
particule virale. Les gènes manquants sont impliqués dans la
synthèse des précurseurs de l’ADN, la réplication ou la
transcription. Ces données définissent Mimivirus comme une nouvelle
branche des NCLDV : les Mimiviridae.
Cependant, 80 % des ORF de Mimivirus n’ont pas d’homologues
connus, mais certains de ces transcrits sont retrouvés dans la
particule virale et doivent donc être impliqués dans les prémices
du cycle réplicatif du virus. Des gènes uniques à Mimivirus ont été
retrouvés tels que facteur d’élongation, d’initiation, de
traduction et des enzymes de modification des ARNt. L’analyse en
pyroséquençage des ARN polyadénylés de Mimivirus au cours de
l’infection a permis d’identifier 75 nouveaux transcrits et de
confirmer la présence des séquences palindromiques au niveau des
sites de polyadénylation. De plus, cette étude montre que les gènes
de Mimivirus sont exprimés et régulés au cours du temps. Enfin, un
promoteur de gènes tardifs présent chez Sputnik a aussi été observé
chez Mimivirus [28]. De plus, des gènes codant pour des enzymes de
réparation de l’ADN ont été observés pour la première fois chez un
virus, de même que la présence de la topo-isomérase IA. Comme les
autres NCLDV, Mimivirus possède des gènes impliqués dans le
métabolisme des sucres, des lipides et des acides aminés.
Cependant, certains gènes, comme ceux impliqués dans le métabolisme
de la glutamine et la synthèse des oligosaccharides, sont uniques à
Mimivirus. La présence de ces gènes ainsi que de ceux de la
glycosyl-transférase peut expliquer le marquage de la particule
virale à la coloration de Gram. De plus, des gènes codant pour des
transporteurs mitochondriaux de dATP et de dTTP, observés seulement
chez les eucaryotes, ont été retrouvés chez Mimivirus [29]. Les
auteurs pensent que ce gène sert à cibler les mitochondries de
l’hôte afin de se servir de ses dNTP pour sa propre réplication.
Enfin pour la première fois, une nucléoside diphosphate kinase est
observée dans le génome d’un virus à ADN double brin.
De plus, Mimivirus possède la plus grande part de gènes
dupliqués, à savoir 43 % [30]. Ces dupliquas au cours du temps
peuvent avoir donné des pseudogènes, des gènes tronqués mais aussi
des gènes ayant des fonctions nouvelles et ont grandement participé
au processus d’évolution de Mimivirus.
Une part significative du génome de Mimivirus, plus que pour la
plupart des autres virus, est la conséquence du transfert latéral
de gènes. Cela est probablement dû à la colonisation de son hôte,
les amibes, par quantités d’autres microorganismes (bactéries,
champignons) [31], faisant ainsi de l’amibe un carrefour pour
l’échange de gènes [32]. En effet, Mimivirus tire 9,6 % de ses
gènes de bactéries, ce qui est la plus forte proportion chez les
virus (généralement en dessous de 2 %), et a contrario
seulement 0,7 % de son hôte. En effet, 8,3 % des ORF de
Mimivirus ont des homologues dans les autres domaines de la vie
contre seulement 4,4 % pour les autres NCLDV [26, 33].
D’autres études utilisant les ORF reliés à des COG (126), montrent
que les ORF les plus représentés sont communs aux bactéries et
eucaryotes seulement pour 37 %, 23 % sont communs aux
trois domaines de la vie et, enfin, 17 % sont propres aux
eucaryotes [34]. Dix pour cent des ORF ayant une origine cellulaire
proviennent des amibes. Il semblerait que les gènes issus des
bactéries soient localisés à l’extrémité du génome des NCLDV, plus
précisément avant et après les 250 premiers et derniers Kb du
génome de Mimivirus, quand les core genes et les gènes de
provenance eucaryote sont placés au centre du génome. Mimivirus
possède aussi des éléments mobiles incluant des séquences
d’insertion facilitant les transferts latéraux de gènes propres
jusque-là aux eucaryotes [35].
Des segments protéiques catalysant des réactions d’autoépissage
protéique appelés intéines, rares chez les virus d’eucaryotes, sont
aussi retrouvés chez Mimivirus. Découvertes chez les bactéries,
archées et eucaryotes unicellulaires, elles seraient transmises par
les virus aux différents organismes [36].
Les analyses phylogénétiques intégrant les génomes de Mimivirus,
Marseillevirus et ceux des autres NCLDV ont montré que les NCLDV
possèdent comme ancêtre commun un virus possédant au moins
41 gènes [37] impliqués notamment dans la réplication et la
structure de la capside (jelly-rolls). La découverte récente
d’un nouveau virus géant, Megavirus chilensis, corrobore
encore cette hypothèse [38]. Si Mimivirus contient de nombreux
gènes communs aux NCLDV, il possède aussi de nombreux gènes
provenant des trois domaines de la vie composant un génome
chimérique, contenant de nombreux ORFans et un large répertoire de
gènes, composé au cours du temps par transfert latéral de gènes et
duplication. Cela est principalement dû à la co-infection des
amibes par une multitude de microorganismes d’origines différentes.
Les amibes sont donc considérées non seulement comme un réservoir
pour les virus géants, mais aussi comme l’origine de leur existence
[32]. La présence des gènes codant pour des « protéines
universelles », c’est-à-dire présents dans les trois domaines
de la vie, a conduit au placement de Mimivirus comme une branche
unique de l’arbre de la vie placée entre les Archae et les
eucaryotes [5]. Mais la complexité inhabituelle du génome de
Mimivirus a conduit à de nombreuses discussions sur son
origine : issu d’un ancêtre commun selon les uns [27],
chimérique expliquant la taille de son génome par une
extraordinaire capacité à « voler » des gènes pour les
autres [39], et a remis en question la définition même des virus
[6]. C’est pourquoi Mimivirus se place actuellement au sein des
NCLDV et qu’une nouvelle dénomination particulière : les
« girus », a été proposée dans le but de marquer leur
différence face aux virus « classiques » qui n’ont ni la
taille ni la diversité du génome de ces microorganismes parfois
plus comparables à des procaryotes [40]. Récemment un article de
Boyer et al. [41] suggère de placer Mimivirus ainsi que
les NCLDV à la racine de l’arbre entre les eucaryotes et les
Archae en se basant sur l’analyse de huit gènes impliquées
dans les processus liés à l’ADN, soulevant l’hypothèse que le core
génome des NCLDV est donc aussi ancien que les trois actuels
domaines de la vie (figure 4).
Cependant, la polémique continue puisqu’un article publié en
juin 2011 contredit de nouveau cette théorie [42].
La découverte de Mimivirus a bouleversé la vision archaïque des
virus comme des organismes filtrables à la limite du vivant et au
génome limité à sa plus simple expression. Au contraire, certains
le considèrent presque comme un organisme cellulaire parasite lors
de la formation de l’usine à virus (commune à de nombreux virus à
ADN double brins et certains virus à ARN) gommant ainsi la limite
entre virus et virions [6].
Virus géants et pathologie humaine
L’analogie entre la physiologie des amibes et celle des
macrophages a conduit à penser que les microorganismes résistants
aux amibes seraient aussi capable de résister à la lyse par les
macrophages et par là même, seraient capables de provoquer des
maladies notamment chez l’homme. Cette théorie s’est vérifiée lors
d’épidémies de légionelloses où, en plus d’abriter la
multiplication des légionelles, les amibes ont servi de vecteur ou
de « cheval de Troie » pour l’infection des sujets [43].
Les amibes étant très résistantes grâce à leur forme kystique,
elles permettent aux microorganismes de survivre à de nombreuses
formes de désinfection [44]. Toutes ces particularités réunies en
font un hôte de prédilection pour des pathogènes potentiels. De
nombreux microorganismes résistants aux amibes ont déjà été isolés
dans des amibes, dont certains sont pathogènes pour l’homme, tels
que Legionella spp., Mycobacterium spp. [44]. La
découverte de Mimivirus grâce à la co-culture sur amibes, sa taille
et la diversité de son génome font donc de lui un pathogène humain
potentiel. De plus, les virus sont considérés comme des agents
potentiels de pathologies nosocomiales, notamment au sein des
unités de soins intensifs et semblent constituer une part certaine
des pneumonies dont on ne connaît pas l’agent responsable soit
entre 20 et 50 % [2]. L’infection à Mimivirus d’un technicien,
au sein d’un laboratoire, a confirmé le pouvoir pathogène de ce
virus, les auteurs préconisant de le classer dans les pathogènes de
classe II [3]. Des moyens de détection de l’infection à
Mimivirus ont donc été développés : biologie moléculaire,
western blot, immunofluorescence, culture et sérologie [45].
Dans le but d’établir le pouvoir pathogène de Mimivirus, un
modèle expérimental de souris a été mis en place [46]. Cette étude
montre des images histologiques de pneumonie aiguë chez 75 %
des souris. Parmi les souris infectées, 91,7 % présentaient
des antigènes Mimivirus (immunofluorescence sur les tissus
pulmonaires) et/ou une culture positive de Mimivirus à partir des
tissus pulmonaires. Cette étude montre donc que Mimivirus est
capable de provoquer des pathologies pulmonaires dans des
conditions expérimentales. Des études ont aussi été menées sur des
échantillons cliniques [2] montrant que les patients atteints de
pneumonie avaient un taux significatif d’anticorps contre Mimivirus
significativement plus nombreux que le groupe témoin (9,66 %
contre 2,3 %, respectivement). De plus, les patients
présentant une pneumonie associée à Mimivirus montrent un taux de
ré-hospitalisation supérieur par rapport aux autres, probablement à
cause d’un traitement inadapté. Enfin, l’ADN de Mimivirus a été
détecté dans le lavage broncho-alvéolaire (LBA) d’un patient. Une
autre étude, menée dans une unité de soins intensifs sur des
patients atteints de pneumonie communautaire [47], a montré
l’existence d’un contact avec Mimivirus par des techniques de
sérologie. Pourtant, les études menées par PCR en temps réel ne
montrent pas de preuves de la pathogénicité de Mimivirus. En effet,
l’étude menée par Dare et al. [48] montre 0 PCR
positive sur 496 échantillons respiratoires malgré
l’utilisation de deux nouvelles techniques, suggérant que Mimivirus
n’est pas un agent commun de pathologies respiratoires. Cependant,
les échantillons de cette étude proviennent du tractus respiratoire
supérieur (sécrétions nasales) alors que les PCR positives à
Mimivirus ont été effectuées sur des échantillons provenant du
tractus respiratoire inférieur (LBA) [2].
La diversité des résultats obtenus par PCR peut être due au fait
que ces études sont basées sur la connaissance de deux virus d’une
famille probablement très diversifiée, ce que tend à prouver la
description de 19 autres virus de cette famille [12].
Virophage
Lors de l’isolement du deuxième virus géant connu, Mamavirus,
une structure virale icosaédrique a été observée dans le cytoplasme
de l’amibe ainsi qu’au sein de l’usine à virus (figure 1D)
[8]. Cette particule de 50 nm a par la suite été isolée par
filtrations différentielles et a été nommée Sputnik en raison de
son association avec Mamavirus. L’inoculation de ce virus sur une
culture d’A. polyphaga a permis de montrer qu’il était
incapable de se multiplier seul au sein de l’amibe. Les
observations de microscopie électronique et d’immunofluorescence
ont montré que Sputnik se multiplie au sein de l’usine à virus
créée par le virus géant qui l’accompagne, et possède sa propre
cinétique de réplication [8]. L’entrée des particules virales se
fait à 30 minutes post-infection, probablement par association des
particules de virophage aux fibrilles des virus géants. À quatre
heures post-infection, l’usine à virus du virus géant se forme,
s’ensuit une phase d’éclipse du virus géant après laquelle débute
la production de Sputnik (six heures post-infection). À huit heures
post-infection, les virions de Sputnik sont visibles et localisés à
un pôle de l’usine à virus (figure 3C).
À 16 heures post-infection, les Sputnik et Mamavirus
néosynthétisés remplissent la plus grande part du cytoplasme de
l’amibe. Les particules de Sputnik produites peuvent parfois être
observées au sein de vacuoles. Enfin cette cinétique aboutit à la
lyse de la cellule infectée et la libération des particules
virales.
La présence de Sputnik entraîne la formation de particules
anormales de Mamavirus (figure 5),
notamment des membranes plus épaisses ou une accumulation de
membranes surnuméraires à un pôle de la particule ainsi qu’une lyse
plus tardive des amibes infectées.
Plus rarement des virus géants contenant une ou plusieurs
particules de Sputnik ont été observés. Ces deux caractéristiques
permettent de penser que ce virus est un véritable parasite, ce qui
a conduit à changer le terme « satellite » pour le terme
« virophage » qui semble mieux convenir à son mode de
réplication : un virus infectant un autre virus [49]. En
effet, Sputnik parasite l’usine servant à la production des virus
géants pour en détourner la machinerie et ainsi servir sa propre
réplication. Cependant, l’existence de la nouvelle classe des
virophage est remise en cause par certains auteurs qui considèrent
que Sputnik ne constitue qu’une autre forme de virus satellite
[50].
Les observations en immunofluorescence montrent que la
production de Sputnik se fait souvent avant celle du virus géant et
que les usines montrent une séparation spatiale des zones de
production de virus géant et de virophage, suggérant une
compétition entre les deux virus (figure 3C).
Ces caractéristiques particulières font de Sputnik une nouvelle
entité biologique. De plus, celui-ci joue un rôle important au sein
des écosystèmes aquatiques puisqu’il entre dans la régulation des
interactions hôte-virus [51].
Les tentatives de co-infection entre Sputnik et Marseillevirus
n’ont montré aucune multiplication du virophage suggérant qu’il y a
une spécificité d’hôte. Cependant, le cycle de Marseillevirus a
montré un ralentissement [49].
Le génome de Sputnik est un ADN double brin de 187 kb et est
caractéristique des génomes viraux. Trois protéines sont
majoritairement représentées : la MCP (ORF 20) et deux
protéines de capside minoritaires (ORF 19 et 08). Treize des
21 protéines codées sont des ORFans tandis que les huit autres
ont des homologues viraux, bactériens ou eucaryotes. Trois ORF (6,
12, 13) sont très proches de Mimivirus. De plus Sputnik contient
les 16 structures en épingle à cheveux qui sont le signal de
polyadénylation propre à Mimivirus [52], ce qui corrobore
l’utilisation de l’usine virale de Mimivirus pour la réplication du
virophage. De plus, Sputnik possède dans ses virions des ARN prêts
à être utilisés, probablement dans le but de débuter sa réplication
plus rapidement que le virus géant parasité.
Sputnik est le premier virophage découvert, dévoilant ainsi une
partie encore inconnue des virus géants.
Conclusion
La découverte de Mimivirus, il y a moins de dix ans, a remis en
question la définition même des virus non seulement de par sa
taille, mais aussi de par la taille et le contenu de son génome
ainsi que son mode de réplication. Plus récemment la description
des virophages a encore contribué à brouiller la frontière entre
virus et cellules parasites. L’étude de plus en plus poussée de ces
nouveaux virus aussi bien du point de vue génomique que
morphologique a même suggéré pour certains qu’ils puissent former
un domaine de la vie distinct et qu’il faut désormais considérer
les virus comme des organismes vivants à part entière et ainsi
prendre en compte leur participation à l’évolution de la vie. Les
études de métagénomique montrent que nous venons à peine
d’effleurer le monde des virus géants et que beaucoup reste encore
à faire pour en appréhender toute la complexité et la
diversité.
Conflits d’intérêts: aucun.
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