ARTICLE
Auteur(s) : C. Chapel1, I.
Vuillermoz1, N. Zitzmann2, C.
Trépo1, F. Zoulim1, D.
Durantel1
1 Virus hépatiques et pathologies associées,
Inserm U271, 151, cours Albert-Thomas, 69424 Lyon
2 Glycobiology Institute, Université d’Oxford,
South park road, Oxford, Angleterre
La famille des Flaviviridae regroupe des virus enveloppés à
ARN simple brin de polarité positive responsables de nombreuses
pathologies humaines et animales. Trois genres constituent cette
famille : le genre des flavivirus qui comprend, entre autres,
les virus West Nile (WNV), de la fièvre jaune (YFV), de la dengue
(DEN), de l’encéphalite japonaise (JEV) et de l’encéphalite
transmise par les tiques (TBE) ; celui des pestivirus qui
inclut les virus de la diarrhée bovine (VDBV), un virus souvent
utilisé comme modèle d’étude du HCV et de la peste porcine
classique (CSFV) et, enfin, le genre des hépacivirus qui comprend
notamment les différents génotypes et sous-types du virus de
l’hépatite C (HCV) [1].
En dépit de leur impact sur la santé humaine, il n’existe pas à
l’heure actuelle de traitements antiviraux spécifiques et efficaces
pour combattre les infections à flavivirus. En ce qui concerne les
infections liées au HCV, un traitement associant l’interféron alpha
(IFNα) et la ribavirine permet d’obtenir un taux élevé de réponse
virologique prolongée (50-60 %) [2]. Cependant, ce traitement
est assez mal toléré en raison des nombreux effets secondaires et,
de plus, est très onéreux, ce qui limite son utilisation aux pays
développés. Par conséquent, il est urgent et indispensable de
développer de nouveaux antiviraux afin de mieux combattre les
infections liées aux Flaviviridae.
La morphogenèse est une étape clé du cycle viral et représente par
conséquent une cible intéressante, encore non exploitée, pour le
développement de nouvelles stratégies antivirales. Récemment, des
molécules inhibant la morphogenèse virale ont été identifiées et
leurs mécanismes d’action étudiés en systèmes cellulaires et
animaux. Certaines de ces molécules ont été évaluées ou sont en
cours d’évaluation dans le cadre d’essais cliniques sur l’homme.
L’objectif de cette revue est de faire un bref état des lieux sur
la morphogenèse des Flaviviridae et son inhibition par des
antiviraux de nouvelles générations.
N-glycosylation
Les protéines d’enveloppe des Flaviviridae sont
N-glycosylées dans le réticulum endoplasmique des cellules
infectées. Les N-glycanes jouent un rôle important au cours des
phases précoces de la morphogenèse que sont le repliement et
l’assemblage des glycoprotéines d’enveloppe. Ils jouent également
un rôle important dans les virions libres, puisqu’ils habillent les
particules virales et sont impliqués dans l’attachement des virions
aux cellules. Dans ce paragraphe, nous proposons une brève revue
générale sur la N-glysosylation et l’importance des glycanes pour
le repliement, la dégradation des protéines, ainsi que pour le
processus de l’entrée virale. Des informations plus précises
peuvent être obtenues dans des revue récentes [3, 4].
Synthèse et maturation des N-glycanes dans le réticulum
endoplasmique
La synthèse des oligosaccharides, qui sont destinés à être
transférés sur les polypeptides naissant dans la lumière du
réticulum endoplasmique (RE), commence sur la face cytosolique de
ce dernier par l’addition de sucres simples sur le dolichol, un
transporteur lipidique membranaire (figure 1). Quand
l’oligosaccharide est composé de 5 mannoses et
2 N-acétylglucosamines (Man5GlcNAc2), il
est alors transloqué vers le côté luminal grâce à une flipase. Une
fois dans le RE, l’oligosaccharide est encore modifié par l’ajout
de quatre résidus mannose et trois résidus glucose.
L’oligosaccharide Glc3Man9GlcNAc2
ainsi pré-assemblé est ensuite transféré en bloc du
dolichol-bi-phosphate sur une chaîne polypeptidique en cours de
synthèse. L’oligosaccharyl transférase responsable de ce transfert
reconnaît un motif consensus spécifique Asn-X-Ser/Thr de la chaîne
polypeptidique naissante [3, 4]. Les glucosidases I et II du RE
modifient encore ce motif oligosaccharidique en enlevant deux
résidus glucose terminaux (figure 1). Le motif
Glc1Man9GlcNAc2 ainsi obtenu joue
un rôle prépondérant pour le repliement de certaines protéines,
dont les glycoprotéines virales. Il est en effet directement
reconnu par certaines protéines chaperons résidentes du RE et
permet l’interaction de ces dernières avec la partie polypeptidique
de glycoprotéines en cours de repliement. D’autres modifications
des N-glycanes, telles que l’enlèvement du dernier glucose et de
résidus mannose, sont également observées dans le RE comme nous le
verrons ci-dessous [3, 4]. Les N-glycanes sont ensuite modifiés
quand les protéines transitent dans l’appareil de Golgi. D’une
structure tri-antennaire riche en mannose, les N-glycanes sont
transformés en structure complexe le plus souvent bi-antennaire que
l’on retrouve dans les protéines sécrétées [3]. Il faut noter que,
sur certaines glycoprotéines, on retrouve des structures N-glycanes
très variées, glycanes complexes et riches en mannose pouvant
coexister sur une même protéine. Par ailleurs, une certaine
variabilité peut être observée d’une protéine à une autre ;
ainsi plusieurs « glycoformes » peuvent être observées
pour un même type de protéine.
Rôle des N-glycanes dans le repliement, le contrôle de qualité
et la dégradation des protéines cellulaires et virales
Le réticulum endoplasmique offre un environnement propice au
repliement des protéines en termes physicochimique (pH, potentiel
redox, etc.) et biochimique. De nombreuses protéines cellulaires,
dites chaperons, participent et permettent le repliement des
protéines qui transitent dans le RE. Elles contrôlent la qualité du
processus et retiennent dans le RE les protéines qui n’ont pas
encore acquis leur structure tertiaire ou quaternaire [5, 6]. Les
chaperons et autres censeurs moléculaires du repliement incluent
entre autres les protéines Bip, GRP64 (glucose regulated
protein), PDI (protein disulphide isomerase), ERp57
(thiol-disulphide oxidoreductase), calnexine (CNX) et
calréticuline (CRT). Ces protéines sont regroupées en deux classes.
La première classe regroupe les molécules chaperons telles que BiP
ou GRP64 qui ont une affinité pour les acides aminés ou les
parties hydrophobes des protéines. La seconde classe regroupe la
CNX et la CRT, deux lectines qui reconnaissent non la partie
polypeptidique mais les motifs N-glycanes monoglucosylés. Ces
chaperons n’ont pas uniquement comme fonction d’assister le
repliement des protéines ; ils servent également à retenir
dans un environnement favorable des protéines immatures afin
qu’elles acquièrent une conformation native. La rétention par ce
système de contrôle de qualité repose sur des propriétés générales
biophysiques communes aux protéines incomplètement repliées comme
la présence de surfaces hydrophobes, de boucles mobiles ou un
manque de compactibilité. Les protéines nouvellement synthétisées
n’interagissent pas avec toutes les protéines chaperons du RE.
Certaines se lient en premier lieu avec BiP puis avec la CNX ou
CRT, d’autres ne se lient qu’avec CNX ou CRT ; enfin,
certaines s’associent séquentiellement avec BiP puis GRP94.
Molinari et al. [7] ont montré que le choix initial d’une
protéine chaperon dépend de la localisation de groupements
N-glycanes dans la chaîne polypeptidique naissante. Une interaction
directe avec CNX et CRT a été observée quand les N-glycanes étaient
situés dans les 50 premiers résidus de la partie N-terminale
des glycoprotéines p62 et E1 du virus de la forêt de Semliki (SFV).
Une étude précise de la localisation des sites de glycosylation
dans la séquence linéaire d’une protéine nouvellement synthétisée
pourrait donc permettre de déterminer la nature de la molécule
chaperon qui assistera le repliement de cette protéine.
L’exemple le mieux connu de contrôle de qualité dans le RE est le
cycle CNX-CRT (figure
2). La CNX est une protéine transmembranaire alors que la
CRT est soluble dans la lumière du RE. Ces molécules chaperons
retiennent dans le RE des glycoprotéines non natives jusqu’à ce
qu’elles soient correctement repliées et, dans quelques cas,
dirigent ces glycoprotéines mal conformées vers le protéasome [5,
6]. L’interaction de ces lectines avec les N-glycanes a lieu grâce
à leur site de liaison se trouvant dans leur domaine globulaire. La
spécificité de CNX et CRT à lier des glycanes monoglycosylés
conduit à une association transitoire d’une ou des deux protéines
chaperons avec quasiment toutes les glycoprotéines synthétisées
dans le RE. Par ailleurs, la protéine ERp57s’associe à la CNX et à
la CRT liées aux glycoprotéines par des ponts disulfures
transitoires [7]. Deux enzymes indépendantes permettent le
fonctionnement du cycle CNX-CRT. D’une part, en hydrolysant le
résidu glucose du motif N-glycane de la glycoprotéine substrat, la
glucosidase II permet la dissociation entre la glycoprotéine et la
CNX ou la CRT. D’autre part, la UDP-glucose-glycoprotein
glucosyltransferase (GT) est responsable de la reglycosylation
du substrat protéique qui peut alors se réassocier avec la CNX ou
la CRT. Il est intéressant de noter que l’exposition de groupements
hydrophobes et du « premier » résidu GlcNAc sont les
caractéristiques reconnues par la glycoprotéine glucosyltransférase
[5, 6]. Les études in vivo et in vitro ont montré que
la re-glycosylation par cette enzyme n’avait lieu que si la
glycoprotéine relarguée par CNX ou CRT était incomplètement
repliée. Ainsi, une protéine ne peut quitter ce cycle que si la
glucosyltransférase ne peut pas la re-glycosyler. Le résidu glucose
est donc un marqueur moléculaire des glycoprotéines mal repliées.
Les cycles de glycosylation-déglycosylation ont lieu jusqu’à ce que
la glycoprotéine substrat ait atteint sa forme native ou soit
dirigée vers une voie de dégradation.
Les protéines qui n’ont pas pu acquérir une conformation native au
cours du cycle CNX-CRT sont rétrotransloquées dans le cytosol puis
dégradées par le protéasome selon un mécanisme connu sous le nom de
système de dégradation associé au RE (ERAD pour ER-associated
degradation) (figure
3). La voie de rétrotranslocation peut être divisée en
quatre étapes : 1) reconnaissance du substrat et adressage à
la machinerie de rétrotranslocation, 2) transport de la protéine à
travers la membrane du RE, 3) relargage du substrat dans le cytosol
et 4) dégradation du substrat par la sous-unité 26S du protéasome
[4]. Les mécanismes déterminant l’interruption du cycle CNX-CRT
sont mal connus. La coupure du mannose α-1,2 du motif
oligosaccharidique par l’α-mannosidase I, générant un motif
Man8GlcNAc2, semble être la première étape
dans l’adressage de la glycoprotéine vers la voie de dégradation.
En effet, l’inhibition de l’α-mannosidase I perturbe fortement la
dégradation de glycoprotéine par le système ERAD [8]. Puisque la
réaction catalysée par l’α-mannosidase est lente, seuls les
mannoses des glycoprotéines ayant passé beaucoup de temps dans le
RE seront coupés [4].
Récemment, deux études ont montré que la protéine EDEM, une
protéine homologue des α-mannosidases mais dépourvue d’activité
mannosidase, interviendrait dans le mécanisme de reconnaissance des
protéines vouées à la dégradation [9, 10]. EDEM interagirait avec
la CNX via son domaine transmembranaire et accepterait les
substrats présentant le motif Man8GlcNAc2.
L’action de l’α-mannosidase favoriserait l’interruption du cycle
CNX-CRT puisque le motif Man8GlcNAc2 est un
meilleur substrat pour la protéine EDEM que pour la glycoprotéine
glucosyltransférase. De plus, la proximité de EDEM et de la CNX
sécuriserait le transfert de la glycoprotéine mal repliée en
évitant la formation d’agrégats dans le RE. Le rétrotransport de la
glycoprotéine à travers la membrane du RE vers le cytosol se fait
grâce au complexe protéique Sec61 qui forme un tunnel dans la
membrane du RE. C’est ce même complexe qui permet la translocation
des protéines dans le RE. Afin d’être reconnues par la sous-unité
26S du protéasome, les protéines destinées à être dégradées doivent
être polyubiquitinilées. De récentes études ont mis en évidence le
rôle d’une enzyme située dans la membrane du RE de cellules de
cerveau de souris [4, 11]. Elle serait capable de reconnaître les
motifs riches en mannose des glycoprotéines sortant du RE. Cette
enzyme serait par la suite responsable de l’ubiquitination des
glycoprotéines de la voie ERAD dans les cellules de cerveau de
souris, permettant ainsi l’adressage de ces protéines au
protéasome.
Actuellement, toutes les glycoprotéines virales étudiées
subissent le même « traitement » que les protéines
cellulaires lors de leur passage dans le RE. Notamment, toutes
s’associent avec la CNX et/ou la CRT. Une différence notable est
que la plupart des glycoprotéines virales sont plus fortement
glycosylées que les glycoprotéines cellulaires [12]. Dans le cas du
virus de l’hépatite C (HCV), les deux glycoprotéines d’enveloppe E1
et E2 présentent 6 et 11 sites potentiels de N-glycosylation
respectivement [13, 14]. Par ailleurs, contrairement à ce qui est
observé pour les protéines cellulaires, le repliement de nombreuses
glycoprotéines virales est particulièrement sensible et n’accepte
que de faibles « déviations » par rapport à la forme
native. Cela pourrait être dû aux contraintes bio et
physicochimiques associées à l’assemblage macromoléculaire des
virions et à leur bourgeonnement. Il semblerait par ailleurs que ce
manque de flexibilité en termes de repliement et d’assemblage des
glycoprotéines d’enveloppe soit plus important pour les virus
bourgeonnant à partir du RE tels que les Flaviviridae. Ce
raisonnement donne une base théorique intéressante pour expliquer
la spécificité de l’effet inhibiteur des α-glucosidases sur le
repliement des glycoprotéines virales dont nous parlerons dans la
dernière partie de cette revue.
Importance des N-glycanes matures dans les particules
virales
Outre leur fonction de protection des particules virales, les
N-glycanes sont parfois impliqués dans les processus d’attachement
aux cellules et même de pénétration. Récemment, il a été montré que
le VIH interagissait avec une lectine membranaire spécifique des
cellules dendritiques, la protéine DC-SIGN, via ses
structures N-glycanes riches en mannose présentes sur
gp120 [15]. Dans ce cas, l’interaction n’aboutit pas à
l’entrée virale mais permet le transport vers les lymphocytes TCD4+
et favorise l’entrée du virus dans ces cellules [16]. Depuis cette
découverte, il a été montré que de nombreux virus, dont le virus
Ebola et le cytomégalovirus, interagissaient également avec DC-SIGN
[17]. Dans le cas du virus Ebola, il a de plus été montré que cette
interaction permettait l’entrée et la réplication virales [18]. Ce
résultat est très important car il suggère que les N-glycanes
peuvent être directement responsables de l’entrée virale.
Très peu de données sont disponibles en ce qui concerne la
structure des N-glycanes associés aux virions libres chez les
Flaviviridae, y compris pour certains flavivirus (DEN et
WNV) pour lesquels la structure des particules virales a été
analysée en détails [19, 20]. En fait plusieurs structures
N-glycanes, complexes et riches en mannose, seraient présentes sur
les glycoprotéines d’enveloppe. La présence de structures riches en
mannose est suggérée de manière indirecte par la capacité de
certains Flaviviridae à interagir avec DC-SIGN ou L-SIGN
[15, 21, 22]. En effet deux membres des Flaviviridae, le
virus de la dengue et le HCV, interagissent respectivement avec les
lectines DC-SIGN et L-SIGN qui présentent des affinités importantes
pour les structures riches en mannose [21, 22]. De plus, dans le
cas du virus de la dengue, cette interaction permettrait la
pénétration et la réplication du virus dans des cellules de
moustiques [21, 22].
Morphogenèse et structure des virions chez les
Flaviviridae
Les virus de la famille Flaviviridae sont des virus
enveloppés contenant un génome sous forme d’ARN simple brin de
polarité positive long de 9 à 12 kb, qui comprend un seul
cadre de lecture ouvert flanqué de deux régions non codantes, en 5’
et 3’. Leur organisation génomique est très similaire : les
régions codant les protéines de structure sont toujours situées en
5’ et précèdent les régions codant les protéines non structurales
qui assurent les fonctions enzymatiques essentielles à la
réplication du génome viral (figure 4). Le cycle de
réplication des virus de cette famille est très similaire (figure 5). La
réplication du génome ainsi que l’assemblage des particules virales
sont étroitement associés à la membrane du réticulum endoplasmique
(RE). Les particules virales bourgeonnent dans ce dernier et
transitent par l’appareil de Golgi puis les vésicules de sécrétion
avant d’atteindre la membrane plasmique et d’être libérées dans le
milieu extracellulaire [1]. La structure des virions est elle aussi
comparable et inclut toujours les mêmes types de protéines :
l’ARN génomique est complexé à une protéine virale très basique, la
capside, pour former une nucléocapside et cette dernière est
entourée d’une bicouche lipidique dérivée de l’hôte dans laquelle
sont insérées les glycoprotéines d’enveloppe jouant un rôle
fondamental dans l’entrée du virus dans la cellule.
Flavivirus
Les flavivirus apparaissent en microscopie électronique sous la
forme d’une particule sphérique de 40 à 60 nm de diamètre,
composée d’une nucléocapside d’environ 30 nm de diamètre
entourée d’une membrane lipidique dérivée de l’hôte. Trois
protéines structurales sont associées aux virions : la capside
et deux protéines membranaires, une petite protéine M non
glycosylée et la protéine majeure de surface E, qui, elle, est
souvent glycosylée. L’étude détaillée de l’enveloppe des virus DEN,
TBE et WN a montré que la surface des flavivirus présente une
structure très ordonnée dépourvue de spicules projetées vers
l’extérieur [19, 20]. En effet, la protéine E est ancrée à la
membrane virale et forme, à la surface du virion, des homodimères
disposés parallèlement, et non perpendiculairement, à cette
membrane. L’analyse de l’architecture moléculaire des virions du
virus de la dengue a montré que 90 de ces dimères E, associés trois
par trois de manière presque parallèle, forment une enveloppe très
structurée à symétrie icosaédrique [20]. La structure tertiaire de
l’ectodomaine de la protéine E, obtenue par cristallographie, est
divisée en trois domaines : le domaine I central qui porte
l’extrémité N-terminale ainsi que le site de N-glycosylation commun
à tous les flavivirus, le domaine II, qui est composé de deux
longues boucles formant une structure de type « doigt »
et permet la dimérisation, et le domaine III, de type
immunoglobuline et dont l’axe est orienté perpendiculairement à la
membrane [19, 20]. Cette protéine E joue probablement un rôle dans
l’entrée du virus dans la cellule, à la fois dans l’interaction
avec le ou les récepteurs de surface, qui ne sont pas encore
clairement identifiés, et dans la fusion des membranes virales et
cellulaires à pH acide après endocytose [1]. Le domaine III,
projeté vers l’extérieur et ayant une structure de type
immunoglobuline propice aux interactions protéine-protéine,
pourrait reconnaître le récepteur cellulaire. De plus, à pH
inférieur ou égal à 6,5, les dimères E-E se réorganisent en
trimères afin d’exposer un peptide hydrophobe de fusion qui semble
être localisé à l’extrémité distale du domaine II [20].
Les protéines d’enveloppe prM et E jouent un rôle majeur dans
l’assemblage et la morphogenèse des flavivirus. En effet,
l’expression des seules protéines prM et E des virus TBE et JEV en
culture cellulaire suffit à la formation et à la sécrétion de
particules subvirales, ayant des caractéristiques structurales et
fonctionnelles similaires à celles de l’enveloppe de virions
complets [23]. Ces particules subvirales représentent un matériel
intéressant pour des applications vaccinales. Le clivage et la
formation de ces deux protéines virales se font dans le RE rugueux.
En effet, bien que présentant un fort caractère basique en accord
avec sa fonction d’encapsidation de l’ARN viral, la protéine C
porte à son extrémité C-terminale un domaine hydrophobe permettant
de façon temporaire son ancrage à la membrane du RE. Ce domaine
sert de séquence signal pour la translocation de la protéine
suivante, prM, dans la lumière du RE. Le clivage de ce domaine
hydrophobe en N-terminal par la protéase virale NS3, puis en
C-terminal par une signal peptidase du RE, génère une protéine C
mature et libère la protéine prM de son peptide signal. La protéine
C mature reste néanmoins associée aux membranes cellulaires,
probablement par une courte séquence hydrophobe dans sa partie
centrale [1]. Les deux autres protéines structurales, prM et E,
portent à leur extrémité C-terminale deux segments hydrophobes
séparés par quelques résidus hydrophiles. Lorsque la protéine prM a
traversé la membrane du RE, le premier de ses segments hydrophobes
C-terminaux interrompt le transfert dans le RE et permet son
ancrage à la membrane du RE. Le second segment hydrophobe sert de
séquence signal pour la protéine E en aval et permet donc sa
translocation dans le RE. La protéine E est elle aussi séparée de
son peptide signal par une signal peptidase du RE et poursuit sa
translocation. Comme pour prM, deux segments hydrophobes
C-terminaux stoppent son transfert dans le RE et déclenchent celui
de la protéine NS1, respectivement. [1]. Une fois transférées dans
la lumière du RE et clivées, les protéines prM et E se replient et
acquièrent leur conformation native, grâce à la formation de ponts
disulfures intramoléculaires. Si la maturation de la protéine prM
est rapide, il n’en est pas de même pour la protéine E qui doit
s’associer avec prM pour achever sa maturation [24]. Cette
hétérodimérisation implique des sites dans l’ectodomaine de ces
deux protéines et semble stabilisée par les domaines
transmembranaires. Les domaines transmembranaires de prM et E
semblent également jouer un rôle dans les étapes plus tardives de
la morphogenèse virale, peut-être lors de la multimérisation des
hétérodimères permettant le bourgeonnement de la particule [25]. En
s’associant avec la protéine E, la protéine prM joue non seulement
un rôle de chaperon lors de la maturation de la protéine
d’enveloppe mais également un rôle de protection des fonctions de
cette enveloppe lors des étapes tardives de la morphogenèse, en
empêchant l’exposition prématurée du peptide de fusion lors de leur
transit dans les compartiments acides de la voie de sécrétion [1].
Durant leur séjour dans le RE, les protéines prM et E ainsi que la
protéine NS1 subissent des modifications post-traductionnelles, en
particulier des N-glycosylations. Le taux de glycosylation de ces
protéines varie cependant selon les flavivirus et les souches. La
protéine prM, toujours glycosylée, contient 1 à 3 sites de
N-glycosylation dans son segment N-terminal « pr » qui
est clivé au cours de la maturation des virions dans l’appareil de
Golgi ; c’est pourquoi la protéine M n’est pas glycosylée dans
les virions libres. En revanche, si la plupart des flavivirus
contiennent un site potentiel de N-glycosylation dans la séquence
de la protéine E (Asn153/154), ce site n’est pas utilisé chez tous
les virus et tous les isolats comme ont pu le montrer des études
portant sur le virus Kunjin, les virus DEN ou YF [1, 23]. De plus,
ce site est absent chez certains flavivirus, comme le virus WN dont
la protéine E ne porte pas de N-glycosylation [1, 23]. La
déglycosylation de la protéine E du virus TBE montre que les
N-glycanes ne semblent pas jouer de rôle dans la structure
antigénique et la fonction de la protéine E, ce qui est en accord
avec la diversité des profils de glycosylation observés entre virus
et entre souches pour cette protéine. Cependant, dans le modèle des
particules subvirales du virus TBE reposant sur la simple
expression des protéines prM et E, la formation de N-glycanes sur
la protéine E semble essentielle à la formation des complexes prM-E
et des dimères E-E. De plus, la modification de ces glycanes par
les α-glucosidases du RE permet leur interaction avec les chaperons
du RE qui assisteraient la multimérisation nécessaire au
bourgeonnement de la particule [23]. Ainsi, la glycosylation des
protéines d’enveloppe des flavivirus, bien que variable selon les
souches, semble jouer un rôle important dans la morphogenèse
virale.
L’association des protéines structurales des flavivirus avec la
membrane du RE, en particulier l’orientation des protéines
d’enveloppe prM et E et leur topologie dans la bicouche lipidique,
suggère un assemblage de la nucléocapside à la face cytosolique de
la membrane du RE suivie du bourgeonnement de la particule dans la
lumière du RE permettant l’acquisition de l’enveloppe. La
multimérisation des protéines prM et E permettrait la formation
d’un treillage qui induirait ce bourgeonnement. Bien qu’un tel
processus d’assemblage de la particule virale n’ait jamais été
observé directement chez les flavivirus, l’infection de cellules de
mammifères par le virus Kunjin a en effet permis d’observer, par
microscopie électronique et immunomarquage, la présence de
particules virales dans le RE rugueux [26]. Ces observations
concordent avec le modèle envisagé. De plus, les cellules infectées
présentent, en continuité avec la membrane du RE, une accumulation
de membranes intracytoplasmiques, parfois circonvolutées, où sont
colocalisées les protéines prM et E [26]. Ces modifications
ultrastructurales pourraient être le site du clivage de la
polyprotéine et de l’assemblage des virions. Une fois formés, les
virions quittent probablement le RE pour rejoindre l’appareil de
Golgi où ils achèvent leur maturation. En effet, certains des
N-glycanes portés par les glycoprotéines virales sont modifiés en
glycanes complexes. De plus, juste avant la libération des virions
matures dans le milieu extracellulaire, la protéine prM est clivée
par une protéase de l’appareil de Golgi, probablement une furine,
libérant ainsi le fragment pr glycosylé et laissant la protéine M
associée à l’enveloppe virale [1]. Ce clivage permet à la protéine
E de devenir compétente pour l’activité de fusion. Les virions
doivent alors se regrouper dans la région trans de
l’appareil de Golgi et s’accumuler dans de grandes vésicules
d’exocytose qui vont permettre leur libération dans le milieu
extracellulaire [1, 26].
Pestivirus
Les pestivirus ont un faible taux de réplication et de synthèse
protéique en culture cellulaire. Leur sécrétion dans le milieu de
culture est peu efficace et ils sont souvent associés à des débris
cellulaires, ce qui complique la purification et la visualisation
de ces virus. Néanmoins, des systèmes de culture adaptés ont permis
d’observer des virions dont la structure est similaire à celle des
flavivirus : une particule sphérique enveloppée de 40 à
60 nm de diamètre contenant une nucléocapside de 30 nm de
diamètre [1]. Quatre protéines structurales composent ces
virions : la protéine C de capside et trois glycoprotéines
d’enveloppe, Erns, E1 et E2. La protéine Erns est appelée ainsi car
elle possède une activité ribonucléase. Son rôle dans le cycle des
pestivirus est cependant encore mal compris mais il semble
essentiel puisque des anticorps dirigés contre cette activité
neutralisent l’infectiosité des pestivirus [1]. Cette particularité
n’est pas partagée par les autres membres de la famille des
Flaviviridae. Les glycoprotéines d’enveloppe forment en
particulier des hétérodimères E1-E2 liés par des ponts disulfures
qui semblent représenter le complexe majeur à la surface des
virions [1, 27]. Contrairement aux protéines E1 et E2, Erns ne
possède pas de domaine d’ancrage à la membrane lipidique formant
l’enveloppe virale et elle est en partie sécrétée dans le milieu
extracellulaire. Cependant, cette protéine est également retrouvée
sur les virions [1]. En effet, des analyses d’immunoprécipitation
des protéines d’enveloppe du VDBV en conditions réductrices et non
réductrices ont montré récemment que Erns et E2 étaient associées
de manière covalente par des ponts disulfures intermoléculaires sur
les virions matures sécrétés dans le milieu extracellulaire comme
dans les cellules infectées [28]. Les protéines Erns et E2 semblent
jouer toutes les deux un rôle important dans l’attachement et
l’entrée des pestivirus dans les cellules cibles puisqu’elles
interagissent avec des molécules de la surface cellulaire [29]. De
plus, elles peuvent induire une réponse humorale neutralisante. La
structure détaillée de l’enveloppe des pestivirus n’est cependant
pas connue.
Le clivage et la formation des protéines d’enveloppe des
pestivirus ont lieu, comme pour les flavivirus, dans le RE.
L’extrémité C-terminale de la protéine de capside contient en effet
un peptide signal dirigeant la chaîne naissante du précurseur
Erns-E1-E2 dans la lumière du RE. Le clivage entre la capside et ce
précurseur, effectué par une signal peptidase du RE, intervient
alors rapidement. L’extrémité C-terminale des protéines E1 et E2
est constituée de deux segments hydrophobes. Comme dans le cas des
protéines prM et E des flavivirus, le premier segment stoppe le
transfert de la protéine en amont et permet son ancrage à la
membrane du RE tandis que le second déclenche le transfert de la
protéine en aval dans le RE. Le précurseur Erns-E1-E2 est
rapidement clivé par une signal peptidase du RE. La protéine E2 est
libérée du précurseur Erns-E1 dans un premier temps et le clivage
Erns-E1 intervient plus tardivement [1]. Entre les protéines
structurales et non structurales se trouve un petit peptide
hydrophobe de 7 kDa (p7) requis pour la production de
particules infectieuses. Le clivage entre E2 et p7 est cependant
incomplet et les deux formes, E2 et E2-p7, sont stables et
coexistent dans les cellules infectées, formant toutes les deux des
complexes avec Erns. Une seule des deux formes cependant est
retrouvée en association avec Erns à la surface des virions
[28].
Dans la lumière du RE, les trois protéines d’enveloppe Erns, E1 et
E2 acquièrent des N-glycanes. La protéine Erns, la plus glycosylée,
porte 7 à 9 sites potentiels de N-glycosylation dont la
plupart semblent être utilisés en culture cellulaire. La protéine
E1 porte 2 à 3 sites potentiels tandis que E2 en porte 4 à 6.
Des modifications de la chaîne oligosaccharidique de ces protéines
doivent intervenir au cours de leur transit à travers l’appareil de
Golgi comme l’atteste la réduction de leur mobilité
électrophorétique lors de leur sécrétion [1]. Ces trois
glycoprotéines s’associent en complexes stabilisés par des ponts
disulfures : elles forment des homodimères Erns-Erns et E2-E2
ainsi que des hétérodimères E1-E2. Bien que ces trois formes
semblent présentes également à la surface des particules,
l’hétérodimère E1-E2 semble représenter le complexe majeur et le
composant fonctionnel des virions matures [1, 27]. L’analyse
détaillée du processus d’assemblage de cet hétérodimère dans des
cellules infectées par le VDBV montre que l’étape limitante est la
formation de la protéine E1. Alors que les espèces protéiques E2 et
E2-p7 acquièrent pendant ou dès la fin de la traduction une
conformation compacte, le repliement de E1 se déroule lentement
[27]. La formation de ponts disulfures intramoléculaires est
cruciale pour l’acquisition d’une conformation native et stable
[30]. Durant la formation de ces ponts disulfures
intramoléculaires, les glycoprotéines E1 et E2/E2-p7 s’associent
avec la CNX. L’association de E1 avec cette chaperon dure plus
longtemps que pour E2/E2-p7 et la dissociation E1-CNX coïncide avec
le début de la formation de l’hétérodimère E1-E2. La formation des
hétérodimères E1-E2 dépend du repliement correct de ces deux
glycoprotéines et donc de leur interaction avec la CNX. La
réduction des glucoses à l’extrémité des N-glycanes des
glycoprotéines du VDBV est nécessaire pour que cette interaction
ait lieu. En l’absence de ce réarrangement de la chaîne
oligosaccharidique, l’interaction avec la CNX n’a pas lieu et la
formation d’hétérodimères E1-E2 est fortement diminuée, entraînant
une réduction de la formation de particules infectieuses [27]. À
l’exception de l’assemblage des glycoprotéines d’enveloppe E1 et
E2, aucune donnée n’est disponible sur l’assemblage de la particule
virale et le relarguage des virions de la cellule infectée.
Cependant, la formation des complexes de glycoprotéines d’enveloppe
ayant lieu dans le RE comme pour les flavivirus, il est probable
que les pestivirus suivent le même schéma qu’eux et bourgeonnent
dans le RE pour suivre ensuite la voie sécrétoire jusqu’à la
membrane plasmique.
Virus de l’hépatite C
L’étude de la morphogenèse du HCV a été retardée par le fait
qu’il n’existe pas de système cellulaire capable de propager
efficacement le virus en culture. Malgré les nombreux systèmes
d’expression mis au point pour pallier ce problème, il n’existe
toujours pas de système cellulaire permettant la réplication de
virus complets, nécessaire à l’étude de la structure et de la
formation des particules virales. Quelques rares études ont réussi
à visualiser en microscopie électronique des particules du HCV dans
du plasma issu de donneurs infectés, dans les hépatocytes de
chimpanzés infectés expérimentalement ou dans le cytoplasme de
cellules en culture [1]. Elles présentent une structure sphérique
de 50 à 65 nm de diamètre, contenant un core interne de
30 nm de diamètre environ et, contrairement aux flavivirus,
des projections épineuses seraient présentes à leur surface.
Cependant, cette dernière observation reste à confirmer. La
composition de ces virions n’a pas pu être déterminée mais, à
l’image des autres Flaviviridae, ils doivent contenir la
protéine de capside (C) et les deux glycoprotéines d’enveloppe, E1
et E2 codées par le génome du HCV. En effet, ces deux
glycoprotéines semblent impliquées dans l’entrée du virus dans la
cellule puisque des chimpanzés immunisés avec ces protéines peuvent
être protégés contre l’infection [1]. La protéine E2, exprimée sous
une forme recombinante soluble, est capable de se fixer sur
différents types de cellules et à différentes molécules de surface,
suggérant son rôle dans l’interaction du virus avec son récepteur
cellulaire, bien que celui-ci n’ait pas encore été clairement
identifié. La protéine E1 serait plutôt impliquée dans la fusion
des membranes virale et cellulaire lors de l’entrée du virus dans
la cellule par endocytose [1].
Le HCV a en commun avec les pestivirus un petit peptide d’environ
7 kDa (p7) dont le clivage avec E2 est incomplet. L’efficacité
du clivage E2/p7 dépend de la souche virale et les deux formes E2
et E2-p7 peuvent coexister dans la cellule. Le peptide p7,
entièrement transmembranaire, pourrait jouer un rôle de canal
ionique dans le bourgeonnement et/ou l’entrée virale des virions
matures [31, 32]. Des travaux récents utilisant des
pseudo-particules virales (PPV) du HCV produites en cellules
d’insectes suggèrent que p7 pourrait être impliqué dans les
processus d’internalisation de ces PPV [33]. Ce résultat suggère
indirectement que p7 est associé aux particules virales. Cependant,
la présence ou l’absence de ce polypeptide dans les particules
virales natives du HCV reste à confirmer. La mise au point récente
d’une stratégie originale de production de pseudo-particules HCV
grâce à des vecteurs rétroviraux ou lentiviraux pourrait permettre
également d’aller plus loin dans l’analyse du rôle de p7 dans
l’entrée du virus [34, 35].
En raison des difficultés rencontrées pour propager le virus en
culture cellulaire, l’étude de certains événements de la
morphogenèse virale a été rendue possible grâce à l’expression
transitoire des protéines du HCV dans des lignées cellulaires, à
l’aide de vecteurs viraux ou non viraux. L’essentiel des
connaissances acquises concerne la formation et l’assemblage des
protéines d’enveloppe dans le RE et repose sur l’expression de ces
deux seules protéines par un système hétérologue. Ces connaissances
sont exposées en détails dans plusieurs revues récentes [13, 36,
37]. Il a ainsi été montré que les protéines E1 et E2 étaient
dirigées, au cours de leur synthèse, vers le RE. En effet,
l’extrémité C-terminale hydrophobe de la capside sert de séquence
signal au précurseur E1-E2-p7-NS2 et déclenche sa translocation
dans le RE. Ce précurseur est libéré de son peptide signal et la
capside de son extrémité C-terminale ancrée dans la membrane du RE
[38], par des signal peptidases du RE. De plus, les protéines E1 et
E2, comme prM et E chez les flavivirus et E1 et E2 chez les
pestivirus, portent à leur extrémité C-terminale deux segments
hydrophobes séparés par quelques résidus chargés, le premier
permettant l’arrêt du transfert dans le RE de la protéine en amont
et le second servant de peptide signal à la protéine en aval. Après
clivage par une signal peptidase du RE, il a été montré que le
second segment hydrophobe se réoriente de telle sorte que les
domaines TM passent d’une structure en épingle à cheveux à deux
passages transmembranaires à une structure à un seul segment
transmembranaire. Cette disposition particulière des domaines TM de
E1 et E2 du HCV est nécessaire à leur multifonctionnalité. En
effet, outre leur rôle de séquence signal et d’ancrage à la
membrane du RE, ils servent de signaux de rétention des protéines
E1 et E2 dans le RE. De plus, une fois clivées, les protéines E1 et
E2 s’assemblent en hétérodimères et leurs domaines TM jouent un
rôle important dans cette interaction. Les acides aminés chargés
conservés situés entre les segments hydrophobes sont essentiels aux
fonctions de ces deux domaines TM. Il est important de noter que ce
type de réorientation des domaines transmembranaires n’a pas été
observé chez les flavivirus [25, 39]. Cette différence de topologie
entre les domaines transmembranaires des flavivirus et des
hépacivirus n’a pour le moment aucune explication biologique. Dans
la lumière du RE, le clivage E1-E2 est co-traductionnel tandis que
le clivage E2-p7-NS2 intervient une fois la synthèse achevée. Les
protéines E1 et E2 sont modifiées par des N-glycosylations au cours
de leur formation dans le RE. Elles possèdent 6 et 11 sites
potentiels respectivement. Quatre à 5 des 6 sites potentiels
sont utilisés sur la protéine E1 en fonction des génotypes.
Cependant, exprimée seule, la protéine E1 n’est pas correctement
glycosylée, ce qui suggère la présence d’une séquence peptidique en
aval nécessaire à sa glycosylation. L’état de glycosylation
effectif de la protéine E2 n’a pas été déterminé, mais 9 des
11 sites potentiels sont très conservés entre souches. De
plus, les analyses de déglycosylation de cette protéine montrent
que la plupart de ces sites sont certainement utilisés [14]. Comme
il a été mentionné plus haut, les protéines E1 et E2 s’associent en
complexes, une fois synthétisées et clivées de leur précurseur.
L’expression transitoire des protéines E1 et E2 sous forme
recombinante dans des systèmes hétérologues aboutit à la formation
de deux types de complexes : des hétérodimères liés de manière
non covalente (voie de formation dite « productive »),
impliquant les domaines TM des deux protéines, et des agrégats de
protéines E1 et E2 liées par des ponts disulfures intermoléculaires
(voie de formation dite « non productive ») [13, 36, 37].
Les hétérodimères non covalents semblent représenter la forme
« prébourgeonnante » du complexe de protéines d’enveloppe
car ils sont constitués de protéines correctement repliées et sont
résistants aux protéases. Cependant, des expériences de cinétique
montrent que ces hétérodimères se forment lentement. En effet, la
maturation de E1 avec acquisition d’une conformation stable et
compacte via des ponts disulfures intramoléculaires est
lente alors que celle de E2 est concomitante avec le clivage
E2-NS2. La formation de l’hétérodimère E1-E2 permet à la protéine
E2 de jouer un rôle de chaperon nécessaire à la formation correcte
de E1. Par ailleurs, les deux protéines sont assistées dans leur
repliement en s’associant d’abord individuellement avec la CNX.
Puis cette protéine chaperon du RE assisterait l’assemblage des
glycoprotéines d’enveloppe et la formation correcte des
hétérodimères non covalents. Les agrégats se forment plus
rapidement que les complexes E1-E2 non covalents et interagissent
avec d’autres chaperons du RE, la calréticuline et la Bip [13, 36,
37]. Il est possible que la formation de ces agrégats soit
seulement la conséquence de l’utilisation de systèmes de
surexpression de protéines recombinantes. En effet, il n’y a pas
d’association des protéines d’enveloppe avec la calréticuline ou la
Bip ni de formation d’agrégats lors de la réplication du VDBV en
culture cellulaire. Ainsi, lors de l’infection naturelle des
pestivirus, il n’y a pas de voie non productive [27].
Les étapes tardives de la morphogenèse des virions HCV restent
méconnues. La rétention des protéines d’enveloppe E1 et E2 dans le
RE, vérifiée par l’absence de glycanes complexes sur ces protéines
et par des analyses en immunofluorescence, suggère un
bourgeonnement de la particule virale dans le RE comme pour les
autres membres des Flaviviridae.
Inhibition de la morphogenèse et de l’infectiosité des
virions
La morphogenèse représente une étape du cycle viral
potentiellement intéressante pour le développement d’antiviraux.
Des études récentes réalisées sur les virus de l’hépatite B (HBV)
et le VDBV, un pestivirus modèle pour l’étude du virus de
l’hépatite C (HCV), ainsi que sur certains flavivirus ont démontré
in vitro, mais également dans des modèles animaux, la
pertinence de cette nouvelle approche antivirale. L’objectif
principal de ce chapitre est de décrire une famille chimique
d’inhibiteurs de la morphogenèse virale et de montrer l’intérêt
potentiel de telles molécules, notamment dans le cadre de la lutte
anti-HCV.
Le repliement et l’assemblage de nombreuses glycoprotéines virales
nécessitent l’assistance de protéines dites chaperons, résidant
dans le réticulum endoplasmique (RE) [12, 40]. Comme indiqué
précédemment, la CNX et la calréticuline interagissent non pas avec
la partie peptidique mais avec la partie N-glycane des protéines
qu’elles doivent assister pour le repliement [5, 41-44]. Pour que
cette interaction ait lieu, il faut que la structure initiale du
N-glycane, qui est composée de 3 glucoses, 9 mannoses et
2 N-acétylglucosamines
(Glc3Man9GlcNAc2), soit modifiée
par le clivage de deux résidus glucose. En effet, ces deux
protéines chaperons interagissent seulement avec des N-glycanes
monoglucosylés (Glc1Man9GlcNAc). Les
réactions de déglycosylation sont catalysées par deux enzymes du
RE, les α-glucosidases I et II [5, 41-44]. L’interaction avec la
CNX est cruciale pour le repliement de certaines, mais non de
toutes, les glycoprotéines. Certaines protéines se replient très
vite et n’ont pas besoin d’être retenues par ces lectines dans le
RE. Ainsi, les inhibiteurs des α-glucosidases peuvent être utilisés
pour perturber de manière spécifique le repliement des protéines
fortement dépendantes de cette interaction. De nombreuses
glycoprotéines virales, dont celles du HCV, dépendent de la CNX
pour se replier correctement et surtout pour s’assembler les unes
avec les autres en oligomères. Cela explique pourquoi les
inhibiteurs des α-glucosidases ont souvent des propriétés
antivirales [45-50]. Par exemple la casternospermine, un inhibiteur
puissant des α-glucosidases, a des propriétés antivirales à l’égard
de nombreux virus, dont les hépadnavirus (ex : HBV), les
rétrovirus (ex. : VIH), les herpèsvirus, les coronavirus et
les alphavirus. Cet effet antiviral est la conséquence soit d’une
inhibition de la sécrétion du virus, soit d’une réduction de
l’infectiosité des particules virales néoformées.
Sucres iminés à activité antivirale
La recherche d’inhibiteurs des enzymes impliquées dans la
modification des N-glycanes, notamment les α-glucosidases, a permis
d’identifier de nouvelles molécules appartenant à la famille des
sucres iminés (ou iminosucres) [48, 49]. Les sucres iminés sont des
analogues de carbonhydrates qui contiennent un azote substituant
l’oxygène du cycle (figure 6). Ils peuvent être
isolés de certaines plantes et de microorganismes mais aussi
obtenus artificiellement par synthèse chimique. Du fait de leurs
propriétés biologiques remarquables, les iminosucres représentent
la classe d’analogues de carbonhydrates la plus intéressante en
termes de développement d’agents thérapeutiques contre des maladies
aussi diverses que le diabète, le cancer ou les infections virales
[51].
Du fait de leur analogie avec des carbonhydrates, les sucres
iminés sont des inhibiteurs in vitro et in vivo de
nombreuses glycosidases [49, 51]. Ainsi les sucres iminés dérivés
du glucose (ex : déoxynojirimycine ou DNJ) sont des
inhibiteurs notamment des α-glucosidases I et II du RE. Comme la
casternospermine, le DNJ et ses dérivés N-alkylés (ex. :
N-butyl-DNJ [NB-DNJ] ou N-nonyl-DNJ [NN-DNJ]) ont des propriétés
antivirales à l’égard de différents virus, incluant le VIH et le
HBV [48, 49, 52]. Des études, réalisées par l’équipe de Tim Block,
pour déterminer les mécanismes de l’action anti-HBV de NB-DNJ ont
montré que l’effet antiviral était la conséquence d’un mauvais
repliement de la protéine M qui prévenait la morphogenèse du virus
et la sécrétion virale [53-55]. En effet, la protéine M ne pouvait
plus interagir avec la CNX à cause de l’accumulation de structures
N-glycanes tri-glycosylées. Sachant que la protéine M n’est pas
indispensable à la morphogenèse virale, les auteurs ont émis
l’hypothèse d’un effet négatif trans dominant pour expliquer
l’inhibition de la morphogenèse virale. D’autres études par la même
équipe ont démontré que le NN-DNJ, le dérivé du DNJ portant un
groupement nonyl branché sur l’azote du cycle, était 100 à
200 fois plus efficace que NB-DNJ quant à son effet inhibiteur
de la sécrétion virale. Ces études, réalisées in vivo dans
le modèle de la marmotte américaine infectée par le WHV (équivalent
du HBV dans ce modèle) [56], ont démontré l’efficacité antivirale
et l’absence de toxicité de ce type d’inhibiteurs des
α-glucosidases et ont donc apporté pour la première fois la preuve
de concept que ce type d’inhibiteur ciblant une fonction cellulaire
pouvait être utilisé in vivo.
Des travaux par Courageot et al. [47] et Lorenz et
al. [23] plus récemment ont également montré que les
inhibiteurs des α-glucosidases, DNJ et NB-DNJ respectivement,
avaient un effet sur le repliement et l’assemblage des protéines
prM et E des flavivirus, ainsi que sur la sécrétion virale. Ces
résultats montrent que les inhibiteurs des α-glucosidases sont
potentiellement intéressants pour lutter contre les infections à
flavivirus pour lesquelles, rappelons-le, il n’existe pas de
traitement efficace.
Inhibiteurs des alpha-glucosidases comme agents
anti-VIH : historique d’un échec
La démonstration de l’activité in vivo des nouveaux
inhibiteurs des α-glucosidases à l’égard de la réplication du WHV
est d’autant plus importante que la communauté scientifique garde à
l’esprit l’échec du NB-DNJ dans la lutte in vivo contre le
VIH. En effet, au milieu des années 1990, plusieurs travaux ont
décrit l’effet antiviral de cette molécule à l’égard de la
réplication du VIH in vitro et ont étudié son mécanisme
d’action. La protéine gp160, qui est le précurseur des protéines
gp120 et gp41, est hyper-N-glycosylée et dépend fortement de
l’interaction avec la CNX pour son repliement et sa maturation
[12]. En effet, il a été montré que le NB-DNJ, en inhibant la
maturation des N-glycanes triglycosylés et par conséquent
l’interaction avec la CNX, avait un effet dramatique sur le
repliement de cette protéine se traduisant par des changements
conformationnels dans les régions V1/V2 de gp120 [52, 57]. La
conséquence de cette inhibition et de la perturbation du repliement
et de la maturation de gp160 était une diminution de
l’infectiosité des virions libres et donc un effet antiviral par
défaut d’entrée. Des travaux plus poussés ont permis de montrer que
le blocage de l’entrée virale était dû à une perturbation du
changement conformationnel induite par l’interaction avec CD4 [58],
ce changement de conformation étant crucial pour la fusion du
virion avec la membrane cellulaire. La dose de NB-DNJ nécessaire
pour obtenir une inhibition proche de 100 % était supérieure à
1 mM.
Sur la base de ces travaux, le NB-DNJ (SC-48334) a été évalué dans
des essais cliniques de phase II. Malheureusement, aux doses
testées et avec les protocoles utilisés, aucun impact majeur sur la
charge virale n’a été observé [59]. En fait, la dose sérique de
drogue n’était pas suffisante pour qu’un effet puisse être observé.
Clairement, cette molécule n’était pas intéressante comme agent
antiviral et son développement a été stoppé.
Sucres iminés de deuxième génération comme antiviraux contre
les Flaviviridae
À la suite de l’échec sur le VIH, une phase de recherche et
développement a permis d’identifier des sucres iminés de deuxième
génération beaucoup plus intéressants en termes d’activité
antivirale et de toxicité. Deux voies de recherche ont été
considérées. La première consistait à améliorer les inhibiteurs des
α-glucosidases du type NB-DNJ afin de les rendre plus puissants et
moins toxiques. Cela a été obtenu essentiellement en allongeant la
chaîne carbonée branchée sur l’azote du cycle, une chaîne en 9
carbone étant optimale (ex. : NN-DNJ), et en ajoutant un
oxygène dans la chaîne carbonée dans la partie distale de la chaîne
alkyl (figure 6)
[60].
La deuxième voie de recherche consistait à identifier de
nouveaux sucres iminés qui ne soient pas des inhibiteurs des
α-glucosidases du RE, mais qui gardent une activité antivirale. Cet
objectif a été atteint avec la découverte de dérivés alkylés du
déoxygalactonojirimycine (DGJ), un analogue du galactose, qui
avaient une activité antivirale dans le modèle du virus de la
diarrhée bovine virale (VDBV) [60]. Une chaîne alkyl d’au moins 8
carbones branchée sur l’azote du cycle était nécessaire pour avoir
une activité antivirale. De la même manière que pour les dérivés de
DNJ, l’activité antivirale maximale a été obtenue avec un composé
contenant une chaîne alkyl longue de 9 carbones (NN-DGJ, figure 6). Par
ailleurs, l’ajout d’un oxygène dans la partie distale de la chaîne
alkyl a permis une réduction très significative de la toxicité
[60]. Ces nouveaux sucres iminés ont été étudiés en détail avec le
VDBV. Ce virus a été utilisé comme un modèle viral et cellulaire
d’étude du HCV en l’absence d’un système cellulaire permettant la
réplication de ce dernier [27, 45, 60]. En effet, pour étudier ces
inhibiteurs, il est indispensable de pouvoir répliquer de manière
efficace et complète le virus, c’est-à-dire de l’étape d’entrée
virale à l’étape de relarguage des particules virales néoformées.
Le VDBV, contrairement au HCV, peut être propagé de manière
efficace sur cellule MDBK. Il était ainsi possible d’utiliser ce
modèle pour cribler l’activité antivirale de nouveaux iminosucres
et d’étudier les mécanismes d’action à un niveau moléculaire. Au
niveau des mécanismes d’action, seulement quelques iminosucres dits
de référence ont été utilisés. Certains travaux ont montré que la
déoxyjirimycine (DNJ) ainsi que ses dérivés, du fait de leur
activité inhibitrice des α-glucosidases, avaient des propriétés
antivirales à l’égard du VDBV [27, 45, 60]. Dans ce modèle, les
dérivés contenant une chaîne alkyl de 9 carbones branchée sur
l’azote du cycle (NN-DNJ) étaient beaucoup plus efficaces que les
dérivés contenant une chaîne plus courte (NB-DNJ), suggérant le
rôle important de la chaîne alkyl branchée sur l’azote du cycle.
L’hypothèse initiale était que la chaîne en 9 carbones
permettait une meilleure entrée et donc une meilleure inhibition
des α-glucosidases. De manière surprenante, il a été démontré que
NN-DGJ, une molécule dérivée non pas du glucose mais du galactose
et ne présentant pas d’activité inhibitrice des α-glucosidases
in vitro, était toutefois antivirale contre VDBV [60]. Ces
résultats indiquaient que la taille de la chaîne alkyl branchée sur
l’azote du cycle était importante pour l’efficacité et suggéraient
un second mécanisme d’action, indépendant de l’inhibition des
α-glucosidases pour les sucres- iminés à longue chaîne carbonée.
Des travaux afin de mieux comprendre les deux types de mécanisme
d’action au niveau moléculaire ont été entrepris. Ils ont permis de
montrer que les inhibiteurs des α-glucosidases, tels que NB-DNJ,
induisaient :
– un mauvais repliement des glycoprotéines d’enveloppes E1
et E2, une conséquence directe de l’inhibition des
α-glucosidases ;
– une inhibition de l’assemblage de E1 et E2 en
hétérodimère ;
– la dégradation de ces protéines par le protéasome.
Cette inhibition avait pour conséquences mesurables une diminution
de la sécrétion virale mais également une diminution du pouvoir
infectieux des particules virales relarguées malgré l’inhibition de
la sécrétion [27, 60]. L’effet antiviral s’expliquait donc par deux
phénomènes : d’une part, une inhibition de la quantité de
virus relarguée, due à l’inhibition de la morphogenèse et, d’autre
part, un défaut d’infectiosité dû à l’incorporation de protéines
mal repliées et mal glycosylées dans les virions (figure 7) [60]. En ce qui
concerne le mécanisme d’action de NN-DNJ, il a été montré que
l’activité antivirale accrue de cette molécule n’était pas due à
une meilleure pénétration dans la cellule et donc à une meilleure
inhibition des α-glucosidases in cellulo, comme suggéré
initialement [60]. À concentrations inhibitrices équivalentes,
l’inhibition des α-glucosidases était plus importante avec NB-DNJ
qu’avec NN-DNJ, suggérant une absence de corrélation entre la
capacité de ce dernier à inhiber les α-glucosidases et son effet
antiviral contre VDBV. Clairement au moins, un autre mécanisme
d’action était responsable de l’activité accrue de NN-DNJ. Ce
second mécanisme d’action expliquerait également l’activité
antivirale de NN-DGJ, une molécule qui n’inhibe pas les
α-glucosidases. Le mécanisme précis expliquant l’activité
antivirale des iminosucres à longue chaîne (NN-DNJ et NN-DGJ) n’est
pas complètement compris. Cependant, il a été montré que ces
composés induisaient une accumulation anormale de complexes E2-E2
(ces complexes sont normalement présents en faible quantité dans
les cellules infectées par VDBV et dans les virons) à la fois dans
le RE des cellules infectées et dans les particules virales
relarguées de ces cellules [60]. Ce phénomène n’a pas été observé
avec les sucres iminés à courte chaîne. La modification de la
composition des virions est un marqueur en corrélation avec la
réduction de leur infectiosité. En résumé, des sucres iminés qui ne
sont pas des inhibiteurs des α-glucosidases ont une activité
antivirale dans le modèle du VDBV et cette activité antivirale
s’explique par un défaut d’infectiosité des particules virales
(figure 7).
Des travaux récents ont montré que les dérivés de DGJ à longue
chaîne carbonée (NN-DGJ et autres) étaient des inhibiteurs de
l’activité de canal ionique de la protéine p7 dans des systèmes
membranaires artificiels [32]. Cette activité inhibitrice pourrait
expliquer en partie l’activité antivirale de ces molécules. La
fonction biologique de la protéine p7 n’est toujours pas connue.
Cette protéine pourrait être impliquée dans l’entrée virale, tout
comme la protéine M2 du virus influenza en permettant
l’acidification des endosomes par transport de protons après
l’endocytose des virions.
Cependant, elle n’a pas encore été observée dans les virions du
VDBV ou du HCV car il n’existe pas d’anticorps dirigé contre
p7.
Autres inhibiteurs de la morphogenèse
Des travaux récents ont démontré que certaines molécules
(ex. : l’époxomycine) capables d’inhiber le protéasome avaient
un effet inhibiteur sur la morphogenèse du VIH [61]. L’analyse des
mécanismes d’action a permis de montrer que ces molécules
interféraient avec le clivage de la protéine gp160, la maturation
et le relarguage des virons. Cependant, cette interférence est
indirecte. En effet, les auteurs de ces travaux ont montré que la
protéine gp160 était mono-ubiquitiné et que la présence de
cette ubiquitine était importante pour son clivage et sa
maturation. Le traitement avec un inhibiteur du protéasome a pour
conséquence une diminution du pool d’ubiquitine libre, ce qui
interfère avec l’ubiquitination de gp160 et explique in fine
l’effet sur la morphogenèse du virus. D’autres travaux ont montré
que les inhibiteurs de protéasome avaient un effet inhibiteur sur
le HBV [Hans Will, données non publiées]. Ces travaux ont permis
d’ouvrir un champ d’investigation intéressant qui pourrait aboutir
au développement de nouvelles classes d’antiviraux.
Perspectives d’utilisation clinique des inhibiteurs de la
morphogenèse dans le cadre des nouvelles approches thérapeutiques
contre les flavivirus et le HCV
L’inhibition d’une fonction cellulaire dans le cadre d’une
stratégie antivirale peut paraître risquée, voire absurde de prime
abord. C’est pourquoi la plupart des molécules antivirales étudiées
et développées à ce jour ciblaient essentiellement des fonctions
virales (ex. : enzymes virales). Cependant, de nouvelles
perspectives se sont ouvertes avec la démonstration in vitro
qu’il était possible de cibler des fonctions cellulaires qui sont
plus importantes pour la survie du virus que pour celle de la
cellule hôte. L’idée globale étant de bloquer une fonction
cellulaire jusqu’à un certain niveau (réduction de 10-20 % de
l’activité), afin qu’il n’y ait pas d’effet délétère pour la
cellule mais seulement pour le virus. Nous avons donné dans cette
revue l’exemple des inhibiteurs des α-glucosidases et du
protéasome, mais d’autres molécules inhibant des fonctions
cellulaires ont été étudiées pour leur effet antiviral. C’est le
cas notamment des inhibiteurs de l’inosine 5’-monophosphate
déhydrogénase (IMPDH), une enzyme cellulaire impliquée dans la
biosynthèse des nucléotides de la guanosine. L’un d’entre eux, le
composé VX-497 de Vertex Pharmaceuticals, est actuellement en essai
clinique contre le HCV. Finalement, notons que le ritonavir, une
molécule d’ores et déjà utilisée en clinique contre le VIH, est un
inhibiteur de protéase qui a un effet croisé sur le protéasome. Ce
dernier exemple nous montre que le concept d’inhibition d’une
fonction cellulaire en lutte antivirale est applicable.
Dans ce contexte, quelles sont les perspectives d’utilisation
clinique pour les iminosucres ? En ce qui concerne les sucres
iminés, la prudence a guidé le choix de la molécule pour une
évaluation clinique. Ainsi c’est le N-7oxanonyl-6déoxy-DGJ (SP231),
un dérivé alkylé du DGJ contenant un oxygène dans la chaîne
carbonée, qui a été choisi pour les essais cliniques (actuellement
en phase II). En effet, cette molécule, qui n’est pas un inhibiteur
des α-glucosidases, inhibe in vitro et à dose micromolaire
la réplication du VDBV en diminuant l’infectiosité des virions
[60]. De plus, elle inhibe in vitro l’activité de canal
ionique de p7 [32]. Cette molécule a un très bon profil
toxicologique (dose de 1 mg/kg/j sans effet toxique chez le
chien) et une bonne biodisponibilité, avec une accumulation
préférentielle dans le foie. Par ailleurs, elle n’est pas
métabolisable, donc pas dégradée dans le foie ; elle est
directement éliminée dans les urines. C’est sur ces bases
expérimentales que le choix s’est fait. Les résultats de ces essais
cliniques devraient être rendus publics en 2004.
Est-il envisageable d’utiliser un inhibiteur des α-glucosidases en
clinique ? Comme nous l’avons déjà évoqué, des travaux récents
ont permis de montrer qu’il était possible d’inhiber une fonction
cellulaire à un certain niveau (ex. : 10 à 20 %
d’inhibition) sans qu’il y ait de conséquence sur la survie de la
cellule. C’est dans ce contexte que s’articule la réflexion ;
une inhibition trop efficace d’une enzyme cellulaire n’est pas
envisageable. En accord avec cet argument, les spécialistes des
maladies congénitales liées à un déficit d’enzymes impliqués dans
la N-glycosylation s’accordent à penser que cette voie métabolique
est suffisamment flexible pour supporter une inhibition partielle
[62]. Donc, dans une situation extrême telle qu’une infection
sévère à évolution rapide par un flavivirus, la balance
risque/bénéfice ne penche-t-elle pas vers l’utilisation de telles
molécules inhibitrices dans un traitement de courte durée ?
Avant d’évaluer en clinique des inhibiteurs des α-glucosidases
comme antiviraux, des compléments d’étude en particulier
toxicologiques sont indispensables. Cependant, le fait que l’un de
ces inhibiteurs, le miglitol, soit déjà utilisé pour lutter contre
le diabète permet de penser que les inhibiteurs des α-glucosidases
pourraient avoir un avenir intéressant dans le cadre des nouvelles
stratégies antivirales en combinaison avec des molécules ciblant
les enzymes virales pour retarder ou prévenir les résistances
virales.
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