ARTICLE
À l'aube du troisième millénaire, notre époque,
nos sociétés vivent des paradoxes surprenants autour de
la notion de progrès et de développement technologique.
Après une période de croyance absolue dans le pouvoir de
la science, la méfiance s'est installée à la suite
« d'affaires » comme on dit, de déconvenues, de catastrophes
liées à des nouveautés techniques, à des pratiques
industrielles ou agricoles risquées. Désormais, un immense
besoin de confiance accompagne la vie de tous les jours : on veut l'objet
et la garantie de l'objet, le service et la garantie du service afin de
maîtriser, autant que faire se peut, les risques attachés
à une acquisition, à la consommation.
Les essais et les analyses dans tous les domaines, et notamment en
virologie vétérinaire, n'échappent pas à cette
demande sociale. En effet, les conséquences des décisions
prises par les pouvoirs publics ou par les particuliers à partir
des examens virologiques vétérinaires sont telles que la
fiabilité des résultats et la confiance dans les conclusions
doivent être obtenues. De ce besoin de société est
née l'assurance de la qualité qui est, selon sa définition
actuelle, « l'ensemble des dispositions conçues et systématiquement
appliquées, avec des preuves suffisantes, qui sont de nature à
donner confiance en ce qu'une entité (ici un laboratoire) sera
capable de produire une qualité exigée ».
Il est bon de rappeler que la qualité d'une entité,
d'une chose, est « l'ensemble des caractéristiques qui
lui confère l'aptitude à satisfaire des besoins exprimés
et implicites ». Ainsi la qualité doit être assurée
pour donner confiance par la maîtrise de l'ensemble du processus
de production, pour éviter les risques de non-qualité, d'insatisfaction.
Dans cet éditorial nous envisagerons comment des concepts et des
principes issus du domaine industriel s'appliquent depuis quelques temps
en virologie vétérinaire et quels sont les développements
prévisibles de l'assurance de la qualité dans cette discipline.
Tout d'abord il convient
d'envisager les travaux virologiques qui peuvent et doivent bénéficier
d'une assurance de la qualité. Dans un premier temps l'effort a
surtout porté sur les analyses de virologie vétérinaire,
dites « à risques », c'est-à-dire celles qui portent
sur la détection et l'identification des agents des maladies virales
majeures pour les espèces et les filières de production
animales concernées. Pour ces viroses, un résultat douteux,
un faux négatif ou un faux positif peuvent avoir des conséquences
sanitaires et économiques graves. Aussi la qualité, la fiabilité
des résultats nécessaires à l'épidémiosurveillance
et à l'épidémiovigilance sont essentielles qu'ils
proviennent des laboratoires d'analyses ou des laboratoires de référence.
C'est ainsi que, progressivement, se met en place l'assurance de la qualité
des essais interlaboratoires d'aptitude, des essais interlaboratoires
de validation de méthodes d'analyse, de détermination des
valeurs des matériaux de référence, des essais de
réactifs en vue de la qualification des lots, etc.
Dans le présent texte nous n'évoquerons que les concepts
et méthodes de l'assurance de la qualité dans les laboratoires
d'analyse de virologie vétérinaire ainsi que, très
succinctement, les modalités de reconnaissance de leur compétence
par l'accréditation.
Les principes de l'assurance de la qualité dans des laboratoires
d'analyses sont simples et s'apparentent à ceux que l'on applique
à toutes les organisations qui produisent quelque chose. Le laboratoire
doit mettre en place des dispositions appliquées systématiquement
pour maîtriser les « points à risques », les «
points critiques », de son métier, c'est-à-dire ceux
qui sont susceptibles d'occasionner des défaillances graves ou
sensibles pouvant altérer les résultats et la confiance
dans les résultats. Ces points critiques à maîtriser
concernent l'organisation générale du laboratoire (responsabilités,
organigramme...), le processus de traitement des demandes d'analyses virologiques
(accueil des demandes et prélèvements, enregistrement, identification,
traitement par les services compétents, rapport d'analyse, vérification,
transmission des résultats...), les ressources mises à disposition
du processus de traitement des analyses ou « 5 M de la qualité
» : matière grise (personnel, compétence, définition
des fonctions, formation, confidentialité, etc.), matériel
(adapté, en état de marche, maintenance, étalonnage,
etc.), matières (consommables, adéquation, peremption, stocks...),
méthodes (pertinentes, validées, sensibles, spécifiques,
etc.), milieux (locaux, adaptés, nettoyés, accès
contrôlé, etc.).
Au total, plusieurs centaines de facteurs concernant les points à
risques doivent être sous contrôle de façon appropriée
pour donner confiance. Pour chaque facteur, des exigences sont émises
avec plus ou moins de sévérité selon les risques
encourus par les résultats s'il y a défaillance.
Des ensembles cohérents d'exigences de qualité ont été
définis à l'échelon national et international, ce
sont les référentiels. En France, nous utilisons un référentiel
d'exigences générales auquel doivent satisfaire les laboratoires
d'essais et d'analyses qui souhaitent voir leur compétence reconnue
par le Comité français d'accréditation (Cofrac),
le document 1002 de cet organisme. Ce texte est la transcription de la
norme européenne EN 45001, accompagnée de commentaires.
Actuellement, une norme mondiale unique est en discussion finale, l'ISO
17025. Le second référentiel d'exigences propres à
la virologie vétérinaire est le programme d'accréditation
n° 112 du Cofrac « essais et analyses en virologie animale ».
Ce document détaillé précise notamment la signification
des exigences du document général 1002 du Cofrac, pour la
virologie vétérinaire.
Avant de présenter les principales
dispositions du programme 112, il convient de signaler que les textes
des méthodes d'analyse contiennent le troisième niveau des
exigences techniques qu'il convient de respecter dans la réalisation
pratique des examens virologiques.
Les méthodes d'analyse sont, soit des normes de l'Office international
des épizooties (OIE), soit des textes français de référence,
travaux d'experts virologistes qui vont prochainement être transformés
en normes françaises par l'Afnor. Le domaine d'application du programme
112 concerne l'isolement et l'identification des virus, gènes ou
antigènes viraux, à partir de matériel biologique
d'origine animale
Les programmes d'accréditation reflètent l'état
d'avancement des connaissances et sont destinés à être
régulièrement complétés ou modifiés
pour prendre en compte l'évolution des techniques. Les analyses
décrites dans les programmes doivent être réalisées
en utilisant les méthodes indiquées en référence.
Si les laboratoires apportent des modifications, toujours mineures, à
la technique, ils devront pouvoir justifier de la validité des
techniques internes ou du matériel par différents moyens.
Les 22 maladies virales retenues dans le programme intéressent
toutes les productions animales : aviaire, bovine, équine, ovine,
caprine, porcine, auxquelles s'ajoutent les poissons d'eau douce salmonidés
et cyprinidés.
Les méthodes sont très diverses, de l'isolement par
cultures cellulaires suivi de la neutralisation virale, à l'inhibition
de l'hémagglutination, l'identification par immunochimie, ou par
immunofluorescence indirecte. Pour plus de détails, il convient
de consulter le texte intégral du programme 112 du Cofrac.
Les principales exigences techniques spécifiques
concernent les facteurs qui suivent :
- Le produit soumis à analyse et sa réception doivent
être maîtrisés (lieu de réception, exigences
de conservation et d'acheminement, condition de refus).
- L'enregistrement de la demande est réalisé (commémoratifs,
date de prélèvement, date de réception, références
du demandeur, nom de la personne l'ayant réceptionnée, identification
du prélèvement, espèce animale d'origine, nature
et état du prélèvement, température à
respecter et lieu de stockage, recherche à réaliser...).
- Le stockage, la conservation, l'élimination des prélèvements
après analyse doivent être décrits.
- Les conditions de préparation, stockage et conservation des
cellules saines doivent permettre d'éviter les contaminations,
notamment d'origine virale, elles doivent être formalisées
et les informations utiles doivent être consignées dans un
registre de cultures cellulaires. Le laboratoire doit assurer le contrôle
de contamination des cellules selon une procédure décrite.
Il doit s'assurer régulièrement de la sensibilité
des systèmes cellulaires utilisés en fonction des virus
à rechercher.
- Le laboratoire qui utilise des ufs doit établir ses
spécifications d'achat et ses exigences sur la qualité des
ufs qu'il communique au fournisseur.
- Les caractéristiques des sérums doivent être
connues du laboratoire utilisateur : la nature (sérum de ftus
de bovin, sérum de veau nouveau-né, sérum de poulain...),
l'origine et l'identification du lot. Le laboratoire doit assurer le contrôle
de la contamination des sérums selon une procédure décrite.
- L'eau utilisée doit présenter des caractéristiques
physico-chimiques et microbiologiques compatibles avec la culture cellulaire
et les autres usages en virologie.
- Pour les milieux et la trypsine, la nature, le fournisseur, le numéro
de lot, la date de réception et de péremption, les éventuelles
consignes relatives aux conditions de stockage et de conservation doivent
être consignées. Quand le laboratoire produit ses propres
milieux, il doit avoir décrit ses procédures de fabrication
des milieux dans un plan qualité et assurer la traçabilité
de ses fabrications. La spécificité du sérum doit
être précisée par le fournisseur. En l'absence de
réactif certifié, le laboratoire utilisateur doit contrôler
la spécificité.
- En ce qui concerne les règles générales d'hygiène,
le laboratoire doit prendre des mesures appropriées formalisées
par écrit afin d'éviter la formation d'aérosols contaminants
et d'une manière générale la contamination (enceintes
à flux laminaire ou postes de sécurité microbiologique,
contrôle de l'état fonctionnel des filtres et maintenance
avec échéancier de vérification et de changement
des filtres, etc.). Pour le personnel, les règles inhérentes
au maintien de l'hygiène dans un laboratoire de virologie et à
l'accès de personnes étrangères au laboratoire doivent
être établies ; des blouses ou vêtements propres doivent
être mis à disposition du personnel, etc.
- Le laboratoire doit disposer d'un responsable technique biologiste
titulaire d'un diplôme de l'enseignement supérieur au moins
équivalent à la maîtrise ès-sciences, et justifiant
d'une formation spécialisée dans le domaine de la virologie.
Des dérogations sont possibles pour des compétences équivalentes.
Par ailleurs, le personnel technique doit justifier d'une formation sur
les risques virologiques, les moyens de les prévenir et les conduites
à tenir en cas d'accident.
- La conception et l'agencement du laboratoire doivent tendre à
réduire au minimum les contaminations potentielles provenant
de l'environnement et des substances manipulées dans le laboratoire.
Les circuits doivent être organisés de façon à
minimiser les risques de contamination croisée. L'ensemble des
dispositions de leur maîtrise à l'égard de la contamination
doit être décrit dans un document qualité. Le laboratoire
de virologie doit comprendre : une partie réservée à
la préparation des milieux, une partie réservée
à la manipulation de cellules saines et/ou produits non inoculés,
une partie réservée à la laverie, un lieu de réception
et/ou traitement des échantillons, une partie réservée
à la manipulation des virus, un vestiaire situé en zone
frontière, permettant au minimum un changement de blouse et de
chaussures, une partie réservée au secrétariat,
à la rédaction et à l'archivage de documents.
Les dispositions actuelles de reconnaissance
des laboratoires reposent sur leur accréditation par le Cofrac.
Accréditer c'est reconnaître formellement, par une procédure
appropriée appliquée par un organisme lui-même reconnu,
la compétence pour réaliser en toute confiance des travaux
définis.
L'évaluation de la compétence repose sur un audit du
laboratoire réalisé par une équipe composée
d'un auditeur qualiticien et d'un auditeur technique virologiste. L'audit
initial du laboratoire dure deux jours au cours desquels plusieurs centaines
de facteurs d'audit seront examinés afin de vérifier la
conformité des dispositions mises en place aux exigences des référentiels.
L'audit se termine par la rédaction d'un rapport qui décrit
d'une part les impressions générales des auditeurs sur le
laboratoire, sa compétence, sa capacité à traiter
les écarts constatés, la confiance que l'on peut accorder
à ses résultats, d'autre part les non-conformités
constatées. Celles-ci sont accompagnées des propositions
d'actions correctives du laboratoire et de délais de mise en uvre.
Le rapport d'audit est transmis au Cofrac qui l'exploite.
La proposition d'accréditation, ou non, émane de la
commission sectorielle d'accréditation « santé, protection
et qualité animales » du Cofrac. Cette commission comprend
trois collèges : celui des responsables de laboratoire accrédités,
celui des prescripteurs d'essais accrédités comme l'État,
celui des utilisateurs de résultats virologiques, administrations,
groupements de défense sanitaire, etc.
Une fois accrédité, le laboratoire entre dans un processus
de surveillance et il sera audité par la suite tous les 15 mois
puis fera l'objet d'un audit complet de renouvellement d'accréditation
tous les cinq ans.
Actuellement 8 laboratoires de virologie animale sont accrédités
par le Cofrac en France et de nouvelles candidatures se manifestent.
Il existe un accord de reconnaissance mutuelle entre les quinze accréditeurs
de l'Union européenne, qui tend à s'étendre au niveau
mondial à d'autres pays (Hong Kong, États-Unis, Canada,
Afrique du Sud, Australie, Nouvelle Zélande, etc.).
Enfin, l'OIE s'est engagé en faveur d'une promotion de l'assurance
de la qualité pour ses laboratoires de référence
depuis 1998.
CONCLUSION
l'assurance qualité en virologie vétérinaire
est une démarche désormais bien établie, en particulier
dans les laboratoires de référence. Progressivement son
champ d'application s'étend d'une part aux activités de
biométrologie, de référence, d'essais d'intercomparaison,
d'autre part à la biologie moléculaire. En effet de nouveaux
programmes d'accréditation porteront bientôt notamment sur
la PCR en virologie et sur toutes les techniques de biologie moléculaire
dites « rapides » et automatisables, utiles à la détection
et à l'identification des virus par leur génome.
Enfin l'existence en France, depuis 1998, d'un guide expérimental
pour la qualité en recherche dont il est prévu la transformation
prochaine en norme expérimentale, permet de penser que la recherche
en virologie bénéficiera dans un proche avenir, elle aussi,
de l'assurance de la qualité de ses résultats.
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