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Hommage à Gérard Devauchelle (1944-2010)


Virologie. Volume 14, Number 2, 159-64, mars-avril 2010, In memoriam

DOI : 10.1684/vir.2010.0293


ARTICLE

Auteur(s) :

Nous venons d'apprendre le décès de Gérard Devauchelle, à la suite d'une maladie contre laquelle il se battait depuis plusieurs années. Quelques-uns de ses collègues et amis, scientifiques ou industriels, ont souhaité exprimer leurs sentiments.

Philippe Fournier1 Max Bergoin2

1. Directeur de recherches Inra, UMR 1231 biologie intégrative et virologie des insectes, Université Montpellier-II

2. Professeur émérite de l'Université de Montpellier-II

Personnellement (P. Fournier), je peux témoigner de l'accueil chaleureux de G. Devauchelle sur le centre de Saint-Christol alors que je venais d'un autre domaine de compétence que la virologie. J'ai pu développer sur le site une thématique nouvelle sur la génomique des ravageurs de culture, dans l'équipe de M. Cérutti. Plus tard, j'ai succédé à Gérard comme directeur du centre, ce qui fut une tâche bien difficile étant donné l'aura qui était la sienne et dont les pages qui suivent sont une illustration. Dès l'annonce de son décès, avec Max Bergoin, nous avions souhaité rassembler quelques éléments de la carrière de G. Devauchelle afin d'accompagner sa triste disparition. De nombreux collègues sont venus y compléter leurs témoignages, gardant le souvenir d'un « humaniste », d'un « chercheur fascinant qui ne laissait personne indifférent » ou encore d'un « scientifique brillant, passionné et inventif ».

Très jeune assistant puis maître assistant à l'université des sciences de Picardie, G. Devauchelle développe son travail de thèse à la fois sur Amiens et sur Saint-Christol-les-Alès. Excellent dans la mise en œuvre de la microscopie électronique, il soutient une thèse de doctorat d'État de l'université de Montpellier en 1972 sur la structure fine de quelques agents pathogènes dans les cellules sanguines d'insectes. Professeur de microbiologie à la faculté de Rouen pendant une douzaine d'années, il sera nommé en 1986 à la tête de la station de recherches de Saint-Christol-les-Alès (unité de recherches mixte entre Inra, CNRS et université de Montpellier-II), qu'il dirigera pendant 17 ans. Directeur de recherches Inra, il sera un des pionniers du tournant scientifique alliant l'analyse moléculaire de la cellule d'insecte — de la microscopie à l'étude du gène — avec ses applications dans les domaines biotechnologiques. Il a contribué à l'enseignement universitaire (universités de Montpellier, Nîmes, EPHE) et à la formation de nombreux étudiants.

Son esprit vif et indépendant lui a valu une grande reconnaissance scientifique. En précurseur, il a contribué à l'émergence de plusieurs initiatives de partenariats entre recherche publique et privée. Porteur de fortes convictions sur les biotechnologies, il a aidé à leur prise en compte au sein de plusieurs laboratoires de l'Inra. Il a été membre de la Commission nationale de génie génétique pendant près de 20 ans. Maîtrisant une large culture scientifique, il a su apporter un regard critique sur plusieurs programmes de recherches. Au-delà de la fermeture du centre Inra et de sa relocalisation sur l'université de Montpellier, G. Devauchelle avait mis ses compétences scientifiques au service de l'unité CNRS UPS3044 Baculovirus et Thérapie qui poursuit ses activités sur Saint-Christol.

Pr Gérard Lefranc

Laboratoire d'immunogénétique moléculaire, UPR 1142 CNRS, institut de génétique humaine, université Montpellier-II

J'ai connu Gérard, bien avant beaucoup d'autres de ses amis actuels, dès le milieu des années 1970. Agrégé en sciences naturelles, j'enseignais et préparais en même temps ma thèse de doctorat d'État, au Liban, dans le laboratoire de génétique humaine du professeur Jacques Loiselet à la faculté française de médecine, de pharmacie et de médecine dentaire de l'université Saint-Joseph (USJ) de Beyrouth. Ne disposant pas sur place de toutes les facilités pour accomplir la totalité de mes recherches, je venais régulièrement en été et à d'autres moments de l'année, avec mes échantillons de sérums les plus précieux de la population libanaise, au centre de transfusion sanguine de Bois-Guillaume (près de Rouen) qui disposait des anticorps rares dont j'avais besoin. C'est la raison pour laquelle la soutenance de ma thèse a eu lieu en 1978 à la faculté des sciences de l'université de Rouen avec Gérard comme membre du jury. Je l'avais déjà rencontré l'année précédente pour discuter de mon travail. « Thésard retardé » par les difficultés du travail au Liban et par la guerre qui avait démarré en avril 1975, j'étais impressionné par ce jeune et brillant professeur à l'écoute des aspects scientifiques et de l'environnement particulier de mon travail. Je n'ai jamais oublié son estime et ses encouragements.

Est-ce de cette rencontre et de celle du Pr Loiselet, lors de la soutenance, que sont nés son attachement pour le pays du Cèdre et son désir d'aider l'enseignement supérieur et la recherche au Liban ? Toujours est-il que Gérard répondit présent, sans hésiter, 20 ans plus tard, lorsque je le contactais à la demande du Pr Pierre Farah, doyen de la faculté de médecine, pour mettre en place et assurer les enseignements sur les biotechnologies au niveau de la maîtrise des sciences biologiques et médicales et du DEA biologie-santé de l'USJ créés par Mr Farah : le « Baculovirus débarquait » au Liban ! Ses enseignements, étendus ensuite à la nouvelle faculté des sciences de l'USJ, sont toujours l'un des points forts de l'école doctorale sous la direction actuelle de Madame Dolla Sarkis, doyen de la faculté de pharmacie de l'USJ, et des programmes de recherche et de développement ont été élaborés ensemble.

Je peux témoigner de la très haute estime dont jouissait Gérard de la part des recteurs successifs de l'USJ, des doyens des facultés concernées et des responsables de Berytech et du pôle technologie-santé (PTS), deux « pépinières d'entreprises » et incubateurs créés par l'USJ. Membre du conseil scientifique de l'USJ et du conseil d'administration du PTS, Gérard était très écouté. Il était souvent sollicité et ses conseils étaient particulièrement appréciés en raison de ses compétences, de son expérience et de sa notoriété internationale. Jusqu'à ses derniers instants (j'étais à Beyrouth, dans les bureaux de l'administration, le mardi 15 février, lorsque nous avons été avertis de sa fin prochaine par un appel téléphonique de sa famille à Madame Sarkis), ses amis libanais et les étudiants espéraient le revoir, sa mission prévue en novembre ayant dû être annulée en raison du traitement qu'il suivait. Malgré son départ, Gérard reste parmi eux et parmi nous par tout ce qu'il a apporté avec son talent, sa générosité et sa riche personnalité. Je perds un ami avec qui j'aimais discuter avant chacune de nos missions au Liban et au retour de celles-ci, pour faire le point, constater le développement de l'œuvre entreprise et l'améliorer sans cesse. Merci, Gérard, pour tout ce que tu as fait et pour l'exemple de courage extraordinaire que tu as donné lors de ton combat contre la maladie.

Martine Cérutti

Directeur de recherche, CNRS Baculovirus et Thérapie, Saint-Christol-les-Alès

J'ai fait la connaissance de Gérard alors qu'il venait d'être nommé professeur de microbiologie à l'université de Rouen en 1974, il avait 29 ans, ce qui fit de lui l'un des plus jeunes professeurs d'université de France.

Passionnée de bactériologie, j'étais venue à Rouen pour continuer mes études et préparer une licence de biologie. À cette époque, il est vrai que ce que je connaissais des virus au travers des premiers cours auxquels j'avais participé n'avait pas vraiment piqué ma curiosité. Les choses changèrent radicalement lorsqu'en ce début d'année 1974, j'assistais au premier cours de virologie de Gérard. On ne parlait plus d'inclusions nucléaires ou cytoplasmiques colorées comme ci ou comme ça ou de pustules de telle ou telle forme qui pouvaient apparaître, mais l'infection par un virus devenait une véritable enquête policière, comment ce petit organisme arrivait-il à déjouer tous les systèmes de protection et d'alerte de la cellule, comment réussissait-il un tel coup d'État ? Ce fut le déclic, le début d'une grande passion pour la virologie.

Je crois que de très nombreux étudiants pourraient raconter cette même histoire, Gérard avait un véritable don pour transmettre sa passion de la science, c'était un professeur hors du commun, brillant, d'une intelligence remarquable, d'une vivacité d'esprit rare. Il s'intéressait à tout, à la science bien sûr, mais aussi à la littérature, à la philosophie, à la musique. Organiste et pianiste à ses heures, il vouait une grande passion à Jean-Sébastien Bach.

Je me souviens que lorsqu'il est arrivé à Saint-Christol, il lui arrivait parfois d'envoyer des courriers à ses collègues de l'Inra rédigés en alexandrins. C'était son côté Cyrano, personnage qu'il admirait entre tous « et à la fin de l'envoi je touche !! ».

Sa grande culture générale, sa vivacité intellectuelle et sa notoriété scientifique lui ont permis d'accéder à de nombreuses responsabilités tout au long de sa carrière, directeur du département de biologie et vice-doyen de la faculté des sciences de Rouen, membre de commissions scientifiques au CNRS, à l'Ifremer, membre du conseil scientifique d'Ifremer… membre de la commission de génie génétique, de la commission du génie biomoléculaire, du haut comité sur les OGM…

C'est aussi son activité dans le domaine des biotechnologies qui marquera la communauté scientifique. En effet, à l'université de Rouen et il faut dire que c'était révolutionnaire à cette époque, le laboratoire travaillait déjà en collaboration avec des entreprises régionales sur l'ultrafiltration du lait ou l'élimination du lactose dans les barres chocolatées, le rouissage du lin, etc.

Lorsqu'il fut nommé directeur de la station de pathologie de Saint-Christol-les-Alès, et directeur de recherche de première classe à l'Inra (à 42 ans), il s'impliqua également très énergiquement dans la valorisation de la recherche non seulement par le dépôt de brevets, mais aussi par son soutien à la création de nombreuses entreprises.

Mais ce que l'on retiendra le plus de ce travailleur acharné, c'est sa gentillesse, sa disponibilité, sa spontanéité, sa générosité et son dévouement envers tous, petits ou grands de ce monde.

Fabienne Petit

Professeur de microbiologie, UMR M2C, université de Rouen

Gérard Devauchelle, « le chef », est mort, il laissera longtemps l'image d'un scientifique passionné, dont l'enthousiasme sans borne pour la recherche se communiquait à l'ensemble de son entourage notamment à ses étudiants. À cette passion s'alliait la gentillesse, son travail de recherche était conduit avec éthique, des valeurs aujourd'hui souvent malmenées. À l'époque de ma thèse, son école de formation à la recherche privilégiait la curiosité et l'esprit d'initiative des doctorants, en les incitant à construire eux-mêmes leurs projets de recherche. Au-delà d'une passion partagée pour le Chilo iridescent virus, virus aujourd'hui ignoré par la communauté scientifique, c'est bien une école de pensée dans la recherche que nous laisse Gérard. À charge pour nous de la perpétuer.

Hassan Chaabihi

Directeur de la Société Agate bioservices, 30100 Alès

Monsieur Gérard Devauchelle représente une figure éminente de la recherche biotechnologique. Il était passionné par la biologie en général et par la virologie en particulier. Il avait un esprit brillant et ouvert, avec un élan de générosité qui lui permettait de transmettre sa passion avec une aisance naturelle. Nous sommes très nombreux à en avoir bénéficié que ce soit dans des amphithéâtres ou dans des laboratoires.

Au-delà de la science pure, Gérard avait également une vision pertinente sur l'ensemble des aspects liés à la valorisation industrielle de la recherche. Il fut ainsi un moteur dans ce domaine soit en s'impliquant directement, soit en soutenant et en aidant fortement toutes les initiatives allant dans ce sens. À ce titre, j'ai une reconnaissance toute particulière à son égard.

C'est avec une immense tristesse que j'ai accueilli la nouvelle de sa disparition, mes pensées vont directement à sa famille proche, ainsi qu'à l'ensemble des personnes qui ont travaillé avec lui et qui ont su apprécier ses qualités.

Bernard Mauchamp

Directeur de recherche Inra de Villeurbanne

« Responsable du laboratoire de physiologie de l'insecte de Versailles », j'ai rencontré pour la première fois Gérard à la réunion du département de zoologie à la Colles-sur-Loup (many years ago). À cette période, Gérard était un des pionniers pour la promotion de la biologie moléculaire comme moyen d'approche de l'étude du vivant. Nous savons maintenant à quel point il a fait école. Mon changement d'affectation et de thématique (unité nationale séricicole) a renforcé nos relations scientifiques et amicales. À chacun de mes passages à la station d'Alès, j'ai pu apprécier son dynamisme, mais parfois aussi ses désappointements face à des décisions qu'il ne partageait pas. Ses qualités n'ont pas été suffisantes pour s'opposer à la décision de l'Inra de fermer la station de pathologie des invertébrés. Malgré cela, Gérard a su renforcer le prestige de son équipe.

C'est, non seulement la disparition du scientifique qui m'affecte, mais aussi celle de l'homme que j'ai apprécié pour sa culture et sa convivialité. Eh oui Gérard, nous n'aurons plus le plaisir de nous attabler à la brasserie Georges devant une « tête de veau sauce ravigote ».

René Bally

Directeur de recherche CNRS, directeur de l'UMR 5557 écologie microbienne, université de Lyon-La Doua-Villeurbanne

La première fois que j'ai rencontré Gérard Devauchelle, c'était à la commission 30 du Comité national de la recherche au CNRS où il était membre nommé, il y a maintenant plus de 20 ans. J'étais jeune CR1 à l'époque. Gérard m'a aidé et conseillé dès le début. Nous avons beaucoup parlé, discuté de « la science », confronté des points de vue, quelquefois différents. Toujours passionnantes, ces discussions duraient longtemps, certains soirs, dans une salle du Comité national, puis se terminaient dans un café aux alentours du siège du CNRS. C'était la grande époque du Comité national où jeunes CR nous côtoyons des chercheurs aussi prestigieux que Louis Thaler, Robert Barbault, etc. et bien sûr Gérard. De cette époque est née une amitié qui a duré jusqu'à aujourd'hui. Il a accepté en 1990 de participer au jury de ma thèse d'État. Cela a été pour moi un honneur. Malgré un chemin différent, nous nous rencontrions au moins deux à trois fois par an. J'ai beaucoup apprécié ces rencontres « autour d'un verre de bière », souvent à la gare de Lyon à Paris, quelquefois à Saint-Christol-les-Alès, à discuter de choses et d'autres, … à refaire le petit monde de la recherche. Malheureusement, ces dernières années, ces rencontres se sont faites plus espacées. J'ai pourtant revu avec un grand plaisir Gérard au comité de préfiguration de la haute autorité sur les OGM où l'on siégeait ensemble. Courte rencontre il est vrai, car la maladie avait déjà fait son œuvre.

Gérard était un excellent scientifique, critique mais constructif, il était devenu pour moi un véritable ami.

Le temps passera, certes, mais je me souviendrai de cette période importante et riche de ma vie.

Bernard Pau

Professeur, Université de Montpellier-I

À Gérard Devauchelle,

L'éminent scientifique, le défricheur, le découvreur, l'innovateur dans la plus pure tradition de l'école pastorienne dont l'esprit flotte encore sur le théâtre Saint-Christol-les-Alès, le pédagogue lumineux et passionnant, l'humble, l'humaniste.

À jamais, notre affectueuse amitié.

Noël Tordo

Chef de laboratoire à l'Institut Pasteur, Paris-Lyon

J'ai connu la réputation de G. Devauchelle avant de le connaître en personne. Deux collègues, aujourd'hui directeur d'unité à l'Institut Pasteur et responsable stratégique à Sanofi disaient avoir eu la chance de bénéficier de son enseignement de licence à l'université de Rouen. C'est lui qui leur avait transmis le « virus » de la recherche, les avait initiés à la biologie moléculaire et les avait « envoyés » poursuivre leurs études à Paris. J'ai pu moi-même vérifier ses qualités pédagogiques en l'invitant quelques années plus tard à enseigner dans le cadre des cours de l'Institut Pasteur. Ils ne sont pas si nombreux les professeurs dont l'enthousiasme est communicatif jusqu'à créer des vocations…

Notre véritable « rencontre » s'est déroulée dans des conditions autrement difficiles : j'ai participé à la commission d'experts mise en place pour l'évaluation de la station de pathologie des invertébrés de Saint-Christol-les-Alès, suite à laquelle la décision de fermer la station a été prise par l'Inra. Sans vouloir commenter ici cette décision qui a été cruellement vécue par G. Devauchelle, je me souviens de lui comme d'un scientifique responsable et brillant, qui, dans une situation pourtant délicate, a reçu la commission avec respect en défendant avec abnégation le bilan d'années de travail de sa station tout en assumant les difficultés.

Quelques années plus tard, nous avons siégé, du même côté de la table cette fois, dans d'autres comités d'évaluation. À aucun moment, le souvenir de ces instants difficiles n'est venu effleurer nos relations. Et je n'ai jamais perçu aucune rancœur lorsqu'il s'est penché sur le travail des autres : son expertise exigeante et pointue a toujours été respectueuse de leurs efforts, cherchant d'abord à discuter de la science, à savoir, puis à aider, à conseiller, jamais à juger froidement. Il était un humaniste scientifique. Si j'ai un regret, c'est que la commission scientifique spécialisée de l'Inra dont j'étais président de 2002 à 2006 n'ait jamais réussi à être suffisamment convaincante pour que G. Devauchelle soit promu au grade de directeur de recherche de classe exceptionnelle. Je pense sincèrement que l'originalité, la richesse et la générosité de son parcours scientifique et humain le méritaient. Il suffit de regarder la densité du présent hommage pour s'en convaincre.

Patick Henno

Directeur de la société Mabgène, Alès

Gérard Devauchelle a joué un rôle majeur dans l'implantation de notre société Mabgène sur le bassin alésien. Sa vision des biotechnologies ainsi que son optimisme sans faille associés à une expertise peu commune de notre domaine d'activité ont favorisé la création de liens professionnels denses entre son laboratoire et nous-mêmes.

Gérard a su nous apporter un soutien constant dans nos relations avec les autorités locales ; aussi bien économiques que politiques et sa présence chaleureuse était pour le créateur d'entreprise une source de réconfort permanent.

Avec le départ de Gérard, et bien au-delà des appuis scientifiques et technologiques qu'il nous a apportés ; Mabgène a avant tout perdu un ami.

Franscisco Véas1 Ilias Stefas2

1. Directeur de recherche IRD-UM1-UMR-MD3, cofondateur d'ApoH-technologies faculté de pharmacie, Université Montpellier-I

2. PDG d'ApoH-technologies, faculté de pharmacie, Université Montpellier-I

Gérard Devauchelle est et restera parmi nous comme un grand homme porteur de principes et de valeurs humanistes qu'il a appliqués dans sa vie quotidienne et dans son cheminement de chercheur confrontant la recherche aux progrès de société.

Gérard a toujours été un esprit curieux et avide du savoir et d'une très grande culture. Il a fait preuve d'une très grande ouverture d'esprit, face à la vie et aux sciences, un esprit indépendant et souvent pionnier. Il aimait partager le savoir et son savoir avec de très grandes qualités pédagogiques. Malgré ses nombreuses activités, il a toujours cherché à se rendre disponible pour écouter et aider un très grand nombre de personnes, dont des jeunes chercheurs, techniciens qui se rapprochaient de lui pour trouver des conseils avisés et du réconfort. Par son esprit pionnier, il a contribué à la création et au soutien de nombreuses start-up de biotechnologies, sans se mettre lui-même en avant, mais au contraire, impulsant d'autres acteurs.

Sa contribution dans la virologie est majeure et de tout premier plan. En effet, son cheminement dans la compréhension de la virologie lorsque cette discipline n'était pas aussi bien reconnue qu'elle l'est aujourd'hui, l'a conduit à créer une dynamique et une équipe de qualité et internationalement reconnue, pour laquelle il a toujours été fier, avec raison, et modeste à la fois. Grâce à son impulsion et à son esprit pionnier, Gérard et son équipe ont contribué de façon majeure dans la compréhension des mécanismes réplicatifs et de production de protéines de virus d'insecte (baculovirus). Sur ces bases scientifiques et avec une vision d'économie éthique, Gérard et son équipe ont été les promoteurs des insectes-usines pour fabriquer des protéines utiles pour la société. Gérard a également su brillamment transmettre la relève dans ce domaine, que lui et son équipe ont profondément marqué et qu'ils continuent à faire progresser très significativement y compris dans des circonstances parfois moins favorables. En effet, seuls certains décideurs institutionnels dont il dépendait avaient compris la portée de sa contribution et qu'ils pouvaient être fiers de compter Gérard parmi leurs membres les plus brillants.

À la demande de ses pairs, auxquels il ne savait pas dire non, du fait de sa profonde gentillesse, il a été membre de nombreux comités d'évaluation et de conseil, dont celui de la Commission nationale de génie génétique, ou président du comité de pilotage du P4 de Lyon, des instances régionales, pour lesquelles il ne comptait pas son temps. Dans toutes ces instances, il a toujours joué un rôle rigoureux et très positif, du fait de son humanité, afin de trouver des solutions permettant de faire progresser au mieux les situations, dans le respect des individus.

Nous partageons le grand honneur, la fierté et la chance d'avoir rencontré et pu échanger pendant presque 20 ans et jusqu'aux derniers moments avec Gérard, sur la science et sur des idées humanistes. Notre admiration et reconnaissance sont profondément sincères envers ce grand homme, d'une extrême modestie, que l'on aurait souhaité garder le plus longtemps avec nous, mais qui aussi, a su nous insuffler de l'air pur et frais qui nous permettra de respirer longtemps dans ce monde difficile.

C'est donc avec la plus grande fraternité que nous adressons ces mots de reconnaissance à ses familles pour lesquelles il a toujours manifesté, avec énormément de délicatesse, de la reconnaissance et de la fierté : sa famille scientifique, son équipe et particulièrement à Martine Cerutti, avec qui ils ont tant partagé, construit et créé et bien sûr, surtout à la famille de Gérard, sa femme, ses enfants et petits-enfants, pour lesquels il avait une immense tendresse.

Muriel Brossard

Consultante en innovation et sciences du vivant, AD'MISSIONS

Gérard Devauchelle a été parmi les pionniers de la biotechnologie en France. Son esprit entrepreneurial et sa capacité à mobiliser les instances publiques, sur la possibilité de créer de la valeur économique à partir de résultats de la recherche, étaient remarquables.

Il y a plus de 20 ans, l'Inra et le CNRS ont passé — pour la première fois dans leur existence — un contrat avec deux sociétés de capital-risque parisiennes, pour étudier la faisabilité d'une création d'entreprise à partir des brevets de son équipe. L'étude a été positive et Protéine Performance a été créé. Elle siégeait au centre de transfert de Saint-Christol-les-Alès, nouvellement construit grâce à des aides publiques régionales. Elle a ensuite vécu sa vie de start-up.

Patrick Barry

Ingénieur Inra

Je suis surpris et beaucoup ému par la nouvelle du décès de Gérard Devauchelle. J'avais été très marqué par ses qualités humaines et relationnelles. On pouvait toujours se rapprocher de lui pour demander conseil ou aide…

Patricia Le Meillour

Directeur de recherches Inra

C'est effectivement une perte qui me touche… De sa brillante carrière je ne retiendrai que sa formidable énergie et sa grande curiosité scientifique… Il m'a appris que les scientifiques sont aussi des humains et que de telles personnalités sont controversées.

Christiane Branlant

Directeur de recherches au CNRS

Gérard Devauchelle s'est beaucoup dévoué pour la recherche. C'était un homme très motivé par ce qu'il faisait. Il a porté le centre de Saint-Christol à bout de bras pendant des années même si à la fin cela devenait très difficile de le maintenir.

Igor Landais

Ancien thésard, actuellement aux États-Unis

C'est une bien triste nouvelle. Gérard Devauchelle m'a beaucoup aidé et toujours soutenu, pendant et après ma thèse. Je me souviens notamment de son accueil quand je suis arrivé à Saint-Christol, son excellent travail sur les séquences de protéines ribosomales de Spodoptera sans lequel nous n'aurions pas pu publier, le fait qu'il ait bataillé pour que je puisse poursuivre ma thèse en tant qu'objecteur et plus récemment son soutien à ma demande de carte verte aux États-Unis. Gérard aura toujours pour moi cette aura de père scientifique brillant, généreux et débonnaire. Même si je n'étais plus en contact direct avec lui depuis trois ans, il va me manquer.

Guy Riba

Directeur général de l'Inra

Oui, je suis ému et triste de la disparition de Gérard. Il est vrai qu'en fin de carrière il n'a pas su contenir les tensions et les dysfonctionnements pour maintenir à Saint-Christol l'aura que méritait cette unité historique à plus d'un titre pour l'Inra. Cela ne peut masquer l'excellent scientifique qu'il était : porteur de fortes convictions sur les biotechnologies, il a su nous aider à les intégrer au sein de plusieurs unités de recherche du département, maîtrisant une large culture scientifique, il a su apporter un regard critique et positif sur plusieurs programmes de l'Inra, reconnu internationalement, il a su nous aider à rejoindre des programmes internationaux de séquençage.

J'exprime en votre nom à tous mes plus sincères condoléances à sa famille et tiens à partager avec tous les collègues qui l'ont connu la mémoire d'un chercheur fascinant qui ne laissait personne indifférent.

Olivier Le Gall

Chef de département à l'Inra

Je partage très précisément ce sentiment. Ayant eu la chance de croiser G. Devauchelle dans le cadre stimulant de la commission de génie génétique, j'ai été impressionné par son humanité et ses connaissances.

Pierre Ricci

Ancien chef de département à l'Inra

Gérard Devauchelle faisait partie des personnalités scientifiques éminentes du département SPE. J'avais beaucoup d'admiration pour lui… sur le plan de la science, il était si enthousiasmant et fécond. Il laissera le souvenir d'un chercheur brillant, passionné et particulièrement inventif. Son rôle aura été important pour promouvoir, entre autres, les recherches moléculaires chez l'insecte en France.


 

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