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Le
terme de réservoir est très souvent employé
dans l'infection à VIH, y compris par de nombreuses équipes
anglo-saxonnes. Selon les auteurs, il représente des notions différentes,
ce qui ajoute une certaine confusion aux débats. Pour certains, le
mot réservoir est employé au pluriel : il s'agit soit
de cellules capables de produire du virus [1], soit de sites tels les territoires
ganglionnaires abritant de nombreuses cellules infectées. Le terme
de compartiments est encore différent, il évoque des
sites autonomes de réplication virale [2, 3]. C'est en fait la notion
de réservoir, au sens de réserve ou de stock de virus, qui
apparaît la plus intéressante car elle apporte un éclairage
nouveau sur l'infection à VIH en renforçant l'idée
que le réservoir viral constituant le socle sur lequel se bâtit
l'infection mériterait la plus grande attention.
Les études réalisées in vitro sur des cellules
infectées ont apporté de nombreux résultats sur le
statut réel du provirus intégré et des formes virales
non intégrées [4]. Pour certains, ces dernières seraient
des formes labiles, marqueurs d'infection récente, alors que, dans
deux publications récentes, les résultats montrent qu'il
s'agirait de formes virales stables peu abondantes et dont le rôle
exact au sein des différentes phases de réplication virale
reste encore mal défini [5, 6]. Le provirus intégré
semble être très majoritaire et particulièrement stable
[7] ; on peut le détecter dans de nombreuses populations de lymphocytes
T CD4+ et particulièrement dans les cellules mémoires
CD45RO. Cela est un point essentiel pour la stabilité de l'infection
virale, ajouté au fait de la stabilité du provirus dans
les cellules infectées. En effet, la protection et la pérennité
des cellules mémoires sont des fonctions majeures du système
immunitaire qui doit protéger ces cellules pour maintenir une mémoire
immunitaire toute la vie du sujet. De plus, il faut rappeler que la production
de nouvelles cellules infectées n'est pas le seul fait de la réplication
virale, la division cellulaire est sans aucun doute une méthode
de persistance virale très efficace. Au total, non seulement le
système immunitaire ne peut atteindre le provirus, ni éliminer
les cellules infectées latentes, mais, de plus, il les protège
pour maintenir la mémoire immunitaire. Le VIH a donc bien choisi
son réservoir cellulaire qui est idéal pour maintenir la
persistance virale toute la vie du sujet.
Dans un tel contexte, on comprend que l'objectif d'éradication
virale n'est pas des plus simples et que la seule utilisation de molécules
antirétrovirales virostatiques ne peut résoudre le problème
de l'infection à VIH à long terme. Une excellente revue
de la littérature, récemment publiée par le groupe
de Siliciano, a utilisé le terme de challenge des réservoirs
viraux dans l'infection à VIH [8] ; même si ce mot de défi
est un peu faible face à l'emprise du virus sur l'organisme, il
souligne la nécessité de définir de nouveaux objectifs
des traitements. L'étude du réservoir, ou du stock de cellules
infectées latentes, permettrait d'élaborer ces nouvelles
stratégies thérapeutiques.
Les travaux récemment menés en France au sein des études
de cohortes de sujets séropositifs nous ont permis d'explorer ce
réservoir viral. L'étude du stock de cellules infectées
circulantes, par la quantification de l'ADN proviral dans les cellules
sanguines périphériques par PCR-ADN, a montré sa
diversité, avec pour certains patients la présence de moins
de 100 copies/million de cellules monucléées (PBMC), alors
que, pour d'autres, ce stock peut être dix à cent fois supérieur.
De fait, il paraissait intéressant d'étudier ce marqueur
dans le contexte de l'histoire naturelle de l'infection et dans celui
de la réponse aux traitements.
L'analyse de la valeur prédictive du taux d'ADN proviral au sein
de la cohorte Seroco (suivi longitudinal de sujets séropositifs)
a montré que ce marqueur était prédictif du risque
de réduction des lymphocytes T CD4+ en deçà
de 200/mm3, de progression vers le sida et vers la mort, cela
indépendamment du nombre des cellules T CD4+ et du taux
d'ARN-VIH plasmatique [9]. L'étude d'échantillons de sujets
présentant une primo-infection à VIH et suivis dans la cohorte
Primo a montré que ce stock de cellules infectées latentes
s'établissait très tôt en début d'infection
[10]. L'ADN proviral représente le niveau et la capacité
des cellules infectées latentes à produire du virus, alors
que l'ARN-VIH plasmatique caractérise les virus produits, leur
nombre, leur vitesse de réplication et leur fitness. Ces
différentes formes virales sont présentes dans l'ensemble
de l'organisme, et le nombre total de cellules infectées est estimé
entre 106 et 107, dont la majorité est présente
dans les territoires lymphocytaires. La dynamique de cette infection est
non seulement liée à celle de cycles continus de réplication
virale, mais elle est aussi amplifiée par la circulation sanguine
qui redistribue cellules infectées (productrices ou non) et particules
virales ayant été produites dans des sites très divers.
Les monocytes participent aussi à cette double dynamique, puisqu'ils
présentent environ 10 % du stock présent au niveau tissulaire
dans les macrophages infectés [11].
Dans le contexte de suivi virologique de traitements, plusieurs équipes
ont rapporté des résultats de leur impact relativement modeste
sur le stock d'ADN proviral, qu'il s'agisse de sujets en infection chronique
ou traités au moment de la primo-infection [10, 12, 13]. Les antirétroviraux
n'ont aucun impact direct sur le provirus, ils ont un effet indirect en
empêchant l'infection de nouvelles cellules par blocage de la réplication
virale. Cet effet très modeste sur le stock cellulaire renforce
l'idée que l'éradication virale n'est pas accessible avec
les traitements antirétroviraux actuels.
L'ensemble des résultats récents obtenus au sein d'études
portant sur le réservoir viral, c'est-à-dire sur les réserves
de virus présentes sous formes de cellules infectées à
longue durée de vie, donne un nouvel éclairage sur la complexité
de la physiopathologie de cette infection virale. Ils montrent que les
seules études in vitro ne permettront pas d'explorer l'équilibre
immuno-virologique si différent d'un patient à l'autre et
résultant de relations hôte-virus très complexes.
Ils conduisent à penser que le seul moyen de déjouer le
virus est d'aider le système immunitaire à contrôler
l'infection virale en stabilisant le stock viral à un niveau qui
n'implique pas une destruction cellulaire importante. C'est l'utilisation
d'associations d'immunothérapies à des trithérapies
antivirales classiques qui nous a permis d'explorer de telles pistes et
les résultats obtenus chez des sujets recevant de l'interleukine
2 ou de l'interféron pégylé sont très informatifs
à ce titre [14, 15].
En conclusion, considérer ce réservoir VIH comme un véritable
bloc de béton, établi très tôt et quasi inattaquable,
est sans doute une vision personnelle qui ne sera peut-être pas
partagée par tous les lecteurs. Elle apporte cependant un point
de vue différent aux débats, même si elle n'engage
que l'auteur de cet éditorial.
Références
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