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Les polyomavirus humains nouvellement identifiés chez l’homme


Virologie. Volume 12, Number 4, 245-8, Juillet-août 2008, éditorial

DOI : 10.1684/vir.2008.0184


Author(s) : V Foulongne, M Segondy , Laboratoire de virologie, Pôle d’infectiologie, hôpital Saint-Éloi, centre hospitalier universitaire de Montpellier, 34295 Montpellier Cedex 5.

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Auteur(s) : V Foulongne, M Segondy

Laboratoire de virologie, Pôle d’infectiologie, hôpital Saint-Éloi, centre hospitalier universitaire de Montpellier, 34295 Montpellier Cedex 5

La famille des Polyomaviridae est constituée du seul genre Polyomavirus dont les représentants infectent de très nombreux vertébrés. Le polyomavirus murin a été le premier identifié en 1953 par L. Gross lors d’études sur la leucémie de la souris. Le nom de poly-oma-virus a été proposé car ce virus induit de nombreuses tumeurs solides chez la souris. Le second représentant, le SV40 (simian vacuolating virus 40), fut isolé en 1960 par Sweet et Hilleman à partir de culture de la souche atténuée Sabin de poliovirus sur des cellules de rein de singe. Les premiers polyomavirus humains ont été identifiés en 1971 : il s’agit du BK polyomavirus (BKPyV) isolé par S.D. Gardner chez un patient transplanté rénal et du JC polyomavirus (JCPyV), isolé par B. Padgett chez un patient présentant une leucoencéphalite multifocale progressive (LEMP). La dénomination de ces deux polyomavirus humains dérive des initiales des patients chez lesquels ils ont été identifiés. Le BKPyV et le JCPyV sont restés pendant plus de trente ans les seuls représentants connus chez l’homme. Ce n’est que très récemment que 3 nouveaux polyomavirus humains ont été mis en évidence, les polyomavirus KI (KIPyV) [1] et WU (WUPyV) [2] et le polyomavirus des cellules de Merkel (MCPyV) [3]. Ces découvertes vont sans aucun doute relancer l’intérêt porté à cette famille de virus.

À ce jour, la physiopathologie des infections humaines par les polyomavirus n’a été que partiellement décrite à partir des observations réalisées sur les infections à virus BK et JC. Ces virus sont très largement ubiquitaires et infectent l’homme avec des prévalences très importantes. La primo-infection est généralement asymptomatique et le virus persiste ensuite à vie dans l’organisme avec de fréquentes réactivations. Ces réactivations vont induire des manifestations cliniques spécifiques chez les patients immunodéprimés (néphropathies associées au BKPyV ou leucoencéphalite multifocale progressive (LEMP) associée au JCPyV).

Les polyomavirus ont de plus un potentiel oncogène clairement démontré pour certains polyomavirus animaux mais toujours très controversé pour les polyomavirus humains [4].

Le KI polyomavirus et le WU polyomavirus

Deux équipes indépendantes ont identifié en Suède [1] et conjointement aux États-Unis et en Australie [2], deux nouveaux virus distincts dans des sécrétions respiratoires. Ces virus ont été appelés respectivement le KI (Karolinska Institute) polyomavirus (KIPyV) et le WU (Washington University) polyomavirus (WUPyV). Ces virus ont été identifiés grâce à une méthode de criblage moléculaire appelée DNAse-SISPA, identique à celle ayant permis la caractérisation du bocavirus humain [1]. Les auteurs ont en effet mis en évidence des séquences virales proches des deux polyomavirus humains connus à ce jour : le BKPyV et JCPyV. Ces deux nouveaux polyomavirus sont donc respectivement le troisième (KIPyV) et le quatrième (WUPyV) représentants de la famille des Polyomaviridae capables d’infecter l’homme.

Dans les deux études initiales les génomes complets de différents isolats de KIPyV et WUPyV ont été obtenus. L’organisation génomique montre bien trois régions principales caractéristiques des polyomavirus : la région précoce codant pour le grand antigène T (T-Ag) et le petit antigène t (t-Ag), la région tardive codant pour 3 protéines de capside VP1, VP2 et VP3 et enfin, une zone régulatrice non codante. Les arbres phylogénétiques montrent que ces deux nouveaux virus sont très proches et sont assez étroitement apparentés aux polyomavirus de primates (SV40, BKPyV, JCPyV) (figure 1). Le T-Ag des WUPyV et KIPyV présente l’ensemble des caractéristiques du T-Ag de polyomavirus avec notamment un domaine N terminal (HPDKGG) de liaison à la protéine de choc thermique DnaJ, ainsi que les motifs consensuels de liaison aux protéines oncosuppressives pRb et p53. Les virus KIPyV et WUPyV présentent 64 à 71 % d’homologie dans leurs séquences peptidiques selon les protéines considérées. L’homologie de ces 2 virus avec les autres polyomavirus de primates n’est que d’environ 40 % pour les protéines précoces t-Ag et T-Ag et de seulement 15 à 17 % pour les protéines de capside. Seules des études ultérieures permettront de dire si ces différences sont le reflet d’un tropisme cellulaire particulier.

Ces nouveaux virus ont été initialement détectés dans des sécrétions respiratoires avec des prévalences de 1 % pour le KIPyV et de 2,4 % pour le WUPyV. Lors de ces études, l’analyse d’échantillons de sang et d’urine n’a pas permis de détecter ces virus, ce qui suggère une distribution dans l’organisme différente de celle des JCPyV et BKPyV. Ces nouveaux polyomavirus semblent largement ubiquitaires comme en témoigne leur détection lors de nombreuses études dans diverses régions du monde. Ils ont en effet été détectés dans des sécrétions respiratoires avec des prévalences comprises entre 0,6 % et 7 % dans de nombreux pays dont la France [5]. Aucune répartition saisonnière ne peut être affirmée par ces différentes études et la description épidémiologique de ces deux virus nécessite d’être complétée par d’autres investigations. Dans la plupart de ces études les virus KIPyV et WUPyV ont été détectés en situation de co-infection dans 30 à 72 % des cas. Les populations étudiées dans ces études sont majoritairement des jeunes enfants et une étude en Écosse rapporte la présence du KIPyV et du WUPyV chez des patients âgés immunodéprimés [6].

La détection de ces virus dans les sécrétions pharyngées a naturellement posé la question de leur pathogénicité respiratoire. Le fort taux de co-infection n’est pas en faveur d’un rôle pathogène et deux récentes études au Canada et en Écosse n’ont pas mis en évidence de différences significatives entre le taux d’infection chez les patients soufrant de pathologies respiratoires et celui observé dans des populations témoins [6, 7]. La présence de ces virus dans les sécrétions respiratoires peut être fortuite, en raison d’une voie de contamination aérienne comme cela est décrit pour le BKPyV ou le JCPyV, ou peut également être le témoin d’une sécrétion asymptomatique lors d’une réactivation du virus. Toutefois, considérant le caractère persistant et le potentiel oncogène des polyomavirus, il paraît légitime de s’intéresser de près à ces virus, notamment dans des affections tumorales ou dans des pathologies liées à l’immunodépression.

Le polyomavirus des cellules de Merkel (MCPyV)

La question de l’implication potentielle des polyomavirus dans des pathologies tumorales humaines vient de trouver de nouveaux développements avec la description très récente du polyomavirus des cellules de Merkel (MCPyV) par l’équipe de Feng et al. à Pittsburg [3]. Ce nouveau polyomavirus a en effet été identifié chez des patients atteints d’une tumeur cutanée rare mais particulièrement agressive, le carcinome des cellules de Merkel, et l’association de ce nouveau virus avec cette tumeur paraît significative. Les cellules de Merkel sont des cellules neuroendocrines présentes dans le tissu cutané qui agissent comme des mécano-récepteurs sensibles à la pression. Si ce carcinome est très rare, son incidence a augmenté ces dernières années, notamment chez les patients immunodéprimés. Cette pathologie est en effet plus fréquente chez les patients transplantés, les patients soufrant d’hémopathies malignes ou encore chez les patients infectés par le VIH, ce qui suggère une possible origine infectieuse. Les auteurs de cette étude ont développé une approche originale pour détecter de nouvelles séquences virales. Cette technique – qui par certains aspects rappelle l’approche de RDA (Representational Differences Analysis) qui avait conduit cette équipe à la découverte du HHV8 dans des lésions de sarcome de Kaposi – est basée sur l’analyse différentielle d’une banque de transcrits issus de tumeurs par rapport aux séquences humaines connues. Cette approche a été dénommée DTS, pour Digital Transcriptome Subtraction. Ainsi grâce aux nouvelles techniques de pyroséquençage, une banque d’environ 400 000 séquences de cDNA a été comparée et systématiquement soustraite aux séquences attendues du génome humain, et seules les séquences sans homologie avec les banques de données humaines ont été analysées. Parmi ces séquences de transcrits « étrangers », certaines présentaient des homologies significatives avec les séquences du polyomavirus du singe vert africain (African Green Monkey polyomavirus ou B-Lymphotropic polyomavirus, LPyV) (figure 1). Les auteurs ont pu ensuite caractériser la séquence complète d’un nouveau polyomavirus qu’ils ont appelé le polyomavirus des cellules de Merkel (MCPyV). Les séquences du MCPyV ont été recherchées dans 7 biopsies de tumeurs cutanées primitives et 1 biopsie cutanée issue d’une infiltration adjacente d’une de ces tumeurs, ainsi que dans deux biopsies de ganglions dont un ganglion métastatique d’une des tumeurs primitives testées. Deux groupes contrôles ont également été testés ; un groupe de 25 échantillons de tissus cutanés (peaux normales, lésions de Kaposi, lésions de mélanome et peaux inflammatoires) et un groupe de 59 échantillons de tissus provenant de diverses localisations du corps (liste exhaustive disponible sur le site de Science “online supporting material” : http ://www.sciencemag.org/cgi/content/full/1152586/DC1).

Les séquences du MCPyV ont été retrouvées dans 8 biopsies de carcinome de Merkel sur les 10 testées (80 %) mais également dans 8 % (5/59) de tissus provenant de différents sites du corps ou encore dans 16 % (4/25) des tissus cutanés testés en contrôle. Dans notre expérience, lors d’une étude pilote préliminaire, les séquences du MCPyV ont été détectées dans 8 des 9 lésions de Merkel testées mais dans aucun des tissus contrôles [8]. Ce nouveau polyomavirus est donc détecté fréquemment dans les lésions de carcinome de Merkel, mais, d’après les résultats de Feng et al. [3], il paraît également exister dans d’autres tissus ou chez des patients en bonne santé. Toutefois dans les cas de tumeurs de Merkel, l’équipe de Feng a clairement démontré que le génome du virus était présent sous forme intégrée au génome cellulaire dans 6 des 8 tumeurs positives. Ces conclusions dérivent de l’étude de profils de restriction analysés en Southern Blot avec une sonde spécifique de l’antigène T du MCPyV. Les auteurs ont en effet montré que seuls deux profils présentaient une bande de 5,4 kb correspondant à la taille attendue du génome viral et suggérant donc un virus épisomal. Dans les autres cas, les bandes obtenues ne peuvent s’expliquer que si le génome viral est intégré dans un site unique pour la majorité des cellules de la tumeur. Ces résultats indiquent que cette intégration avait vraisemblablement précédé l’expansion tumorale, suggérant ainsi que le virus puisse être l’inducteur de la carcinogenèse. Un argument qui conforte cette hypothèse d’une intégration clonale est l’obtention d’un profil d’intégration virale identique entre la tumeur primitive et le ganglion métastasé correspondant, observé chez l’un des patients. Le carcinome de Merkel serait donc le premier exemple de cancer humain pour lequel un génome de polyomavirus est intégré à l’ADN cellulaire. Il a été précédemment indiqué que le MCPyV est phylogénétiquement proche du B-lymphotropic polyomavirus (LPyV) découvert chez le singe vert africain. Or, des études maintenant anciennes avaient montré la présence d’anticorps neutralisants vis-à-vis de ce virus simien dans environ 20 % des sérums humains testés [9]. L’hypothèse selon laquelle ces anticorps seraient en fait des anticorps dirigés contre le MCPyV produisant une réaction croisée avec le LPyV mérite d’être explorée. De la même façon, il a récemment été découvert par microscopie électronique la présence de particules virales évocatrices de polyomavirus dans des lésions cutanées appelées trichodysplasies survenant chez des patients immunodéprimés et se développant aux dépens des follicules pileux [10]. Les tentatives d’identification de ce virus ayant à ce jour échoué pour mettre en évidence un polyomavirus ou un papillomavirus connus, il semble également légitime d’explorer la piste du MCPyV.

Le MCPyV est-il l’agent causal du carcinome de Merkel ? La question reste naturellement posée et les travaux de l’équipe de Pittsburg, nécessitent d’être confirmés par d’autres études incluant des approches cliniques, épidémiologiques et virologiques. Il apparaît nécessaire par exemple de confirmer que l’intégration virale est significativement associée au tissu tumoral et d’établir alors la cartographie de ces sites d’intégration qui pourraient comme le suggère l’étude de Feng impliquer des gènes onco-suppresseurs. Il sera également intéressant d’étudier l’expression des oncoprotéines virales dans les cellules tumorales. Le potentiel oncogène du T-Ag du MCPyV reste encore à démontrer. Cette protéine semble légèrement différente des oncoprotéines prototypes des autres Polyomaviridae, avec notamment une moindre conservation et des mutations dans la région C-terminale. Enfin, si ce virus est l’agent causal du carcinome de Merkel, l’ensemble de sa physiopathologie et de son histoire naturelle reste à découvrir.

La découverte des nouveaux polyomavirus est une illustration des efforts consentis ces dernières années grâce en particulier à la biologie moléculaire pour la caractérisation de l’ensemble des virus qui infectent l’homme, ce que certains auteurs ont défini comme le « virome » humain. Ces découvertes sont essentielles et ouvrent de vastes champs d’investigation car elles posent souvent plus de questions qu’elles n’en résolvent.

Références

1 Allander T, Andreasson K, Gupta S, et al. Identification of a third Polyomavirus. J Virol 2007 ; 81 : 4130-6.

2 Gaynor AM, Nissen MD, Whiley DM, et al. Identification of a novel Polyomavirus from patients with acute respiratory tract infections. PloS Pathog 2007 ; 3 : e64.

3 Feng H, Shuda M, Chang Y, Moore PS. Clonal integration of a polyomavirus in human Merkel cell carcinoma. Science 2008 ; 319 : 1096-100.

4 Randhawa P, Vats A, Shapiro R. The pathobiology of polyomavirus infection in man. Adv Exp Med Biol 2006 ; 577 : 148-59.

5 Foulongne V, Brieu N, Jeziorski E, Chatain A, Rodière M, Segondy M. KI and WU polyomaviruses in children, France. Emerg Infect Dis 2008 ; 14 : 523-5.

6 Abed Y, Wang D, Boivin G. WU polyomavirus in children, Canada. Emerg Infect Dis 2007 ; 13 : 1939-41.

7 Norja P, Ubillos I, Templeton K, Simmonds P. No evidence for an association between infections with WU and KI polyomaviruses and respiratory disease. J Clin Virol 2007 ; 40 : 307-11.

8 Foulongne V, Kluger N, Dereure O, Brieu N, Guillot B, Segondy M. Merkel cell polyomavirus in patients with Merkel cell carcinoma, France. Emerg Infect Dis 2008 ; 14 : 1491-3.

9 Brade L, Müller-Lantzsch N, Zur Hausen H. B-lymphotropic papovavirus and possibility of infections in humans. J Med Virol 1980 ; 6 : 301-8.

10 Sperling LC, Tomaszewski MM, Thomas DA. Viral-associated trichodysplasia in patients who are immonocompromised. J Am Acad Dermatol 2004 ; 50 : 318-22.


 

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