ARTICLE
Auteur(s) : Nancy Cuervo
Unité d'épidémiologie et de physiopathologie des virus
oncogènes, Institut Pasteur, Paris
Rubrique coordonnée par D. Challine
Bien que la plupart des infections à Papillomavirus humain (HPV)
soient bénignes, la persistance virale est associée au
développement de cancers cervicaux et anogénitaux. Plus de
30 types de HPV infectent l'homme, cependant le HPV de type 16
(HPV16) est lié le plus communément au développement de cancers. En
effet, il est présent dans 75 % de cancers cervicaux et de
néoplasies intra-épithéliales cervicales.
Des études précédentes sur l'utilisation d'un vaccin préventif ont
montré que le vaccin HPV16 L1 (virus-like-particle
vaccin) est bien toléré et que des niveaux élevés d'anticorps
contre le HPV16 sont générés. Les auteurs ont mené à terme une
étude en double aveugle, randomisée, pour déterminer si ce vaccin
pourrait prévenir l'infection par le HPV16 chez la femme. Dans
cette étude, 2 392 femmes entre 16 et 23 ans
présentant un test de Papanicolaou normal ont été incluses. Parmi
elles, 1 198 ont reçu du sulfate d'aluminium hydrophosphate
constituant ainsi le groupe placebo et 1 194 ont reçu
3 doses intramusculaires du vaccin HPV16 L1 composé de
particules virales du HPV16 possédant une capside L1 et
utilisant le sulfate d'aluminium hydrophosphate comme adjuvant. Les
patientes ont été suivies pendant les 14 premiers jours après
vaccination pour déterminer la tolérance du vaccin, puis aux mois
2, 6, 7, 12, 18, 24, 30, 36, 42 et 48 pour déterminer l'efficacité
du vaccin. Pendant ces visites, le test de Papanicolaou et la
recherche des anticorps contre le HPV16 ont été effectués. Lorsque
le test de Papanicolaou s'est montré anormal, des biopsies
supplémentaires pour la recherche de l'ADN du HPV16 ont été
réalisées. Pour déterminer l'efficacité du vaccin, les auteurs ont
comparé l'incidence de la persistance virale entre le groupe
placebo et le groupe vacciné. La persistance virale a été définie
chez les femmes négatives pour le HPV16 le jour de la
vaccination et chez lesquelles au moins deux PCR HPV16 ont été
positives après le septième mois.
L'incidence du HPV16 a été de 3,8 % dans le groupe placebo et
de 0 % dans le groupe vacciné, soit une efficacité de
100 % du vaccin. L'analyse sérologique montre que 99,7 %
des femmes vaccinées ont produit des anticorps protecteurs contre
le HPV16, les titres de ces anticorps sont 58,7 fois plus
élevés que les titres des anticorps acquis au cours d'une infection
par HPV16 chez une femme non vaccinée. Néanmoins, la durée de
vie de ces anticorps et leur niveau de protection restent à
déterminer. Le vaccin est par ailleurs bien toléré. Seule une
élévation modérée de la température dans les 5 premiers jours
qui ont suivi l'injection a été observée dans les deux groupes.
Ce vaccin, en prévenant l'infection par le HPV16, pourrait réduire
l'incidence des cancers associés à ce virus. Le développement et
l'essai d'un vaccin multivalent agissant sur les autres types de
HPV oncogènes seraient un grand outil préventif de santé publique
dans les pays à haute incidence.
Référence
1. Koutsky LA, Ault KA, Wheeler CM, et al. A
controlled trial of a human papillomavirus type 16 vaccine.
N Engl J Med 2002 ; 347 : 1645-51.
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