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Report of a glycemic imbalance in a diabetic patient after initiation of nicotine replacement therapy


Journal de Pharmacie Clinique. Volume 28, Number 4, 193-8, octobre-novembre-décembre 2009, Article original

DOI : 10.1684/jpc.2009.0128

Résumé   Summary  

Author(s) : H Javelot, JF Westphal, M Socha, P Vasselon, N Germain-Zito, A Baratta, C Nonnenmacher, M Messaoudi, P Bohme, T Javelot , Service pharmacie, Hôpitaux de Brabois - CHU Nancy, Vandoeuvre-Lès-Nancy, Pôle de médecine générale et gériatrique, Établissement public de santé Alsace Nord, Brumath, Service d’endocrinologie, diabète et maladies métaboliques, Hôpital Bellevue - CHU Saint-Étienne, Saint-Étienne, Service G06, Établissement public de Santé Alsace Nord, Brumath, Service pharmacie, Etablissement public de Santé Alsace Nord, Brumath, Département nutrition-santé, Laboratoire ETAP, Vandoeuvre-Lès-Nancy, Service diabétologie-nutrition, Hôpital Jeanne dâ??Arc - CHU Nancy, Toul, Service Les Hortensias, Centre psychothérapique Nord-Dauphiné, Bourgoin-Jallieu.

Summary : In the present study, we report the case of a patient with diabetes mellitus whose glycemic control was disrupted during hospitalization after a nicotine replacement therapy. Dosage adjustments along with a long-acting insulin treatment were used in order to obtain a new glycemic control. A possible explanation is that this metabolic disturbance was provoked by an overestimation of the patient’s actual nicotine consumption at the onset of the nicotine withdrawal program.

Keywords : nicotine replacement therapy, glycemic imbalance, diabetes, insulin

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ARTICLE

Auteur(s) : H Javelot1, JF Westphal2, M Socha1, P Vasselon1, N Germain-Zito3, A Baratta4, C Nonnenmacher5, M Messaoudi6, P Bohme7, T Javelot8

1Service pharmacie, Hôpitaux de Brabois - CHU Nancy, Vandoeuvre-Lès-Nancy
2Pôle de médecine générale et gériatrique, Établissement public de santé Alsace Nord, Brumath
3Service d’endocrinologie, diabète et maladies métaboliques, Hôpital Bellevue - CHU Saint-Étienne, Saint-Étienne
4Service G06, Établissement public de Santé Alsace Nord, Brumath
5Service pharmacie, Etablissement public de Santé Alsace Nord, Brumath
6Département nutrition-santé, Laboratoire ETAP, Vandoeuvre-Lès-Nancy
7Service diabétologie-nutrition, Hôpital Jeanne dâÂ�™Arc - CHU Nancy, Toul
8Service Les Hortensias, Centre psychothérapique Nord-Dauphiné, Bourgoin-Jallieu

Le tabagisme est bien connu pour être associé à divers troubles métaboliques, dont le diabète de type 2 ou diabète non-insulinodépendant (DNID) [1]. Ainsi, une consommation supérieure à 20 cigarettes par jour double le risque de développer un DNID [2, 3].

Plusieurs études, reprises notamment dans la revue de la littérature de Björn Eliasson sur l’interaction « tabagisme et diabète » [4], méritent d’être rappelées. Certaines d’entre elles ont tout d’abord établi qu’il existait, chez les fumeurs, une augmentation du risque de développer un diabète [5, 6]. Par ailleurs, le tabagisme est associé à une détérioration du contrôle métabolique chez les patients diabétiques [7, 8]. Dans l’étude de Madsbad et al. [7], il a été montré que les doses d’insuline nécessaires pour équilibrer les patients fumeurs sont significativement plus élevées que chez les non fumeurs. Enfin, plusieurs études, menées chez des sujets non diabétiques ont apporté des résultats convergents concernant les effets métaboliques du tabagisme et de la nicotine. Une étude menée sur 7 sujets sains a révélé que fumer quatre cigarettes en une heure s’accompagne d’une diminution significative de l’utilisation périphérique du glucose et de l’affinité des récepteurs à l’insuline [9]. Chez un nombre de sujets identique, Attvall et al. [10] ont montré que le fait de fumer provoque de manière aiguë une dégradation de la sensibilité à l’insuline. Dans des études transversales, Eliasson et al. [11] et Facchini et al. [12] ont observé également une diminution de la sensibilité à l’insuline chez les fumeurs. Par ailleurs, le degré de résistance à l’insuline apparaissait comme positivement corrélé à la consommation de tabac. Cependant, ces différentes études ne permettent pas d’attribuer de façon différenciée l’origine des perturbations glycémiques à la nicotine, à d’autres substances présentes dans le tabac, ou encore à leur action conjuguée.

Le tabagisme et l’administration de nicotine augmentent les taux circulants d’hormones présentant des effets opposés à l’insuline sur la glycémie [par ex. : catécholamines, TSH (thyroid stimulating hormone), cortisol et hormone de croissance] [13-17]. Le tabagisme affecte également le système nerveux autonome [18, 19].

L’hyperglycémie provoquée par la nicotine serait par ailleurs plus marquée chez des sujets diabétiques comparativement à des sujets ne présentant pas de pathologie métabolique [20]. Enfin, deux autres études de l’équipe de Björn Eliasson publiées en 1996 et 2001 ont respectivement montré un lien entre une imprégnation nicotinique prolongée et le développement d’une insulino-résistance, chez des sujets consommateurs chroniques de substituts nicotiniques d’une part [21] et, d’autre part, entre l’augmentation de la nicotinémie et l’aggravation de l’insulino-résistance du sujet diabétique de type 2 [22].

Nous rapportons ici, à notre connaissance, le premier cas décrit de déséquilibre glycémique majeur sous l’influence d’un traitement de substitution nicotinique (TSN), chez un patient présentant un diabète insulino-requérant équilibré par son traitement.

Observation clinique

Monsieur B., âgé de 68 ans, présente un diabète de type 2 équilibré au moment de son transfert du centre hospitalo-universitaire (CHU) de Strasbourg vers notre établissement (Établissement public de santé Alsace-Nord). Son hospitalisation au CHU de Strasbourg était en lien avec les soins d’une plaie, située sur le moignon d’amputation de sa jambe droite (amputation post-escarre), et cicatrisée lors de son arrivée en psychiatrie. Le diabète de ce patient, développé à la suite d’une pancréatite chronique post-alcoolique, évolue depuis 28 années et s’est compliqué d’une rétinopathie d’intensité modérée. Parmi les autres antécédents de Monsieur B., signalons : une broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) post-tabagique, une hypertrophie prostatique, une artériopathie oblitérante des membres inférieurs de stade IV, une hypertension artérielle et une insuffisance rénale chronique (néphropathie tubulo-interstitielle). Son hospitalisation en psychiatrie est liée à un délire de persécution, un état d’agitation et une grande hétéroagressivité, essentiellement verbale, ayant nécessité auparavant deux hospitalisations au sein de notre établissement. Au plan psychopharmacologique le patient reçoit 20 mg de loxapine (Loxapac®) trois fois par jour, 12,5 mg d’oxazépam (Seresta®) une fois par jour à l’admission (rapidement porté à 12,5 mg trois fois par jour) et 7,5 mg de zopiclone (Imovane®), « si besoin », au coucher. La pathologie métabolique est équilibrée par l’association de 2 insulines : NovoMix® 30 à une posologie de 11 unités internationales [UI] à 8 heures (NovoMix® 30 contient 30 % d’insuline asparte soluble et 70 % d’insuline asparte protamine cristallisée et se trouve classé comme analogue de l’insuline d’action intermédiaire) et Umuline® rapide à une posologie de 5 UI, « si besoin », en fonction de la glycémie mesurée à 18 heures (Umuline® rapide contient de l’insuline humaine isophane et se trouve classée comme insuline rapide ou ordinaire). La dernière évaluation du pourcentage d’hémoglobine glyquée, dosée quelques jours avant son hospitalisation dans notre établissement, est de 5,2 % (valeurs normales comprises entre 4,0 et 6,0 %). Les autres prescriptions du patient, ne relevant ni de la psychiatrie, ni du diabète, sont les suivantes : nicardipine (Loxen®) : 20 mg par jour, en cas de pression artérielle systolique supérieure à 16 mmHg ou diastolique supérieure à 10 mmHg, clopidogrel (Plavix®) : 75 mg par jour, sulfate ferreux (Tardyferon®) : 80 mg deux fois par jour, alfuzosine (Xatral®) : 10 mg par jour.

Le patient demandera rapidement une aide pour arrêter la cigarette, invoquant l’interdiction de fumer dans les établissements de santé comme l’une des raisons de sa grande nervosité – Monsieur B. se définissant lui-même comme « un gros fumeur ». Le patient évaluera alors sa consommation à environ 25 cigarettes par jour. Un TSN est instauré, à raison de 6 pastilles de nicotine par jour (Nicopass® 1,5 mg), soit une posologie quotidienne de 9 mg de nicotine. Les doutes quant à la capacité du patient à rendre compte précisément de sa consommation tabagique ont conduit à proposer un schéma posologique prudent et évolutif, afin d’évaluer l’impact du TSN sur ses symptômes de manques potentiels et son agressivité. Face à la persistance des signes d’agitation, l’apport nicotinique a été progressivement augmenté, pour être porté à 10 pastilles de Nicopass® et un patch de Nicopatch® 14 mg par jour, soit une posologie cumulée de 23 mg par jour de nicotine. La consommation résiduelle en tabac sous TSN de Monsieur B. était vraisemblablement inférieure ou égale à 3 cigarettes par jour. Par ailleurs, d’après les informations que nous avons pu recueillir auprès des différentes équipes soignantes qui ont eu en charge ce patient, sa consommation alimentaire journalière est demeurée constante sur la période étudiée. Ce comportement est également apparu comme similaire aux habitudes de Monsieur B. en dehors du contexte d’hospitalisation. Cependant, notre patient pesait 57 kg six mois avant le début du dérèglement glycémique que nous analysons ci-après, et 62 kg deux mois après sa résolution.

L’initiation et les augmentations ultérieures de posologie en nicotine se sont accompagnées d’un important déséquilibre glycémique chez ce patient, que nous nous proposons de décrire.

Matériels et méthodes

Les glycémies sont mesurées à l’aide d’un lecteur Optium® (Abbott - MediSense). Il s’agit d’un lecteur fiable, mis en service dans l’unité environ un an auparavant. L’ensemble des données exploitées dans l’analyse de ce cas a été mesuré avec ce lecteur. Tous les lecteurs font l’objet d’un contrôle annuel dans l’établissement.

Afin de détailler au mieux le dérèglement métabolique observé, chez ce patient, nous nous proposons de découper en 5 périodes l’analyse des valeurs glycémiques :

  • P0 : correspond à la période d’un mois ayant précédé la mise en place du TSN ;
  • P1 : correspond à la période de mise en place du TSN à 6 pastilles de nicotine (dosées à 1,5 mg) par jour, sur une durée de 20 jours ;
  • P2 : correspond à un TSN porté à 10 Nicopass® par jour, sur une durée de 10 jours ;
  • P3 : correspond à la période d’association entre 10 Nicopass® par jour et un Nicopatch® 7 mg par jour, sur une durée de 6 jours ;
  • P4 : correspond à la période d’association entre le TSN avec 10 Nicopass® par jour et un Nicopatch® 14 mg par jour, sur une durée de 23 jours ;
  • P5 : correspond à une période de mesure relevée à deux mois de P4, sur une durée d’un mois.

Deux valeurs de glycémie sont systématiquement relevées chez notre patient : nous désignerons par « glycémie basse », la valeur glycémique généralement la plus faible de la journée et mesurée avant le repas du soir, et par « glycémie haute » celle se situant le matin à jeun (figure 1).

La comparaison des valeurs glycémiques est établie par le test dit de l’intervalle de confiance (IC). Le calcul de l’IC est le suivant : IC = m ± tn-1,α/2 √s2/n, avec un seuil α retenu égal à 5 % et un IC de 95 %. Dans le cadre de cette analyse, les comparaisons de deux moyennes dont les erreurs standards ne se recouvrent pas peuvent être décrites comme significativement différentes (p < 0,05).

Résultats

L’analyse statistique comparative entre les différentes périodes – prises deux à deux – montre des résultats similaires pour les valeurs glycémiques basses et hautes (figure 1). Nous les traiterons donc ci-après sans distinction en parlant simplement « de moyenne des glycémies » d’une période donnée.

Les moyennes des glycémies pour l’ensemble des périodes P1 à P4 sont toutes significativement supérieures aux valeurs trouvées en P0 et P5. Les valeurs observées pour les périodes P2 et P3 sont significativement supérieures à celles obtenues en P1 et P4. Enfin, la moyenne des glycémies en P3 est significativement supérieure à celle observée en P2. La nature et les posologies des insulines prescrites durant les périodes définies précédemment sont reportées sur la figure 2 (dans cette représentation la période P4 est divisée en trois sous-parties, P4-1, P4-2 et P4-3, correspondant à des posologies en insuline différentes). Notons que l’hémoglobine glyquée HbA1c mesurée lors de la période P3 était à 8 %. D’autres mesures pour l’HbA1c, prises respectivement en P5 et sur les 6 mois ultérieurs, ont donné les résultats suivants : 6 % ; 5,8 % ; 4,9 % ; 5,4 %. Enfin, sur l’ensemble des périodes décrites, une seule hypoglycémie intercurrente, ayant fait l’objet d’un resucrage, a été relevée au cours de la période P0.

Discussion

La dérégulation glycémique sous l’influence de la nicotine est démontrée dans la littérature à travers l’exemple du développement de l’insulino-résistance chez les fumeurs chroniques [9-12]. Une modification d’un équilibre glycémique chez un patient diabétique et fumeur paraîtra d’autant moins probable qu’une substitution consciencieusement menée vise à apporter une quantité de nicotine comparable à celle à laquelle le patient était exposée en fumant : la difficulté rencontrée avec notre patient vient très probablement, comme nous l’exposerons plus loin, de la surestimation de sa consommation journalière réelle en nicotine.

Parmi les traitements reçus par Monsieur B., la loxapine est un antipsychotique atypique, proche structurellement de la clozapine et connu de longue date pour son potentiel hyperglycémiant [23]. Cependant, la loxapine, tout comme la rispéridone, est susceptible de produire des effets opposés sur la glycémie, tels qu’une diminution de la néoglucogenèse ou d’autres mécanismes impliqués dans l’élévation des taux sanguins de glucose [24]. Notons que chez notre patient, une posologie en loxapine supérieure (150 mg par jour) reçue pendant plus d’un mois n’avait pas provoqué de dérèglement glycémique à l’occasion d’une hospitalisation précédente. Par ailleurs, au milieu de la période P4, deux augmentations successives de posologie en loxapine (passage de 60 mg à 150 mg par jour) n’ont pas induit un nouveau déséquilibre au cours de cette période.

Dans un premier temps, les ajustements posologiques mineurs apportés sur les insulines d’action intermédiaire et rapide n’ont pas permis d’enrayer le dérèglement glycémique induit par l’inflation des doses de nicotine administrées. Durant la période P4, plusieurs ajustements posologiques sur les insulines d’action intermédiaire (augmentation de 14 UI comparativement à P3) et rapide (double posologie avec 6 UI, en « si besoin », matin et soir), ainsi que l’ajout d’une insuline d’action retard (Umuline NPH 7 UI puis 9 UI) ont permis une diminution significative des valeurs glycémiques mesurées, comparativement à P3. Cette diminution a pu s’opérer malgré une nouvelle inflation de la quantité de nicotine journalière délivrée : soit 29 mg de nicotine en P4, contre 22 mg en P3.

La normalisation de l’équilibre glycémique de notre patient, sous TSN, a donc nécessité approximativement : 1) de multiplier par deux la posologie d’insuline rapide, 2) de multiplier par trois celle de l’analogue de l’insuline d’action intermédiaire et 3) d’introduire une insuline d’action retard. L’ensemble des autres prescriptions délivrées à Monsieur B. a été stable sur toutes les périodes d’observations indiquées, exception faite de l’élévation de posologie en loxapine en P4 – signalée ultérieurement – et d’un ajout de pipampérone (Dipiperon®) à raison de 20 mg, trois fois par jour, quatre jours après l’élévation de posologie du Loxapac®, en P4. Ainsi, seules les augmentations successives portées sur la substitution nicotinique semblent pouvoir rationnellement expliquer ce déséquilibre glycémique durable et dont l’intensité a augmenté avec la quantité de nicotine apportée.

Face au dérèglement métabolique induit, l’implication du TSN a été évoquée deux mois après sa mise en place. Ce constat aurait pu justifier un arrêt ou la diminution du TSN. Cependant, le patient, hospitalisé pour d’importants troubles du comportement avec hétéroagressivité, s’est longtemps opposé à toute idée de diminution de son TSN. Environ 9 mois après son instauration, le traitement a pu toutefois être progressivement interrompu avec l’accord du patient. Des diminutions posologiques sur les insulines d’actions rapide et intermédiaire ont alors été possibles, pour revenir à des doses quotidiennes comparables à celles utilisées avant le TSN. L’insuline d’action retard a également pu être arrêtée.

Le constat d’un tel déséquilibre nécessiterait évidemment confirmation par le repérage d’éventuels cas semblables ; une plus grande attention au retentissement des TSN sur la glycémie des patients diabétiques pourrait y contribuer. Notons que ce cas a fait l’objet d’une déclaration de pharmacovigilance. À la lumière des indices recueillis sur notre cas clinique, la relation entre le déséquilibre glycémique et le TSN peut être cotée comme « probable » sur l’échelle de Naranjo [25].

Les résumés des caractéristiques des produits (RCP) des TSN indiquent toutes les interactions pharmacologiques potentielles entre la nicotine et l’insuline. Il s’agit cependant, à notre connaissance, du premier cas décrit dans la littérature de déséquilibre glycémique majeur, suite à l’instauration d’un TSN, chez un patient diabétique.

Les limites de notre observation sont cependant multiples. L’analyse de deux glycémies quotidiennes s’avère probablement insuffisante, car elle ne reflète pas avec exactitude la réalité des cycles glycémiques. Des cycles en 6 à 8 points de glycémie, voire des enregistrements glycémiques en continu, seraient souhaitables [26]. Néanmoins, la mise en place d’une telle surveillance glycémique n’est pas aisée en milieu psychiatrique. Des données très précises sur le comportement alimentaire, avec notamment la quantité journalière de glucides ingérés, font également défaut. Des pesées plus fréquentes (mensuelles au moins) auraient également contribué à la pertinence de l’analyse de la glycémie. La prise de poids de 5 kg sur plus de 10 mois pourrait en effet plaider en faveur d’une dérégulation de la glycémie par une modification importante du comportement alimentaire. Cependant, les données recueillies auprès des équipes soignantes semblent clairement plaider pour une élévation lentement progressive du poids, face aux habitudes alimentaires constantes de Monsieur B.

Conclusion

Notre cas clinique illustre, en premier lieu, la nécessité d’obtenir des informations suffisamment étayées sur le niveau de consommation réel des patients présentant une addiction tabagique avant la mise en place d’un traitement de substitution. Cette précaution est d’autant plus utile pour les patients ne disposant pas de l’intégralité de leurs capacités de jugement, comme en service de psychiatrie ou de gériatrie, et souffrant d’une comorbidité telle que le diabète. Alors que le patient se définissait lui-même comme un « grand consommateur de tabac », sa consommation réelle, après vérification, était très peu importante et pas nécessairement quotidienne, et ce depuis plusieurs années. Rappelons à cet égard que dans le test de Fagerström (version modifiée), permettant d’évaluer la dépendance tabagique, une consommation de moins de 10 cigarettes par jour est cotée par un score nul à cet item [27, 28]. Une consommation de plusieurs paquets de cigarettes par jour correspondait probablement à la consommation antérieure de Monsieur B. et explique sa BPCO actuelle. Il est à noter que le contexte de son hospitalisation, dans le mois précédant son arrivée dans l’établissement, avait également privé le patient de toute consommation régulière de tabac. En second lieu, une mauvaise évaluation de la dépendance tabagique pourrait induire, comme dans le cas de ce patient, une forme de dépendance psychologique, et peut-être physiologique, au TSN. Cette mauvaise quantification initiale du niveau de consommation réel de tabac du patient montre tout l’intérêt d’utiliser une méthode objective d’évaluation. Dans le cas présent, le test de Fagerström n’apparaît pas comme une solution adéquate. Les auto-évaluations sont souvent biaisées dans le sens d’une sous-estimation du niveau de dépendance [29], mais une surévaluation, comme dans le cas présent, ne peut pas être exclue. La méthode objective la plus simple, pour l’évaluation de la consommation tabagique des patients dont les capacités de jugement semblent altérées, reste sans aucun doute la mesure du monoxyde de carbone (CO) dans l’air expiré, en ppm (parties par million). Cette valeur enregistrée est comprise pour les non-fumeurs entre 0 et 3, tandis qu’elle descend difficilement en dessous de 10, mais ne dépasse que rarement 50, chez les fumeurs [30, 31].

Le développement rapide de l’hyperglycémie à l’initiation du TSN à des posologies encore faibles doit être souligné. La forte consommation tabagique antérieure de notre patient pourrait expliquer le développement d’une insulino-résistance, le rendant particulièrement sensible à toute substance exogène interagissant avec le métabolisme des glucides. L’origine du dérèglement par une action conjointe de la loxapine, d’une modification, même modérée, du comportement alimentaire, et du TSN peut également être envisagée.

La démarche qui a permis de spécifier l’étiologie de ce déséquilibre glycémique durable procède d’une collaboration étroite entre le médecin suivant le patient et le pharmacien référent de l’unité. Sur le plan pratique, un renforcement de la surveillance glycémique est à envisager en cas de mise en place d’un TSN chez des sujets diabétiques. Ce constat ne doit évidemment pas remettre en cause la place fondamentale du sevrage tabagique, qui demeure particulièrement recommandé chez le sujet diabétique en termes de prévention cardiovasculaire primaire et secondaire.

Remerciements

Nous remercions Mesdemoiselles Pauline Barbier et Delphine Chapelle, externes en pharmacie à l’hôpital Brabois adultes du CHU de Nancy, pour leur relecture attentive du manuscrit.

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