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Interaction between fumagillin and tacrolimus in a kidney transplant recipient


Journal de Pharmacie Clinique. Volume 25, Number 4, 248-50, Décembre 2006, Article original

DOI : 10.1684/jpc.2006.0024

Résumé   Summary  

Author(s) : H Michelon, H Sterlingot, N Arzouk, AM Taburet, A Durrbach, V Furlan , Service de pharmacie-toxicologie, CHU de Bicêtre, le Kremlin-Bicêtre, Service de néphrologie, CHU de Bicêtre, le Kremlin-Bicêtre.

Summary : Fumagillin, antibiotic derived from A. fumigatus, is a new treatment for chronic E. bieneusi infection in immunocompromised patients. The pharmacokinetic properties and drug-drug interaction with substrate of cytochrome P450 3A4 and/or P-glycoprotein (Pgp) are presently unknown. We report the case of a renal transplant recipient who was in a stable regimen tacrolimus and developed diarrhoeas due to microsporidiosis treated by fumagillin. A decrease in tacrolimus whole blood concentration by 50% was observed after starting fumagillin. Tacrolimus pharmacokinetic study before and after initiation of fumagillin showed a decrease in tacrolimus ASC by 32% and an increase Cl/F by 46%. An induction of tacrolimus metabolic enzymes or transporters by fumagillin is the likely mechanism of this interaction. A close monitoring of tacrolimus concentrations and frequent dose adjustments may be required whether fumagillin is administered in patients who receive tacrolimus.

Keywords : fumagillin, tacrolimus, interaction, renal transplantation, microsporidiosis

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ARTICLE

Auteur(s) : H Michelon1, H Sterlingot1, N Arzouk2, AM Taburet1, A Durrbach2, V Furlan1

1Service de pharmacie-toxicologie, CHU de Bicêtre, le Kremlin-Bicêtre
2Service de néphrologie, CHU de Bicêtre, le Kremlin-Bicêtre

La microsporidiose intestinale est une infection parasitaire opportuniste responsable de diarrhées chroniques, de pertes de poids et de malabsorptions dans les formes symptomatiques. Le parasite responsable de cette infection est Enterocytozoon bieneusi. Le diagnostic de cette pathologie repose sur la mise en évidence de spores à l’examen direct des selles après coloration et sur la PCR (polymerase chain reaction) pour le diagnostic d’espèce [1-3].Souvent décrite chez le sujet infecté par le VIH très immunodéprimé (CD4+ < 50/mm3) et retrouvée chez 30 % des patients VIH présentant une diarrhée chronique, de rares cas de microsporidiose intestinale ont été rapportés chez les patients transplantés traités par immunosuppresseurs. Dans cette population, la prévalence de l’infection risque d’augmenter du fait de nouvelles stratégies immunosuppressives puissantes [1, 2]. À l’heure actuelle, seule la fumagilline (20 mg gélules, laboratoire Sanofi-Aventis, France) extraite d’Aspergillus fumigatus et disponible en France en ATU nominative, a prouvé son efficacité dans le traitement des formes symptomatiques à E. bieneusi (essai ANRS 090) à la dose de 20 mg x 3/jour pendant 14 jours [3]. Cependant, peu de données sur la pharmacocinétique de la fumagilline sont disponibles chez l’homme et le profil des interactions potentielles avec les médicaments métabolisés par le CYP 3A4 et/ou substrats de la glycoprotéine-P (Pgp) comme certains antirétroviraux (antiprotéases) et immunosuppresseurs (anticalcineurines dont le tacrolimus) est inconnu. Il est donc important d’identifier les interactions médicamenteuses pour prévenir une inefficacité thérapeutique et/ou la toxicité de certains immunosuppresseurs chez des patients transplantés traités par fumagilline. Nous avons donc étudié ici l’interaction pharmacocinétique entre la fumagilline et le tacrolimus chez une patiente transplantée rénale suivie dans le service de néphrologie du CHU de Bicêtre.

Observation clinique

Madame X, 71 ans, 52 kg, transplantée rénale en 1997 pour néphropathie interstitielle chronique est traitée par une bithérapie immunosuppressive associant prednisone (10 mg/j) et tacrolimus (2 mg x 2/j). En janvier 2005, au décours d’une hospitalisation pour la prise en charge d’une diarrhée chronique avec perte de poids (5 kg), une microsporidiose intestinale à E. bieneusi a été diagnostiquée et un traitement par fumagilline (20 mg x 3/j) est instauré. Après une semaine de traitement (période 1 : J1-J7), suite à la découverte d’une thrombopénie, la fumagilline a été arrêtée. Elle est réintroduite 7 jours plus tard (période 2 : J14-J28) en raison d’une persistance asymptomatique de microsporidies dans les selles.

Méthode

Des dosages réguliers des concentrations résiduelles sanguines (Co) de tacrolimus avant et après l’introduction de fumagilline ont été effectués sur sang total par une méthode immunoenzymatique (Emit, Tacrolimus Assay, Dade Behring, Royaume-Uni) sur automate Cobas Mira Plus® (Roche) [4]. Trois niveaux de contrôles de qualité interne (More Diagnostics, États-Unis) ont permis de valider chaque série de dosages. Des contrôles de qualité externes (Dr Holt, Royaume-Uni) ont été dosés tous les deux mois comme un échantillon biologique. Une adaptation posologique est proposée si la concentration résiduelle du tacrolimus est en dehors de la marge thérapeutique définie entre 5 et 10 ng/mL à distance de la transplantation. Après accord du patient, deux cinétiques du tacrolimus à dose inchangée avant (J-1) et après (J4) l’introduction de fumagilline ont été réalisées au cours de la période 2. Ces deux cinétiques sont mesurées à l’équilibre (plus de 48 heures après le changement de posologie du tacrolimus). Les paramètres pharmacocinétiques du tacrolimus (ASC (0-8h) et clairances (Cl/F)) ont été calculés selon un modèle non compartimental à l’aide du logiciel WinNonLin Professional 5.0.1 (Pharsight Corporation, États-Unis).

Les bilans biologiques (ionogramme dont créatininémie, urémie, bilan hépatique et numération formule sanguine) et les associations médicamenteuses ont été relevés au jour le jour durant ces deux périodes de traitement.

Résultats

Deux jours après l’introduction de la fumagilline, les concentrations résiduelles sanguines de tacrolimus ont diminué de 50 % en période 1 et 2, et une augmentation de la posologie journalière de tacrolimus a été nécessaire (+ 50 % en période 1 et + 35 % en période 2) afin de maintenir les concentrations dans la marge thérapeutique cible ( (figure 1) )[5].

La comparaison des 2 pharmacocinétiques réalisées en période 2 met en évidence une diminution de 32 % de l’ASC ( (figure 2) ) conduisant à une élévation de la Cl/F du tacrolimus de 46 % à J4 de traitement par fumagilline ( (figure 3) ). Les paramètres biologiques restent inchangés durant la période d’étude et aucune interaction médicamenteuse autre que celle observée avec la fumagilline n’a été constatée.

Discussion

Cette observation montre que la fumagilline diminue les concentrations sanguines du tacrolimus. Très peu de données existent sur la pharmacocinétique de la fumagilline. Deux hypothèses peuvent être évoquées pour expliquer cette interaction. Une première hypothèse est l’effet propre des diarrhées qui du fait de l’altération de la barrière digestive et/ou des PgP serait responsable d’une élévation des concentrations sanguines de tacrolimus et dont l’arrêt expliquerait un retour à des concentrations sanguines de base plus faibles [6, 7]. Une deuxième hypothèse consisterait en une interaction médicamenteuse due à des propriétés inductrices de la fumagilline sur le CYP 3A4 (hépatique et/ou intestinal) et/ ou sur la Pgp intestinale, le tacrolimus étant substrat du CYP3A4 et de la PgP. L’absence de diarrhées chez la patiente depuis plus de 6 jours avant l’étude pharmacocinétique faite en période 2, rend cette hypothèse plus probable.

L’intérêt du suivi thérapeutique du tacrolimus chez les patients transplantés a déjà été développé [8]. Ces patients sont à risque d’interactions médicamenteuses du fait de pathologies associées, en particulier infectieuses. La connaissance du profil d’interactions permet si besoin d’anticiper les adaptations de posologie du tacrolimus afin de maintenir les concentrations sanguines dans la « zone thérapeutique » (5-10 ng/mL) et d’éviter l’apparition de rejet (sous dosage), de toxicités rénale ou neurologique liés à des concentrations sanguines élevées (> 20 ng/mL) [8].

Conclusion

L’interaction fumagilline-tacrolimus observée ici a été identifiée grâce au suivi thérapeutique régulier du tacrolimus. Malgré le peu de données concernant la pharmacocinétique de la fumagilline, l’effet inducteur enzymatique de cet antiparasitaire sur le métabolisme du tacrolimus reste le mécanisme le plus probable. Une adaptation posologique consistant à augmenter progressivement de 40 % à 50 % la dose de tacrolimus peut être proposée à l’introduction de la fumagilline.

Enfin, une vigilance accrue est à recommander lors d’associations avec des médicaments dont le profil d’interactions avec le tacrolimus est inconnu.

Références

1 Didier ES, Stowal ME, Green LC, Brindley PJ, Destak K, Didier PJ. Epidemiology of microsporidiosis : sources and modes of transmission. Vet Parasitol 2004 ; 126 : 145-66.

2 Guerard A, Rabodonirina M, Cotte L, Liguory O, Piens MA, Daoud S, et al. Intestinal microsporidiosis occurring in two renal transplant recipients treated with mycophenolate mofetil. Transplantation 1999 ; 68 : 699-707.

3 Molina JM, Tourneur M, Sarfati C, Chevret S, de Gouvello A, Gobert JG, et al. Fumagillin treatment of intestinal microsporidiosis. N Engl J Med 2002 ; 346 : 1963-9.

4 Hesse CJ, Baan CC, Balk AH, Metselaar HJ, Weimar W, van Gelder T. Evaluation of the new EMIT enzyme immunoassay for the determination of whole-blood tacrolimus concentrations in kidney, heart, and liver transplant recipients. Transplant Proc 2002 ; 34 : 2988-90.

5 Peters DH, Fitton A, Plosker GL, Faulds D. Tacrolimus : a review of its pharmacology and therapeutic potential in hepatic and renal transplantation. Drugs 1993 ; 46 : 746-94.

6 Asano T, Nishimoto K, Hayakawa M. Increased tacrolimus trough levels in association with severe diarrhea, a case report. Transplant Proc 2004 ; 36 : 2096-7.

7 Lemahieu W, Maes B, Verbeke K, Rutgeerts P, Geboes K, Vanrenterghem Y. Cytochrome P450 3A4 and P-glycoprotein activity and assimilation of tacrolimus in transplant patients with persistent diarrhea. Am J Tranplant 2005 ; 5 : 1383-91.

8 Tsunoda SM, Aweeka FT. The use of therapeutic drug monitoring to optimise immunosuppressive therapy. Clin Pharmacokinet 1996 ; 30 : 107-40.


 

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