ARTICLE
Presque un millier d'espèces de virus de plante ont été
décrites dans la littérature, dont la plupart sont dépendantes
d'organismes vecteurs pour leur transmission de plante à plante
[1]. Les virus de plante ont élaboré un grand nombre d'associations
biologiques avec leurs vecteurs, qui peuvent être des arthropodes,
des nématodes ou des champignons.
Les virus végétaux transmis par insectes piqueurs-suceurs
avaient été classés selon la durée des étapes
de leur cycle de transmission par vecteur (pour revues [2, 3]).
Cette classification tenait compte de critères quantitatifs et
permettait de distinguer les virus non persistants, dont la période
de rétention dans leur vecteur est de quelques minutes à
quelques heures, les virus semi-persistants, dont la période de
rétention est de quelques heures à quelques jours, et les
virus persistants, dont le vecteur reste généralement infectieux
à vie, après une acquisition virale. Les virus non persistants
et semi-persistants sont acquis et peuvent être inoculés
en l'espace de quelques secondes à quelques minutes. Ils ne nécessitent
pas de période de latence (temps minimum entre l'ingestion de virus
et le moment où le vecteur est capable d'infecter une nouvelle
plante) et ne se répliquent pas dans leur vecteur. Les virus persistants,
au contraire, sont transmis après une période de latence
de quelques heures à plusieurs jours.
L'accumulation de nouvelles données sur les mécanismes
de transmission a permis de proposer une nouvelle classification basée
sur des critères qualitatifs (pour revues [2, 3]). Les virus
non persistants sont adsorbés sur l'épicuticule des stylets
et les virus semi-persistants sur la partie antérieure du système
digestif (valve précibariale et pompe cibariale). Étant
donné que l'épicuticule des stylets et la partie antérieure
du système digestif font partie de la cuticule, ces virus sont
perdus à chaque mue. Ils furent référencés
comme « non circulants » car ils ne traversent aucune membrane
cellulaire et ne pénètrent pas dans l'hémolymphe
de l'insecte vecteur (tableau
1). Les virus persistants, au contraire, sont transmis selon le
mode circulant car ils sont internalisés après ingestion
et ne sont pas perdus au cours des mues. Ils traversent plusieurs membranes
cellulaires, celles de l'épithélium intestinal qui les fait
passer dans l'hémolymphe de l'insecte, et celles des glandes salivaires
qui permet leur évacuation par salivation dans une plante hôte.
Ces virus, à présent regroupés sous la désignation
de « virus circulants », peuvent être séparés
en deux groupes, les virus multipliants, capables de se répliquer
dans leurs insectes vecteurs, et les virus non multipliants, qui ne s'y
répliquent pas (tableau
1). Pour les virus non multipliants, l'insecte vecteur n'est qu'un
véhicule pour aller d'une plante à une autre. Cependant,
comme le suggère la transmission spécifique de ces virus
par certaines espèces seulement d'insectes vecteurs, les interactions
virus-vecteurs exigent des phénomènes de reconnaissances
spécifiques.
Cette classification en virus circulants et non circulants, issue des
études sur les pucerons et les cicadelles, vecteurs de la plupart
des phytovirus, pose quelques problèmes pour des virus transmis
par d'autres vecteurs étudiés postérieurement. C'est
le cas des virus transmis par des nématodes, des champignons et
par certains arthropodes, tels que les coléoptères pour
lesquels la classification est inadéquate [4]. Cependant, malgré
l'existence de certaines variantes, la terminologie « non circulante
» et « circulante » est aujourd'hui largement admise, car
elle est simple et a l'avantage de s'appliquer aux virus des végétaux
et des animaux (pour revues [2, 3]).
Les virus de plante transmis selon le mode circulant par insectes vecteurs
sont responsables de nombreuses maladies d'importance économique.
De même les arbovirus (arthropod born viruses), virus d'animaux
transmis selon le mode circulant multipliant par arthropode, sont à
l'origine de nombreuses nouvelles maladies virales létales chez
l'homme. Pourtant, malgré l'importance de ces maladies et en dépit
d'une importante littérature concernant les multiples associations
entre les virus et les arthropodes, les mécanismes cellulaires
et moléculaires qui régulent les processus de transmission
et qui déterminent leur efficacité commencent seulement
à être compris. Les avancées de la biologie moléculaire
et la possibilité de manipuler génétiquement les
virus, les plantes et, depuis peu, les insectes, favorisent l'étude
des mécanismes de la transmission des virus. Les virologistes animaux
et les entomologistes du monde médical ont focalisé leurs
efforts sur la compréhension des paramètres physiologiques
et génétiques des insectes qui influencent la réplication,
la survie et la transmission des virus, car la grande majorité
des virus animaux transmis par arthropodes, infectent leurs vecteurs en
s'y multipliant. En revanche, la plupart des virus de plantes transmis
par insecte ne se répliquant pas dans leurs vecteurs, les principales
recherches ont consisté à analyser les interactions moléculaires
entre le virus et le vecteur.
L'objet de cette revue bibliographique, essentiellement basée
sur celles de Gray et Banerjee [5], Van den Heuvel et al. [6] et
Hébrard et al. [2], est de décrire l'état
actuel des recherches dans le domaine des processus de transmission des
virus de plante par des insectes vecteurs selon le mode circulant. Dans
un premier temps, nous rappellerons la spécificité du comportement
et des mécanismes alimentaires des insectes piqueurs-suceurs, principaux
organismes impliqués dans la transmission des virus. Ensuite, nous
présenterons les données actuelles concernant la transmission
circulante non multipliante des virus appartenant aux familles des Luteoviridae
et des Geminiviridae pour lesquels ce mode de transmission est
le mieux connu. Enfin, la transmission multipliante sera abordée
aux niveaux de la compétence de l'insecte vecteur à transmettre
un virus et de la compétence du virus a être transmis par
un insecte vecteur. Dans cette dernière partie, des analogies et
des comparaisons seront effectuées avec les arbovirus.
Comportement alimentaire des vecteurs et transmission
circulante
Les pièces buccales de la plupart des arthropodes et nématodes,
vecteurs de virus, témoignent d'un mode d'alimentation de type
piqueur-suceur [5]. Ce type morphologique est commun aux insectes qui
s'alimentent de contenus cellulaires et surtout de sève phloèmienne,
tels que les pucerons, les aleurodes, les cicadelles et les delphacides,
ou de sang tels que les moustiques et les tiques hématophages [6].
Leurs stylets leur permettent de pénétrer dans les tissus
et de traverser les parois cellulaires et les membranes cytoplasmiques
par l'intermédiaire de forces mécaniques et/ou avec l'aide
d'enzymes salivaires et intestinales [5]. C'est au cours des périodes
d'alimentation comportant des phases d'ingestion et de salivation qu'ils
acquièrent et inoculent respectivement les particules virales.
Le comportement alimentaire de la plupart des arthropodes vecteurs de
phytovirus conditionne la transmission virale de plante à plante.
L'acceptation ou le refus d'une plante par les pucerons est majoritairement
déterminé par de brèves piqûres superficielles
dans l'épiderme des plantes. Ces piqûres d'essais représentent
une étape privilégiée pour la transmission des virus
selon le mode non circulant. Dans ce cas, il n'est pas nécessaire
que la plante soit hôte du vecteur pour que le virus puisse établir
une infection. Si la plante est reconnue comme hôte, le vecteur
peut engager une alimentation prolongée au cours de laquelle les
virus circulants sont généralement transmis (figure
1). Dans ce cas, la gamme d'hôte du virus est comprise dans
celle du vecteur. Les virus circulants ne sont généralement
transmis que par une ou quelques espèces d'un même genre.
Cette spécificité, ainsi que la persistance du virus chez
son vecteur, suggèrent l'existence d'une association intime, dans
laquelle à la fois des protéines codées par le virus
et des composants du vecteur sont impliqués. L'identification des
déterminants impliqués dans les différentes phases
du processus de transmission représente une thématique de
recherche nouvelle, en plein développement. Les résultats
de ces recherches seront évoqués ci-dessous.
Les virus circulants des plantes sont transmis par des arthropodes,
aucune transmission circulante n'ayant été observée
pour les nématodes (tableau
2). La transmission circulante implique un passage du virus à
travers des membranes cellulaires de leurs vecteurs, avec une interaction
physique entre une particule virale et un récepteur membranaire.
Celle-ci aboutit, soit à un phénomène d'endocytose
« récepteur-dépendant », généralement
par l'intermédiaire de vésicule à clathrine, comme
cela a été proposé pour les lutéovirus et
les polérovirus [7], soit, dans le cas de virus enveloppés,
à la fusion directe de l'enveloppe virale avec la membrane cellulaire,
comme cela a été proposé pour les bunyavirus [8].
On peut noter que les phytovirus non multipliants possèdent une
capside simple (1 ou 2 protéines structurales) non enveloppée,
alors que les virus multipliants végétaux ou animaux sont
généralement enveloppés ou présentent une
capside complexe, formée d'au moins trois protéines distinctes.
La très grande majorité des arbovirus sont des virus circulants
multipliants alors que la plupart des phytovirus circulants sont non multipliants.
Ces derniers appartiennent aux familles des Luteoviridae et des
Geminiviridae, et aux genres Nanovirus et Umbravirus
(tableau 2). Les principaux
résultats obtenus pour la transmission circulante non multipliante
nous viennent des virus de la famille des Luteoviridae et, dans
une moindre mesure, des virus de la famille des Geminiviridae,
pour laquelle les mécanismes de la transmission ne sont pas encore
clairement définis et seront discutés séparément.
Les phytovirus circulants multipliants ont été décrits
chez les genres Tenuivirus et Marafivirus, et chez trois
familles qui contiennent également des virus animaux, les Reoviridae,
les Rhabdoviridae et les Bunyaviridae (tableau
2).
Le mouvement des virus circulants à travers les arthropodes vecteurs
est globalement le même pour les virus animaux et végétaux.
Après ingestion, les virions sont internalisés par les cellules
épithéliales de l'intestin moyen ou postérieur. Les
particules virales sont ensuite relarguées dans l'hémolymphe,
d'où elles peuvent infecter d'autres tissus dans le cas des virus
multipliants. Enfin, les virions pénètrent dans les glandes
salivaires, pour être relargués, via le canal salivaire
dans un nouvel hôte, lors des phénomènes de salivation
qui accompagnent l'alimentation. Chez les arbovirus, il a été
montré que la transmission pouvait être activée par
la salive, grâce à des matières actives qui sont relarguées
avec les virions dans le système sanguin de l'hôte. Ces substances
auraient des propriétés vasodilatatrices, anticoagulantes
et de suppression des mécanismes de défense. Parallèlement,
certaines observations suggèrent que l'étape de salivation
intervient dans l'inhibition des mécanismes généraux
de défense des plantes [9]. En effet, les premières études
du comportement alimentaire de pucerons vecteurs de virus par électropénétrographie
(EPG), en relation avec la résistance des plantes à la transmission
virale, ont montré que la résistance s'accompagne le plus
souvent d'une augmentation ou d'une réduction de la phase E1 (phase
de salivation sans ingestion) et du non-passage en phase E2 (phase d'ingestion
phloémienne) [9, 10]. Klingler et al. [10] proposent que
l'arrêt d'une alimentation en phase E1 traduise l'incapacité
de l'insecte à déjouer les mécanismes de résistance
de la plante. Cependant, aucune étude n'a montré de lien
direct entre la salivation et une infection virale facilitée.
La transmission circulante non multipliante
Luteoviridae
Les virus appartenant à la famille des Luteoviridae sont
transmis par pucerons selon le mode circulant non multipliant. Chaque
espèce virale est transmise efficacement par une ou, tout au plus,
quelques espèces de pucerons. Les études ultrastructurales
effectuées sur des virus des genres Luteovirus et Polerovirus
ont montré qu'une fraction des virions ne sont pas détruits
ou inactivés dans le tractus intestinal, mais qu'ils pénètrent
dans les cellules épithéliales de l'intestin moyen [11]
ou de l'intestin postérieur [7], par endocytose récepteur-dépendante
(figure 1). Ils sont transportés
à travers le cytoplasme par l'intermédiaire de vésicules
d'endocytose qui, en fusionnant avec la membrane basolatérale,
les libèrent dans la lamelle basale et, de là, vers l'hémolymphe.
L'hémolymphe agirait comme un réservoir à l'intérieur
duquel les particules virales sont retenues sous forme infectieuse sans
réplication [12, 13]. Dans la plupart des combinaisons - isolat
viral/espèce de puceron - étudiées, le virus
se retrouve dans l'hémolymphe qu'il soit transmissible ou non [14].
La paroi intestinale ne semble donc pas représenter une barrière
majeure à l'acquisition des virus de la famille des Luteoviridae.
Il faut cependant noter que d'autres virus, morphologiquement similaires,
ne sont pas capables de franchir la paroi intestinale [14]. Les virus
de la famille des Luteoviridae sont capables de survivre dans l'hémolymphe
des pucerons. Les mécanismes potentiels impliqués dans la
préservation des virions seront discutés plus loin.
Les glandes salivaires des pucerons sont constituées de deux
glandes principales (GSP) et de deux glandes accessoires (GSA). Les GSP
sécrètent les protéines impliquées dans la
construction de la gaine salivaire et les enzymes qui interviennent dans
l'oxydation et l'hydrolyse de ces protéines, alors que les GSA
produisent de manière intensive des sécrétions aqueuses
contenant peu ou pas d'enzymes. Les virus de la famille des Luteoviridae
s'associent exclusivement avec les GSA, et plus spécifiquement
avec leurs parties antérieures. Les fortes invaginations de la
membrane plasmique apicale des cellules des GSA sont compatibles avec
un transport rapide de l'eau et des ions. Les GSA fonctionneraient comme
un organe diurétique jouant un rôle dans l'élimination
du matériel cireux, provenant de la dégradation des cellules
graisseuses, présentes dans l'hémolymphe. Des études
effectuées sur les tiques ont montré que les glandes salivaires
joueraient un rôle dans l'élimination des substances reconnues
comme étrangères dans l'hémolymphe, et que cela pourrait
contribuer aux mécanismes immunitaires des tiques [15]. Il est
possible que les virus de la famille des Luteoviridae aient évolué
de manière à utiliser des voies d'excrétion de l'insecte,
leur permettant d'accéder au canal salivaire. Les observations
ultrastructurales indiquent que le passage des lutéovirus et des
polérovirus à travers les GSA est similaire à travers
l'intestin moyen et postérieur, faisant intervenir un mécanisme
d'endocytose récepteur-dépendant. L'incapacité de
certains isolats viraux à pénétrer les GSA des pucerons
suggère qu'elles interviennent dans la spécificité
de vection. De récents travaux concernant la transmission de différentes
combinaisons - espèces du genre Luteovirus/espèces
de pucerons - ont montré que la lamelle basale et la membrane
plasmique basale des GSA fonctionnent comme des barrières indépendantes
[14, 16, 17].
Divisés en trois genres taxonomiques sur la base de leur organisation
génomique, les virus de la famille des Luteoviridae ont
cependant en commun l'arrangement de trois de leurs cadres ouverts de
lecture (ORF), dont deux codent pour les protéines de structure.
La coque protéique virale est composée d'une protéine
de capside (CP) majeure de 22 à 24 kDa et d'une protéine
mineure (readthrough ou RT) de plus haut poids moléculaire,
obtenue par translecture du codon stop de la protéine de capside.
La taille de la protéine de translecture (RT) est de 72 à
74 kDa, mais la portion C-terminale du domaine de translecture (readthrough
domain ou RTD) présente un site de coupure protéolytique
par lequel un composé protéique de 55 à 58 kDa peut
être obtenu. C'est cette dernière forme qui est généralement
retrouvée dans des extraits purifiés de virus [18, 19],
mais on ne sait pas si ce processus protéolytique existe en conditions
in vivo. Cependant, il a été montré que les
virus purifiés et les virus mutants ne possédant pas la
partie C-terminale du RTD sont transmissibles [20]. Aucun facteur assistant
non structural ne semble intervenir dans le processus de transmission
par pucerons des virus de la famille des Luteoviridae. La RT n'est
pas requise pour l'assemblage des particules [21] ou pour l'infection
des plantes [19]. En revanche, un certain nombre de travaux ont montré
que les particules ne contenant pas de RT ne sont pas transmissibles par
les pucerons [13, 18, 21]. Cette observation semblait indiquer que la
RT est un facteur nécessaire au phénotype « transmissible
par puceron ». Cependant, des virions sans RT, ingérés
par des pucerons vecteurs ou non vecteurs, ont été détectés
dans l'hémolymphe, indiquant que la CP semble contenir à
elle seule tous les déterminants impliqués dans l'internalisation
et le passage à travers la paroi intestinale [21].
Des pseudo-particules virales ont pu être obtenues avec la CP
du Potato leafroll virus (PLRV, genre Polerovirus) fusionnée
avec un motif hexahistidine, produite dans le système baculovirus/cellule
d'insecte [22, 23]. Les études structurales ont montré que
ces pseudo-particules ingérées par des pucerons traversent
la paroi intestinale et sont observées dans les cellules des glandes
salivaires accessoires et dans le canal salivaire [23]. Les résultats
sont compatibles avec les études précédentes, montrant
que la RT n'est pas requise pour le passage à travers l'intestin,
mais contraste avec l'hypothèse qu'elle détermine la spécificité
du vecteur, en régulant le transport du virus à travers
les glandes salivaires accessoires. Quelle est alors la fonction du domaine
de translecture dans le processus de transmission par pucerons ? Selon
les travaux de Mutterer et al. [24], la RT interviendrait sur le
mouvement à longue distance du virus au sein de la plante et, par
conséquent, sur sa répartition dans la plante.
Récemment encore, on supposait que les seules barrières
impliquées dans la transmission des virus de la famille des Luteoviridae
étaient de nature membranaire, au niveau des épithéliums
intestinaux et des glandes salivaires accessoires. Cette compréhension
des interactions virus/pucerons négligeait cependant le système
immunitaire des insectes. Or, des études ont montré que
l'hémolymphe est un environnement hostile aux pathogènes
et que des mécanismes de défense semblent actifs chez un
grand nombre d'insectes, comprenant les homoptères [25]. Aussi,
malgré le peu d'études qui ont porté sur le système
immunitaire des pucerons, on peut penser que les virus de la famille des
Luteoviridae ont développé un mécanisme pour
déjouer cette défense immunitaire.
* Intervention de bactéries endosymbiotes
Les pucerons, comme l'ensemble des homoptères, hébergent
des bactéries endosymbiotes du genre Buchnera, dans des
cellules spécialisées au sein de l'abdomen, nommées
mycétocytes. Ces bactéries fournissent les acides aminés
essentiels que le puceron n'est pas capable de synthétiser mais
seraient également impliquées dans d'autres fonctions qui
ne sont pas encore élucidées [26]. En outre, elles produisent
de très fortes quantités d'une protéine nommée
symbionine, homologue de la protéine chaperon GroEL d'Escherichia
coli [26, 27]. GroEL est un oligomère de 840 kDa qui comporte
14 sous-unités identiques de 60 kDa chacune. Les protéines
chaperons interviennent généralement dans la maturation
des protéines, leur translocation à travers les membranes
et la « récupération » suite à un stress.
Cependant, le rôle de la symbionine dans le métabolisme du
puceron est inconnu. Elle est produite et stockée exclusivement
dans les mycétocytes, et n'est que rarement exportée dans
l'hémolymphe du puceron [28]. L'exportation aurait lieu suite à
une dégradation des endosymbiotes et des mycétocytes lors
des phénomènes de vieillissement des pucerons [26].
Il a été montré que les sous-unités ainsi
que la protéine native constituée de 14 sous-unités
sont capables de se lier in vitro à des virions de la famille
des Luteoviridae ou à des protéines RT recombinantes
[12, 13, 27, 29]. Lorsque les pucerons sont débarrassés
de leurs endosymbiotes par un traitement aux antibiotiques, leur capacité
à transmettre du virus est significativement réduite et
la quantité de protéine de capside détectée
dans les pucerons est diminuée. De façon étonnante,
la quantité de RT détectée dans les pucerons n'est
pas affectée [13, 29]. Cependant, les résultats de ces expériences
doivent être interprétés avec précaution, car
la destruction des endosymbiotes a certainement des effets dramatiques
sur le métabolisme interne et la physiologie des pucerons.
On a pu montrer l'existence d'une affinité différentielle
des virions de six espèces virales de la famille des Luteoviridae
avec le GroEL d'E. coli ainsi qu'avec des homologues de GroEL
provenant de pucerons vecteurs et non vecteurs [13]. La capacité
de liaison n'était pas corrélée à la capacité
ou à l'efficacité de la transmission, ce qui suggère
que si la symbionine joue un rôle dans la transmission, elle n'intervient
pas dans la spécificité du vecteur. Une analyse de la capacité
de liaison symbionine/virion testée in vitro avec une série
de mutants viraux contenant des délétions dans la RT, indique
que la partie N-terminale du RTD contient les déterminants de l'interaction
protéique. Les virions qui ne contiennent pas la RT ne se lient
pas à la symbionine in vitro et persistent moins longtemps
dans l'hémolymphe des pucerons que la souche sauvage de virus [13].
La capacité de la symbionine à interagir avec des virions
de la famille des Luteoviridae réside dans les régions
N-terminale (acides aminés 1 à 121) et C-terminale (acides
aminés 409 à 474) du domaine équatorial de ses sous-unités
[30]. Ces régions sont très conservées chez tous
les homologues de GroEL des bactéries du genre Buchnera,
qui sont capables de s'associer à la plupart des virus de la famille
des Luteoviridae [13].
L'ensemble de ces études suggèrent l'existence d'une interaction
spécifique entre les virus de la famille des Luteoviridae
et les homologues de GroEL synthétisés par les bactéries
endosymbiotiques, et que cette interaction aurait une influence sur la
stabilité des virions dans l'hémolymphe des pucerons [12,
13]. Les mécanismes de dégradation des virus dans l'hémolymphe
sont inconnus. On ne sait pas non plus si la liaison entre les symbionines
et le virus protège la particule virale des mécanismes de
reconnaissance du système immunitaire des pucerons, ou si elle
facilite l'interaction du virus avec les glandes salivaires accessoires.
* Identification de récepteurs membranaires
Plusieurs protéines de pucerons, avec des masses moléculaires
de 31 à 85 kDa, ont montré des capacités d'interaction
in vitro avec des lutéovirus purifiés [31]. Ainsi,
le Barley yellow dwarf virus (BYDV) présente une forte affinité
pour des protéines de 31 et 44 kDa extraites des pucerons vecteurs
Sitobion avenae et Schizaphis graminum [31]. Cette interaction
n'est pas observée avec Rhopalosiphum padi, insecte non
vecteur du BYDV. Des anticorps dirigés contre ces deux protéines
réagissent uniquement avec des extraits de glandes salivaires des
pucerons vecteurs, suggérant que ces protéines sont impliquées
dans la reconnaissance spécifique des lutéovirus par les
GSA.
Geminiviridae
Contrairement aux virus de la famille des Luteoviridae qui sont
tous transmis par pucerons, les virus de la famille des Geminiviridae
sont transmis par différents homoptères selon le genre auquel
ils appartiennent (tableau 2).
Les virus faisant partie du genre Mastrevirus sont transmis par
plusieurs genres de cicadelles (Auchenorryncha : Cicadellidae).
Ceux du genre Curtovirus sont transmis par des cicadelles (Auchenorryncha
: Cicadellidae) et des membracides (Auchenorryncha : Membracidae).
Ceux du genre Begomovirus sont exclusivement transmis par des aleurodes
du genre Bemisia (Sternorryncha : Aleyrodidae).
Les virus de la famille des Geminiviridae sont des virus à
ADN simple brin circulaire, dont les capsides sont formées de deux
particules quasi icosaédriques (figure
2). Les mastrévirus et les curtovirus ont des génomes
monopartites, alors que la plupart des bégomovirus sont bipartites
avec un composant A (ADN-A) et un composant B (ADN-B). Les extraits contenant
des particules virales doubles sont infectieux, alors que les préparations
ne contenant que des particules icosaédriques simples ne le sont
pas. La plupart des particules de géminivirus sont facilement endommagées
et disloquées, si elles ne sont pas maintenues dans des conditions
contrôlées et spécifiques à chaque virus. Le
maintien de leur structure semble dépendant de l'interaction entre
la coque protéique et l'acide nucléique [32]. Aucune structure
icosaédrique vide n'a été décrite chez les
géminivirus, ce qui suggère que les interactions protéine-protéine
de la capside des géminivirus ne sont pas aptes à conférer
une stabilité suffisante à ce type de particule [32]. Dans
la sève élaborée, le pouvoir infectieux des particules
virales est relativement faible et disparaît après une incubation
à 55 °C pendant 10 min. Malgré cette faible stabilité
apparente, la majorité des géminivirus persiste pendant
de nombreux jours, voire plusieurs semaines dans leurs vecteurs, alors
qu'aucune multiplication virale n'a jamais été décrite.
Les suppositions qui ont été faites sur les mécanismes
de transmission circulante des géminivirus par les cicadelles et
les aleurodes sont pour le moment une transposition des connaissances
obtenues sur la transmission circulante des virus de la famille des Luteoviridae
par puceron. Les recherches en cours visent à évaluer dans
quelle mesure une telle extrapolation est permise et à identifier
d'éventuelles spécificités de la transmission des
géminivirus.
La protéine de capside (CP) semble être le seul déterminant
viral de la transmission pour les virus transmis par aleurodes [33] et
par cicadelles [32]. En effet, le remplacement du gène de la CP
de l'African cassava mosaic virus (ACMV), un bégomovirus
transmis par l'aleurode Bemisia tabaci, avec le gène de
la CP du Beet curly top virus (BCTV), un curtovirus transmis par
la cicadelle Circulifer tenellus, a abouti à un mutant de
l'ACMV transmis par cicadelle [34]. Par ailleurs, l'analyse génétique
de l'ACMV montre que le composant génomique B contribue également
à l'efficacité de la transmission, car il détermine
la répartition du virus dans la plante pour permettre son acquisition
par le vecteur [35].
L'utilisation de systèmes d'alimentation artificielle sur membrane
a permis de montrer que les cicadelles [32] et les aleurodes [36] doivent
acquérir du virus purifié dont les particules virales sont
intactes pour que la transmission soit possible. Des virions dont la coque
protéique a été altérée par des traitements
aux UV, des ADN simple brin nus ou des ADN double-brins clonés
ne sont pas transmis.
La plupart des études ont été conduites sur la
transmission des bégomovirus par Bemisia tabaci. Les premiers
travaux d'immunomarquage en microscopie photonique du Squash leaf curl
virus (SLCV), du Tomato mottle virus (ToMoV) et du Cabbage
leaf curl virus (CaLCuV) dans leur vecteur B. tabaci indiquent
que le virus est présent dans les différents compartiments
impliqués dans la transmission circulante [37]. Cependant, malgré
les tentatives de visualisation de virions dans leurs vecteurs, aucune
donnée ultrastructurale n'a pu être publiée pour le
moment [36].
Suite à une période alimentaire d'acquisition virale,
aucune augmentation de la charge virale n'a pu être détectée
dans les aleurodes et les cicadelles vectrices au cours du temps, ce qui
suggère une absence de réplication virale [38]. L'hypothèse
de la non-multiplication virale au sein du vecteur B. tabaci a
été proposée pour le Tomato yellow leaf curl virus
(TYLCV) du fait de l'absence de forme réplicative du génome
viral dans des aleurodes virulifères. D'autres résultats
mettent cependant en doute cette hypothèse, notamment les modifications
cytopathologiques observées dans certains tissus d'aleurode infectés
par le SLCV [39] et l'impact négatif du TYLCV sur la biologie et
la reproduction de B. tabaci [40]. En comparaison, aucune modification
cytopathologique ou diminution de la valeur sélective n'a été
documentée chez les pucerons infectés par des virus de la
famille des Luteoviridae.
Nos travaux en PCR quantitative, sur la dynamique de circulation du
Maize streak virus (genre Mastrevirus) à travers
son vecteur Cicadulina mbila, montrent que la plus forte concentration
virale se situe dans le tractus intestinal, puis, par ordre décroissant,
dans les glandes salivaires et, enfin, dans l'hémolymphe où
la concentration virale est la plus faible [41]. Ces résultats
ne confirment pas l'hypothèse émise pour les virus de la
famille des Luteoviridae, dans laquelle l'hémolymphe est
supposée être le principal réservoir de stockage du
virus [12, 13].
La transmission par B. tabaci semble dépendre de protéines
homologues à GroEL (symbionines) produites par des bactéries
endosymbiotiques du genre Buchnera, et libérées dans
l'hémolymphe des insectes. L'alimentation artificielle des aleurodes
avec des anticorps anti-GroEL, avant l'acquisition du TYLCV, réduit
de 80 % la transmission virale sur des plantes de tomate [42]. Des anticorps
anti-GroEL sérologiquement actifs ont été extraits
de l'hémolymphe des insectes traités, ce qui suggère
qu'ils ont été potentiellement capables de fixer l'homologue
de GroEL, qui aurait été ainsi gêné dans son
interaction avec le TYLCV. La diminution de l'efficacité de la
transmission s'accompagne d'une rapide diminution de la charge virale
présente dans l'hémolymphe, suggérant que les particules
virales non protégées par les symbionines sont dégradées.
La très forte identité de séquence entre la région
N-terminale des sous-unités de l'homologue de GroEL produit par
les bactéries endosymbiotiques de B. tabaci et de celles
des homologues de GroEL produites par les bactéries du genre Buchnera
indique que cette région de la protéine, impliquée
dans l'interaction avec les virus de la famille des Luteoviridae,
a été conservée au cours de l'évolution. En
revanche, aucune homologie de séquence n'a été détectée
entre la protéine de capside du TYLCV et la région N-terminale
du domaine RTD des virus de la famille des Luteoviridae, impliquée
dans l'interaction avec les homologues de GroEL. Cela suggère que
l'interaction - CP/homologues de GroEL - est principalement
déterminée par des caractéristiques conformationnelles
des protéines [42].
* Une transmission transovarienne et sexuelle
La découverte récente d'une transmission transovarienne
[43] et d'une transmission sexuelle [44], d'un isolat de l'espèce
TYLCV-Israël (TYLCV-Is) chez B. tabaci ajoute une originalité
supplémentaire à la transmission des bégomovirus.
Ces résultats, contraires aux données publiées précédemment
[36], décrivent pour la première fois l'existence d'une
transmission sexuelle pour un phytovirus [44]. Quant à la transmission
transovarienne, elle cautionnerait l'hypothèse d'une multiplication
du TYLCV dans son vecteur, car cette transmission, dite verticale, est
généralement décrite pour les virus multipliants.
Étant donné que tous les gènes du génome des
géminivirus ont pu être associés à des fonctions
spécifiques dans la plante, il faut supposer que certains de ces
gènes pourraient également être fonctionnels dans
l'insecte vecteur. En revanche, si l'absence de multiplication virale
se confirme, il faudra admettre qu'un bégomovirus (TYLCV-Is) a
réussi à développer un mode d'interaction original
avec son vecteur, à savoir une transmission verticale en l'absence
de réplication virale. L'ensemble de ces résultats suggère
que les mécanismes de la transmission circulante des géminivirus
sont plus complexes que ceux des virus de la famille des Luteoviridae
et demeurent encore largement inconnus.
La transmission circulante
multipliante
Les phytovirus, dont le mode de transmission est de type circulant multipliant,
peuvent être considérés comme des arbovirus infectants
des plantes ou comme des phytoarbovirus (tableau
2). La plupart d'entre eux ne présentent pas d'effets délétères
marqués sur leurs hôtes arthropodes, suggérant une
longue coévolution entre les virus et leurs hôtes vecteurs
[45]. Cependant, certains arbovirus et phytoarbovirus affectent la longévité
et la fécondité de leurs insectes vecteurs [45, 46]. Du
fait de leur impact économique généralement faible,
les phytoarbovirus n'ont pas reçu beaucoup d'attention, à
quelques exceptions près, tel le Tomato spotted wilt virus
(TSWV, genre Tospovirus) (tableau
2). De plus, leurs génomes sont relativement grands et
complexes, et la plupart se sont avérés récalcitrants
aux analyses classiques effectuées par les techniques de la biologie
moléculaire.
La compétence du vecteur
Chaque espèce d'arbovirus et de phytoarbovirus est généralement
transmise par une seule ou un nombre réduit d'espèces vectrices.
Des variations intraspécifiques ont été observées
dans différentes populations d'insectes vecteurs, en ce qui concerne
la sensibilité au virus et la capacité à le transmettre
[47]. De ce fait, la majeure partie des recherches effectuées sur
la transmission a porté sur sa spécificité. Globalement,
le parcours du virus à travers l'insecte est sensiblement le même
pour tous les arbovirus. Le virus est acquis par l'intermédiaire
des liquides vasculaires des plantes ou sanguins des animaux ; il infecte
les cellules des tissus intestinaux, qui peuvent accumuler de fortes charges
virales. Après relargage dans l'hémolymphe, d'autres types
de tissus peuvent être infectés. Quand les organes reproducteurs
sont infectés, le virus peut être transmis verticalement
à la descendance. La transmission horizontale à d'autres
plantes ou animaux dépend de l'infection des glandes salivaires
qui relarguent les virions par l'intermédiaire des sécrétions
salivaires, lors d'une alimentation.
* Les barrières à la transmission
par vecteur
La compétence du vecteur, c'est-à-dire sa capacité
à transmettre un virus, n'est pas seulement déterminée
par la « perméabilité » des membranes cellulaires
à l'entrée et à la sortie des virus, mais également
par la sensibilité des tissus à l'infection virale (pour
revue [46], tableau 3).
La non-sensibilité des cellules épithéliales de l'intestin
moyen fut longtemps considérée comme l'obstacle majeur,
qui empêchait certains vecteurs potentiels de transmettre des virus.
La découverte de vecteurs potentiels, infectés par du virus
qu'ils n'étaient pas capables de transmettre, témoignait
de la présence d'autres barrières. Hardy et al. [48]
rapportèrent pour la première fois l'existence de deux barrières
supplémentaires, en analysant la transmission d'arbovirus par moustique,
une au niveau du relargage du virus de l'intestin moyen vers l'hémolymphe
et une au niveau de l'infection des glandes salivaires (tableau
3). Enfin, une quatrième barrière a été
mise en évidence chez des moustiques, qui empêche l'émission
des virions des glandes salivaires vers le canal salivaire.
Une barrière liée au relargage du virus de l'intestin
moyen vers l'hémolymphe a également été mise
en évidence pour un virus de plante, le TSWV. Ce virus peut infecter
et se multiplier dans les cellules épithéliales de l'intestin
moyen des thrips larvaires et adultes, mais la migration vers d'autres
types de tissus n'est possible que chez les larves [49]. De même,
une barrière au niveau des glandes salivaires a également
été mise en évidence pour des virus de plantes, le
Wound tumor virus (genre Phytoreovirus) et le Sowthistle
yellow vein virus (genre Nucleorhabdovirus), transmis par cicadelles
et pucerons respectivement. Dans des populations vectrices, ces phytoarbovirus
sont capables d'envahir et de se répliquer dans différents
types de tissus, y compris les glandes salivaires, alors que, chez les
individus non transmetteurs, le virus n'y est pas associé. On ne
peut cependant pas exclure que le virus soit incapable de survivre dans
l'hémolymphe des individus non transmetteurs. En revanche, la quatrième
barrière empêchant l'émission de virions des glandes
salivaires vers le canal salivaire n'a pas encore été détectée
pour les phytoarbovirus [45].
Le succès de la transmission virale dépend de la capacité
du virus à franchir chacune des barrières potentielles.
Ce passage est déterminé par des interactions moléculaires
qui sont propres à chaque combinaison virus-vecteur. Les facteurs
environnementaux ou abiotiques jouent également un rôle dans
le devenir des interactions virus-vecteurs, mais leurs influences semblent
porter sur le niveau d'efficacité de l'interaction plutôt
que sur son résultat définitif.
* La génétique de la transmission
virale par vecteur
L'analyse génétique des populations d'insectes vecteurs
a permis de montrer que la capacité d'un insecte à transmettre
un virus était en général un caractère multigénique
complexe [50]. Cependant, l'incapacité d'une souche d'Aedes
aegypti à transmettre plusieurs flavivirus a été
corrélée à un gène unique ou à quelques
gènes étroitement associés [51]. Chez les insectes
vecteurs des phytoarbovirus, il a été montré que
la multiplication du Rice hoja blanca virus (genre Tenuivirus)
dans son delphacide hôte, Sogatodes oryzicola, était
contrôlée par un gène récessif [52]. Bien que
les mécanismes génétiques qui régulent la
compétence des vecteurs à transmettre les arbovirus et les
phytoarbovirus soient largement inconnus, des avancées dans ce
domaine sont à prévoir grâce aux technologies moléculaires,
largement utilisées pour les analyses génétiques
des animaux et des végétaux.
* L'intervention de récepteurs membranaires
Des protéines de moustique jouant le rôle de récepteur
membranaire pour les virus du genre Alphavirus, dont le Chikungunya
virus (CHIKV) et le Western equine encephalitis virus (WEEV),
ont été localisées dans l'intestin moyen [53]. La
liaison du CHIKV est sensiblement plus forte dans les fractions membranaires
des intestins de moustiques compétents que ceux issus des insectes
réfractaires [53]. Cinq protéines issues de la fraction
membranaire de l'épithélium intestinal et de la fraction
membranaire des cellules C6/36 d'Aedes albopictus sont connues
pour s'associer avec le CHIKV. Des études ultérieures d'accrochage
de virus sur cette lignée cellulaire indiquent que plusieurs protéines
de surface pourraient servir de récepteurs membranaires au virus
de la dengue de type 4 (DENV-4, genre Flavivirus) et au Venezuelan
equine encephalitis virus (VEEV). Il y a de fortes présomptions
pour qu'une protéine de 32 kDa de type laminine intervienne dans
l'interaction C6/36-VEEV. Le fait que les protéines réceptrices
de type laminine soient généralement très conservées
pourrait expliquer le très large spectre de vecteurs qui transmettent
le VEEV, comprenant plusieurs genres de moustiques et de tiques.
Les glycoprotéines (G1 et G2) de l'enveloppe externe des bunyavirus
sont suspectées d'intervenir dans l'interaction entre le virus
et le vecteur [54]. L'utilisation de la technique de Far-Western, dans
le but d'identifier les interactions protéine-protéine entre
un virus et son vecteur, ont permis d'isoler deux protéines de
thrips de 50 et 94 kDa présentant des affinités particulières
pour les glycoprotéines du TSWV [54, 55]. La glycoprotéine
G2 du TSWV contient un motif très conservé en acides aminés
Arg-Gly-Asp (RGD), proche de l'extrémité N-terminale. Ce
motif est connu pour être un déterminant important dans l'accrochage
cellulaire de plusieurs pathogènes et virus animaux, dont le Foot-and-mouth
disease virus (FMDV), le coxsackievirus humain A9 (CAV-9) et le spiroplasme
Borrelia burgdorferi, responsable de la maladie de Lyme. Cependant,
en raison de la sensibilité de la protéine G2 aux protéases
et de la forte concentration d'enzymes protéolytiques probablement
présentes dans la lumière intestinale, G2 ne semble pas
intervenir dans l'accrochage cellulaire du virus au niveau du tractus
intestinal des thrips [55]. Une caractérisation supplémentaire
et une localisation tissulaire de la protéine de 94 kDa sont requis
pour pouvoir expliquer son rôle potentiel dans le passage du TSWV
à travers le thrips.
* L'intervention des endosymbiotes
Les bactéries endosymbiotiques des cicadelles sont impliquées
dans la transmission verticale du Rice dwarf virus (RDV, genre
Phytoreovirus). De façon similaire, les mouches tsé-tsé,
qui sont d'importants vecteurs de maladies chez l'homme et l'animal, présentent
des associations symbiotiques très proches de celles observées
chez les pucerons, incluant une surexpression des protéines GroEL
[56].
La compétence virale
La génétique de la transmission virale n'est pas seulement
contrôlée par le vecteur, mais également par le virus
qui contribue à l'ensemble du processus. Cependant, dans le cas
des phytoarbovirus, très peu de progrès ont été
réalisés dans l'identification des gènes et de leurs
produits qui influencent la transmission par vecteur. L'absence de lignées
cellulaires stables d'insectes vecteurs et la difficulté à
obtenir des mutants viraux avec un phénotype déficient pour
la transmission ont contribué à cette faible progression.
* La dynamique du virus dans son vecteur
Les études sur insectes entiers virulifères ont permis
d'identifier des différences dans l'accumulation des protéines
et des ARN viraux, entre les plantes et les insectes hôtes. Ainsi,
une protéine non structurale du Maize stripe virus (MStV,
genre Tenuivirus) s'accumule dans le maïs, mais pas dans son
delphacide vecteur. Des résultats similaires ont été
décrits récemment pour le Rice grassy stunt virus
(genre Tenuivirus) dans le riz et dans les delphacides hôtes
[57]. La fonction de cette protéine non structurale est inconnue.
Elle pourrait intervenir soit comme protéine de mouvement du virus,
soit comme facteur assistant à l'acquisition du virus par le vecteur,
sans pour autant être indispensable à sa réplication
dans le vecteur. Au contraire, les ARN du MStV codant pour des protéines
de type glycoprotéine membranaire sont abondants dans les cellules
hôtes à la fois de l'insecte et de la plante [58]. Les données
actuelles ne permettent pas de dire si ces protéines s'accumulent
à un niveau équivalent dans les cellules des deux hôtes
et si elles sont indispensables à l'infection des deux hôtes.
Cependant, par analogie avec d'autres modèles [59], on peut supposer
qu'elles interviennent dans l'interaction avec les membranes cellulaires
de l'insecte.
Toutes les protéines sérologiquement détectables
du RDV sont présentes à la fois chez les insectes et chez
les plantes hôtes [60]. Des données similaires ont été
décrites chez les alphavirus [61]. Cependant, des divergences dans
les processus post-traductionnels de maturation des protéines virales
et dans les voies de glycosylation, entre les cellules des moustiques
et des vertébrés, entraînent des différences
dans l'accrochage des polysaccharides et, de ce fait, dans les clivages
protéolytiques. De plus, des différences dans les voies
de méthylation et de maturation des ARN viraux entre les cellules
des invertébrés et des vertébrés semblent
affecter la réplication des alphavirus et leurs taux d'accumulation
[61]. Ces différences semblent contribuer aux divergences observées
dans la pathogénicité induite par les alphavirus dans les
cultures cellulaires de moustiques et de vertébrés [62].
* Les mutants viraux non transmis par vecteur
Un certain nombre de mutants stables, présentant un phénotype
déficient pour la transmission, ont été obtenus par
des inoculations mécaniques répétées de plantes
hôtes, sans passage par l'insecte vecteur. Par ailleurs, une souche
du RDV non transmise par vecteur a été obtenue en maintenant
le virus pendant 12 ans sur des plantes de riz propagées végétativement.
Cette souche virale ne produisait plus sa protéine de capside externe
P2. La protéine P2 ne s'est pas avérée indispensable
à l'infection de la plante hôte, mais son absence ne permettait
pas au virus d'infecter son insecte hôte et d'être transmis
à d'autres plantes [63]. Ces données argumentent l'hypothèse,
déjà décrite, que les protéines externes de
la capside des phytoarbovirus interviennent dans les mécanismes
d'infection des cellules d'insectes. Cela ne semble pas être le
cas pour les cellules des plantes hôtes, dans lesquelles le virus
est introduit par les insectes grâce à leurs stylets, capables
de perforer parois et membranes cellulaires sans tuer les cellules. Les
progrès technologiques, qui permettent de caractériser génétiquement
des mutants non transmis, devraient nous octroyer la possibilité
de mieux comprendre les interactions virus-vecteur, en dépit des
difficultés à obtenir des cultures cellulaires d'insectes
vecteurs et à construire des clones viraux infectieux.
Les stratégies et les défis futurs
Les techniques permettant d'exprimer des gènes viraux et d'analyser
leurs fonctions sont de plus en plus performantes. Elles devraient permettre
d'identifier les gènes viraux qui interviennent dans la transmission
par vecteur et de mettre en évidence les interactions du produit
de ces gènes avec des protéines d'insectes. Le prochain
défi sera de mieux comprendre les interactions virus-vecteur dans
les différents compartiments de l'arthropode vecteur et de déterminer
quels sont les facteurs génétiques codés par le vecteur
qui déterminent le processus général de la transmission.
La sensibilité des techniques de détection s'améliore,
comme en témoigne par exemple la détection des particules
de potyvirus marquées à l'iode 125 au niveau des stylets
des insectes, la visualisation des particules virales de la famille des
Luteoviridae dans des vésicules d'endocytose au sein de
cellules épithéliales de la paroi intestinale et des glandes
salivaires par microscopie électronique, et la mise en évidence
de l'association des symbionines avec la protéine de translecture
des virus de la famille des Luteoviridae. Cependant, un certain
nombre d'obstacles persistent. Des environnements aussi différents
que l'intestin, l'hémolymphe et les sécrétions salivaires
doivent induire des changements conformationnels des particules virales
à l'intérieur de leurs vecteurs. Ces changements sont très
certainement critiques pour les interactions virus-vecteur et pour le
processus de transmission viral. La présence d'un nombre réduit
de particules virales dans un petit groupe de cellules du vecteur ou sur
une surface réduite de la cuticule de l'insecte représente
un problème majeur pour l'étude des interactions biologiques.
Comprendre ce qui fait qu'un insecte soit vecteur et développer
des outils qui permettent d'identifier rapidement et avec précision
des vecteurs potentiels sont importants pour la compréhension de
l'épidémiologie du virus. L'identification de récepteurs
qui interviennent dans la spécificité de vection de nombreux
pathogènes de plantes et de mammifères devrait nous offrir
de nouvelles opportunités pour contrôler les maladies, comprenant
la neutralisation de l'interaction virus-vecteur par le biais de traitements
ou de protéines recombinantes produites par les plantes. Nos moyens
de contrôler la transmission virale dans une stratégie de
lutte intégrée sont dépendants de notre capacité
à comprendre les processus de transmission et à prédire
efficacement les étapes de ce processus qui sont vulnérables
à des interventions.
CONCLUSION Remerciements.
Nous tenons à remercier Stéphane Blanc, du laboratoire Vection
de l'Inra de Saint-Christol-les-Alès, pour ses commentaires concernant
ce manuscrit, et pour avoir encouragé sa réalisation. REFERENCES
1. Brunt AA, Crabtree K, Dallwitz MJ, Gibbs AJ, Watson L. Viruses
of plants. CAB International, Cambridge, United Kingdom, 1996.
2. Hébrard E, Froissart R, Louis C, Blanc S. Les modes
de transmission des virus phytopathogènes par vecteurs. Virologie
1999 ; 3 : 35-48.
3. Nault LR. Arthropod transmission of plant viruses : a new
synthesis. Ann Entomol Soc Am 1997 ; 90 : 521-41.
4. Gergerich R, Scott HA. Determinants in the specificity of
virus transmission by leaf-feeding beetles. Adv Dis Vector Res
1991 ; 8 : 1-14.
5. Gray SM, Banerjee N. Mechanisms of arthropod transmission
of plant and animal viruses. Microbiol Mol Biol Rev 1999 ; 63 :
128-48.
6. Van den Heuvel JFJM, Hogenhout SA, Van der Wilk F. Recognition
and receptors in virus transmission by arthropods. Trends Microbiol
1999 ; 7 : 71-76.
7. Gildow FE. Virus-membrane interactions involved in circulative
transmission of luteoviruses by aphids. Adv Dis Vector Res 1987
; 4 : 93-120.
8. Marsh M, Helenius A. Virus entry into animal cells. Adv
Virus Res 1989 ; 36 : 107-51.
9. Tjallingii WF. Sieve element acceptance by aphids. Eur
J Entomol 1994 ; 91 : 47-52.
10. Klingler J, Powell G, Thompson GA, Isaacs R. Phloem specific
aphid resistance in Cucumis melo line AR 5 : effects on
feeding behaviour and performance of Aphis gossypii. Entomol
Exp Appl 1998 ; 86 : 79-88.
11. Garret A, Kerlan C, Thomas D. The intestine is a site of
passage for potato leafroll virus from the gut lumen into haemocoel in
the aphid vector, Myzus persicae Sulz. Arch Virol 1993
; 131 : 377-92.
12. Van den Heuvel JFJM, Verbeek M, Van der Wilk F. Endosymbiotic
bacteria associated with circulative transmission of potato leafroll virus
by Myzus persicae. J Gen Virol 1994 ; 75 : 2559-65.
13. Van den Heuvel JFJM, Bruyère A, Hogenhout SA, et
al. The N-terminal region of the luteovirus readthrough domain determines
virus binding to Buchnera GroEL and is essential for virus persistence
in the aphid. J Virol 1997 ; 71 : 7258-65.
14. Gildow FE. Evidence for receptor-mediated endocytosis regulating
luteovirus acquisition by aphids. Phytopathology 1993 ; 83 : 270-7.
15. Wang H, Nuttall PA. Excretion of host immunoglobulin in tick
saliva and detection of IgG-binding proteins in tick haemolymph and salivary
glands. Parasitology 1994 ; 109 : 525-30.
16. Gildow FE, Gray SM. The aphid salivary gland basal lamina
as a selective barrier associated with vector-specific transmission of
barley yellow dwarf luteovirus. Phytopathology 1993 ; 83 : 1293-302.
17. Peiffer ML, Gildow FE, Gray SM. Two distinct mechanisms regulate
luteovirus transmission efficiency and specificity at the aphid salivary
gland. J Gen Virol 1997 ; 78 : 495-503.
18. Brault V, Van den Heuvel JFJM, Verbeek M, et al. Aphid
transmission of beet western yellows luteovirus requires the minor capsid
read-through protein P74. EMBO J 1995 ; 14 : 650-9.
19. Filichkin SA, Lister RM, McGrath PF, Young MJ. In vivo
expression and mutational analysis of the barley yellow dwarf virus
read-through gene. Virology 1994 ; 205 : 290-9.
20. Bruyère A, Brault V, Ziegler Graff V, et al.
Effects of mutations in the beet western yellows virus readthrough protein
on its expression and packaging and on a virus accumulation, symptoms,
and aphid transmission. Virology 1997 ; 230 : 323-34.
21. Chay CA, Gunasinge UB, Dinesh KSP, Miller WA, Gray SM. Aphid
transmission and systemic plant infection determinants of barley yellow
dwarf luteovirus-PAV are contained in the coat protein read-through domain
and 17-kDa protein, respectively. Virology 1996 ; 219 : 57-65.
22. Lamb JW, Ducan GH, Reavy B, Gildow FE, Mayo MA, Thay RT.
Assembly of virus-like particles in insect cells infected with a baculovirus
containing a modified coat protein gene of potato leafroll luteovirus.
J Gen Virol 1996 ; 77 : 1349-58.
23. Gildow FE, Reavy B, Mayo MA, et al. Aphid acquisition
and cellular transport of Potato leafroll virus-like particles
lacking P5 readthrough protein. Phytopathology 2000 ; 90 : 1153-61.
24. Mutterer JD, Stussi-Garaud C, Michler P, Richards KE, Jonard
G, Ziegler-Graff V. Role of the Beet western yellows virus readthrough
protein in virus movement in Nicotiana clevelandii. J Gen Virol
1999 ; 80 : 2771-8.
25. Ham PJ. Immunity in haematophagous insect vectors of parasitic
infection. Adv Dis Vector Res 1992 ; 9 : 41-66.
26. Baumann P, Baumann L, Lai C, Rouhbakhsh D, Moran NA, Clark
MA. Genetics, physiology and evolutionary relationships of the genus Buchnera
: intercellular symbionts of aphids. Annu Rev Microbiol 1995 ;
49 : 55-94.
27. Filichkin SA, Brumfield S, Filichkin TP, Young MJ. In
vitro interactions of the aphid endosymbiotic symL chaperonin with
barley yellow dwarf virus. J Virol 1997 ; 71 : 569-77.
28. Fukatsu T, Ishikawa H. Synthesis and localization of symbionin
an aphid endosymbiont protein. Insect Biochem Mol Biol 1992 ; 22
: 167-74.
29. Hogenhout SA, Verbeek M, Hans F, et al. Molecular
bases of the interactions between luteoviruses and aphids. Agronomie
1996 ; 16 : 167-73.
30. Hogenhout SA, Van der Wilk F, Verbeek M, Goldbach RW, Van
den Heuvel JFJM. Potato leafroll virus binds to the equatorial domain
of the aphid endosymbiotic GroEL homolog. J Virol 1998 ; 72 : 358-65.
31. Wang X, Zhou G. 7th International Congress of Plant Pathology,
Edinbugh, UK, Abstr.1.13.16 1998.
32. Harrison BD. Advances in geminivirus research. Annu Rev
Phytopathol 1985 ; 23 : 55-82.
33. Ozzam O, Frazer J, De La Rosa D, Beaver JS, Ahlquist P, Maxwell
DP. Whitefly transmission and efficient ssDNA accumulation of bean golden
mosaic geminivirus require functional coat protein. Virology 1994
; 204 : 289-96.
34. Briddon RW, Pinner MS, Stanley J, Markham PG. Geminivirus
coat protein gene remplacement alters insect specificity. Virology
1990 ; 177 : 85-94.
35. Liu S, Bedford ID, Briddon RW, Markham PG. Efficient whitefly
transmission of African cassava mosaic geminivirus requires sequences
from both genomic components. J Gen Virol 1997 ; 78 : 1791-4.
36. Cohen S, Antignus Y. Tomato yellow leaf curl virus, a whitefly-borne
geminivirus of tomatoes. Adv Dis Vector Res 1994 ; 10 : 259-88.
37. Hunter WB, Hiebert E, Webb SE, Tsai JH, Polston JE. Location
of geminiviruses in the whitefly Bemisia tabaci (Homoptera : Aleyrodidae).
Plant Dis 1998 ; 82 : 1147-51.
38. Reynaud B, Peterschmitt M. A study of the mode of transmission
of MSV by Cicadulina mbila using an enzyme-linked immunosorbent
assay. Ann Appl Biol 1992 ; 121 : 85-94.
39. Pesic-Van Esbroeck Z, Harris KF, Duffus JE. Immunocytochemical
localization of squash leaf curl virus in squash and the sweet potato
whitefly. Phytopathology 1995 ; 85 : 1180.
40. Rubinstein G, Czosnek H. Long-term association of tomato
yellow leaf curl virus with its whitefly vector Bemisia tabaci
: effect on the insect transmission capacity, longevity and fecundity.
J Gen Virol 1997 ; 78 : 2683-9.
41. Lett JM, Granier M, Hippolyte I, et al. Spatial and
temporal distribution of mastreviruses (Geminiviridae) in leafhoppers
of the genus Cicadulina. Phytopathology 2001, soumise.
42. Morin S, Ghanim M, Zeidan M, Czosnek H, Verbeek M, Van den
Heuvel JFJM. A GroEL homologue from endosymbiotic bacteria of the whitefly
Bemisia tabaci is implicated in the circulative transmission of
tomato yellow leaf curl virus. Virology 1999 ; 256 : 75-84.
43. Ghanim M, Morin S, Zeidan M, Czosnek H. Evidence for transovarial
transmission of tomato yellow leaf curl virus by its vector, the whitefly
Bemisia tabaci. Virology 1998 ; 240 : 295-303.
44. Ghanim M, Czosnek H. Tomato yellow leaf curl geminivirus
(TYLCV-Is) is transmitted among whiteflies (Bemisia tabaci) in
a sex-related manner. J Virol 2000 ; 74 : 4738-45.
45. Nuttall PA, Jones LD, Davies CR. The role of arthropod vectors
in arbovirus evolution. Adv Dis Vector Res 1991 ; 8 : 15-45.
46. Ammar ED. Propagative transmission of plant and animal viruses
by insects : factors affecting vector specificity and competence. Adv
Dis Vector Res 1994 ; 10 : 289-331.
47. Holbrook FR, Tabachnick WJ. Culicoides variipennis (Diptera
: Ceratopogonidae) complex in California. J Med Entomol 1995 ;
32 : 413-9.
48. Hardy JL, Houk EJ, Kramer LD, Reeves WC. Intrinsic factors
affecting vector competence of mosquitoes for arboviruses. Annual Rev
Entomol 1983 ; 28 : 229-62.
49. Ullman DE, Cho JJ, Mau RFL, Westcot DM, Custer DM. A midgut
barrier to tomato spotted wilt virus acquisition by adult western flower
thrips. Phytopathology 1992 ; 82 : 1333-42.
50. Tabachnick WJ. Genetics of insect vector competence for arboviruses.
Adv Dis Vector Res 1994 ; 10 : 93-108.
51. Miller BR, Mitchell CJ. Selection of a flavivirus-refractory
strain of the yellow fever mosquito Aedes aegypti. Am J Trop
Med Hyg 1991 ; 45 : 399-407.
52. Zeigler RS, Morales JF. Genetic determination of replication
of rice hoja blanca virus within its planthopper vector, Sogatodes
oryzicola. Phytopathology 1990 ; 80 : 559-66.
53. Mourya DT, Ranadive SN, Gokhale MM, Barde PV, Padbidri VS,
Banerjee K. Putative Chikungunya virus-specific receptor proteins on the
midgut brush border membrane of Aedes aegypti mosquito. Indian
J Med Res 1998 ; 107 : 10-4.
54. Bandla MD, Campbell L, Ullman DE, Sherwood JL. Interaction
of tomato spotted wilt tospovirus glycoproteins with a thrips midgut protein,
a potential cellular receptor for TSWV. Phytopathology 1998 ; 88
: 98-104.
55. Kikkert M, Meurs C, Van de Wetering F, et al. Binding
of tomato spotted wilt virus to a 94-kDa thrips protein. Phytopathology
1998 ; 88 : 63-9.
56. Aksoy S. Molecular analysis of the endosymbionts of tsetse
flies : 16S rDNA locus and over-expression of a chaperonin. Insect
Mol Biol 1995 ; 4 : 23-9.
57. Miranda GJ, Hoganezawa H. Identification, purification, and
serological detection of the major noncapsid protein of rice grassy stunt
virus. Phytopathology 1995 ; 85 : 1530-3.
58. Estabrook EM, Suyenaga K, Tsai JH, Falk BW. Maize stripe
tenuivirus RNA2 transcripts in plant and insect hosts and analysis of
pvc2, a protin similar to the Phlebovirus virion membrane glycoproteins.
Virus Genes 1996 ; 12 : 239-47.
59. Ludwig GV, Israel BA, Christensen BM, Yull TM, Schultz KT.
Role of La Crosse virus glycoproteins in attachment of virus to host cells.
Virology 1991 ; 181 : 564-71.
60. Suzuki N, Sugawara M, Kusano T, Mori H, Matsura Y. Immunodetection
of rice dwarf phytoreoviral proteins in both insect and plant hosts. Virology
1994 ; 202 : 41-8.
61. Stollar V. Insect-transmitted vertebrate viruses : alphatogaviruses.
In Vitro Cell Dev Biol 1993 ; 29A : 289-95.
62. Karpf AR, Brown DT. Comparison of Sindbis virus-induced pathology
in mosquito and vertebrate cell cultures. Virology 1998 ; 240 :
193-201.
63. Omura T, Yan J. Role of outer capsid proteins in transmission
of Phytoreovirus by insect vectors. Adv Virus Res 1999 : 15-43.
|