ARTICLE
Auteur(s) : C. Pallier
Laboratoire de virologie, CHU de Bicêtre.
Rubrique coordonnée par D. Challine
Deux espèces de chimpanzés, apparues il y a environ
2 millions d'années, vivent actuellement dans les forêts
d'Afrique : le chimpanzé commun, ou Pan troglodytes, et
le bonobo, ou Pan paniscus. L'analyse de l'ADN mitochondrial
a permis de classer les chimpanzés communs en quatre sous-espèces,
différenciation survenue il y a à peu près 1,5 millions
d'années : P.t. verus, P.t. troglodytes, P.t.
schweinfurthii et P.t. vellerosus. Les chimpanzés sont
les animaux les plus proches de l'homme par leur patrimoine
génétique puisqu'ils présentent 98,7 % d'homologie au niveau
de l'ADN non répété et qu'ils ont en commun un ancêtre il y a 5 à
6 millions d'années. Ils ont un polymorphisme au niveau de
l'ADN mitochondrial, retrouvé également au niveau des gènes
nucléaires, 2 à 3 fois supérieur à celui de l'homme. Cette
accumulation de mutations peut s'expliquer d'une part par le fait
que les chimpanzés sont une espèce plus ancienne que l'homme
moderne et que les populations préhistoriques de chimpanzés,
organisées en petits groupes, étaient probablement plus vastes que
celles des hommes. D'autre part, l'espèce humaine, pourtant plus
récente, aurait été soumise à des pressions de sélection plus
importantes. Toutefois, le polymorphisme au niveau des gènes codant
les molécules du complexe majeur d'histocompatibilité est 2 à
3 fois inférieur à celui des gènes humains correspondants.
Cette observation a été confirmée par l'analyse phylogénétique de
l'intron 2 de ces gènes, région non traduite qui n'est donc soumise
à aucune pression de sélection. L'absence de certains allèles chez
les chimpanzés semble être due à leur perte au cours de
l'évolution. On peut estimer que l'événement qui a conduit à la
réduction du répertoire s'est produit il y a 2 à 3 millions
d'années. Comment ces gènes du CMH ont-ils pu disparaître ? Le
CMH jouant un rôle fondamental dans le contrôle des infections
intracellulaires, l'hypothèse avancée par les auteurs de cette
étude publiée dans PNAS, est la dissémination d'une
infection virale. Or, actuellement, les chimpanzés sont en majorité
résistants à l'infection par le SIVcpz, puisque, sur
150 animaux infectés, un seul présentera des symptômes du
sida. Les auteurs ont supposé que les chimpanzés auraient disposé
d'un répertoire des gènes du CMH de taille comparable à celui de
l'homme. Ils auraient été victimes d'une pandémie par le SIVcpz ou
par un rétrovirus similaire. Le virus aurait échappé au système
immunitaire de la plupart des individus qui auraient ainsi été
décimés. En revanche, les rares individus capables de présenter aux
lymphocytes les antigènes viraux associés aux molécules du CMH
auraient été épargnés et ce sont ces chimpanzés survivants qui
seraient à l'origine de la population actuelle.
Référence
1. De Groot NG, Otting N, Doxiadis GGM, et al.
Evidence for an ancient selective sweep in the MHC class I gene
repertoire of chimpanzees. Proc Natl Acad Sci USA
2002 ; 99 : 11748-53.
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