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Focus on leptomeningeal metastases and their treatment


Journal de Pharmacie Clinique. Volume 27, Number 3, 133-42, juillet, août, septembre, article original

DOI : 10.1684/jpc.2008.0097

Résumé   Summary  

Author(s) : M Desoil, P Le Corre , Laboratoire de pharmacie galénique, biopharmacie et pharmacie clinique, faculté des sciences pharmaceutiques, université de Rennes, France, Pôle pharmaceutique, CHU de Rennes, France.

Summary : Leptomeningeal metastases are a complication of cancers. They affect the central nervous system and occur in 3 to 5% of patients with cancer. They are characterised by the breach of malignant cells into the subarachnoid space. They are then disseminated into the entire central nervous system by the cerebrospinal fluid. The diagnosis is complex and made by the clinical examination of the patient, the neuroimaging assessment and the cerebrospinal fluid analysis. Without treatment, the prognostic is poor with a median survival of 4 to 6 weeks. Radiotherapy associated to intrathecal chemotherapy is the specific treatment of leptomeningeal metastases. A medline search helped us to investigate different available treatments for leptomeningeal metastases and new therapeutic alternatives.

Keywords : leptomeningeal metastases, intrathecal chimiotherapy, methotrexate, cytarabine

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ARTICLE

Auteur(s) : M Desoil1, P Le Corre1,2

1Laboratoire de pharmacie galénique, biopharmacie et pharmacie clinique, faculté des sciences pharmaceutiques, université de Rennes, France
2Pôle pharmaceutique, CHU de Rennes, France

Chez des patients atteints d’un cancer, on peut observer des métastases secondaires au niveau des leptoméninges. Certains cancers comme celui des poumons, du sein, les mélanomes ou les hémopathies malignes comme les leucémies lymphoïdes ou les lymphomes non hodgkiniens sont plus fréquemment impliqués. Selon l’histologie du cancer primitif, l’invasion des leptoméninges par des cellules malignes porte plusieurs noms : méningite carcinomateuse, carcinomatose leptoméningée, méningite leucémique, méningite lymphomateuse. Le terme de métastases leptoméningées (LM) est un terme général qui s’applique aux différentes origines. Le diagnostic de LM est souvent posé tardivement au cours de l’évolution du cancer primitif. Il se fait à partir de l’analyse du LCR et de l’imagerie médicale. Pourtant, un diagnostic précoce est important, sans traitement la durée médiane de survie est très courte, entre 4 et 6 semaines. Le traitement des LM repose sur l’association de la radiothérapie locale à la chimiothérapie par voie intrathécale (IT). Actuellement, il existe peu de médicaments, efficaces sur les LM, utilisables par voie IT. Certaines molécules comme le méthotrexate (MTX) ou l’aracytine (AraC) ont une efficacité et une tolérance maintenant bien connues. D’autres molécules de chimiothérapie conventionnelle sont à l’essai et des thérapeutiques nouvelles sont en voie de développement.

Le but de cet article est de faire une mise au point sur les LM et leurs traitements actuels et futurs.

Rappels sur l’anatomie du système nerveux central (SNC)

Méninges

Le terme méninge « meninx » ou membrane est utilisé pour décrire l’enveloppe non osseuse du SNC. On distingue 3 membranes qui sont de l’extérieur vers l’intérieur : la dure-mère, l’arachnoïde et la pie-mère. La méninge externe ou la dure-mère est également appelée pachyméninge, les méninges internes qui sont l’arachnoïde et la pie-mère sont appelées leptoméninges (figure 1). Entre la pie-mère et l’arachnoïde, il existe un espace dit sous-arachnoïdien qui contient le liquide céphalorachidien (LCR). Cet espace est encore appelé espace intrathécal.

LCR

Le LCR se retrouve dans les cavités de l’encéphale, son volume moyen chez l’adulte est de 150 mL. Il est principalement synthétisé au niveau des plexus choroïdes (2/3). Le flux net global de LCR est le produit de la sécrétion de LCR et il est égal au volume de LCR résorbé à l’état d’équilibre, soit environ 600 mL. Le volume du LCR est donc remplacé environ 3 à 4 fois par jour, la vitesse de sécrétion du LCR est d’environ 20-25 mL par heure chez l’adulte. La résorption du LCR est un phénomène passif qui dépend du gradient de pression entre l’espace sous-arachnoïdien et la circulation générale. Pour 50-60 %, elle a lieu au niveau des granulations arachnoïdiennes de Pacchioni (villosités émises à partir de l’arachnoïde) et des sinus veineux. Le LCR joue différents rôles comme celui de protection mécanique du SNC contre les chocs et les coups, de protection chimique par sa composition chimique stable et d’épuration par ses échanges avec le sang. La pression normale du LCR en décubitus dorsal est de 10 mmHg. Au-dessus de 15 mmHg, on parle d’hypertension intracrânienne, conséquence d’une hyperpression exercée par le LCR sur le névraxe.

Incidence des LM

Les LM furent découvertes en 1870 par Eberth [1]. Depuis une trentaine d’années, on observe une augmentation des cas de LM : on estime que 3 à 5 % des patients atteints d’un cancer présentent cette complication [2]. La fréquence dépend du type de cancer et on observe des LM chez 5 à 10 % des patients avec une tumeur solide, chez 5 à 15 % des patients avec une hémopathie maligne et chez environ 1-10 % des patients avec une tumeur primitive du cerveau [3-5]. Les adénocarcinomes du sein, les carcinomes bronchiques et les mélanomes sont des tumeurs qui métastasent fréquemment au niveau des leptoméninges [6, 7]. Dans le cancer du sein métastatique, les patients, avec un sous-type triple négatif ou HER2+/ER–, semblent avoir un risque plus élevé de développer des LM [8]. Pour les tumeurs primaires du SNC, l’incidence des LM dépend de l’histologie de la tumeur : les médulloblastomes et les lymphomes primaires du SNC peuvent avoir un taux d’incidence de 40 % [9]. Elles sont rares chez les patients atteints d’un lymphome hodgkinien, mais l’incidence augmente chez les patients atteints d’un lymphome malin non hodgkinien et varie selon l’histologie : le lymphome de Burkitt de haut grade ainsi que le lymphome B à grandes cellules sont associés à un haut risque de LM (méningite lymphomateuse). De même, 6 % des adultes atteints de leucémie aiguë lymphoïde présentent une dissémination de cellules cancéreuses dans le LCR lors du diagnostic initial et 31 % développent une atteinte du SNC au cours de l’évolution de la maladie, sans traitement prophylactique méningé [10]. Chez l’enfant, la leucémie aiguë lymphoïde est à haut risque de LM, une atteinte du SNC est reportée chez 2,3 à 3,9 % des enfants lors de la ponction lombaire initiale [11]. Le tableau 1 reprend les fréquences relatives de LM selon le type de tumeur primaire.

L’amélioration des moyens de diagnostic (biologie du LCR après ponction lombaire et imagerie radiologique) et de la prise en charge thérapeutique des patients joue un rôle certain dans l’augmentation de cette incidence. Les chimiothérapies systémiques augmentent la survie des patients, et de ce fait, la probabilité de développer une LM s’accroît, car c’est généralement un élément de survenue tardive dans l’évolution de la pathologie cancéreuse.

Tableau 1 Cancers primitifs à l’origine de métastases leptoméningées (d’après DeAngelis et al., 2005).

Site

Pourcentage

Sein

3-34

Poumon

10-26

Mélanome

17-25

Gastro-intestinal

4-14

Lymphome

7-15

Leucémie

5-15

Tumeur cérébrale primaire

1-2

Inconnu

1-7

Pathogénicité

Il existe plusieurs causes d’apparition de LM mais une des plus fréquentes est l’infiltration des leptoméninges par des cellules cancéreuses via les vaisseaux arachnoïdiens ou les plexus choroïdes (dissémination de cellules tumorales préexistantes par voie hématogène) [12, 13]. Ce mécanisme est supposé être le plus probable compte tenu du fait que le SNC est très vascularisé, recevant 20 % du débit cardiaque. Les cellules cancéreuses qui atteignent les leptoméninges richement vascularisées et le LCR flottent le long du trajet de celui-ci. Elles peuvent se fixer et proliférer n’importe où le long du névraxe de façon diffuse ou multifocale : à l’intérieur des leptoméninges, du parenchyme cérébral, de la moelle épinière, des nerfs crâniens et des racines des nerfs périphériques. L’autre mécanisme fréquent est l’extension directe aux leptoméninges à partir d’une tumeur du SNC préexistante ou d’une tumeur systémique préexistante qui suit les nerfs périphériques jusqu’à l’espace sous-arachnoïdien [14] ou par extension à partir de métastases vertébrales ou paravertébrales de cancers du sein ou bronchiques [15]. La contamination de l’espace sous-arachnoïdien peut également avoir lieu pendant l’exérèse chirurgicale de métastases cérébrales parenchymateuses [16]. Une fois au niveau des leptoméninges, les cellules cancéreuses disséminent rapidement à travers tout l’espace sous-arachnoïdien et le névraxe via le flux constant de LCR.

Diagnostic de LM

Signes cliniques

Il s’agit d’un diagnostic difficile en raison de signes cliniques polymorphes non spécifiques. Les patients peuvent développer des signes ou symptômes liés à une anomalie de flux de LCR, à une infiltration locale tumorale au niveau du cerveau ou de la moelle épinière ou à ces différents mécanismes combinés. On peut observer des atteintes de toute partie du SNC. Les signes cliniques les plus fréquemment retrouvés sont : céphalées (40 %), confusion mentale (30 %), nausées et vomissements (20 %), diplopie (20 %). Les anomalies de flux de LCR sont très fréquentes [17] et elles entraînent une augmentation de la pression intracrânienne dans 50 % des cas de LM [7] ainsi qu’une hydrocéphalie, caractérisées de façon non spécifique par des céphalées, des nausées et des vomissements. Une atteinte des racines nerveuses ou des vaisseaux afférents au SNC peut entraîner des crises d’épilepsie et des déficits moteurs ou sensitifs ; environ 50 % des patients atteints de LM présentent des déficits nerveux, la diplopie est le symptôme le plus fréquent [3]. L’atteinte des racines nerveuses est caractérisée par des douleurs radiculaires, des dysfonctionnements au niveau vésical et intestinal, un syndrome de la queue-de-cheval avec faiblesse bilatérale des jambes. Chez un patient atteint d’un cancer, il faudra être attentif aux différentes manifestations neurologiques pouvant être observées : céphalées, confusion mentale, déficit des nerfs crâniens : diplopie, dysphagie, dysarthrie, perte auditive et évoquer la possibilité de LM.

Etude radiologique

Des signes radiologiques sont présents chez 25 à 50 % des patients avec LM : augmentation de la prise de contraste au niveau des citernes basales, des circonvolutions corticales et hydrocéphalie [18-20]. L’imagerie par résonance magnétique (IRM) est une technique plus sensible que le scanner, la séquence T1 FatSat après injection de gadolinium est la technique de choix pour détecter les métastases méningées [19]. La séquence FatSat est une technique en saturation des graisses qui permet d’avoir un signal de la graisse atténué par rapport à celui des autres tissus. Certains signes radiologiques comme une prise de contraste linéaire circonférentielle périmédullaire en T1, une anomalie de signal nodulaire à type d’hypersignal au niveau d’une racine de la queue-de-cheval avec intense prise de contraste après injection sont tellement spécifiques qu’ils permettent de poser le diagnostic de LM chez un patient avec un cancer documenté sans analyse du LCR nécessaire [20]. L’IRM doit être si possible réalisée avant la ponction lombaire, car celle-ci peut entraîner des modifications de contrastes iatrogènes [21].

Etude du LCR

La ponction lombaire est un élément informatif (tableau 2), on mesure la pression intracrânienne, on examine la cytologie (aspect des cellules, comptage des cellules) et la biologie du LCR (protéinorachie, glycorachie, marqueurs biologiques spécifiques ou non). La mise en évidence de cellules carcinomateuses permet de poser le diagnostic de LM de façon fiable et spécifique [22], mais la cytologie reste négative chez 10 à 15 % des patients atteints [7]. Si la pression et la biologie sont normales et la cytologie négative, alors le risque associé de LM est inférieur à 5 % [7, 23]. Pour éviter les faux-négatifs, il faut analyser immédiatement l’échantillon de LCR après prélèvement. Il faut refaire un prélèvement si la première cytologie est négative, car l’analyse peut se révéler positive en cas de deuxième ou troisième prélèvement chez des patients, chez qui, le diagnostic de LM a été posé avec une cytologie négative [7, 24]. Plusieurs marqueurs biologiques produits par les cellules malignes peuvent être recherchés lors de la ponction lombaire (tableau 3). Leur présence en quantités anormales aide au diagnostic de LM. Le tableau 4 est un algorithme de diagnostic de LM.

Tableau 2 Analyse du liquide céphalorachidien chez des patients atteints de métastases leptoméningées (d’après DeAngelis et al., 2005).

Anomalies

Pourcentage

Cellules cancéreuses (cytologie)

85-90

Augmentation de la pression intracrânienne

50

Hyperprotéinorachie

80

Hypoglycorachie

30

Hyperlymphocytose

50



Tableau 3 Marqueurs biologiques retrouvés dans le liquide céphalorachidien lors de métastases leptoméningées (d’après O’Meara et al., 2007).

Marqueurs biologiques

Origine

ACE

Adénocarcinome du sein, poumon, ovaire, côlon

LDH

Cancers du sein, cancers bronchiques, mélanome, LMNH

β-2-microglobuline

Cancers hématologiques

β-HCG, PSA

Cancer des testicules

CA 15-3

Cancer du sein métastatique



Tableau 4 Approche diagnostique de métastases leptoméningées (d’après Gleissner et Chamberlain, 2006).

Etude radio-isotopique du flux de LCR

Elle est recommandée si une chimiothérapie IT est envisagée. Elle est réalisée en médecine nucléaire à l’aide d’une gamma-caméra. Le radio-isotope le plus utilisé est l’indium-111-DTPA (diéthylènetriaminepenta-acétique acide) [25, 26]. Dans la procédure standard, on injecte 0,5 cm3 dans le LCR via un réservoir d’accès ventriculaire sous-cutané ou par ponction lombaire. La dose moyenne utilisée chez l’adulte est de 700 millicuries. Il existe également un autre radiopharmaceutique, le technetium-99-DTPA (Technescan®). L’étude radio-isotopique permet de détecter les anomalies du flux de LCR présentes jusqu’à chez 70 % des patients atteints de LM [27]. Elle permet d’évaluer l’anatomie fonctionnelle physiologique des différents compartiments où circule le LCR et de détecter les anomalies non décelées par l’imagerie conventionnelle. Si une anomalie de flux est détectée (le flux du radio-isotope diminue au niveau du site d’obstruction), on peut faire de la radiothérapie au niveau du site d’obstruction et la chimiothérapie IT pourra être initiée si le flux est bien rétabli. En effet, la distribution du cytotoxique dans l’espace sous-arachnoïdien dépend du flux net global de LCR [28] et lorsqu’elle est mauvaise dans le LCR, elle est associée à un risque augmenté de neurotoxicité.

Stratification du risque

Une fois que le diagnostic de LM a été posé, il faut évaluer l’état général du patient afin de déterminer l’agressivité du traitement à proposer. Aux Etats-Unis, il existe un réseau appelé NCCN® (National Comprehensive Cancer Network) [29] qui propose de classer les patients atteints de LM dans 2 groupes : « bon pronostic » et « mauvais pronostic ». Les patients de bon pronostic ont un indice de Karnofsky haut, une pathologie systémique peu extensive, pas de déficits neurologiques majeurs et des options de traitement systémique raisonnables. Tandis que les patients de mauvais pronostic ont un indice de Karnofsky bas, une pathologie systémique extensive avec peu d’options de traitement, des déficits neurologiques multiples, sérieux ou majeurs, une encéphalopathie, une pathologie du flux net global de LCR.

L’évaluation clinique du patient joue un rôle important, car les patients atteints de LM ne rentrent pas forcément facilement dans un des deux groupes.

Traitements des LM

Le but du traitement est d’augmenter la survie des malades et d’améliorer ou de stabiliser leur état neurologique. En effet sans chimiothérapie, la médiane de survie est de 4 à 6 semaines [6, 30] et les patients meurent souvent des suites du dysfonctionnement neurologique [31]. Selon le niveau de stratification du risque, la prise en charge thérapeutique des patients ne sera pas la même (d’après le Guideline NCCN®) : en cas de mauvais pronostic, on aura surtout recours à la radiothérapie hypofractionnée au niveau des sites symptomatiques et aux soins palliatifs et en cas de bon pronostic, on aura recours à la chimiothérapie IT plus ou moins accompagnée de radiothérapie.

Radiothérapie

La radiothérapie est une méthode de traitement locorégional des cancers par l’utilisation des radiations pour détruire les cellules cancéreuses en bloquant leur capacité à se multiplier tout en épargnant les tissus sains périphériques. Elle soulage rapidement la douleur (douleur radiculaire surtout) et les autres symptômes neurologiques. Elle peut aussi rétablir un débit normal chez des patients présentant une obstruction du flux de LCR et ainsi permettre une meilleure efficacité de la chimiothérapie IT. La dose de radiation délivrée en radiothérapie se mesure en Gray (Gy). La radiothérapie focale est utilisable chez les patients présentant une obstruction du flux de LCR et au niveau de sites symptomatiques (par exemple au niveau lombosacré chez des patients présentant un syndrome de la queue-de-cheval). L’irradiation complète de l’encéphale est intéressante chez les patients dont les métastases se situent au niveau intraparenchymal, car la chimiothérapie IT ne pénètre pas en profondeur du tissu cérébral. Le schéma thérapeutique le plus utilisé chez l’adulte est de 30 Gy en 10 fractions de 3 Gy par jour, on parle de radiothérapie hypofractionnée [32]. Chez l’enfant, il est fortement recommandé de ne pas dépasser 1,8 Gy par fraction. Les séances de radiothérapie durent entre 15 et 20 minutes. Les effets indésirables de la radiothérapie encéphalique sont de type myélodépression et troubles cognitifs invalidants. Les problèmes rencontrés le plus fréquemment concernent les troubles de l’attention, de la mémorisation, du développement intellectuel global. La complication la plus grave est la leucoencéphalite, sa survenue est liée à une démyélinisation de la substance blanche au niveau du SNC avec disparition progressive des oligodendrocytes. Les zones périventriculaires et la substance blanche hémisphérique profonde sont le plus souvent atteintes. Elle est cliniquement associée à une démence progressive, des crises d’épilepsie, une ataxie. Le facteur de risque principal est la dose totale, la dimension du volume du champ irradié (les irradiations cérébrales totales donnent cinq fois plus de leucoencéphalites que les irradiations focalisées) [33]. Elle arrive chez des patients traités par radiothérapie seule ou chez des patients traités par chimiothérapie IT seule par MTX, mais le risque est plus grand chez les patients associant les deux traitements [34].

Chimiothérapie systémique

En théorie, l’utilisation de cytotoxiques par voie systémique est limitée par le fait que les principes actifs hydrosolubles passent peu la barrière hématoméningée (BHE). Mais on constate que les patients atteints de LM présentent souvent une BHE discontinue et le passage de ces principes actifs est alors possible. Une perfusion continue haute dose de certains cytotoxiques comme le MTX permettrait d’obtenir des concentrations efficaces sur une longue période et d’atteindre les métastases situées au niveau du parenchyme, ce qui n’est pas le cas avec une administration par voie IT mais entraîne une toxicité importante (myélosuppression, élévation des transaminases hépatiques au niveau sérique). Dans une étude chez des patients présentant des métastases au niveau du SNC (parenchyme ou leptoméninges) [35], une dose de 3,5 g/m2 de MTX par voie intraveineuse semble montrer une efficacité dans le traitement des métastases avec un contrôle de la maladie mais d’autres études doivent réévaluer l’efficacité de la chimiothérapie par voie systémique.

Chimiothérapie IT

La chimiothérapie IT est la base du traitement spécifique des LM. Le principe de la chimiothérapie IT est d’agir directement au niveau des métastases et des cellules cancéreuses flottant dans le LCR dans le but d’éviter une dissémination à partir des leptoméninges. Dans le cas d’une administration par voie systémique, une molécule de chimiothérapie doit être lipophile pour franchir la BHE, mais peu de molécules présentent cette caractéristique tout en étant actives sur les LM. La voie IT présente donc un avantage par rapport à la voie systémique, car le cytotoxique est directement administré dans le LCR [36]. L’administration par voie IT limite la toxicité systémique du cytotoxique. Enfin, la voie IT permet plusieurs administrations par semaine contrairement à la voie systémique [31]. Dans le cas de chimiothérapie IT par MTX, il a été montré que l’adaptation posologique par rapport au poids corporel ou à la surface corporelle est inadaptée, chez l’adulte la dose administrée est fixe [37].

Voies d’administration

Depuis une trentaine d’années, deux voies sont principalement étudiées et utilisées : l’administration par la voie intrarachidienne au niveau lombaire et l’administration par la voie intraventriculaire.

Voie intrarachidienne au niveau lombaire

Le cytotoxique est administré au niveau lombaire entre la troisième et la quatrième vertèbre ou entre la quatrième et la cinquième vertèbre grâce à une aiguille à ponction lombaire (biseau de Quincke, 18G, 20G ou 22G). En France, elle est couramment utilisée pour sa relative facilitée d’administration et d’accès et est souvent appelée IT, mais on note plusieurs inconvénients à cette voie :
  • inconfort pour le patient à cause d’injections répétées ;
  • risque d’apparition d’un syndrome post-ponction lombaire, se manifestant par des céphalées posturales maximales en position assise et debout, le plus souvent frontales ou occipitales et diminuant ou disparaissant en position allongée ;
  • risque d’arachnoïdite (inflammation de l’arachnoïde) ;
  • mauvaise distribution dans le LCR : 5 à 15 % des PL sont faites en épidurale [38] et influence de la position du corps nécessitant de mettre le patient en position de Trendelenburg (inclinaison de 15° par rapport à l’horizontale) pendant 1 ou 2 heures après la PL pour favoriser la diffusion du cytotoxique dans tout le LCR.

Voie intraventriculaire

Elle nécessite l’utilisation d’un dispositif médical (diamètre 3,4 cm) en forme de dôme relié à un cathéter, appelé réservoir d’Ommaya [38] ou SRVC en anglais (réservoir sous-cutané, cathéter ventriculaire). Sa pose est un acte chirurgical réalisé en neurochirurgie, sous anesthésie générale. Le réservoir est placé en sous-cutané (sous le cuir chevelu) au niveau de la région frontale droite et le cathéter est relié à la corne frontale du ventricule cérébral droit (figure 2). Il permet l’administration de médicament directement dans le LCR ainsi que le prélèvement d’échantillons de LCR. Chez les patients porteurs d’un réservoir d’Ommaya, il faut surveiller l’apparition de fièvre, céphalées avec ou sans nausées, vomissements, douleurs au niveau de la nuque, rougeur et sensibilité au niveau du site d’accès. Les inconvénients de cette voie sont liés au risque inhérent à la pose chirurgicale du dispositif et les effets indésirables à une malposition ou à un dysfonctionnement du réservoir (obstruction, fuite au niveau du cathéter) [39, 40], responsables d’une mauvaise administration et distribution dans le LCR, voire d’une toxicité médicamenteuse. De même, il peut y avoir des infections ou des lésions le long du cathéter ou au niveau du site d’injection avec développement d’une leucoencéphalopathie [41]. Toutefois, elle présente plusieurs avantages :
  • facilité d’administration des médicaments via le réservoir ;
  • meilleur confort pour le patient car évite les ponctions lombaires répétées ;
  • meilleure distribution du médicament et indépendante de la position du corps.

La voie intraventriculaire présente plus d’avantages en termes de confort d’utilisation pour le patient, elle est beaucoup utilisée, notamment, lors de différents essais cliniques. Mais à cause du risque infectieux (2 à 23 %) [42], cette voie d’administration reste peu utilisée en France par rapport à l’administration par voie IT.

Le schéma thérapeutique classique d’administration IT de cytotoxiques est le suivant :

  • phase d’induction : 2 administrations par semaine pendant 4 à 6 semaines ;
  • phase de consolidation : 1 administration par semaine pendant 4 semaines ;
  • phase de maintenance : 1 administration par mois.

Il existe un autre schéma d’administration « concentration × temps » (C×T) qui consiste à administrer de petites doses mais plus fréquemment dans le but d’exposer les cellules cancéreuses au cytotoxique pendant une période prolongée [43, 44] en minimisant les pics de concentration potentiellement neurotoxiques.

Molécules de chimiothérapie IT

Deux principes actifs sont très bien étudiés : le MTX et l’AraC. Le thiotépa semble être une alternative chez des patients qui ne répondent pas aux deux premiers.

MTX

Le MTX est un anticancéreux de la classe des antimétabolites. C’est un analogue de l’acide folique qui se lie à la dihydrofolate-réductase de façon réversible. Il en résulte une inhibition de la production de tétrahydrofolate nécessaire à la synthèse d’ADN d’où inhibition de la prolifération cellulaire. Chez l’enfant, le volume de LCR n’augmente plus beaucoup après l’âge de 3 ans jusque l’âge adulte, après administration par voie intraventriculaire, il existe une corrélation âge-dépendante entre la dose de MTX administrée et la concentration en MTX dans le LCR intraventriculaire [37, 45]. Il n’y a pas de métabolisme du MTX au niveau du SNC, son élimination se fait par le renouvellement continu de LCR mais aussi par un phénomène de transport actif via les plexus choroïdes et une excrétion par les villosités arachnoïdiennes. La distribution du MTX dans le LCR semble meilleure après une administration par voie intraventriculaire qu’au niveau lombaire [46] mais la voie IT est plus couramment utilisée. Le schéma d’administration « C×T » est applicable au MTX, le but est de diminuer sa neurotoxicité par rapport à une dose unique en administrant de faibles doses et ainsi d’éviter des pics élevés de concentration dans le LCR et d’augmenter la durée d’action cytotoxique au niveau du LCR [43, 44].

Pour la voie IT, il existe des doses recommandées de MTX en préventif et en curatif selon l’âge du patient [45] : < 1 an : 6 mg, 1 à 2 ans : 8 mg, 2 à 3 ans : 10 mg, > 3 ans : 12 mg, adulte : 10 mg/m2 sans dépasser une dose totale de 15 mg (selon le résumé des caractéristiques du médicament [47]).

Après administration IT, la toxicité du MTX est majorée en cas de diminution de production de LCR ou d’obstruction des voies de circulation du LCR. Il en résulte une mauvaise distribution du MTX dans le LCR et l’apparition de concentrations toxiques en MTX :

  • au niveau local, les effets indésirables du MTX sont d’ordre neurologique : arachnoïdite, myélite, leucoencéphalopathie [35, 45] ;
  • au niveau systémique (résorption du MTX au niveau sanguin), les effets indésirables sont une myélodépression, des mucites sévères et une insuffisance rénale [48].

Le folinate de calcium est l’antidote systémique du MTX, mais il est inadapté et inactif au niveau du LCR même après administration par voie IT, car il entraîne une neurotoxicité sévère [49]. Pour prévenir les effets systémiques du MTX, on lui associe du folinate de calcium par voie orale à la posologie de 10 mg 2 fois par jour les 3 premiers jours de traitement par MTX [11]. En cas de surdosage accidentel intrathécal en MTX, la prise en charge standard est un drainage du LCR en urgence par ponction lombaire suivie d’une administration IT de carboxypeptidase G2 (CPDG2 ou glucarpidase) sur une période de 5 minutes. Des patients qui ont reçu accidentellement des doses IT très élevées de MTX (dose médiane 364 mg, maximum 600 mg) ont été traités par carboxypeptidase G2 à la posologie de 2 000 unités par voie IT et ont été totalement rétablis [50, 51]. La CPDG2 est commercialisée sous le nom de Voraxaze®. Cet antidote est actuellement disponible sous autorisation temporaire d’utilisation nominative. Il s’agit d’une enzyme recombinante d’origine bactérienne (Pseudomonas souche RS16) [52]. La CPDG2 transforme la fraction libre du MTX circulant en un métabolite inactif, l’acide 2,4-diamino-N-méthyl-ptéroïque (ADAMP). On associe à ce traitement d’urgence des corticoïdes (dexaméthasone 4 mg i.v. toutes les 6 heures pendant 24 heures) et du folinate de calcium (posologies usuelles 10 à 30 mg/m2 i.v. toutes les 6 heures pendant 24 heures à débuter 24 heures après le début de la perfusion de CPDG2) dans les buts respectifs d’éviter une méningite aseptique chimique et de diminuer la toxicité systémique du MTX [52, 53].

Depuis une trentaine d’années, le MTX reste la molécule la plus utilisée en première intention dans la prise en charge thérapeutique des LM (préventif et curatif).

Cytarabine ou AraC

L’AraC est un analogue de la pyrimidine, c’est un antimétabolite spécifique de la phase S du cycle cellulaire qui bloque la synthèse d’ADN en s’y incorporant sous forme de cytarabine triphosphate. Selon le RCP du médicament [47], les posologies par voie IT chez l’adulte et l’enfant de plus de 3 ans sont de 20 mg/m2 en prophylaxie méningée dans la leucémie aiguë lymphoblastique (LAL) et de 20 mg/m2 une à deux fois par semaine en curatif. De même que pour le MTX, des doses IT sont recommandées selon l’âge de l’enfant : 1 à 2 ans : 15 mg, 2 à 3 ans : 20 mg, 3 à 10 ans : 25 mg, > 10 ans : 30 mg.

Il existe une nouvelle forme d’AraC encapsulée (Depocyte®) : cette formulation lipidique permet d’augmenter la demi-vie de la cytarabine par un relargage plus lent dans le LCR [54]. Quelques études mettent en avant la supériorité de l’efficacité de Depocyte® sur le MTX [55, 56]. Depocyte® est réservé à l’administration chez l’adulte par voie IT (ponction lombaire ou injection intraventriculaire via un réservoir d’Ommaya) dans le traitement de la méningite lymphomateuse. La neurotoxicité est plus fréquente avec cette forme galénique qu’avec la forme solution, les effets indésirables observés sont de type crises d’épilepsie, œdème papillaire, syndrome de la queue-de-cheval, encéphalite ou arachnoïdite [55]. Selon le RCP du Depocyte®, les patients doivent débuter un traitement par dexaméthasone orale ou intraveineuse à raison de 4 mg deux fois par jour pendant 5 jours à partir du premier jour d’injection de Depocyte® pour éviter ces effets indésirables. La phase d’induction comporte 2 injections de 50 mg espacées 2 semaines, la phase de consolidation comporte 3 injections de 50 mg espacées 2 semaines puis 1 injection de 50 mg à la semaine 13, la phase de maintenance comporte 1 injection mensuelle de 50 mg pendant 4 mois.

Le MTX peut être utilisé seul (IT simple avec corticoïde), mais il peut également être associé à la cytarabine (IT triple si corticoïde). Chez des enfants atteints de LAL, une étude a été menée pour comparer l’efficacité de l’IT simple de MTX à l’IT triple MTX + AraC + corticoïde (Matloub et al. 2006 [57]) et il apparaît que l’IT triple diminue le nombre de rechutes au niveau du SNC mais n’améliore pas la survie globale par rapport à l’IT simple. Une autre étude (Waber et al. [58]) compare l’IT double MTX + AraC associée à la radiothérapie cérébrale 18 Gy à l’IT triple MTX + AraC + corticoïde. L’efficacité des deux traitements semble être comparable, il est alors préférable d’éviter la radiothérapie.

Thiotépa

C’est un agent alkylant qui inhibe la synthèse d’ADN. Le thiotépa est une molécule lipophile qui passe facilement la BHE mais qui est rapidement éliminée du LCR. Le thiotépa est considéré comme l’agent intrathécal de deuxième ligne chez les patients qui ne répondent pas ou ne tolèrent pas le MTX ou la cytarabine. Le schéma thérapeutique est de 10-15 mg par voie IT 2 fois par semaine pendant 3 semaines, puis 1 fois par semaine pendant 4 semaines et enfin 1 fois par mois. Contrairement à son utilisation par voie systémique, le thiotépa semble être bien toléré par voie IT [59], les effets indésirables sont de type myélodépression et neurotoxicité [60]. Le thiotépa ne possède pas l’autorisation de mise sur le marché (AMM) en France, ni aux Etats-Unis pour la voie IT.

Toxicité de la chimiothérapie IT et corticoïdes

La radiothérapie focale et la chimiothérapie IT sont globalement bien tolérées, mais il peut y avoir des complications. La méningite aseptique ou chimique est un syndrome clinique qui apparaît chez environ 20 % des patients traités par chimiothérapie IT. Elle se caractérise par l’apparition d’une fièvre (inflammation), des nausées, des vomissements et des céphalées après l’administration de cytotoxiques par voie IT [61]. Ces symptômes sont réversibles et peuvent être prévenus par un traitement court de 5 jours par dexaméthasone orale. Les corticoïdes peuvent améliorer les déficits neurologiques focaux et diminuer les effets indésirables de la chimiothérapie IT. Il existe des équivalences anti-inflammatoires de doses entre les différents corticoïdes utilisés par voie orale ou systémique : 0,75 mg de dexaméthasone = 4 mg de méthylprednisolone = 5 mg de prednisone [62]. Dans la LAL de l’enfant, les corticoïdes les plus utilisés sont la dexaméthasone (6 mg/m2 par jour) et la prednisone (40 mg/m2 par jour). Certains essais montrent la supériorité de la dexaméthasone sur la prednisone et la dexaméthasone [63, 64] est le corticoïde de référence dans le protocole FRALLE 2000 [65].

La méthylprednisolone (Dépo-Médrol®) et l’hémisuccinate d’hydrocortisone (Hydrocortisone UpJohn®) sont utilisés par voie IT aux doses unitaires respectives de 40 et 30 mg/m2 (pas d’AMM en France pour la méthylprednisolone).

Autres principes actifs pour un usage intrathécal

Le MTX et la cytarabine sont les deux principes actifs de référence dans la prise en charge thérapeutique des LM. Ils sont tous les deux actifs sur les hémopathies, mais il est intéressant d’étudier d’autres molécules actives sur d’autres tumeurs solides. Le tableau 5 reprend les principales molécules utilisables par voie IT avec leurs doses usuelles.

Une étude de phase II de Chamberlain et al. montre l’utilisation possible de l’étoposide par voie IT mais une efficacité modeste [66]. Pour le topotécan, un essai de phase I [67] a permis de déterminer la dose maximale tolérée par voie IT (0,4 mg) et une étude rétrospective montre que son administration est possible par cette voie chez l’homme et semble être efficace sur les LM [68]. Le mafosfamide (analogue du cyclophosphamide non disponible en France) a été testé lors d’un essai de phase I chez l’homme et la dose recommandée par voie IT est de 5 mg [69], un essai de phase II est actuellement en cours. Un essai de phase I avec la gemcitabine a montré une neurotoxicité significative suggérant que son utilisation n’était pas recommandée [70]. Le témozolomide est un agent alkylant utilisé par voie orale chez des patients atteints de gliome malin ou de glioblastome multiforme. Cette activité contre ce type de tumeur permet d’envisager son efficacité dans les LM. Une forme microcristalline a été développée par Sampson et al. [71] et a montré une efficacité après administration IT chez le rat athymique. Plusieurs essais cliniques sont en cours avec le témozolomide par voie orale dans les LM. Aux Etats-Unis, il y a actuellement 25 essais cliniques ouverts portant sur les LM (source : base de donnée du National Cancer Institute : www.cancer.gov/search/clinicaltrials).

Tableau 5 Posologies des cytotoxiques en chimiothérapie intrathécale chez l’adulte (d’après Gleissner et Chamberlain, 2006).

Molécules

Doses

Méthotrexate

10-15 mg*

Cytarabine

20 mg/m2*

Dépocyte®

50 mg*

Thiotépa

10 mg

Topotécan

0,4 mg

Etoposide

0,5 mg

Rituximab

25 mg

*Posologies du RCP.

Pronostic

Sans traitement, la durée médiane de survie est de 1 mois. Le traitement par chimiothérapie IT améliore ou stabilise les patients dans 75 % des cas mais 25 % des LM progressent même avec traitement [31]. Chez les patients non répondeurs au traitement, elle est de 2 mois. Mais la durée de survie médiane est également liée à l’histologie de la tumeur primaire [32] : 4 mois pour un mélanome, 6 mois pour un cancer du poumon non à petites cellules, 8 mois pour un cancer du sein, 10 mois pour un lymphome.

Nouvelles approches thérapeutiques par voie IT

Cytokines

L’immunothérapie par administration IT d’interleukine-2 semble montrer un intérêt chez les patients qui ont développé une LM secondaire à un mélanome malin mais est responsable de déficits neurologiques réversibles [72]. Un essai de phase II montre l’activité de l’interféron-alpha par voie IT dans les LM [73] mais avec des effets secondaires type arachnoïdite et fatigue chronique chez un grand nombre de patients.

Anticorps monoclonaux

Le rituximab, anticorps monoclonal anti-CD20, semble être efficace par voie IT chez les patients atteints de lymphome exprimant le marqueur CD20 à la surface des cellules B [74]. Le trastuzumab semble donner des résultats dans le cas de LM secondaires à un cancer du sein HER-2-positif [75]. Les anticorps monoclonaux peuvent être couplés à une immunotoxine, mais cette technique n’a été évaluée que chez l’animal [76].

Radio-immunothérapie

Cette technique consiste en l’administration d’un anticorps monoclonal couplé à un radio-isotope. Le radio-isotope le plus utilisé est l’iode 131 [77]. Un essai de phase I est en cours (essai MSKCC-03133, Memorial Sloan-Kettering Cancer Center).

Stratégie de recherche et critères de sélection

Une recherche sur Medline a été faite avec les termes suivants : leptomeningeal metastases, carcinomatous meningitis, leukemic meningitis, lymphomatous meningitis, intrathecal chemotherapy.

Conclusion

L’administration de cytotoxique par voie IT est la base du traitement spécifique des LM en association avec la radiothérapie. Elle peut se faire par deux voies d’administration différentes : la voie intraventriculaire via un dispositif d’accès sous-cutané (réservoir d’Ommaya) et la voie intrarachidienne (ponction au niveau lombaire). La voie intrarachidienne est très influencée par la position du corps contrairement à la voie intraventriculaire mais présente moins de risque d’infections. Avant la mise en route du traitement, il faut vérifier la bonne distribution du flux de LCR le long de l’axe cérébral pour s’assurer entre autres de la bonne distribution du cytotoxique.

Le MTX est la molécule et le traitement de référence des LM. Une prémédication par corticoïde voie orale est associée pour éviter une méningite chimique ainsi qu’une supplémentation orale en folinate de calcium pour prévenir la toxicité systémique du MTX. En deuxième intention, la cytarabine est la molécule de choix, surtout pour les LM secondaires à un cancer hématologique. Sa nouvelle formulation à libération prolongée (Depocyte®) permet d’espacer les administrations IT mais doit être accompagnée d’une administration de dexaméthasone par voie intraveineuse ou orale pour diminuer sa neurotoxicité. Le thiotépa semble être une alternative thérapeutique lorsque les patients ne répondent pas aux deux premières molécules. Toutefois, le thiotépa n’a pas l’AMM dans cette indication en France. D’autres molécules de chimiothérapie conventionnelle (topotécan, étoposide) ainsi que de nouvelles approches comme l’immunothérapie et la radio-immunothérapie sont à l’essai par voie IT.

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