ARTICLE
Auteur(s) : F Ermine1, K
Touzin1, J Bibeau1, K Houle2,
J-F Bussières1
1Département de pharmacie et Unité
de recherche en pratique pharmaceutique (URPP), CHU
Sainte-Justine, Montréal, Québec, Canada
2Direction des soins infirmiers, CHU
Sainte-Justine, Montréal, Québec, Canada
Les solutions de chlorure de sodium (NaCl) 0,9 % sont testées
pour maintenir la perméabilité des cathéters veineux périphériques
(CVP) et centraux (CVC) depuis le début des années 1990 [1] mais,
encore de nos jours, une controverse persiste quant à leur
efficacité réelle sur le maintien des CVC, par suite du manque de
puissance des études publiées sur le sujet [2], actuellement, dans
les établissements de santé tant pour les patients hospitalisés
qu’ambulatoires. L’attitude clinique de référence est constituée
par l’héparinisation des CVC, laquelle provoque des problèmes de
surdosages, des troubles de la fonction hématologique
(trombocytopénie, allongement du temps de céphaline activé) et des
réactions d’hypersensibilité [3, 4]. Les risques de surdosages
associés à son utilisation sont importants.
Un surdosage d’héparine dû à un entretien de cathéters peut
entraîner une hémorragie importante nécessitant l’administration
subséquente de sang frais, de culots de globules rouges et de
protamine, ainsi qu’une impossibilité de procéder à une
intervention chirurgicale chez le patient [3]. Ces surdosages
occasionnent donc une augmentation des risques (morbidité et
mortalité) et des coûts associés aux effets indésirables liés à
l’utilisation de l’héparine. Ils sont parfois dus à une erreur
de dose qui provoque une héparinémie nettement supérieure au taux
nécessaire. Cependant, ils sont le plus souvent causés par une
accumulation de doses d’héparine suite à l’administration de
plusieurs doses de prophylaxie dans une journée, à un même patient.
À ces risques de surdosages s’ajoutent les cas d’hypersensibilité
et le fait que cette molécule ne doit jamais être administrée en
cas d’antécédent de thrombopénie grave de type II, de maladies
hémorragiques constitutionnelles ou de lésions organiques
susceptibles de saigner [3].
Plusieurs facteurs contributifs peuvent engendrer des erreurs de
médication ou de doses relatives à l’utilisation de l’héparine au
sein d’un hôpital, telles que la disponibilité de différentes
concentrations d’héparine dans l’unité de soins, l’utilisation de
flacons d’héparine sur lesquels sont apposées des étiquettes
parfois difficiles à lire, l’absence de protocole ainsi que le
manque de communication entre les médecins et le personnel
infirmier.
De plus, l’association de l’héparine avec certaines substances
actives telles que l’acide acétylsalicylique, les AINS ou le
dextran 40 favorise le risque hémorragique par inhibition de
la fonction plaquettaire [5].
L’incorporation à l’arsenal thérapeutique du salin lock pour le
maintien de la perméabilité des voies d’accès veineuses centrales
pourrait permettre de limiter l’ensemble de ces risques.
Prochainement, le département de pharmacie préparera
quotidiennement des seringues pré-remplies de salin pour
l’entretien des CVP via les chariots de médicaments décentralisés
dans les unités de soins. Dans ce contexte, notre équipe s’est
intéressée à la possibilité d’utiliser ces mêmes seringues pour
l’entretien des CVC, éliminant ainsi l’héparine 100 unités/mL
et les risques qui peuvent en découler. L’objectif de cette étude
consiste à comparer l’efficacité du salin lock et de l’heparin lock
pour le maintien de la perméabilité des CVC.
Méthode
Lieu de l’étude
Cette étude descriptive est réalisée au Centre hospitalier
universitaire Sainte-Justine (CHUSJ), un établissement
universitaire mère-enfant de 500 lits. Le département de
pharmacie offre une distribution journalière individuelle
nominative incluant un dossier pharmacologie informatisé avec
toutes les ordonnances actives. De façon générale, l’heparin
lock est dispensé au nom du patient dans les tiroirs quotidiens
tandis que le sérum salin est disponible en réserve d’étage sur les
unités de soins en flacons de 10 mL. Il n’y a
actuellement aucune seringue préremplie de NaCl 0,9 % disponible.
Au Canada, il est important de préciser que l’heparin lock
(100 U/mL) et le sérum salin ne sont pas considérés comme
médicaments, mais plutôt comme dispositifs médicaux sur le plan
réglementaire. Certains pharmaciens considèrent que ces produits
devraient être considérés comme médicaments sous l’égide du
Règlement sur les aliments et drogues pour assurer une préparation
selon les bonnes pratiques de fabrication. Le département de
pharmacie ne prépare aucune seringue préremplie à partir de ces
deux produits sources. Chacune des unités de soins amenées à
maintenir la perméabilité des CVC via l’utilisation de l’heparin
lock sera consultée pour définir les objectifs de l’étude.
Déroulement de l’étude
L’étude comporte deux étapes distinctes. La première consiste
à réaliser une revue documentaire exhaustive à partir de bases de
données d’indexation. La seconde étape consiste au recueil
d’informations concernant l’utilisation réelle de l’heparin lock
dans le maintien de la perméabilité des CVC au sein des unités de
soins du CHUSJ. Cette seconde étape sera menée à terme sous forme
d’entretiens avec les assistants(es) infirmiers(es)-chef (AIC)
travaillant dans les services cliniques.
Revue documentaire
La revue documentaire a été réalisée en regroupant l’ensemble des
articles pertinents sur le sujet retrouvés dans les bases de
données d’indexation PubMed et Medline. Les stratégies de
recherche utilisées incluent les mots clés ou « MeSH » et les
termes « Text Field » suivants : « Heparin flushes in central
venous catheters ; saline lock catheterization central ;
prophylaxis catheter occlusion et central venous adverse effects ».
L’inclusion des études s’est basée principalement sur le type
d’étude. Les études cliniques, les revues systématiques et les
méta-analyses portant sur les solutions d’entretien des CVC à base
de sérum salin et d’héparine ainsi que les études rétrospectives
comparant ces deux modalités ont été revues et incluses par la
suite à notre revue documentaire. Un résumé de chaque article
répondant aux critères d’inclusion a été réalisé et une analyse
coordonnée des résultats présentés dans chacune de ces publications
a été menée à terme.
Rencontres avec les AIC dans les unités
de soins
Un questionnaire de deux pages a été rédigé avec les membres de
l’équipe de recherche. Celui-ci a permis de guider les discussions
au cours des rencontres avec les AIC sur les unités de soins.
Le questionnaire utilisé reprend les principales conditions
d’utilisation des CVC au sein de l’hôpital (i.e. type de cathéter,
longueur, diamètre de la lumière, espace mort par voie, durée de
vie moyenne, utilisation continue ou intermittente, agent utilisé
pour maintenir la perméabilité). Les réponses et les
informations relatives aux énoncés du questionnaire ont été émises
et rédigées au cours d’une entrevue avec un ou plusieurs AIC de
chaque unité de soins. Ces rencontres ont permis également une
discussion sur les problèmes rencontrés avec l’utilisation actuelle
de l’héparine en entretien des CVC et nous ont permis de connaître
l’opinion des personnes rencontrées sur l’éventuelle utilisation du
salin lock en remplacement de l’heparin lock pour le maintien de la
perméabilité des CVC.
Résultats
Revue documentaire
La revue documentaire a permis d’obtenir un total de quarante-deux
articles. De cette série, dix-huit publications répondant aux
critères d’inclusion ont été retenues pour les fins de notre étude.
Parmi ceux-ci, on note onze études prospectives randomisées
contrôlées comparant l’utilisation de l’heparin lock avec le salin
lock dans le maintien de perméabilité des CVC, deux études
descriptives, deux études prospectives non randomisées, une
méta-analyse et une revue systématique. Le tableau 1 présente chacun des articles
d’études retenues par notre équipe.
Tableau 1 Résumé des articles retenus lors de la revue
documentaire.
|
Étude
|
Type d’étude
|
Type de soluté
|
Nombre de cathéters
|
Perméabilité
|
Protocole d’entretien
|
Nombre d’occlusions
|
Utilisation de RtPA ou d’urokinase
|
Nombre de cathéters changés
|
Conclusion
|
|
[9]
|
Comparative randomisée en double aveugle
|
Salin
|
27
|
Maintien 38 h
|
ND
|
ND
|
ND
|
ND
|
Différence non significative
|
|
Héparine 2 UI/mL
|
28
|
Maintien 40 h
|
|
Héparine 10 UI/mL
|
35
|
Maintien 42 h
|
|
[4]
|
Comparative randomisée en aveugle
|
Salin
|
57
|
Aucune perte après 24 h et 48 h
|
ND
|
ND
|
ND
|
ND
|
Différence non significative
|
|
Héparine
|
38
|
100 UI/mL
|
|
[3]
|
Prospective unicentrique randomisée contrôlée
|
Salin
|
26
|
ND
|
20 mL 1 fois /jour dans chaque lumière
|
1
|
ND
|
ND
|
Différence non significative
|
|
Héparine
|
22
|
20 mL de salin + 2 mL heparin lock 1 000 U/mL
|
1
|
|
[8]
|
Prospective randomisée
|
Salin
|
33
|
Maintien 6 jours (médiane) [0-20 j]
|
ND
|
9
|
ND
|
ND
|
Heparin lock plus efficace que salin lock uniquement si héparine de
forte concentration
|
|
Héparine
|
33
|
Maintien 10 jours (médiane) [0-20 j]
|
5 000 UI/mL
|
3
|
|
[2]
|
Comparative prospective ouverte
|
Salin
|
33
|
Perte pour 13 cathéters
|
10 à 20 mL
|
7
|
10
|
ND
|
Différence non significative
|
|
Héparine
|
53
|
Perte pour 20 cathéters
|
10-20 mL de salin + 5 mL d’héparine 100 U/mL
|
9
|
13
|
|
[10]
|
Prospective randomisée double aveugle
|
Salin
|
43
|
36 h
|
0,5 mL q 4 h
|
8
|
ND
|
ND
|
Différence non significative
|
|
Héparine
|
75
|
34,5 h
|
0,5 mL 10 UI/mL q 4 h
|
6
|
|
[5]
|
Prospective randomisée
|
Salin
|
50
|
Perte pour 20 cathéters
|
ND
|
3
|
ND
|
ND
|
Différence non significative
|
|
Héparine
|
52
|
Perte pour 2 cathéters
|
100 UI/mL
|
0
|
|
[6]
|
Prospective randomisée
|
Salin
|
101
|
ND
|
1 fois/semaine (bouchon pression positive)
|
83
|
ND
|
2
|
Différence significative, mais variation de protocole
|
|
Héparine
|
102
|
3 mL 200 UI/mL 2 fois/semaine (bouchon standard)
|
41
|
0
|
|
[1]
|
Prospective randomisée
|
Salin
|
1 514 jours cumulés
|
Perte pour 1 cathéter
|
9 mL 1 fois/semaine
|
1
|
ND
|
ND
|
Différence non significative
|
|
Héparine
|
1 515 jours cumulés
|
Perte pour 1 cathéter
|
5 mL 10 UI/mL 2 fois/jour
|
0
|
|
[7]
|
Prospective non randomisée contrôlée
|
Salin
|
28
|
Maintien 120 jours (médiane)
|
5 mL
|
24 caillots adhérents
|
ND
|
ND
|
Différence significative en unilatéral Heparin lock plus efficace
que salin lock
|
|
Héparine
|
23
|
2,5 mL 100 UI/mL
|
0 caillot adhérent
|
|
[11]
|
Prospective non randomisée séquentielle
|
Salin
|
78
|
ND
|
ND
|
22
|
ND
|
ND
|
Différence non significative
|
|
héparine
|
56
|
11
|
Rencontres avec les AIC dans les unités
de soins
Au total, seize AIC provenant de treize services cliniques
différents ont été rencontrés au cours de la seconde partie de
l’étude. On compte parmi les unités consultées, les soins intensifs
pédiatriques, le bloc opératoire (associé à la salle de réveil et à
l’anesthésie), les soins intensifs néonatalogie, la
radiologie/angiographie, la multispécialité (fibrose kystique, les
greffes solides), les maladies infectieuses, la pédiatrie générale
et l’oncologie.
Des cliniques externes ont été consultées : les urgences, le
centre de jour, l’hémodialyse, la pédiatrie adolescent et l’ABAD
(antibiothérapie à domicile). Les AIC de chacun de ces
services ont été contactés par téléphone et ensuite rencontrés par
l’assistant de recherche au sein de leur unité de soins respective.
La durée moyenne des rencontres avec chaque AIC a été évaluée
à environ vingt minutes. Les informations collectées par écrit
suite à ces rencontres sont présentées dans le tableau 2. Le recueil indique non
seulement une variété de pratiques, mais aussi une disparité quant
à l’information disponible (i.e. dose, agent utilisé, protocole si
obstruction, etc.). Au Québec, des changements législatifs apportés
en 2003 permettent l’autorisation d’ordonnance collective ;
ainsi en vertu d’une ordonnance collective rédigée par un
médecin/groupe de médecins, un pharmacien ou une infirmière
pourrait initier une dose de sérum salin ou d’héparine pour
l’entretien d’un cathéter de façon uniforme. Dans la pratique
actuelle, ces ordonnances individuelles sont parfois rédigées par
le médecin ; à défaut, l’infirmière l’initie d’elle-même sans
forcément qu’il y ait une ordonnance active. Bien qu’il n’y ait pas
toujours d’ordonnance active, il existe une politique de procédure
bien définie de soins infirmiers traitant de l’héparinisation des
cathéters centraux et de la désobstruction avec de l’alteplase.
L’infirmière possède donc à porter de mains les ressources
nécessaires pour hépariniser un cathéter.
Tableau 2 Tableaux récapitulatifs de l’utilisation des
CVC après discussion avec les infirmières.
|
|
Profil des cathéters utilisés
|
Profil des interventions de maintien
|
Protocole si obstruction
|
Prescrit par
|
Présence d’un texte de référence*
|
|
Unités de Soins
|
Soins intensifs
|
PICC line #16, #18, #20, et #24
|
1,5 mL heparin lock 100 U/mL
|
1- Une dose héparine 150 à 250 UI 2- RtPA si nécessaire 3-
Remplacement du cathéter
|
Infirmières (100 %)
|
Oui
|
|
PermCathmd
|
2 500 UI héparine substitué par du citrate 4 %
|
|
Sous claviaire, jugulaire, fémoral
|
1 UI/mL héparine
|
|
Bloc opératoire / salle de réveil / anesthésie
|
PICC line toutes tailles
|
1,5 mL heparin lock 100 U/mL
|
Une dose héparine 150 UI
|
Absence de prescription du médecin : information orale
|
Oui
|
|
PAC
|
3,0 mL heparin lock 100 U/mL
|
|
Cathéter DV
|
ND
|
|
PermCathmd
|
Solution de citrate 4 %
|
|
Soins intensifs néonatalogie
|
PICC line #24, #26 et #28, Jugulaire
|
1 mL heparin lock 2 UI/mL jusqu’à 12 fois /jour
|
1- Une dose héparine 150 à 250 UI 2- RtPA si nécessaire 3-
Remplacement du cathéter
|
Infirmières (90 %)
|
Oui
|
|
Toutes voies centrales et périphériques en court
|
Possible ajout de 0,5 à 1 UI/mL d’héparine aux solutés
|
|
Radiologie Angiographie
|
PICC line DV #16
|
2 mL heparin lock 100 U/mL par voie
|
Changement du cathéter (souvent déjà obstrué lors de l’arrivée du
patient dans le service (après RtPA))
|
Prescriptions associées au protocole de pose de cathéter
|
Oui
|
|
PICC line #18, #20 et # 24
|
1,5 mL heparin lock 100 U/mL
|
|
Fémoral
|
Volume mort
|
|
Fémoral coupé pour aphérèse
|
Cathéters fournis par hémato/oncologie Doses prescrites en fonction
du volume mort
|
|
Double voie (Arrow 4Fr 2Lu 8 cm)
|
0,25 mL ou 0,30 mL de tubulure + 0,17 mL de bouchon
heparin lock 100 U/mL
|
|
Multi-spécialité
|
PICC line #18, #24
|
1,5 mL heparin lock 100 U/mL
|
1- Une dose héparine 150 à 250 UI 2- RtPA si nécessaire 3-
Remplacement du cathéter
|
Médecins (90 %)
|
Oui
|
|
PAC
|
3,0 mL heparin lock 100 U/mL
|
|
PermCathmd
|
0,9 à 0,95 mL heparin lock 2 500 U/mL
|
|
Fémoral
|
Volume mort
|
|
Jugulaire
|
0,6 à 1,0 mL heparin lock 100 U/mL
|
|
Maladies infectieuses
|
PICC line # 16 et # 18
|
1,5 mL heparin lock 100 U/mL
|
Idem soins intensifs
|
Absence de prescription (95 %)
|
Oui
|
|
PAC
|
3,0 mL heparin lock 100 U/mL
|
|
Fémoral Jugulaire
|
0,6 à 1,0 mL heparin lock 100 U/mL
|
|
Pédiatrie variée
|
PICC line #18
|
1,5 mL heparin lock 100 U/mL
|
1- Une dose héparine 150 à 250 UI 2- RtPA si nécessaire 3-
Remplacement du cathéter
|
Infirmières (50 %) Médecins (50 %)
|
Oui
|
|
PICC line #18
|
1 UI/mL en continu pour patient avec atteinte cardiaque
(Kawasaki)
|
|
PAC
|
3,0 mL heparin lock 100 U/mL
|
|
Oncologie
|
PICC line simple
|
1,5 à 2 mL heparin lock 100 U/mL
|
1- Une dose héparine 150 à 250 UI 2- RtPA si nécessaire 3-
Remplacement du cathéter
|
ND
|
Non (enseignement pyramidal)
|
|
PICC line double
|
1,5 à 2 mL heparin lock 100 U/mL par voie
|
|
PAC
|
3,0 mL heparin lock 100 U/mL
|
|
Broviacmd # 7, # 9
|
1,0 à 3 mL heparin lock 100 U/mL
|
|
Jugulaire Fémoral coupé pour aphérèse
|
Selon protocole cahier technique
|
|
PermCathmd
|
0,9 à 0,95 mL heparin lock 2 500 U/mL
|
|
Cliniques Externes
|
Urgences
|
Cathéter court périphérique Protect IV
|
2,0 mL heparin lock 100 U/mL par voie
|
1- Une dose héparine 150 à 250 UI 2- RtPA si nécessaire 3-
Remplacement du cathéter Protocole adapté en fonction du stade
d’obstruction
|
ND
|
Non (enseignement pyramidal)
|
|
PICC line DV #16 à #22
|
1,5 mL heparin lock 100 U/mL
|
|
PAC
|
3,0 mL heparin lock 100 U/mL
|
|
Broviacmd
|
3,0 à 5,0 mL heparin lock 100 U/mL
|
|
Fémoral
|
Héparine selon espace mort
|
|
Canule artérielle
|
1 000 UI héparine/poche salin
|
|
Centre de jour
|
PICC line toutes tailles
|
1,3 mL heparin lock 100 U/mL
|
Obstructions rares et dirigées vers la radiologie/angiographie
|
Prescriptions dictées par infirmières aux médecins
|
Oui
|
|
PAC
|
3,0 mL heparin lock 100 U/mL
|
|
Hémodialyse
|
Cathéter double lumière
|
10 mL de salin dans les deux voies en pression positive et
turbulence
|
Lock avec alteplase correspondant au volume d’espace mort
|
Médecins (100 %)
|
Oui
|
|
Jugulaire 8 Fr ou 13,5 Fr
|
Si 2 aiguilles de 10 mL : 2 seringues de salin
|
|
Fistule artério -veineuse
|
Dose de tinzaparine en continue Sortie de salle d’opération avec
citrate (espace mort + 0,1 mL de citrate)
|
|
ABAD (antibiothérapie à domicile)
|
PICC line toutes tailles
|
Héparinisation une fois par jour
|
Entretien des cathéters par patients formés par l’équipe de
ABAD
|
Médecins (100 %)
|
Oui**
|
|
Pédiatrie adolescent
|
PICC line toutes tailles
|
1,5 mL heparin lock 100 U/mL
|
ND
|
Prescription dictée par infirmières aux médecins
|
Oui
|
Discussion
Dès le début des années 1990, l’utilisation du sérum salin dans
l’entretien des CVP et des CVC intéressait déjà les centres
hospitaliers. Alors qu’il existe peu de controverses sur l’utilité
du sérum salin dans l’entretien des CVP, il en est autrement pour
les CVC. Plusieurs auteurs ont développé des études de divers types
afin d’évaluer l’efficacité de l’héparine dans le maintien de la
perméabilité des CVC et ont initié la possibilité de remplacer cet
agent par une solution de NaCl 0,9 % pour l’entretien de ces
cathéters. Dans ce sens, une étude publiée par Smith et al. en
1991 a illustré l’absence de différence significative entre
l’utilisation de 5 mL d’une solution de sérum salin contenant
10 U d’héparine/mL deux fois par jour versus l’utilisation de
9 mL de sérum salin 0,9 % une fois par semaine dans
l’entretien de cathéters Broviac (cathéter en silicone, à simple
lumière (0,7 mm), radio-opaque et équipé d’une connexion
luer-lock) [1]. La population étudiée était composée de
patients de l’unité pédiatrique. Les auteurs ont toutefois
constaté l’occurrence d’une occlusion de CVC avec le sérum salin
contre aucune avec l’héparine [1].
Plusieurs études ont démontré une efficacité équivalente du
salin comparée à l’héparine dans l’entretien des CVC. Dans ce sens,
Stephens et al. ont démontré en 1997, qu’une occlusion s’était
développée dans 9 des 53 cathéters double lumière
utilisés et dont la perméabilité était conservée par de l’heparin
lock contre 7 sur 33 pour les cathéters entretenus avec
du salin lock. Les auteurs ont cependant conclu à l’absence de
différence significative [6].
Une autre étude traitant de l’entretien de CVC et comparant
l’administration de 20 mL de salin lock une fois par jour à
celle de 2 mL d’heparin lock précédé par 20 mL de NaCl
0,9 %, est parue en 2004 [7]. La population à l’étude était
composée de sujets adultes équipés d’un cathéter central à double
lumière. Les auteurs ont noté la survenue d’une seule
occlusion dans chacun des groupes étudiés et n’ont admis aucune
différence significative [7].
Une étude espagnole récemment publiée par Fuentes i Pumarola
et al. a aussi démontré une efficacité équivalente entre
l’heparin lock 100 UI/mL et le salin lock dans le maintien de
la perméabilité de CVC à triple lumière [8]. Celle-ci portait sur
95 CVC placés sur une population de patients âgés en moyenne
de 52 ans. Trente-huit des patients recevaient de l’héparine
alors que 57 recevaient du sérum salin pour le maintien de la
perméabilité des CVC. Aucune obstruction n’a été relevée dans les
deux groupes évalués après 48 heures de maintien [8].
En ce qui concerne le coût associé à l’usage du sérum salin, une
revue documentaire publiée en 2008 a démontré un meilleur
rapport coût efficacité du NaCl 0,9 % lorsque comparé à l’héparine
[2]. Smith et al. ont aussi discuté de l’amélioration des
coûts associés à l’utilisation du sérum salin par rapport à
l’héparine dans l’entretien des CVC [1]. Selon cette étude, la
conservation des CVC grâce au NaCl 0,9 % engendrerait un coût
moindre [1]. De même, une étude japonaise regroupant
321 patients ayant des CVP a démontré un gain de
203,347 € par an associé au remplacement de l’héparine pour le
maintien de la perméabilité [9]. En revanche, Bowers et al.
ont estimé le coût d’un remplacement de CVC à plus de
1 900 $ et ont évalué que, malgré une diminution du côut
quotidien d’entretien des cathéters grâce au sérum salin,
l’augmentaion du nombre de remplacements de CVC, même si celui-ci
est faible, n’incitait pas à la substitution de l’héparine par le
sérum salin sur le plan économique [10].
Quatre études ont toutefois démontré une efficacité supérieure
de l’heparin lock. Il s’agit de l’étude de Donna Jo Mayo
et al., de Rabe et al., de Cesaro et al. et de Mudge
et al. [11-14]. En effet, l’étude de Rabe et al. a
illustré l’efficacité de fortes concentrations d’héparine, mais n’a
démontré aucune différence significative entre l’héparine
100 UI/mL et le NaCl 0,9 % dans l’entretien des CVC [13].
L’étude de Cesaro et al. a présenté quant à elle une
efficacité nettement supérieure associée à l’utilisation de
l’héparine dans le maintien de la perméabilité des CVC lorsque
comparée à l’utilisation du sérum salin [11]. Cependant, les
protocoles d’entretien évalués dans cette étude ne sont pas en
accord et ont pu introduire un biais relatif aux résultats
présentés dans cette dernière [11]. Finalement, l’étude de Mudge
et al. traite de l’entretien de cathéters de faible diamètre
(24 gauges) dans une population de néonatologie [14].
Les auteurs obtiennent une différence significative et
concluent que l’utilisation du NaCl 0,9 % n’est pas une solution
optimale pour l’entretien des dispositifs de faible lumière [14].
Dans ce sens, deux auteurs ont démontré que le taux d’occlusion
dans les cathéters de petit diamètre était supérieur [15, 16].
Il a aussi été démontré que l’usage courant de cathéters de
faible lumière dans les unités de soins où sont admis les patients
pédiatriques augmente l’incidence d’occlusion de CVC dans ces
services cliniques [17]. Il est donc essentiel d’opter pour
l’utilisation d’une solution de maintien de la perméabilité des CVC
d’efficacité maximale.
Les données présentées dans la littérature justifient la
controverse existant quant à la possibilité de remplacer l’heparin
lock par le salin lock dans l’entretien des CVC et correspondent à
ce que nous avons observé dans les unités de soins.
La rencontre des AIC nous a permis de constater que cette
polémique avait été observée plus de dix ans auparavant, lors du
passage au NaCl 0,9 % pour le maintien de la perméabilité des CVP.
En effet, ce passage avait déjà créé la controverse et la méfiance
vis-à-vis de ce nouveau protocole, surtout en terme d’efficacité.
Avec le recul, on sait aujourd’hui que l’entretien des CVP par le
NaCl 0,9 % ne présente pas de différence significative
comparativement à l’utilisation préalable de l’héparine [18, 19].
Tuncali BE et al. ont démontré l’absence de différence en ce
qui concerne l’efficacité de ces deux agents (héparine vs sérum
salin) sur une population de 200 patients ayant des cathéters
radiaux périphériques [20].
Tout comme lors de l’implantation du NaCl 0,9 % avec les
cathéters périphériques, une controverse perdure quant à
l’efficacité de celui-ci pour l’entretien des CVC. En effet, les
médicaments et les perfusions hautement osmolaires sont
administrées via les CVC, alors que l’osmolarité des voies
périphériques peut difficilement dépasser l’osmolarité
physiologique sans créer des lésions des tissus endothéliaux
veineux. De plus, un dispositif central est généralement mis
en place pour une durée de l’ordre d’une semaine ou plus. Son
entretien doit donc être efficace et éviter le risque
d’infection.
Dans un contexte pédiatrique, l’innocuité du NaCl 0,9 % est
préférable pour cette prophylaxie puisque l’index
pharmacothérapeutique de l’héparine est encore plus étroit chez
l’enfant que chez l’adulte. De ce fait, l’ensemble des
services, à l’exception de l’angiographie, estime que le passage de
l’héparine au NaCl 0,9 % dans le maintien de la perméabilité des
CVC diminuerait les effets secondaires ainsi que le coût qui y est
associé. De multiples craintes subsistent toutefois de la part
des services concernant l’expansion de mauvaises pratiques
d’utilisation. L’angiographie redoute une diminution d’efficacité
et une augmentation des interventions de remplacement de cathéters
onéreuses suite à l’utilisation du sérum salin. Quelques questions
importantes ont été soulevées par les assistants(es) par rapport à
un éventuel changement salin lock vs heparin lock. Il s’agit,
pour la plupart, de questions d’ordre technique se rapportant à la
fréquence de salinisation qui pourrait freiner le projet en cas
d’augmentation des fréquences d’entretien ou de remplacement des
cathéters, le choix des bouchons limitant la présence d’aiguille au
chevet du patient ainsi que le format de prescription et de
distribution du sérum salin dans les services.
De plus, l’intérêt des services quant à l’utilisation possible
du sérum salin ne fait pas l’unanimité. Les réticences de
certains services sont toutefois justifiées quant à l’équivalence
d’efficacité des deux agents dans l’entretien des CVC, puisqu’ils
craignent l’occurrence d’une augmentation du nombre d’obstructions
de cathéter associées à l’utilisation du sérum salin.
La controverse existant sur le sujet persiste et pousse les
centres hospitaliers à conserver l’héparine dans l’entretien des
CVC, en raison du manque de données probantes concernant
l’efficacité et l’impact réel de l’utilisation du NaCl 0,9 %.
Cette étude nous a permis de constater qu’un manque de données
subsiste concernant l’efficacité du sérum salin dans l’entretien
des CVC et d’identifier les enjeux se rattachant à l’implantation
de ce nouvel agent dans les services de par les différences
observées entre chacun d’eux.
Cette étude possède toutefois des limites qui doivent être
prises en compte pour une analyse pertinente. Seuls les articles en
anglais, en français et en espagnol ont été retenus. Compte tenu
qu’il existe peu d’études et qu’elles sont généralement non
comparables, on ne peut agréger les données afin d’accroître la
puissance statistique. En ce qui concerne la revue des pratiques
auprès du personnel soignant, elle ne se limite qu’à une ou deux
AIC par secteurs (alors qu’on retrouve au moins 3 AIC/journée
de travail sur au moins deux horaires par quinzaine) et ne tient
pas compte de l’opinion des médecins, résidents et externes en
médecine.
Conclusion
Cette étude démontre que les résultats des études présentées dans
la littérature concernant l’utilisation du sérum salin dans
l’entretien des CVC ne nous permettent pas de prendre position
définitive et d’évaluer l’efficacité ainsi que l’impact réel du
sérum salin. L’intérêt évident de la diminution des risques de
comorbidité associés à l’héparine est limité par la diminution
potentielle d’efficacité du salin lock. De plus, la baisse de
coût quotidien engendrée par le maintien de la perméabilité par
NaCl 0,9 % est contrecarrée par l’augmentation des coûts de
remplacement des CVC. Notre passage dans les unités de soins nous a
permis de mettre en évidence l’intérêt marqué de plusieurs unités
quant au remplacement de l’heparin lock par le salin lock et ce,
malgré l’identification de nombreuses craintes de la part des
services cliniques. Cette étude met en lumière l’importance de
mettre sur pied une étude randomisée contrôlée afin d’évaluer et de
comparer l’efficacité du salin lock avec celle de l’héparine dans
le maintien de la perméabilité des CVC.
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