ARTICLE
La primo-infection par le virus de l'immunodéficience humaine
(VIH) correspond aux événements virologiques, immunologiques
et biologiques qui succèdent à la première rencontre
de l'organisme avec le VIH. Cette primo-infection à VIH (PIV) peut,
selon les cas, s'accompagner de signes cliniques transitoires, on parle
alors de primo-infection symptomatique (PIVS), ou alors passer totalement
inaperçue cliniquement, seules les modifications biologiques et
immunologiques pouvant être détectées. Dans ce dernier
cas, on parle de primo-infection asymptomatique. Dans les deux cas, il
apparaît une immunité spécifique du VIH qui permet
le diagnostic de l'infection par la recherche des anticorps spécifiques,
la PIV s'accompagne donc d'une séroconversion. Dès 1985,
Cooper et al. [1] décrivent une symptomatologie suivant
la contamination par le VIH proche de la mononucléose infectieuse
due au virus d'Epstein-Barr (MNI). Par la suite, de nombreuses publications
confirmeront et préciseront la maladie transitoire correspondant
à la PIVS. La fréquence exacte de la PIVS après la
contamination reste controversée, les chiffres les plus fréquemment
cités sont de l'ordre de 50 à 90 %. Les signes cliniques
de la PIVS permettent le diagnostic de l'infection par le VIH à
une période où la charge virale est très élevée
et où le risque de transmission est majeur. La primo-infection,
du fait de ce risque de transmission élevé, contribue de
manière prépondérante à l'extension de l'épidémie,
les modèles mathématiques suggèrent que 56 à
92 % de toutes les transmissions du VIH surviendraient lors de la PIV
[2]. Même si ces chiffres sont discutables [3], la détection
de la PIVS est donc l'occasion de limiter l'expansion de l'infection et
permet un traitement précoce.
Après une exposition au VIH, celui-ci se fixe sur ses cellules
cibles, qui peuvent être différentes suivant le mode de contamination,
se multiplie et se répand dans l'organisme. En réponse à
cette invasion virale, le système immunitaire réagit et
contrôle efficacement la réplication virale. Ces événements
virologiques et immunitaires s'accomplissent pendant les premières
semaines et mois qui suivent la contamination. Il a été
démontré que l'état d'équilibre atteint entre
le virus et le système immunitaire dans les premiers mois qui suivent
la contamination avait un caractère pronostique sur l'évolution
de l'infection. On peut alors connaître précocement les patients
qui vont évoluer défavorablement. Mais on peut aussi espérer
interférer sur cet état d'équilibre avec des traitements
et modifier favorablement l'évolution des patients.
Physiopathologie
La physiopathologie peut être différente selon le mode
de contamination. En effet, le virus peut infecter l'organisme par voie
muqueuse après exposition sexuelle. Il peut s'agir des muqueuses
génitales, anales ou buccales. Le virus peut également être
introduit directement par inoculation après transfusion, toxicomanie
intraveineuse ou exposition professionnelle. Dans le cas de l'inoculation
directe, il court-circuite les barrières de défense muqueuses.
Le mode de contamination le plus fréquent est la contamination
muqueuse et la séquence des événements précoces
après le contact est résumée sur la figure
1. Chez l'homme, il est très difficile d'observer ces événements
précoces puisqu'ils précèdent tout signe clinique
et sont des phénomènes impliquant des viscères profonds
que l'on ne peut étudier qu'avec des biopsies. Les principales
données ont été obtenues à partir de modèles
animaux. La nature de la réponse immunitaire va dépendre
non seulement de facteurs viraux tels que la souche virale et l'inoculum,
et de facteurs liés à l'hôte, en particulier son système
HLA, mais également de l'existence ou non de lésions génitales
concomitantes, d'un déficit immunitaire. Après le contact
muqueux, le virus serait retenu à la surface des cellules dendritiques,
lesquelles se lient à des lymphocytes CD4 et migrent dans les ganglions
lymphatiques régionaux drainant le territoire muqueux concerné
[4]. À partir de ces ganglions, une diffusion dans l'organisme
de virions et de cellules infectées va se produire. Au cours de
cette virémie, le virus se localise dans des organes cibles, en
particulier du système lymphoïde comme la rate, d'autres ganglions
lymphoïdes et dans d'autres viscères comme le cerveau, le
tube digestif. Cette phase de diffusion du virus correspond à une
réplication virale intense équivalente à celle observée
à la phase terminale de l'infection. L'intensité de la réplication
virale peut être évaluée par les dosages quantitatifs
de l'antigène p24, des ARN viraux, des ADN proviraux. Ces dosages
permettent d'observer un pic de réplication intense suivi d'un
état d'équilibre ou plateau de stabilisation de la charge
virale. La figure 2
résume les modifications de la charge virale en fonction du
temps et la chronologie d'apparition des anticorps spécifiques
du VIH. Les dates sont cependant approximatives car il s'agit d'estimations
[5] faites à partir de sources de données différentes
: les patients ayant une PIVS, les patients ayant une PIV avec une date
de contamination connue, des études rétrospectives sur des
receveurs de transfusions provenant de donneurs ayant eu une séroconversion,
l'analyse d'échantillons congelés provenant de patients
avec comportement à risque suivis dans des cohortes et ayant séroconverti,
l'analyse de prélèvements séquentiels chez des patients
en cours de séroconversion et les modèles animaux. Aucune
de ces situations ne donne des informations suffisantes pour obtenir un
modèle exact ; en effet, on ne peut extrapoler les données
provenant de patients transfusés aux patients contaminés
par voie sexuelle, les modes de contamination et les inoculums étant
totalement différents. Il faut garder à l'esprit que ce
schéma a été établi à partir de l'instant
où le plasma est infectieux et à partir de la date de contamination.
Il existe probablement des différences notoires dans les laps de
temps où le virus se multiplie dans les ganglions et où
il n'y a pas encore de virémie, c'est-à-dire pendant que
le plasma n'est pas encore infectieux. Chez l'animal, entre l'exposition
et la virémie, il s'écoule environ 5 jours [6] ; chez l'homme,
les estimations varient de 4 à 11 jours [4]. Le temps écoulé
entre l'exposition et l'apparition des premiers anticorps spécifiques
détectés par les techniques d'enzyme linked immunosorbent
assay (Elisa) est appelé la fenêtre sérologique.
Cette période a été réduite par l'amélioration
des techniques Elisa, mais reste encore d'environ 3 semaines et peut être
modifiée par la prise de traitements antirétroviraux. L'immunité
humorale et l'immunité cellulaire interviennent dans le contrôle
de l'infection, mais cette dernière paraît jouer le rôle
déterminant. La régression du pic de virémie est
associée à l'apparition et à la multiplication de
lymphocytes spécifiques du VIH. Phillips [7], à partir d'un
modèle mathématique, a émis l'hypothèse selon
laquelle la disparition spontanée des ARN viraux plasmatiques au
cours de la PIV est la conséquence de la destruction des cellules
cibles infectables disponibles pour le virus. Dans ce cas, c'est l'épuisement
des cellules sensibles indépendamment de la réponse immune
qui explique la diminution des ARN plasmatiques. Murray et al.
[8], avec un autre modèle mathématique, émettent
l'hypothèse inverse où c'est la réponse immune qui
intervient de manière prépondérante dans la diminution
des ARN viraux plasmatiques après le pic. Quel que soit le mécanisme,
la quantité d'ARN viraux plasmatiques présente dans le sang
après le pic de virémie s'annule complètement ou
se stabilise à un état d'équilibre appelé
setpoint par les Anglo-Saxons. Ce plateau, atteint dans les 6 à
12 mois qui suivent la PIV, a été corrélé
à l'évolution ultérieure de l'infection [9, 10].
Comme le montre la figure 3,
les risques d'évolution vers le sida et le décès
sont d'autant plus importants que le plateau est élevé.
Manifestations cliniques
Si dès 1985, Cooper décrivait 12 patients avec un syndrome
proche de la MNI suivant la contamination par le VIH, les publications
ultérieures ont été nombreuses et ont enrichi la
description de la symptomatologie qui se caractérise par sa richesse
et sa diversité, avec pour conséquence de multiples autres
diagnostics différentiels que la MNI [11]. Le signe clinique le
plus souvent rapporté est la fièvre qui existe dans presque
100 % des cas ; cependant, son absence n'exclut pas le diagnostic [11].
La température est supérieure à 38 °C et atteint
habituellement les 39 °C à 40 °C. Les symptômes
neurologiques viennent en second avec l'obnubilation et les céphalées.
Pratiquement aussi fréquente que les signes neurologiques, l'éruption
cutanée est évocatrice. Lapins et al. [12] ont minutieusement
décrit l'aspect classique de cette éruption ; elle apparaît
entre le premier et le cinquième jour de la PIVS, débute
sur le haut du thorax et le cou, associant 10 à 100 lésions
maculaires parfois papulaires de 2-3 mm à 10 mm de diamètre,
se prolongeant en moyenne 5 jours (1 à 7), avant de disparaître
avec une fine desquamation. Ce tropisme cutané est observé
chez le macaque infecté par le virus de l'immunodéficience
simienne [13] où tous les animaux inoculés avec une forte
dose font une éruption maculo-papuleuse du tronc, de la face et
des cuisses. Les céphalées sont le symptôme qui dure
le plus longtemps [11]. Les arthralgies et myalgies sont diffuses ; dans
un cas, une monoarthrite a été ponctionnée et le
liquide articulaire est resté stérile. La diarrhée
reste modérée avec 4 à 6 selles liquides par jour,
le plus souvent non sanglantes, parfois accompagnées de douleurs
abdominales. L'asthénie est fréquente, parfois intense,
cependant moins intense et moins prolongée que lors de la MNI.
L'amaigrissement peut être très marqué, jusqu'à
10 kg [14], et évocateur par sa rapidité d'apparition. Une
pharyngite souvent érythémateuse est responsable de douleurs
locales spontanées ou lors de la déglutition. À l'examen,
on peut découvrir des adénopathies dans les aires cervicales,
axillaires ou inguinales, soit de manière isolée, soit associées.
Ces adénopathies sont fermes, indolores, de 1 à 2 cm de
diamètre, parfois volumineuses ; elles apparaissent lors de la
deuxième semaine des signes cliniques, coïncidant avec la
disparition des signes généraux. Leur régression
se fait en 4 mois ; dans certains cas, elles persistent plusieurs années
sans que cela ait un caractère péjoratif quant à
l'évolution ultérieure. Les manifestations cliniques précédentes
sont les plus fréquentes, le tableau
1 liste les manifestations cliniques plus rares qui ont été
décrites dans la littérature. On peut insister sur les ulcérations
cutanéo-muqueuses car elles ont l'avantage d'attirer l'attention
sur le VIH. Elles se situent sur les muqueuses génitales, anales
et buccales, sous forme d'ulcérations rondes ou ovales, superficielles
de 5 à 10 mm de diamètre, pas ou peu douloureuses. Elles
s'appuient sur une base blanchâtre, entourée d'une fine zone
rouge et peuvent être recouvertes d'une plaque exsudative. Ces ulcérations
peuvent être plus profondes, aphtoïdes, voire douloureuses,
mimant dans certains cas un chancre syphilitique. La réalisation
d'une endoscopie sophagienne pour dysphagie avait permis à
Rabeneck et al. [15] de biopsier des ulcérations de l'sophage
au cours de PIVS chez des patients homosexuels. En microscopie électronique,
des particules rétrovirales bourgeonnaient à la surface
des cellules épithéliales obtenues à partir des biopsies.
Parmi les signes cutanés, les lésions peuvent être
très atypiques papulo-vésiculeuses ou avec un centre nécrotique
ou hémorragique. Le tropisme neurologique du VIH s'exprime par
la multitude des syndromes cliniques possibles [16, 17], soit diffus,
soit localisés (tableau
1), remarquables par leur survenue tardive 1 à 3 semaines après
le début des signes généraux. Dans l'étude
de Schacker et al. [14], 24 des 46 patients ont eu une ponction
lombaire à titre systématique, le VIH a été
isolé en culture à partir du liquide céphalorachidien
chez 12 d'entre eux. L'insuffisance rénale est la conséquence
d'une néphrite interstitielle, d'une nécrose tubulaire ou
d'une rhabdomyolyse. La toux est la manifestation la plus fréquente
des atteintes pulmonaires, une dyspnée associée à
une hypoxie peut révéler une pneumopathie interstitielle.
Ces pneumopathies interstitielles peuvent correspondre, soit à
une atteinte non spécifique où le lavage broncho-alvéolaire
retrouve une hyperlymphocytose CD8, soit à des infections opportunistes
comme une infection à cytomégalovirus ou à Pneumocystis
carinii.
Lors de PIV, le nombre de lymphocytes CD4 sanguins peut diminuer transitoirement
et permettre l'éclosion d'infections opportunistes qui peuvent
régresser spontanément lors de la récupération
d'un nombre de lymphocytes CD4 normal. Les infections opportunistes suivantes
ont été décrites lors de PIVS : pneumopathie à
cytomégalovirus, pneumopathie à Pneumocystis carinii,
tuberculose, cryptosporidiose et candidose sophagienne. Une candidose
oropharyngée est souvent rapportée.
Le VIH peut être transmis en même temps que d'autres micro-organismes
comme le cytomégalovirus, les herpès simplex virus, les
virus des hépatites A, B et C, l'EBV, Neisseria gonorrheae
et Treponema pallidum. Ces co-infections peuvent modifier les aspects
cliniques et biologiques de la PIVS, rendant parfois le diagnostic très
difficile. Le cytomégalovirus va prolonger et aggraver la symptomatologie,
la co-infection avec le virus de l'hépatite C va entraîner
deux vagues de cytolyses hépatiques et la co-infection avec le
virus de l'hépatite B sera responsable d'une hépatite ictérique
avec une cytolyse hépatique majeure. Malgré la diversité
des signes cliniques, certaines caractéristiques doivent orienter
le diagnostic vers la PIVS plutôt que vers la MNI. Un début
brutal, la présence d'ulcérations muqueuses, une diarrhée
ainsi qu'une perte de poids intense et rapide sont évocateurs de
la PIVS. Malheureusement, les formes modérées de la PIVS
sont difficilement différenciables de ce qu'on appelle communément
le « syndrome grippal ». Dans ce cas, même si l'on ne
parvient pas avec une bonne connaissance de la symptomatologie à
soupçonner le VIH, c'est le contexte épidémiologique
qui doit faire demander les tests diagnostiques. Beaucoup de PIVS restent
non identifiées malgré une consultation médicale.
Pour Schacker et al. [14], seules 25 % sont diagnostiquées
lors de la première consultation. La PIVS survient 2 à 6
semaines après la contamination, mais il existe des variations
très importantes. Des PIVS ont été décrites
plus de 6 mois après le contage ; à l'inverse, le début
des symptômes deux jours après un contact sexuel unique a
été bien documenté [18]. Il est toutefois très
difficile de connaître avec précision les circonstances de
contamination, les informations nécessaires étant oubliées
ou cachées par les patients. La symptomatologie dure 1 à
3 semaines mais peut se prolonger au-delà de 3 mois [11]. La PIVS
est habituellement transitoire et bénigne, mais des formes foudroyantes
évoluant en quelques semaines vers la mort existent.
Très tôt, certains auteurs ont attiré l'attention
sur le caractère péjoratif de la PIVS sur l'évolution
de l'infection, les patients évoluant plus rapidement vers le sida
et la mort. Ensuite c'est la durée de la PIVS, supérieure
à 14 jours, puis la nature des symptômes qui ont été
associées à l'évolution défavorable. La fièvre,
l'association fièvre et éruption cutanée ainsi que
les signes neurologiques ont été les principales manifestations
cliniques incriminées. En attribuant aux patients un score en fonction
du nombre de symptômes et de signes cliniques présents, Vanhems
et al. [19] ont montré que les patients avec le score le
plus élevé avaient un risque accru de progression vers le
sida et la mort.
Manifestations biologiques
Au cours de la PIVS peuvent apparaître une anémie, une
neutropénie, une lymphopénie, une thrombopénie et
une augmentation des lacticodéshydrogénases, de la ß2-microglobuline,
des transaminases.
Les sous-populations lymphocytaires CD4 et CD8 suivent une cinétique
particulière. Il a déjà été évoqué
la lymphopénie CD4 qui peut être profonde (50 à 100/mm3)
et responsable de l'apparition des infections opportunistes. Cooper et
al. [20] ont décrit l'évolution des sous-populations
lymphocytaires en quatre phases au cours de la PIVS. La première
phase correspond à la lymphopénie et porte tant sur les
CD4 que sur les CD8. La lymphopénie va durer 9 à 12 jours
avec un nadir vers le huitième jour. Cette baisse des lymphocytes
est contemporaine des premiers signes cliniques. Au cours de la seconde
phase se produit une inversion du rapport CD4/CD8 par augmentation du
nombre de CD8. Cette phase débute vers le seizième jour
alors qu'apparaissent les adénopathies. Au cours de la troisième
phase, la population de CD8 s'accroît encore fortement pour atteindre
un pic entre la 4e et la 5e semaine ; c'est à
cette période que circulent dans le sang des lymphocytes atypiques
semblables à ceux observés lors d'une MNI. Lors de la quatrième
phase, le nombre de lymphocytes CD8 décroît sans toutefois
retrouver un nombre normal. Le nombre de CD4 qui s'était effondré
lors de la première phase peut soit revenir à la normale,
soit s'accroître sans récupérer des valeurs normales,
soit conserver des valeurs très basses. Même lorsque le nombre
de CD4 est revenu à la normale, un déclin se produit à
nouveau, rapide dans les cinq premiers mois (5,2 cellules/mm3/semaine),
plus lent (1,9 cellule/mm3/
semaine) par la suite [21]. Pour Kaufmann et al. [22], le maximum
des CD4 est situé à 50 ± 32 jours suivi d'une perte
de 0,42 cellules/mm3/j. Cette cinétique des sous-populations
lymphocytaires, difficile à suivre précisément chez
l'homme, a pu être appréhendée avec plus d'exactitude
dans des modèles animaux [23]. Les modifications observées
font intervenir des mécanismes complexes où se mêlent
: premièrement des phénomènes de migration et de
relocalisation des cellules expliquant la lymphopénie initiale
mais également la première partie de la lymphocytose CD8,
deuxièmement des phénomènes de multiplication cellulaire.
La phase de forte lymphocytose CD8 coïncide avec la diminution de
la virémie, les lymphocytes CD8 inhibent la réplication
virale par destruction des cellules infectées et par l'intermédiaire
de facteurs solubles non encore identifiés.
Les ARN viraux plasmatiques sont les premiers marqueurs à pouvoir
être détectés. Il se produit un pic qui peut atteindre
108 copies/ml, très rarement constaté chez l'homme
car il est très précoce. Par la suite, en l'absence de traitement,
le plateau d'équilibre est atteint. Pour Schacker [21], il ne s'agit
pas d'un plateau ; les ARN viraux plasmatiques diminuent progressivement,
le nadir se produit 117 jours après l'infection suivi d'un réaccroissement
progressif de 0,15 % par semaine. Kaufmann et al. [22] ont identifié
trois profils différents des ARN viraux plasmatiques : dans le
premier, les ARN chutent rapidement en moins de 90 jours pour atteindre
le plateau, dans le second, ils chutent rapidement jusqu'à un nadir
de 0,25 log10 inférieur au plateau pour remonter et se stabiliser
ensuite et, dans le troisième profil, le plateau est atteint plus
lentement au-delà de 90 jours.
Diagnostic
Le diagnostic de l'infection à VIH s'établit classiquement
sur la positivité de l'Elisa et du western-blot. Dans le cas de
la PIVS, ces deux tests peuvent être pris en défaut et être
négatifs. Comme on le voit sur la figure
2, l'Elisa ne se positive, en moyenne, qu'après le 21e
jour et le western-blot encore 8 à 10 jours plus tard. La période
où aucun anticorps spécifique du VIH n'est détectable
est appelée la fenêtre sérologique. Les manifestations
cliniques débutent avant la positivation de l'Elisa et le diagnostic
repose sur le dosage de l'antigène p24. La PIVS reste la seule
indication du dosage de l'antigène p24, l'évaluation de
la charge virale étant actuellement faite au moyen du dosage des
ARN viraux plasmatiques. Dans des situations exceptionnelles, on peut
voir les patients très précocement avec des manifestations
cliniques alors que l'antigène p24 est encore indétectable,
c'est alors le dosage des ARN viraux plasmatiques qui permet de mettre
en évidence l'infection très récente. Le diagnostic
peut alors être extrêmement compliqué car des dosages
d'ARN viraux plasmatiques inférieurs à 3 000 copies/ml peuvent
être des faux positifs [4, 24]. Au cours de cette fenêtre
sérologique, la charge virale et l'infectiosité du plasma
et des sécrétions génitales sont maximales et le
risque de transmission est majeur. Une équipe a rapporté
le cas d'une infirmière contaminée par une patiente de 89
ans ayant une PIV contractée suite à des transfusions [25].
Parmi les 17 donneurs, l'un avait un Elisa, un western-blot et un antigène
p24 négatifs mais des ARN viraux plasmatiques positifs. Cette observation
illustre le rôle primordial de la PIV dans l'épidémiologie
de l'infection à VIH.
Traitement
L'un des enjeux du diagnostic de la PIV est le traitement antirétroviral
qui maintenant est considéré comme une urgence [26]. L'instauration
d'un traitement lors de la PIVS répond à deux objectifs
: 1) diminuer le plus possible la réplication virale, 2) éviter
ou réduire la dissémination dans l'organisme, en particulier
dans des sites où le virus est difficilement accessible, comme
le cerveau et les organes génitaux. Une réplication virale
faible ou nulle diminue le risque d'apparition de résistances et
permet de protéger le système immunitaire qui peut ainsi
continuer à contrôler efficacement l'infection. Les essais
thérapeutiques aux étapes ultérieures de l'infection
ont montré qu'il fallait d'autant plus de temps de traitement pour
restaurer le système immunitaire que celui-ci était sévèrement
altéré. Il faudrait en effet 12 mois pour restaurer le système
immunitaire si le traitement est commencé alors que le nombre des
lymphocytes CD4 est supérieur à 400/mm3 et 6
à 8 ans si leur nombre est inférieur à 100/mm3.
En fonction des résultats, les traitements de la PIVS ont d'abord
été de courte durée : 6 semaines, puis 6 mois, puis
1 an et actuellement aucun argument ne permet d'envisager l'arrêt
de ces traitements. Parallèlement à l'allongement de la
durée du traitement, le nombre des molécules thérapeutiques
disponibles augmentant, la nature du traitement a évolué
des monothérapies, puis des bithérapies, vers les trithérapies,
voire les quadrithérapies.
L'azydothymidine (AZT) à la dose de 1 g/j pendant 56 jours en
moyenne n'avait pas permis de constater de bénéfice clinique.
L'association de l'AZT à un inhibiteur non nucléosidique
de la transcriptase inverse, le L-697 661, chez 4 patients a permis de
rendre indétectable la virémie chez 2 d'entre eux [32].
Les trithérapies associant 3 inhibiteurs nucléosidiques
de la transcriptase inverse, AZT plus didanosine (ddI) plus lamivudine
(3TC) et celles associant 2 inhibiteurs nucléosidiques de la transcriptase
inverse et un inhibiteur de la protéase, AZT plus 3TC plus ritonavir
(RTV) ou indinavir (IDV), se sont montrées capables de rendre la
charge virale indétectable jusque dans 100 % des cas. De plus,
chez des patients prenant une trithérapie associant AZT, plus ddI,
plus 3TC, Lafeuillade et al. [33] ont montré que la réduction
de la charge virale plasmatique s'accompagnait d'une réduction
de la charge virale dans les ganglions lymphatiques dès le troisième
mois et se maintenait après un an de traitement. Pantaleo et
al. [34] ont montré qu'un traitement précoce réduisait
très fortement la charge virale dans les ganglions lymphatiques.
En particulier, la capture des particules virales par les cellules dendritiques
folliculaires était minimale, voire nulle chez les patients traités,
alors que ce mécanisme est prédominant chez les individus
en phase chronique de l'infection. Les protocoles thérapeutiques,
incluant l'hydroxyurée en association avec un ou plusieurs inhibiteurs
nucléosidiques et soit des inhibiteurs non nucléosidiques,
soit des inhibiteurs de la protéase, se sont révélés
très efficaces. L'accroissement de la charge virale est favorisé
par l'importante activation immune secondaire à l'infection ; l'hydroxyurée
aurait un effet bénéfique en entravant cette activation
immune.
À une période où, d'après les calculs faits
à partir des réductions drastiques des charges virales plasmatique
et ganglionnaire obtenues avec les trithérapies, l'éradication
du VIH semblait un objectif possible, la PIVS apparaissait comme particulièrement
propice à la réalisation de cet objectif. Malheureusement,
quel que soit le traitement ou sa durée, tous les arrêts,
qu'ils aient été prévus ou accidentels, se sont soldés
par une reprise de la réplication virale. Daar et al. [35]
ont rapporté le cas d'un patient traité au cours d'une PIVS
par une trithérapie et qui, après 6 mois de traitement,
l'a spontanément arrêté. Trente-cinq jours après,
au maximum du rebond viral et d'un pic de lymphocytes CD8, ce patient
a eu un syndrome clinique identique à celui de la PIVS. La symptomatologie
a duré environ 10 jours.
Tous les essais de traitement de la PIVS ont analysé l'évolution
des ARN viraux plasmatiques avec des résultats encourageants pour
les trithérapies mais, dans tous les cas où la charge en
ADN a été analysée, elle n'a pratiquement pas été
modifiée par la thérapeutique [36, 38]. Un traitement institué
dans les 10 jours qui suivent l'apparition des signes cliniques ne prévient
pas l'intégration de l'ADN viral dans les cellules CD4 au repos
[39]. Or on sait maintenant que l'infection peut reprendre à partir
d'un faible nombre de cellules qui contiennent du provirus intégré,
même chez des patients qui ont eu une charge virale indétectable
pendant plusieurs années [40, 41]. La tendance actuelle est donc,
pour être plus efficace, d'utiliser les quadrithérapies et
d'inclure des cures d'interleukine 2. En ce qui concerne la PIV asymptomatique,
de diagnostic parfois plus tardif, le traitement est a priori identique.
Toutefois, certains auteurs proposent sur des arguments théoriques
[50] d'attendre le plateau d'ARN viraux plasmatiques en réalisant
deux mesures à un ou deux mois d'intervalle avant de prescrire
un traitement adapté à une infection chronique.
Lors de la PIV, la quantité de virus est très importante,
mais les souches sont très homogènes et la probabilité
d'apparition de résistances est moindre [42]. Pour Ribeiro [50],
même si la population virale est homogène lors de la PIV,
il y a un risque important de sélectionner des mutants résistants
avec un traitement lors du pic de virémie. De plus, des souches
résistantes à toutes les classes de molécules thérapeutiques
peuvent être transmises et être responsables de PIVS. La résistance
la plus fréquente et la première décrite a été
la résistance à l'AZT [43-47], puis ont été
décrites des résistances à l'AZT et à la névirapine
[48], puis des résistances aux antiprotéases [49]. Ces souches
résistantes responsables de PIVS ont le même pouvoir pathogène
que les souches sauvages. Il n'y a pas de différence ni dans le
délai d'apparition des symptômes, ni dans leur intensité.
Dans une étude lors de la transmission d'une souche résistante
à l'AZT, il n'y a pas eu d'évolution défavorable
à un an [46]. Cependant, la diminution des ARN viraux plasmatiques
sous traitement inapproprié a été plus lente après
contamination par une souche résistante aux antiprotéases
qu'après contamination par une souche sauvage [49]. La détection
de la résistance par des tests génotypiques, voire phénotypiques
pourrait être utile lors du traitement des PIVS. En effet, ces tests
permettraient de débuter le traitement pour lequel il n'y a pas
encore de résistance. Si la période optimale pour débuter
le traitement n'est pas connue, plusieurs travaux ont montré des
effets favorables sur le système immunitaire. Dans un premier temps,
en particulier lors des monothérapies, il a été évoqué
des effets délétères du traitement avec une altération
de la réponse immune. En fait, les publications récentes
sont le plus souvent en faveur d'effets bénéfiques du traitement.
L'un des traits marquants de l'infection à VIH est l'absence, dans
le répertoire du système immunitaire, de réponse
lymphoproliférative spécifique du virus. Les sujets chez
qui cette réponse lymphoproliférative existe sont les survivants
à long terme dont certains paraissent capables de contrôler
indéfiniment le virus. Les lymphocytes CD4 responsables de cette
immunité spécifique seraient éliminés lors
de la PIV. Pour Rosenberg et al. [51], un traitement lors de la
PIV s'accompagne d'une forte réponse lymphoproliférative
spécifique du VIH analogue à celle des patients survivants
à long terme.
CONCLUSION La
PIV est une période remarquable au cours de l'infection à
VIH par la nature des événements qui surviennent et son caractère
pronostique. La PIVS est l'occasion d'un diagnostic précoce de l'infection,
permettant de limiter la transmission à d'autres sujets, et probablement
du pronostic des patients grâce au traitement. Cependant, plusieurs
obstacles s'opposent à la réalisation de ces objectifs. Les
thérapeutiques actuelles sont responsables d'effets latéraux
indésirables fréquents et sévères, conduisant
à l'arrêt des traitements et à un défaut de compliance
des patients favorisant l'apparition de résistances. Quel que soit
le traitement utilisé, il n'a jamais été possible d'éradiquer
le VIH, une meilleure connaissance des réservoirs et l'élaboration
de stratégies thérapeutiques susceptibles de les éliminer
sont nécessaires. REFERENCES
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