Auteur(s) : S. Pillet
Laboratoire de bactériologie‐virologie, Faculté de médecine
Jacques‐Lisfranc, CHU de Saint‐Etienne
Rubrique coordonnée par D.
Challine<dominique.challine@hmn.aphp.fr>
Les patients infectés par le variant de la maladie de
Creutzfeld‐Jakob (MCJv) après consommation de viande bovine
contaminée par le prion responsable de l’encéphalopathie
spongiforme bovine peuvent présenter la forme pathologique de la
protéine prion (PrPres, forme résistante aux protéases)
dans les tissus lymphoïdes tels que la rate, les amygdales, le
thymus et l’appendice. La protéine PrPres est également
retrouvée dans la muqueuse intestinale et le système nerveux
périphérique de primates non humains infectés. Sa résistance très
importante aux méthodes classiques de désinfection des matériels
médicaux pose le problème du risque de transmission nosocomiale de
l’agent de la MCJv. L’inactivation du pouvoir infectieux des
protéines prions est efficacement réalisée par immersion du
matériel dans une solution d’hydroxyde de sodium 1 N ou
d’hypochlorite de sodium à 2 % de chlore actif pendant 1 h, suivie
par un autoclavage en chaleur humide à 134 °C pendant 18 mn. Cette
méthode est cependant inutilisable pour certains matériels
contenant des matières plastiques ou du caoutchouc et des
composants électroniques, tels que les endoscopes et les
laparoscopes. La procédure actuellement recommandée pour la
désinfection des endoscopes utilise l’acide peracétique à 55 °C
pendant 12 mn qui, contrairement au glutaraldéhyde, ne fixe pas les
protéines sur les matériaux.
Pour tester l’efficacité de nouvelles méthodes de désinfection sur
l’agent de la MCJv, l’équipe de J.‐P. Deslys, en collaboration avec
un partenaire industriel, a utilisé un modèle animal et observé le
délai d’apparition de l’encéphalite après l’implantation d’une tige
d’acier, artificiellement contaminée par PrPres, dans le
cortex préfrontal de la région subcorticale de hamsters. Les
auteurs montrent que l’utilisation de l’acide peracétique à 55 °C
pendant 12 mn ne réduit que de 3,5 log la charge infectieuse dans
leur modèle, confortant les résultats d’autres études. En revanche,
l’immersion des tiges d’acier contaminées dans une solution
alcaline (Hamo 100 Prion Inactivating Detergent, Steris) à 1,6 % à
43 °C pendant 15 mn, dans un désinfectant phénolique (Environ LpH
et LpHse, Steris) à 5 % pendant 12 mn ou dans une solution
enzymatique (Klenzyme, Steris) à 0,8 % à 43 °C pendant 5 mn
associée à du peroxyde d’hydrogène vaporisé (VHP, 1,5 mg\L) à 25 °C
pendant 3 h, réduit d’au moins 5,6 log la quantité de
PrPres, ce qui rend ces trois procédures au moins aussi
efficaces que l’autoclavage en chaleur humide à 134 °C pendant
18 mn L’utilisation de VHP seul réduit d’environ 4,5 log la charge
infectieuse de PrPres. Cette réduction s’accompagne de
la disparition de la protéine PrPres en western‐blot
après traitement par la protéinase K.
L’évaluation et l’application de nouvelles méthodes de
décontamination sont nécessaires pour diminuer les risques
nosocomiaux théoriques liés à la réutilisation de dispositifs
médicaux, d’autant que les méthodes actuellement recommandées pour
l’élimination des protéines prions sont soit inapplicables
(autoclavage), soit peu efficaces (acide peracétique). D’après
cette étude, l’utilisation du VHP, seul ou associé à une solution
désinfectante, est particulièrement intéressante puisque ce gaz
n’est pas corrosif et peut ainsi être utilisé pour la
décontamination des surfaces fragiles ou inaccessibles
d’instruments médicaux complexes, tels que les endoscopes.
Néanmoins, ces résultats ont été obtenus dans un modèle
expérimental assez simplifié et sur un nombre limité d’expériences.
D’autres travaux sont nécessaires pour conforter ces données
encourageantes et bouleverser les bonnes pratiques de désinfection
des dispositifs médicaux codifiés en France dans la circulaire du
14 mars 2001.
Référence
1 . Fichet G, Comoy E, Duval C, et al. Novel methods for
disinfection of prion‐contaminated medical devices. Lancet
2004 ; 364 : 521‐6.
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