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Quality insurance in veterinary virology


Virologie. Volume 3, Number 3, 197-200, Mai - Juin 1999, Editorial


Résumé  

Author(s) : G. Tufféry.

ARTICLE

À l'aube du troisième millénaire, notre époque, nos sociétés vivent des paradoxes surprenants autour de la notion de progrès et de développement technologique. Après une période de croyance absolue dans le pouvoir de la science, la méfiance s'est installée à la suite « d'affaires » comme on dit, de déconvenues, de catastrophes liées à des nouveautés techniques, à des pratiques industrielles ou agricoles risquées. Désormais, un immense besoin de confiance accompagne la vie de tous les jours : on veut l'objet et la garantie de l'objet, le service et la garantie du service afin de maîtriser, autant que faire se peut, les risques attachés à une acquisition, à la consommation.
Les essais et les analyses dans tous les domaines, et notamment en virologie vétérinaire, n'échappent pas à cette demande sociale. En effet, les conséquences des décisions prises par les pouvoirs publics ou par les particuliers à partir des examens virologiques vétérinaires sont telles que la fiabilité des résultats et la confiance dans les conclusions doivent être obtenues. De ce besoin de société est née l'assurance de la qualité qui est, selon sa définition actuelle, « l'ensemble des dispositions conçues et systématiquement appliquées, avec des preuves suffisantes, qui sont de nature à donner confiance en ce qu'une entité (ici un laboratoire) sera capable de produire une qualité exigée ».
Il est bon de rappeler que la qualité d'une entité, d'une chose, est « l'ensemble des caractéristiques qui lui confère l'aptitude à satisfaire des besoins exprimés et implicites ». Ainsi la qualité doit être assurée pour donner confiance par la maîtrise de l'ensemble du processus de production, pour éviter les risques de non-qualité, d'insatisfaction. Dans cet éditorial nous envisagerons comment des concepts et des principes issus du domaine industriel s'appliquent depuis quelques temps en virologie vétérinaire et quels sont les développements prévisibles de l'assurance de la qualité dans cette discipline.
Tout d'abord il convient d'envisager les travaux virologiques qui peuvent et doivent bénéficier d'une assurance de la qualité. Dans un premier temps l'effort a surtout porté sur les analyses de virologie vétérinaire, dites « à risques », c'est-à-dire celles qui portent sur la détection et l'identification des agents des maladies virales majeures pour les espèces et les filières de production animales concernées. Pour ces viroses, un résultat douteux, un faux négatif ou un faux positif peuvent avoir des conséquences sanitaires et économiques graves. Aussi la qualité, la fiabilité des résultats nécessaires à l'épidémiosurveillance et à l'épidémiovigilance sont essentielles qu'ils proviennent des laboratoires d'analyses ou des laboratoires de référence. C'est ainsi que, progressivement, se met en place l'assurance de la qualité des essais interlaboratoires d'aptitude, des essais interlaboratoires de validation de méthodes d'analyse, de détermination des valeurs des matériaux de référence, des essais de réactifs en vue de la qualification des lots, etc.
Dans le présent texte nous n'évoquerons que les concepts et méthodes de l'assurance de la qualité dans les laboratoires d'analyse de virologie vétérinaire ainsi que, très succinctement, les modalités de reconnaissance de leur compétence par l'accréditation.
Les principes de l'assurance de la qualité dans des laboratoires d'analyses sont simples et s'apparentent à ceux que l'on applique à toutes les organisations qui produisent quelque chose. Le laboratoire doit mettre en place des dispositions appliquées systématiquement pour maîtriser les « points à risques », les « points critiques », de son métier, c'est-à-dire ceux qui sont susceptibles d'occasionner des défaillances graves ou sensibles pouvant altérer les résultats et la confiance dans les résultats. Ces points critiques à maîtriser concernent l'organisation générale du laboratoire (responsabilités, organigramme...), le processus de traitement des demandes d'analyses virologiques (accueil des demandes et prélèvements, enregistrement, identification, traitement par les services compétents, rapport d'analyse, vérification, transmission des résultats...), les ressources mises à disposition du processus de traitement des analyses ou « 5 M de la qualité » : matière grise (personnel, compétence, définition des fonctions, formation, confidentialité, etc.), matériel (adapté, en état de marche, maintenance, étalonnage, etc.), matières (consommables, adéquation, peremption, stocks...), méthodes (pertinentes, validées, sensibles, spécifiques, etc.), milieux (locaux, adaptés, nettoyés, accès contrôlé, etc.).
Au total, plusieurs centaines de facteurs concernant les points à risques doivent être sous contrôle de façon appropriée pour donner confiance. Pour chaque facteur, des exigences sont émises avec plus ou moins de sévérité selon les risques encourus par les résultats s'il y a défaillance.
Des ensembles cohérents d'exigences de qualité ont été définis à l'échelon national et international, ce sont les référentiels. En France, nous utilisons un référentiel d'exigences générales auquel doivent satisfaire les laboratoires d'essais et d'analyses qui souhaitent voir leur compétence reconnue par le Comité français d'accréditation (Cofrac), le document 1002 de cet organisme. Ce texte est la transcription de la norme européenne EN 45001, accompagnée de commentaires. Actuellement, une norme mondiale unique est en discussion finale, l'ISO 17025. Le second référentiel d'exigences propres à la virologie vétérinaire est le programme d'accréditation n° 112 du Cofrac « essais et analyses en virologie animale ». Ce document détaillé précise notamment la signification des exigences du document général 1002 du Cofrac, pour la virologie vétérinaire.
Avant de présenter les principales dispositions du programme 112, il convient de signaler que les textes des méthodes d'analyse contiennent le troisième niveau des exigences techniques qu'il convient de respecter dans la réalisation pratique des examens virologiques.
Les méthodes d'analyse sont, soit des normes de l'Office international des épizooties (OIE), soit des textes français de référence, travaux d'experts virologistes qui vont prochainement être transformés en normes françaises par l'Afnor. Le domaine d'application du programme 112 concerne l'isolement et l'identification des virus, gènes ou antigènes viraux, à partir de matériel biologique d'origine animale
Les programmes d'accréditation reflètent l'état d'avancement des connaissances et sont destinés à être régulièrement complétés ou modifiés pour prendre en compte l'évolution des techniques. Les analyses décrites dans les programmes doivent être réalisées en utilisant les méthodes indiquées en référence. Si les laboratoires apportent des modifications, toujours mineures, à la technique, ils devront pouvoir justifier de la validité des techniques internes ou du matériel par différents moyens.
Les 22 maladies virales retenues dans le programme intéressent toutes les productions animales : aviaire, bovine, équine, ovine, caprine, porcine, auxquelles s'ajoutent les poissons d'eau douce salmonidés et cyprinidés.
Les méthodes sont très diverses, de l'isolement par cultures cellulaires suivi de la neutralisation virale, à l'inhibition de l'hémagglutination, l'identification par immunochimie, ou par immunofluorescence indirecte. Pour plus de détails, il convient de consulter le texte intégral du programme 112 du Cofrac.
 
Les principales exigences techniques spécifiques concernent les facteurs qui suivent :
- Le produit soumis à analyse et sa réception doivent être maîtrisés (lieu de réception, exigences de conservation et d'acheminement, condition de refus).
- L'enregistrement de la demande est réalisé (commémoratifs, date de prélèvement, date de réception, références du demandeur, nom de la personne l'ayant réceptionnée, identification du prélèvement, espèce animale d'origine, nature et état du prélèvement, température à respecter et lieu de stockage, recherche à réaliser...).
- Le stockage, la conservation, l'élimination des prélèvements après analyse doivent être décrits.
- Les conditions de préparation, stockage et conservation des cellules saines doivent permettre d'éviter les contaminations, notamment d'origine virale, elles doivent être formalisées et les informations utiles doivent être consignées dans un registre de cultures cellulaires. Le laboratoire doit assurer le contrôle de contamination des cellules selon une procédure décrite. Il doit s'assurer régulièrement de la sensibilité des systèmes cellulaires utilisés en fonction des virus à rechercher.
- Le laboratoire qui utilise des œufs doit établir ses spécifications d'achat et ses exigences sur la qualité des œufs qu'il communique au fournisseur.
- Les caractéristiques des sérums doivent être connues du laboratoire utilisateur : la nature (sérum de fœtus de bovin, sérum de veau nouveau-né, sérum de poulain...), l'origine et l'identification du lot. Le laboratoire doit assurer le contrôle de la contamination des sérums selon une procédure décrite.
- L'eau utilisée doit présenter des caractéristiques physico-chimiques et microbiologiques compatibles avec la culture cellulaire et les autres usages en virologie.
- Pour les milieux et la trypsine, la nature, le fournisseur, le numéro de lot, la date de réception et de péremption, les éventuelles consignes relatives aux conditions de stockage et de conservation doivent être consignées. Quand le laboratoire produit ses propres milieux, il doit avoir décrit ses procédures de fabrication des milieux dans un plan qualité et assurer la traçabilité de ses fabrications. La spécificité du sérum doit être précisée par le fournisseur. En l'absence de réactif certifié, le laboratoire utilisateur doit contrôler la spécificité.
- En ce qui concerne les règles générales d'hygiène, le laboratoire doit prendre des mesures appropriées formalisées par écrit afin d'éviter la formation d'aérosols contaminants et d'une manière générale la contamination (enceintes à flux laminaire ou postes de sécurité microbiologique, contrôle de l'état fonctionnel des filtres et maintenance avec échéancier de vérification et de changement des filtres, etc.). Pour le personnel, les règles inhérentes au maintien de l'hygiène dans un laboratoire de virologie et à l'accès de personnes étrangères au laboratoire doivent être établies ; des blouses ou vêtements propres doivent être mis à disposition du personnel, etc.
- Le laboratoire doit disposer d'un responsable technique biologiste titulaire d'un diplôme de l'enseignement supérieur au moins équivalent à la maîtrise ès-sciences, et justifiant d'une formation spécialisée dans le domaine de la virologie. Des dérogations sont possibles pour des compétences équivalentes. Par ailleurs, le personnel technique doit justifier d'une formation sur les risques virologiques, les moyens de les prévenir et les conduites à tenir en cas d'accident.

- La conception et l'agencement du laboratoire doivent tendre à réduire au minimum les contaminations potentielles provenant de l'environnement et des substances manipulées dans le laboratoire. Les circuits doivent être organisés de façon à minimiser les risques de contamination croisée. L'ensemble des dispositions de leur maîtrise à l'égard de la contamination doit être décrit dans un document qualité. Le laboratoire de virologie doit comprendre : une partie réservée à la préparation des milieux, une partie réservée à la manipulation de cellules saines et/ou produits non inoculés, une partie réservée à la laverie, un lieu de réception et/ou traitement des échantillons, une partie réservée à la manipulation des virus, un vestiaire situé en zone frontière, permettant au minimum un changement de blouse et de chaussures, une partie réservée au secrétariat, à la rédaction et à l'archivage de documents.

Les dispositions actuelles de reconnaissance des laboratoires reposent sur leur accréditation par le Cofrac. Accréditer c'est reconnaître formellement, par une procédure appropriée appliquée par un organisme lui-même reconnu, la compétence pour réaliser en toute confiance des travaux définis.

L'évaluation de la compétence repose sur un audit du laboratoire réalisé par une équipe composée d'un auditeur qualiticien et d'un auditeur technique virologiste. L'audit initial du laboratoire dure deux jours au cours desquels plusieurs centaines de facteurs d'audit seront examinés afin de vérifier la conformité des dispositions mises en place aux exigences des référentiels. L'audit se termine par la rédaction d'un rapport qui décrit d'une part les impressions générales des auditeurs sur le laboratoire, sa compétence, sa capacité à traiter les écarts constatés, la confiance que l'on peut accorder à ses résultats, d'autre part les non-conformités constatées. Celles-ci sont accompagnées des propositions d'actions correctives du laboratoire et de délais de mise en œuvre. Le rapport d'audit est transmis au Cofrac qui l'exploite.
La proposition d'accréditation, ou non, émane de la commission sectorielle d'accréditation « santé, protection et qualité animales » du Cofrac. Cette commission comprend trois collèges : celui des responsables de laboratoire accrédités, celui des prescripteurs d'essais accrédités comme l'État, celui des utilisateurs de résultats virologiques, administrations, groupements de défense sanitaire, etc.
Une fois accrédité, le laboratoire entre dans un processus de surveillance et il sera audité par la suite tous les 15 mois puis fera l'objet d'un audit complet de renouvellement d'accréditation tous les cinq ans.
Actuellement 8 laboratoires de virologie animale sont accrédités par le Cofrac en France et de nouvelles candidatures se manifestent.
Il existe un accord de reconnaissance mutuelle entre les quinze accréditeurs de l'Union européenne, qui tend à s'étendre au niveau mondial à d'autres pays (Hong Kong, États-Unis, Canada, Afrique du Sud, Australie, Nouvelle Zélande, etc.).
Enfin, l'OIE s'est engagé en faveur d'une promotion de l'assurance de la qualité pour ses laboratoires de référence depuis 1998.

CONCLUSION

l'assurance qualité en virologie vétérinaire est une démarche désormais bien établie, en particulier dans les laboratoires de référence. Progressivement son champ d'application s'étend d'une part aux activités de biométrologie, de référence, d'essais d'intercomparaison, d'autre part à la biologie moléculaire. En effet de nouveaux programmes d'accréditation porteront bientôt notamment sur la PCR en virologie et sur toutes les techniques de biologie moléculaire dites « rapides » et automatisables, utiles à la détection et à l'identification des virus par leur génome.
Enfin l'existence en France, depuis 1998, d'un guide expérimental pour la qualité en recherche dont il est prévu la transformation prochaine en norme expérimentale, permet de penser que la recherche en virologie bénéficiera dans un proche avenir, elle aussi, de l'assurance de la qualité de ses résultats.


 

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