ARTICLE
Le virus de l'hépatite C (VHC) appartient, avec les flavivirus
et les pestivirus, à la famille des Flaviviridae.
Les membres de cette famille sont de petits virus enveloppés de
50 à 60 nm de diamètre. Leur génome est constitué
d'une molécule d'ARN simple brin, de polarité positive d'environ
10 000 nucléotides. Deux régions non codantes, une en 5'
et une en 3', encadrent un large cadre ouvert de lecture qui code une
polyprotéine unique d'environ 3 000 acides aminés. La maturation
de la polyprotéine du VHC comprend des clivages co- et post-traductionnels
assurés par l'action combinée de protéase(s) cellulaire(s)
et de deux protéases virales. Le clivage du quart amino-terminal
de la polyprotéine, assuré par une ou des peptidase(s) signal
hôte(s) localisée(s) au niveau du réticulum endoplasmique
(RE), génère les protéines de structure (C, E1 et
E2) et le petit polypeptide p7. Le clivage du reste de la polyprotéine,
assuré par une protéase NS2-3 et le domaine sérine
protéase de NS3, génère les protéines non
structurales : NS2, NS3, NS4A, NS4B, NS5A et NS5B (figure
1) (pour revue [1]). Bien que la particule virale du VHC
n'ait pas encore été caractérisée d'un point
de vue biochimique, des évidences indirectes, telles que l'existence
d'anticorps neutralisants [2], indiquent que les protéines E1 et
E2 sont les composants majeurs de l'enveloppe du VHC. L'absence de système
de culture cellulaire permettant une réplication efficace du VHC
et la faible quantité de particules virales présentes dans
le sérum des patients constituent un véritable handicap
pour la caractérisation des particules virales. Néanmoins
l'utilisation de systèmes d'expression hétérologues
a permis, depuis quelques années, d'accumuler un certain nombre
d'informations sur les glycoprotéines E1 et E2 du VHC.
Cet article de revue présente les principales données,
acquises au cours des dernières années, sur la biogenèse,
la maturation, l'assemblage et la localisation subcellulaire des protéines
d'enveloppe E1 et E2 du VHC. La plupart de ces résultats ont été
obtenus en exprimant ces glycoprotéines à l'aide de virus
recombinants de la vaccine.
Les glycoprotéines E1 et E2 du
VHC
Les glycoprotéines E1 et E2 du VHC sont produites par clivage
protéolytique de la polyprotéine. Les clivages co-traductionnels
aux sites C/E1, E1/E2 et NS2/NS3 produisent E1 et un précurseur
de E2, E2-NS2, dont la demi-vie est d'environ 15 minutes. Après
clivage, ce précurseur produit les protéines E2, E2-p7 et
NS2 (figure 1). Pour certaines
souches du VHC, le clivage au site E2/p7 est inefficace, conduisant à
la production d'une forme E2-p7 relativement stable [1].
Les glycoprotéines E1 et E2 sont des protéines fortement
N-glycosylées. Ce sont des protéines transmembranaires de
type I, c'est-à-dire avec un ectodomaine amino-terminal et un ancrage
hydrophobe carboxy-terminal. La glycoprotéine E1 est ancrée
par son domaine transmembranaire (TM) qui s'étend probablement
du résidu 353 au résidu 383 (sur la polyprotéine)
[3] (figure 2). Le domaine
TM de la glycoprotéine E2 est supposé s'étendre du
résidu 718 au résidu 746 [3]. Différentes délétions
de l'ancrage hydrophobe de la protéine E2 conduisent en effet à
la sécrétion de son ectodomaine (pour revue [4]).
Les glycoprotéines E1 et E2 sont synthétisées à
partir d'une polyprotéine et elles ont donc évolué
avec des peptides signal internes dans cette polyprotéine, permettant
leur translocation dans la lumière du RE [1]. L'extrémité
C-terminale de la forme immature de la protéine de capside sert
de peptide signal à la glycoprotéine E1. La moitié
C-terminale du domaine TM de la glycoprotéine E1 sert de peptide
signal à la glycoprotéine E2. Enfin, la moitié C-terminale
du domaine TM de la glycoprotéine E2 sert de peptide signal au
petit polypeptide p7, dont la fonction est encore inconnue à ce
jour (figure 1).
Assemblage des complexes E1E2 du VHC
Après libération de la polyprotéine, les protéines
d'enveloppe E1 et E2 interagissent pour former des complexes [4]. Des
études utilisant des systèmes d'expression transitoire ont
montré que E2 et/ou ses sous-produits (E2-NS2 et E2p7) interagissent
avec E1 pour former des complexes. Cependant, les premières données
publiées dans la littérature sur les interactions entre
E1 et E2 sont contradictoires. Grakoui et al. [5] ont montré
qu'une fraction de E1 était associée à E2 et E2-NS2
par des ponts disulfures alors que Ralston et al. [6] ont montré
qu'au contraire, les glycoprotéines E1 et E2 étaient associées
de manière non covalente. Plus tard, d'autres études ont
permis de réconcilier ces divergences. En présence de détergents
non ioniques, deux types de complexes formés par les glycoprotéines
du VHC sont observés : des hétérodimères E1E2
stabilisés par des interactions non covalentes et des agrégats
hétérogènes liés par des ponts disulfures
[7]. Les hétérodimères E1E2 non covalents sont composés
de glycoprotéines présentant un état avancé
de repliement tandis que les agrégats liés par des ponts
disulfures sont constitués de protéines mal repliées
[8]. Les glycoprotéines E1 et E2 semblent donc suivre deux voies
d'assemblage : une voie productrice d'assemblage conduisant à la
formation d'hétérodimères E1E2 non covalents et une
voie non productrice d'assemblage conduisant à la formation d'agrégats
hétérogènes liés par des ponts disulfures
[4] (figure 3).
Du fait de l'absence de réactifs immuns appropriés, il
a été longtemps difficile de faire la distinction entre
les glycoprotéines natives et les glycoprotéines mal repliées
engagées dans des agrégats. L'obtention d'un anticorps monoclonal
spécifique de E2 et reconnaissant uniquement les hétérodimères
E1E2 non covalents a permis de caractériser spécifiquement
la formation de ces complexes [8]. Ces complexes non covalents se replient
lentement et inefficacement, sont résistants à des digestions
protéasiques et s'associent au chaperon calnexine du RE [8, 9].
Cet hétérodimère représente probablement la
forme de prébourgeonnement du complexe présent au niveau
des particules virales [4].
L'obtention d'anticorps monoclonaux dépendant de la conformation
a permis de montrer que la formation des complexes correctement repliés
est inefficace [8]. Les glycoprotéines E1 et E2, étudiées
dans des systèmes d'expression viraux ou non viraux, forment en
effet majoritairement des agrégats [4]. Cette tendance à
former des agrégats, quel que soit le système d'expression
utilisé, suggère qu'il s'agit probablement d'une propriété
intrinsèque aux glycoprotéines E1 et E2. Cette propriété
pourrait s'inscrire dans un mécanisme spécifique d'échappement
immunitaire. Dans le contexte de la réplication virale, le repliement
incorrect des deux glycoprotéines pourrait réguler négativement
la formation des particules virales et la réplication du virus
afin de minimiser l'exposition, au système immunitaire, des antigènes
viraux et/ou réduire la pathogénicité. Ces agrégats
pourraient également être impliqués dans d'autres
fonctions au niveau des cellules infectées. L'accumulation de protéines
mal repliées dans le RE conduit, par l'intermédiaire d'une
voie de signalisation, à une réponse de stress cellulaire
appelée UPR, pour unfolded protein response en anglais.
On peut imaginer que les changements métaboliques induits par ce
stress pourraient être nécessaires à la réplication
du VHC et/ou au contrôle de la réponse immunitaire par ce
virus.
Le repliement des glycoprotéines
du VHC
Les études d'assemblage des glycoprotéines du VHC ont
montré que les protéines d'enveloppe E1 et E2 correctement
repliées interagissent pour former un hétérodimère
stabilisé par des interactions non covalentes. Afin d'identifier
les étapes limitantes de cet assemblage, le repliement de E1 et
E2 a été étudié, dans des expériences
de marquage-chasse, en analysant la formation de leurs ponts disulfures
intramoléculaires [10-12], la formation d'épitopes conformationnels
[8, 13] et leurs interactions avec les protéines chaperons du RE
[9, 11].
Formation des ponts disulfures
Comme beaucoup de protéines cellulaires, les glycoprotéines
du VHC contiennent des résidus cystéine hautement conservés
(E1 en contient 8 et E2 en contient 20) qui seraient potentiellement impliqués
dans la formation de ponts disulfures. La migration d'une protéine
en gel d'électrophorèse contenant du dodécylsulfate
de sodium (SDS-PAGE) et en l'absence d'agents réducteurs, permet
de suivre la formation de ses ponts disulfures intramoléculaires.
Dans de telles conditions, l'acquisition des ponts disulfures intramoléculaires
d'une protéine (passage de la forme réduite à la
forme oxydée), c'est-à-dire l'acquisition d'une conformation
plus compacte, se traduit par une augmentation de sa mobilité en
SDS-PAGE. Le repliement de la glycoprotéine E1 du VHC a été
analysé dans de telles conditions et il est apparu que le repliement
intramoléculaire de E1 est lent puisque ce n'est qu'après
1 heure de chasse que la forme oxydée de E1 apparaît [11].
En revanche, pour E2 ou E2p7, le processus est beaucoup plus rapide car
le repliement intramoléculaire semble complet après seulement
15 minutes de chasse. Ces résultats ont conduit à la conclusion
que la formation des ponts disulfures intramoléculaires est une
étape limitante pour la mise en conformation de la glycoprotéine
E1.
Formations d'épitopes dépendant
de la conformation
L'utilisation d'anticorps monoclonaux murins dépendant de la
conformation de E2, dans des expériences de cinétique, a
permis de montrer que le repliement de la glycoprotéine E2 est
lent [8]. Cela suggère qu'il existe une étape limitante
dans le repliement de la glycoprotéine E2, après qu'elle
ait acquis ses ponts disulfures intramoléculaires. Il est probable
qu'un remaniement des ponts disulfures intramoléculaires, non identifiable
par la technique décrite ci-dessus, puisse être impliqué
dans les étapes finales du repliement de E2. Des anticorps monoclonaux
humains dépendants de la conformation de la glycoprotéine
E2 ont également été obtenus [13]. La reconnaissance
de E2 par ces anticorps est plus précoce qu'avec les anticorps
monoclonaux murins dépendant de la conformation et est similaire
à la cinétique de formation des ponts disulfures, indiquant
qu'un état de repliement peut être rapidement observé
pour cette glycoprotéine. De plus, ces anticorps monoclonaux humains
reconnaissent aussi bien les agrégats que les hétérodimères
non covalents suggérant qu'un repliement partiel peut également
avoir lieu dans la voie non productive d'assemblage. En conclusion, ces
données indiquent que des domaines structurés de E2 peuvent
se former très tôt après la synthèse protéique.
Repliement assisté de E1 par E2
L'effet de la coexpression des glycoprotéines E1 et E2 sur leur
repliement respectif a également été analysé
[12]. Les cinétiques de repliement de E2, analysées avec
l'anticorps H2 [8], montrent des résultats similaires en présence
ou en l'absence de la glycoprotéine E1, suggérant que la
présence de E1 n'est pas nécessaire au repliement de E2
[12]. Aucun anticorps, reconnaissant la forme correctement repliée
de E1, n'est cependant disponible. Le repliement de E1 a donc été
étudié en analysant la formation des ponts disulfures intramoléculaires
de E1 dans des expériences de SDS-PAGE en conditions non réductrices,
comme citées précédemment. Une forme oxydée
de E1, qui apparaît lentement, est clairement détectable
lorsque la glycoprotéine E2 est coexprimée avec E1 [11].
En revanche, en l'absence de la glycoprotéine E2, aucune forme
oxydée de E1 n'est clairement détectable, indiquant que
E2 est nécessaire au repliement de E1 [12]. La glycoprotéine
E2 jouerait donc un rôle de protéine chaperon en interagissant
directement avec E1. Des études très récentes [10,
14] ont mis en évidence le rôle des domaines TM de ces glycoprotéines
dans le repliement assisté de E1 par E2. La coexpression de E1
avec une forme de E2 tronquée de son domaine TM conduit à
une diminution de 50 % de la formation de la forme oxydée de E1,
suggérant que la glycoprotéine E2 a besoin de son domaine
TM pour aider E1 à se replier [10]. De plus, l'interaction du domaine
TM de E1 avec le domaine TM de E2 (voir § Séquences impliquées
dans l'interaction entre E1 et E2) est nécessaire au repliement
assisté de E1 par E2 [14]. L'interaction du domaine TM de E2 avec
celui de E1 pourrait, en stabilisant la glycoprotéine E1 et en
mettant en contact les ectodomaines, favoriser le repliement de E1.
Rôle des chaperons du RE
Les glycoprotéines du VHC interagissent avec les protéines
chaperons calnexine, calréticuline et BiP [9, 11]. Les protéines
chaperons calréticuline et BiP interagissent de manière
préférentielle avec les agrégats tandis que la calnexine
s'associe préférentiellement avec les hétérodimères
E1E2 non covalents [9] (figure
3), suggérant que ces protéines chaperons reconnaissent
les glycoprotéines du VHC dans leurs différents états
de repliement. Les cinétiques d'association des glycoprotéines
du VHC avec la calnexine et la calréticuline sont similaires et
il est probable qu'au lieu d'interagir séquentiellement avec E1
et E2, la calréticuline soit impliquée dans la voie non
productive d'assemblage des complexes E1E2 et la calnexine dans la voie
productive d'assemblage (figure
3) [4]. Le fait que la calnexine intervienne dans la formation
de la forme oxydée des glycoprotéines du VHC [11] renforce
l'idée que les protéines composant les complexes natifs
s'associent à la calnexine durant leur repliement.
Glycosylation de la glycoprotéine
E1
Les glycoprotéines E1 et E2 sont fortement N-glycosylées.
La glycoprotéine E1 présente 5 ou 6 sites potentiels de
N-glycosylation et la glycoprotéine E2 en possède 9 à
11 selon le génotype.
La modification des sites potentiels de glycosylation par l'oligosaccharyl-transférase
a été étudiée par déglycosylation partielle
pour la glycoprotéine E1 et il a été montré
qu'un des sites potentiels de glycosylation de cette protéine n'est
pas modifié par cette enzyme [15]. Afin d'identifier ce site inutilisé
de la glycoprotéine E1 de la souche H du VHC (5 sites potentiels
de N-glycosylation) et de déterminer l'influence de la glycosylation
sur la formation des complexes E1E2, une série de mutants a été
obtenue où chaque site de glycosylation a été muté
séparément [16]. Pour chaque site, le résidu Asn
(N) de la triade N-X-S/T a été substitué par un résidu
Gln (Q) ; cette modification abolit la N-glycosylation lorsqu'elle est
fonctionnelle et reste sans effet lorsque le site n'est pas reconnu. L'expression
des protéines E1 et leur analyse en SDS-PAGE ont permis de montrer
que le site 5 de la protéine E1 n'est pas fonctionnel [16]. L'analyse
de la séquence en acides aminés indique que l'absence de
glycosylation sur ce site est due à la présence, dans l'environnement
du séquon N-X-S/T, de deux résidus défavorables à
la glycosylation.
Des expériences permettant d'évaluer l'influence de la
glycosylation sur la formation des hétérodimères
E1E2 ont également été réalisées et
ont montré que les mutations des sites 2 ou 3 n'ont pas ou peu
d'effets sur l'assemblage des complexes E1E2, tandis que la mutation du
site 1 et, de manière prédominante, celle du site 4 réduisent
dramatiquement la formation des hétérodimères E1E2
non covalents [16]. Il est probable que la présence de glycanes
soit importante pour la stabilisation et le repliement de la glycoprotéine
E1.
Une étude très récente a permis de montrer que
la glycosylation de la glycoprotéine E1 exprimée seule n'est
pas efficace et qu'elle est dépendante de la présence d'une
séquence en aval de celle-ci, sur la polyprotéine virale
[10]. Une étude de l'efficacité de la glycosylation de la
glycoprotéine E1 exprimée en présence ou en l'absence
de E2 indique en effet que la présence en cis de la glycoprotéine
E2 augmente l'efficacité de la glycosylation de E1. Afin de déterminer
si la séquence entière de E2 est nécessaire à
la glycosylation efficace de E1, des délétions C-terminales
progressives de la protéine E2 ont été réalisées,
dans le contexte de la polyprotéine E1E2, et ont montré
que l'extrémité N-terminale de E2 est suffisante pour améliorer
l'efficacité de la glycosylation de la glycoprotéine E1.
De plus, la présence d'une séquence autre que celle de E2,
immédiatement en aval de E1, est suffisante pour améliorer
la glycosylation de E1 [10].
La séquence en aval de E1, en l'occurrence l'extrémité
N-terminale de E2, pourrait améliorer la glycosylation de E1 en
créant une pause traductionnelle permettant une complétion
de la glycosylation. Alternativement, l'extrémité N-terminale
de E2 pourrait imposer une conformation à E1 qui serait plus favorable
à la N-glycosylation. Cette conformation pourrait être transitoire
et observable seulement avant clivage de la polyprotéine. Un tel
remaniement conformationnel pourrait ne pas avoir lieu en l'absence d'une
séquence en aval de E1. Dans des expériences de marquage-chasse,
la polyprotéine E1E2 est bien souvent incomplètement clivée
au temps 0 de la cinétique. Ce délai de clivage de la polyprotéine
E1E2 pourrait être nécessaire pour la glycosylation de E1.
Séquences impliquées dans l'interaction
entre E1 et E2
Les protéines d'enveloppe E1 et E2 du VHC forment deux types
de complexes : des hétérodimères E1E2 non covalents
et des agrégats hétérogènes liés par
des ponts disulfures. Quelles sont les séquences impliquées
dans cette interaction entre E1 et E2 ? De nombreuses études suggèrent
que les séquences importantes pour l'interaction des glycoprotéines
du VHC seraient localisées au niveau des ectodomaines de E1 et
E2 [4]. Lorsque des formes E1 et E2, tronquées de leur séquence
hydrophobe C-terminale, sont coexprimées, des complexes E1E2 sont
sécrétés dans le surnageant de culture, suggérant
que les domaines hydrophobes C-terminaux de E1 et E2 ne seraient pas impliqués
dans l'hétérodimérisation des deux glycoprotéines.
De plus, Yi et al. [17] ont identifié une séquence
dans la région N-terminale de E2, située entre les acides
aminés 415 et 500, pouvant être responsable d'une interaction
avec la protéine E1. Ils ont déterminé plus précisément
trois résidus qui auraient une importance fondamentale dans cette
interaction : le motif WHY représenté par les acides aminés
489, 490 et 491. Sa délétion ou son remplacement interfèrerait
avec la formation du complexe. Cependant, ces résultats ne prennent
pas en compte l'état conformationnel des protéines impliquées.
La caractérisation des formes tronquées de E1 et E2, formant
des complexes sécrétés, a permis de montrer que ces
protéines sont agrégées [12]. Il est donc possible
que les séquences identifiées soient des domaines d'interaction
intervenant dans la formation d'agrégats.
Récemment, Patel et al. [18] ont analysé la nature
des interactions dans les agrégats et le rôle des liaisons
non covalentes dans les étapes précoces de l'association
E1E2 [18]. L'analyse de deux souches de génotype 1a a permis de
montrer que les agrégats font intervenir à la fois des interactions
covalentes et des interactions non covalentes entre E1 et E2. Ces associations
non covalentes semblent très complexes car l'analyse de mutants
de délétion n'a pas permis d'identifier la ou les régions
impliquées dans ces interactions non covalentes.
Les domaines TM des glycoprotéines E1 et E2 jouent un rôle
majeur dans l'assemblage des hétérodimères E1E2 non
covalents. La délétion de la séquence hydrophobe
C-terminale de la glycoprotéine E2 abolit la formation des complexes
E1E2 [12, 19]. Très récemment, nous avons clairement établi,
grâce à des expériences de mutagenèse par insertion
d'alanines, que les domaines TM de E1 et E2 sont directement impliqués
dans l'hétérodimérisation des protéines d'enveloppe
du VHC [14]. Deux segments distincts dans le domaine TM de E1 et un segment
dans le domaine TM de E2 sont très sensibles à l'insertion
d'une alanine (figure 2).
Les segments localisés près des résidus chargés
des domaines TM de E1 et E2 et un segment localisé près
de la glycine 358 (position sur la polyprotéine) du domaine TM
de E1 seraient directement impliqués dans la formation des hétérodimères
E1E2 [14]. Les domaines TM des glycoprotéines E1 et E2 seraient
donc des acteurs majeurs dans la formation des hétérodimères
E1E2. Néanmoins, il est probable que des régions appartenant
aux ectodomaines des deux protéines puissent également intervenir
dans la formation et la stabilisation du complexe non covalent. Le repliement
assisté de l'ectodomaine de E1 par E2 est un élément
suggérant que des régions autres que les domaines TM peuvent
entrer en contact. Ainsi, le phénomène d'hétérodimérisation
des glycoprotéines du VHC semble relativement complexe. Des études
complémentaires seront nécessaires pour en préciser
les mécanismes.
Localisation subcellulaire des glycoprotéines
E1 et E2 du VHC
Les virus enveloppés ont développé différentes
stratégies pour l'acquisition de leur enveloppe. Les myxovirus,
les rhabdovirus, les arénavirus et les rétrovirus
bourgeonnent au niveau de la membrane plasmique [20], tandis que d'autres
acquièrent leur enveloppe au niveau de compartiments intracellulaires.
En effet, les hepadnavirus, les coronavirus et les bunyavirus
bourgeonnent dans le RE, le compartiment intermédiaire et l'appareil
de Golgi, respectivement [21]. Les données actuelles sur les Flaviviridae
suggèrent que les flavivirus bourgeonnent au niveau du RE
[22]. Dans le cas du VHC, il est impossible d'étudier le bourgeonnement
de la particule en utilisant du virus infectieux, car le VHC ne se multiplie
pas de façon efficace en culture cellulaire. Cependant, les protéines
d'enveloppes virales s'accumulent généralement dans le compartiment
où a lieu le bourgeonnement. Il a été montré
par des techniques d'immunofluorescence, de microscopie électronique,
ainsi que par une analyse des glycanes associés à E1 et
E2 que les glycoprotéines du VHC, exprimées à l'aide
de vecteurs hétérologues, sont localisées au niveau
du RE [8, 23]. Ces études indiquent que le bourgeonnement du VHC
pourrait avoir lieu dans ce compartiment. De plus, elles suggèrent
que l'hétérodimère E1E2 possède un ou des
signaux conduisant à sa rétention dans le RE. La glycoprotéine
E2 possède un signal d'adressage conduisant à une rétention
similaire à celle du complexe E1E2 [24]. L'expression de protéines
chimériques, dans lesquelles des domaines de E2 ont été
échangés avec les domaines correspondant d'une protéine
normalement transportée à la membrane plasmique (CD4), a
permis d'identifier la séquence responsable de la rétention
de la glycoprotéine E2. Le domaine TM de E2 (29 acides aminés
carboxy-terminaux) est en effet suffisant pour retenir celle-ci au niveau
du RE [24].
La construction d'autres protéines chimériques contenant
l'ectodomaine de CD4 ou CD8 fusionné à la séquence
C-terminale hydrophobe de E1 a permis de montrer que le domaine TM de
la glycoprotéine E1 contient également l'information nécessaire
à sa rétention au niveau du RE [25]. De plus, la caractérisation
des glycanes présents sur les glycoprotéines E1 et E2 a
permis de montrer que la localisation du complexe natif E1E2 dans le RE
est due à une rétention stricte et non à un recyclage
à partir de l'appareil de Golgi [23, 25]. Des glycanes de type
oligomannosidique contenant 7, 8 ou 9 mannoses, caractéristiques
de structures observées uniquement au niveau du RE ont en effet
été détectés sur les glycoprotéines
E1 et E2 ainsi que sur des glycoprotéines chimériques contenant
l'ectodomaine de CD4 et le domaine TM de E1 ou E2. Ces résultats
indiquent qu'il existe au moins deux signaux de rétention stricte
dans le RE sur le complexe E1E2. Cette rétention stricte dans le
RE est probablement importante pour le bourgeonnement de la particule
virale qui pourrait avoir lieu, comme pour les flavivirus, dans
le RE.
Il est important de noter que ces résultats ont été
confirmés par d'autres auteurs [26, 27], mais Mottola et al.
ont de surcroît identifié un autre signal de rétention
pour le RE. Ils ont montré qu'une région de 44 acides aminés
(290 à 333 sur la polyprotéine) présente dans l'ectodomaine
de E1 serait suffisante pour retenir des protéines rapporteurs,
telles que CD8 ou la phosphatase alcaline, au niveau du RE. De plus, la
mutation de trois méthionines, présentes aux positions 322,
323 et 324, permettrait de lever la rétention au niveau du RE,
suggérant qu'au moins un de ces résidus est essentiel à
ce nouveau signal de rétention pour le RE [27]. Il n'existe cependant
aucune évidence à l'heure actuelle que ce signal de rétention
serait accessible après assemblage et repliement du complexe E1E2.
Multifonctionnalité des domaines TM de
E1 et E2
Les domaines TM des glycoprotéines E1 et E2 sont multifonctionnels.
En plus de leur rôle d'ancrage membranaire et de signaux de rétention
stricte dans le RE, les domaines TM de E1 et E2 ont, dans leur moitié
C-terminale, une fonction séquence signal. Ils sont également
des acteurs majeurs de l'assemblage des hétérodimères
E1E2. Comment de si petits domaines peuvent-ils avoir quatre fonctions
totalement différentes ? Les domaines TM de E1 et E2 sont tous
les deux organisés en deux segments hydrophobes séparés
par une boucle hydrophile présentant un (E1) ou deux (E2) résidus
chargés totalement conservés (figure
2). L'existence d'une telle conservation nous a suggéré
que ces résidus doivent jouer un rôle important dans certaines
fonctions des domaines TM de E1 et E2. Une étude de mutagenèse
dirigée de ces résidus a donc été entreprise
[3]. Nous avons montré que le remplacement de ces résidus
chargés par des résidus alanine conduit à une levée
de la rétention des hétérodimères dans le
RE, à une altération de la fonction séquence signal
et à un assemblage inefficace des hétérodimères
E1E2 [3]. L'altération de l'ensemble des fonctions jouées
par les domaines TM de E1 et E2 par la mutation des résidus chargés
suggère que ces fonctions sont étroitement liées
entre elles. Très récemment, nous avons montré que
la mutation des résidus chargés altère la topologie
des domaines TM de E1 et E2 [28], indiquant que la multifonctionnalité
des domaines TM de E1 et E2 est associée à une dynamique
structurale au niveau de ces domaines. L'utilisation de protéines
« taggées » dans des expériences d'immunofluorescence
en conditions de perméabilisation sélective a permis de
déterminer la topologie des domaines TM de E1 et E2, avant et après
clivage de la polyprotéine du VHC. Nous avons montré qu'avant
la maturation de la polyprotéine virale, les domaines TM de E1
et E2 forment une structure en épingle à cheveux, essentielle
à leur fonction séquence signal [28] (figure
3). Ensuite ces domaines se réorientent en un seul segment
TM, après clivage par les peptidases signal cellulaires.
CONCLUSION Les
protéines d'enveloppe E1 et E2 du VHC forment un véritable
« couple d'inséparables ». La glycoprotéine E1 nécessite
la présence de la glycoprotéine E2 pour se replier correctement
[12] et se glycosyler efficacement [10]. La présence en cis
de la glycoprotéine E1 est nécessaire à l'ancrage membranaire
efficace de la glycoprotéine E2 et cette expression en cis
augmente la formation des hétérodimères E1E2 non covalents
[29]. Il apparaît ainsi que les protéines d'enveloppe E1 et
E2 coopèrent véritablement pour former un complexe fonctionnel
qui doit jouer un rôle majeur dans différentes étapes
du cycle infectieux viral. Le développement de nouveaux agents thérapeutiques
visant à interférer avec l'assemblage de ces protéines
[30] pourrait peut-être aider à lutter plus efficacement contre
le VHC. REFERENCES
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