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Hepatitis B and C and liver transplantation


Virologie. Volume 2, Number 6, 445-9, Novembre - Décembre 1998, Revues


Résumé   Summary  

Author(s) : C. Féray.

Summary : Hepatitis B and C viruses recur after liver transplantation worsening the long-term survival of liver graft. This clinical setting is characterized by high levels of viral replication favorised by the immunosuppression and by an accelerated recurrent disease. From avirological view, the prospective study, in human, of liver infection by hepatotropic viruses is possible permitting the analysis of the relations with viral variability, humoral neutralization and extra-hepatic sites of replication.

Keywords : Liver transplantation – HBV – HCV.

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ARTICLE

La transplantation hépatique, mise au point par T.E. Starzl en 1963, a révolutionné l'hépatologie. Cette intervention complexe consiste à réaliser une hépatectomie totale et à réimplanter orthotopiquement un greffon d'origine cadavérique. Depuis 1982, la ciclosporine puis, en 1990, le tacrolimus préviennent efficacement le rejet d'organe. Les résultats à long terme sont bons puisque, à 10 ans, la survie des patients se stabilise autour de 70 % [1].

Les deux grandes pathologies conduisant à la transplantation hépatique sont les cirrhoses liées à l'alcool et celles liées aux virus des hépatites B (VHB) ou C (VHC). L'importance relative de ces deux groupes dépend des pays concernés. Dans tous les cas, c'est au stade de cirrhose décompensée et, plus rarement, de carcinome hépatocellulaire que se pose l'indication d'une transplantation hépatique. Malgré l'ablation du foie infecté, l'infection par le VHB ou le VHC récidive spontanément après la transplantation hépatique, conduisant à une hépatite sur le greffon, voire au développement d'une cirrhose. C'est la « récurrence » ­ terme anglo-saxon consacré ­ de l'infection sur le greffon [2, 3].

Le modèle de la transplantation hépatique en hépatovirologie

La réinfection virale des greffons ne concerne que quelques milliers de patients dans le monde et ne peut être considérée comme un réel problème de santé publique. De plus, les thérapies antivirales sont aujourd'hui efficaces dans le cas du VHB et l'évolution de la maladie est relativement lente dans le cas du VHC. De ce fait, il n'existe pas à moyen terme (10 ans) de modification de la survie chez les patients transplantés pour une hépatopathie virale. Les résultats sont comparables (pour le VHC) ou supérieurs (pour le VHB) à ceux obtenus pour d'autres étiologies. Cependant, la récidive de ces infections virales sur le greffon hépatique est une situation intéressante au plan virologique pour les raisons suivantes :

- le foie infecté, siège principal de la réplication du VHB ou du VHC, est retiré, soulignant alors l'importance potentielle de sites extrahépatiques de réplication virale ;
- une immunosuppression par ciclosporine ou tacrolimus diminue théoriquement la réponse immunitaire humorale ou cellulaire dirigée contre le virus ;
- l'incompatibilité habituelle des complexes majeurs d'histocompatibilité entre donneur et receveur diminue théoriquement l'efficience des lymphocytes cytotoxiques spécifiques préexistant à la greffe.
Dans ce contexte particulier, l'effet pathogène direct des virus hépatotropes va être théoriquement amplifié, alors que celui de la réponse immune antivirale sera moins déterminant.

Un des intérêts de la transplantation hépatique comme modèle d'infection est celui d'une infection hépatique aiguë puis chronique par un virus hépatotrope pour laquelle on dispose de nombreux prélèvements biologiques réalisés prospectivement. Cette situation est exceptionnelle chez le sujet immunocompétent. Sur le plan thérapeutique, en raison du mauvais pronostic des infections par le VHB ou le VHC après transplantation, cette population bénéficie souvent plus tôt que les autres des nouvelles approches thérapeutiques.

Pathogénie virale après transplantation hépatique

Il existe un haut niveau de réplication du VHC ou du VHB après réinfection du greffon [4, 5]. Dans le cas du VHB, l'évolution sans traitement prophylactique est souvent rapidement sévère, influençant directement la survie du patient [6]. Une forme particulière est l'hépatite fibrosante cholestasiante, caractérisée par une accumulation de protéines d'enveloppe et de capside virale dans le cytoplasme hépatocytaire et une insuffisance hépatique rapidement mortelle [7]. Cette forme rare est proche de ce qui est constaté chez certaines souris transgéniques pour le VHB, suggérant fortement que c'est la pathogénicité directe des protéines du VHB qui est impliquée. Le plus souvent, la récidive virale B ou C induit sur le greffon hépatite chronique et cirrhose sans particularité histologique notable. Dans le cas du VHC, la récidive ne semble pas diminuer la survie des patients avec le recul actuel. L'infection virale C est néanmoins plus sévère que chez le sujet immunocompétent et conduit à une récidive de la cirrhose chez environ 20 % des transplantés après 8 ans (étude européenne sur 652 patients, manuscrit en préparation, figure 1). Cette progression est nettement plus rapide que dans la population immunocompétente. Dans un très faible nombre de cas, une forme plus sévère, proche de l'hépatite cholestasiante, a été décrite [8]. Nous avons quantifié l'ARN du VHC intrahépatique lors de l'évolution de ces formes rares et n'avons pas retrouvé de réplication particulièrement forte, contrairement à ce qui est observé pour le VHB. Une des hypothèses pourrait être une pathogénicité biliaire du VHC dans un contexte d'immunosuppression.
En raison de l'immunodépression et du haut niveau de réplication, il est intéressant de rechercher d'éventuelles corrélations entre le génotype viral (au sens large du terme) et la sévérité de la maladie. Il semble exister une influence des séquences nucléotidiques virales sur la sévérité de la récidive. Ainsi, dans le cas du VHB, les souches porteuses de mutation à l'origine d'un codon stop dans la région codant pour la capside virale semblent associées à des maladies plus sévères [9]. Dans le cas du VHC, différents groupes viraux (génotypes) déduits de la comparaison phylogénique des souches ont été décrits [10]. Parmi eux, le génotype 1b, rencontré majoritairement (75 %) chez les patients porteurs d'hépatopathies graves [11] en Europe, semble également associé à des récidives histologiques plus graves sur le greffon [12-14] (figure 2). L'influence de ce génotype n'a pourtant pas été retrouvée par toutes les équipes. Notamment, ces résultats n'ont pas été confirmés aux États-Unis où la prévalence du génotype 1b est particulièrement faible (30 %) dans la population [15]. Il est aujourd'hui important de déterminer si des souches particulières de génotype 1 sont associées à une maladie plus grave. De manière plus générale, l'apport de la connaissance des génotypes du VHC a été de démontrer certaines relations entre séquences virales et phénotype clinique. Néanmoins, la définition purement phylogénique de cette classification est artificielle et il est probable que le génotype viral n'est que le marqueur indirect de souches ou de mutations directement impliquées dans une pathogénicité accrue avant ou après transplantation.

L'interprétation d'un effet directement pathogène des virus hépatotropes lors de la transplantation hépatique doit être nuancée. L'immunosuppression est progressivement diminuée après transplantation hépatique et nous avons montré une diminution de la réplication du VHC dans le foie lors de l'apparition des lésions d'hépatite chronique [16]. Cela suggère qu'une réponse probablement immunitaire dirigée contre le VHC se développe dans ce contexte. Dans nos travaux, la diminution de la réplication hépatique lors de la progression vers l'hépatite chronique était plus prononcée pour le génotype 1b. Cela suggère que ce génotype induit une réponse immunitaire plus forte et donc des lésions hépatiques plus sévères s'installant plus rapidement que pour les autres génotypes. Par ailleurs, chez le sujet immunocompétent infecté par le génotype 1b, une expression accrue des molécules du complexe majeur d'histocompatibilité de classe I ainsi que de l'ICAM-1 a été rapportée, suggérant que ce génotype induit une réponse immune plus marquée que les autres génotypes [17]. Chez le transplanté, la charge virale intrahépatique mesurée au moment de l'hépatite aiguë était très significativement prédictive de l'évolution vers la cirrhose. Ainsi, lors de la récidive de l'infection par le VHC, il existe sans doute une première phase au cours de laquelle la pathogénicité directe du virus s'exprime, suivie d'une deuxième phase probablement médiée par la réponse immune antivirale. Il est intéressant de noter que l'incidence du rejet du greffon est plus élevée chez les patients infectés par le VHC que chez ceux infectés par le VHB [18], suggérant que le statut immunologique des patients transplantés est directement influencé par l'infection virale.

Compartimentation de l'infection virale et transplantation hépatique

Au cours des infections chroniques par le VHC [19, 20] ou le VHB [21], l'infection de cellules non hépatocytaires, essentiellement les cellules mono-lymphocytaires, est probable. Les populations virales localisées dans ces sites extrahépatiques peuvent présenter des différences de séquences nucléotidiques et peptidiques nettes avec les populations hépatiques [22-25]. C'est la « compartimentation » des génomes viraux, décrite par ailleurs pour le virus de l'immunodéficience humaine. Dans le domaine de la transplantation hépatique, la notion de tropisme extrahépatique a toute son importance du fait de l'ablation du foie natif.
Afin de prévenir la réinfection du greffon par le VHB, on utilise des perfusions d'anticorps dirigés contre l'enveloppe virale (immunoglobulines polyclonales anti-HBs). Cette technique a révolutionné l'indication de la transplantation hépatique pour cirrhose virale B, faisant passer l'incidence de la récidive de 100 à 20 % des cas [26]. Dans cette circonstance très particulière, nous avons démontré qu'il existait une infection extrahépatique pure puisque l'ADN du VHB détecté par PCR dans le sérum et les lymphocytes circulants ne l'était pas dans le foie [27]. Cette infection extrahépatique peut être la source de récidives de l'infection hépatique [28] (figure 3).

Il n'existe aujourd'hui aucun moyen de prévenir la récidive virale C sur le greffon et le rôle de localisations extrahépatiques du virus demeure inconnu. Il apparaît néanmoins que la composition des quasi-espèces virales peut changer après transplantation [29] avec soit une persistance de la population prégreffe majoritaire, soit l'émergence après transplantation de populations virales minoritaires. Quoique cette dernière étude n'ait porté que sur peu de patients, la récidive semblait bénigne dans ce dernier cas. Bien qu'il soit compatible avec une compartimentation de la réplication virale, le mécanisme de ce changement de distribution des quasi-espèces reste inexpliqué.

Approches antivirales en transplantation hépatique

L'efficacité de la prophylaxie de la récidive virale B par l'administration indéfinie d'immunoglobulines anti-HBs (HBIG) est maintenant bien établie. Elle n'est cependant avérée que si la virémie est nulle ou faible avant transplantation. L'apport considérable des nouvelles molécules antivirales comme la lamivudine (3TC) ou le famciclovir est la réduction de la réplication virale chez la plupart des patients avant greffe, rendant celle-ci possible. Dans notre expérience et chez des transplantés sous lamivudine et HBIG, la détection des acides nucléiques du VHB par PCR dans le foie, les lymphocytes périphériques ou le sérum était nulle après transplantation alors que ce n'était pas le cas chez les patients sous HBIG seuls. Le problème majeur posé par l'utilisation des HBIG et des molécules antivirales est l'émergence de virions mutants échappant à la neutralisation [30] ou à l'action des antiviraux. La conjonction d'une immunothérapie passive et d'un antiviral efficace devrait réduire la fréquence de ces mutants d'échappement.
Dans le cas du VHC, aucune prophylaxie par anticorps ou par un antiviral direct n'est disponible. Après transplantation, l'utilisation précoce d'une bithérapie par interféron alpha et ribavirine semble prometteuse, permettant d'obtenir la disparition de la virémie chez près de la moitié des patients [31]. Néanmoins, l'interféron peut induire des rejets chroniques [32] et une réponse virologique définitive n'est que rarement obtenue [C. Trépo, communication personnelle]. Le développement d'une immunothérapie polyclonale anti-VHC, comparable à celle proposée pour le VHB, pourrait être envisagée sur la base d'arguments cliniques [33, 34] et expérimentaux [35-37]. Il faudra néanmoins obtenir une décontamination parfaite de telles préparations polyclonales avant de tenter cette approche chez l'homme.

CONCLUSION

La transplantation hépatique a révolutionné le pronostic des patients porteurs d'hépatopathies sévères liées au VHB et au VHC. C'est une situation privilégiée pour étudier la pathogénie directe induite par la réplication virale, les sites supposés de réplication extrahépatiques, la neutralisation humorale ou/et les nouveaux traitements antiviraux.

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