ARTICLE
La réforme de l'hospitalisation française mise en place
dans les « ordonnances de 1996 » a instauré, pour la
première fois en France, un mécanisme général
d'accréditation. L'ordonnance française de 1996, sur la
réforme de l'hospitalisation, définit l'accréditation
comme « une procédure externe d'évaluation qui vise
à porter une appréciation indépendante sur la qualité
d'un établissement [...] à l'aide d'indicateurs, de critères
ou de référentiels, portant sur les procédures, les
bonnes pratiques cliniques et les résultats des différents
services et activités de l'établissement » [1,
2]. Pour conduire la procédure d'accréditation, la réforme
a créé l'Agence nationale d'accréditation et d'évaluation
en santé (Anaes). Son organisation et son fonctionnement ont été
définis en avril 1997. Ils prévoient plusieurs organes qui
accordent une place prépondérante aux professionnels de
santé, garante de son indépendance [3].
Tous les hôpitaux publics et privés seront concernés
par l'accréditation. Cette procédure comportera une suite
d'étapes classiques [1-4] :
- Le représentant légal de l'établissement adressera
à l'Anaes une demande d'engagement de la procédure.
- Des documents d'analyse, permettant une auto-évaluation de
l'établissement, seront transmis par l'Anaes.
- L'Anaes désignera des experts extérieurs à l'établissement
qui effectueront une visite sur le site et conduiront une analyse de l'établissement
sur la base des documents d'analyse correspondant aux services et activités
de l'établissement.
- L'Anaes sera destinataire d'un rapport des experts ainsi que des observations
de l'établissement. Enfin, le collège de l'accréditation
de l'Anaes validera un rapport d'accréditation et décidera
s'il a satisfait à la procédure. Il formulera ses propres
appréciations et déterminera les recommandations à
suivre par chacun des services ou activités et, s'il y a lieu,
par l'établissement.
- Le rapport d'accréditation sera transmis à l'établissement
et à l'Agence régionale de l'hospitalisation (ARH). Un compte
rendu pourra être consulté sur demande par le public ou les
professionnels de santé intéressés.
Dans cette procédure, une place centrale sera occupée
par les documents qui comporteront : les méthodes, les recommandations,
les référentiels portant sur les procédures, les
bonnes pratiques cliniques, les résultats des différents
services et activités de l'établissement, susceptibles d'être
utilisés au cours de la procédure d'accréditation.
Ces documents, élaborés avec des professionnels et des organismes
concernés, seront validés par la section de l'accréditation
du conseil scientifique de l'Anaes. Lorsqu'un « manuel d'accréditation
» sera rendu public par l'Anaes, il deviendra rapidement un document
de référence dans tous les services, pour la partie qui
les concerne. Il appartiendra aux hôpitaux de se mettre en conformité
et de se doter des moyens de prouver cette conformité. Si on se
réfère à ce qui a été fait à
l'étranger, il est vraisemblable que les hôpitaux seront
amenés à mettre en place de petites structures dédiées
au pilotage interne de l'accréditation et aux relations avec l'organisme
accréditeur. Toutefois, chaque service devra s'impliquer personnellement
et fortement dans la démarche opérationnelle de mise en
conformité aux standards qui le concernent. Il est toutefois vraisemblable
que les référentiels de « spécialités
» ne viendront s'ajouter au référentiel initialement
produit par l'Anaes que dans un deuxième temps.
Dans ce contexte, il est intéressant d'analyser les documents
qui peuvent constituer des références de comparaison pour
le futur manuel d'accréditation français : d'une part les
manuels d'accréditation étrangers et, d'autre part, les
documents français qui s'apparentent à des manuels d'accréditation.
Ces ouvrages proposent des listes structurées de standards ou indicateurs
de qualité qui recouvrent l'ensemble des domaines hospitaliers
et qui sont destinés à être cotés pour une
appréciation externe et/ou interne.
L'objet de cette étude est de mener une analyse comparative de
six manuels d'accréditation étrangers ou documents français
précurseurs, analyse limitée aux standards et critères
strictement susceptibles de concerner les services de pharmacie.
Matériel et méthode
Matériel
Nous avons analysé les documents suivants :
- Le manuel canadien du Conseil canadien d'agrément des services
de santé : normes à l'intention des établissements
de soins de courte durée. Une approche centrée sur le client,
versions 1992 et 1995 [5].
- Le manuel américain de la Joint Commission ou Accreditation
of Healthcare Organizations intitulé Comprehensive accreditation
manual for hospitals. The official handbook (CAMH) versions 1992 et
1997 [6].
- Le manuel britannique du King's Fund Organisational Audit : Hospital
accreditation programme, 1994 [7].
- Le manuel français de la Fédération nationale
des centres de lutte contre le cancer (FNCLCC) : contribution à
une démarche d'accréditation pour la cancérologie,
septembre 1996 [8].
- Le manuel de la Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs
salariés (CNAMTS), 1994 [9].
- Le guide du Centre national d'équipement hospitalier : hôpitaux
et cliniques, testez vos performances, cahier n° 7, guide d'analyse
des prestations fournies par la pharmacie. Check list pour un Check
up, CNEH, 1993 [10].
L'analyse a donc porté sur trois manuels d'accréditation
étrangers (britannique, américain et canadien), sur un manuel
d'accréditation français (celui de la FNCLCC) ainsi que
sur deux outils français qui se rapprochent des manuels d'accréditation
étrangers : les grilles d'évaluation de l'assurance maladie
(CNAMTS) et l'ouvrage édité et diffusé par le Centre
national d'équipement hospitalier (CNEH).
Méthode
Nous avons comparé les points suivants : la structure générale
des manuels, les parties de ces manuels spécifiquement dédiées
à l'activité du service pharmacie (les caractéristiques
et la répartition des standards par domaines, la cotation des standards,
le degré de priorité relatif). Afin de rendre cette comparaison
plus accessible nous l'avons illustrée d'exemples.
Résultats
Structure générale des manuels
* Le manuel américain de la Joint
Commission ou Accreditation of Healthcare Organizations
La version de 1997 du manuel américain a un volume d'environ
1 000 pages. Une première partie porte sur le mode d'emploi du
manuel, l'explication de la cotation des standards, la procédure
d'accréditation, à la suite desquelles l'ensemble des standards
est présenté.
Les standards américains sont regroupés dans trois parties
:
- La section I est réservée à la présentation
des standards relatifs aux droits du patient, à l'éthique,
au consentement des patients, à la dispensation des soins, à
l'éducation des patients, à la continuité des soins.
- La section II étudie les fonctions organisationnelles, amélioration
de la performance de l'organisation, management ou gestion de l'environnement
des soins, gestion de l'information, prévention et contrôle
des infections.
- La section III s'intéresse aux fonctions des structures d'administration,
de direction, de gestion, de l'équipe médicale, et du service
des soins infirmiers...
Un schéma synthétique permet de retrouver les chapitres
du référentiel qui concernent les différents services,
en particulier la pharmacie.
Il s'agit d'un manuel présentant les fonctions hospitalières
du point de vue organisationnel transversal, sans individualisation ni
regroupement des standards par spécialités, contrairement
à la version de 1992.
* Le manuel canadien du Conseil canadien d'agrément
des services de santé
Le manuel canadien a un volume d'environ 600 pages. La notation canadienne
de « norme » est équivalente à la notation américaine
de « standard ».
Les normes canadiennes sont réparties dans cinq chapitres : regroupements
d'usagers, gestion de l'information, gestion des ressources humaines,
gestion de l'environnement, leadership et partenariat.
Les normes concernant les activités cliniques sont définies
par grands types de prise en charge (chirurgie, médecine, obstétrique
et périnatalité, oncologie, santé mentale, soins
ambulatoires, soins de longue durée et gériatrie de courte
durée, soins spécialisés, urgences, autre) appelées
ici « regroupements d'usagers ».
Le chapitre Regroupements d'usagers est lui-même subdivisé
en six parties : accueil et admission, évaluation, planification
des soins, mise en uvre et évaluation des soins, départ
et suivi, amélioration continue de la qualité.
Ce manuel est centré sur l'organisation des différentes
structures. Deux autres documents s'ajoutent au questionnaire d'accréditation
: un document explicatif sur la façon de noter les critères,
un document préparatif à la visite d'accréditation.
Il faut noter que les Canadiens ont traduit le terme américain
« accreditation » par le terme canadien « agrément
», alors que les français ont conservé le terme «
accréditation ». Cela ne doit pas conduire au contresens qui
consisterait à faire un parallèle inopportun entre le terme
canadien d'agrément et le terme français d'agrément.
Dans la version de 1995, il n'y a plus de regroupement des standards
propres à la pharmacie dans un chapitre spécifique, contrairement
à la version de 1992.
* Le manuel britannique du King's
Fund Organisational Audit
Le manuel britannique a un volume d'environ 300 pages. Il est centré
sur le patient et l'amélioration du service rendu au patient. L'hôpital
est étudié à la fois dans son ensemble et structure
par structure. Le manuel britannique regroupe les standards d'« audit
organisationnel » qui concernent toutes les structures de l'hôpital.
Seuls certains de ces standards participent au mécanisme d'accréditation.
Le programme d'« audit organisationnel » présente des
standards communs à tous les types de structure étudiés,
clinique ou non clinique, mais également des standards propres
aux activités exercées dans chaque structure. Les standards
sont évolutifs en fonction notamment de la législation et
des pratiques professionnelles.
Les standards britanniques sont répartis dans sept chapitres
: les droits des patients et leurs besoins spécifiques, le management
(administration, organisation, gestion) de la structure hospitalière,
standards communs et critères destinés aux services non
cliniques, critères spécifiques à chaque service
non clinique, standards communs et critères destinés aux
services cliniques, critères spécifiques à chaque
service clinique, dossiers médicaux des patients.
Chaque partie est construite de la même manière : missions
et objectifs, gestion des ressources humaines, formation et recherche,
procédures, moyens matériels, démarche qualité.
C'est dans chacune de ces sous-parties que l'on trouve l'énoncé
des standards. Les services cliniques comprennent une sous-section spécifique
aux soins délivrés aux patients (ce qui n'est pas le cas
de la pharmacie).
Dans le manuel britannique, la pharmacie doit répondre aux standards
communs, mais elle dispose également d'un chapitre de standards
qui lui sont propres.
* Le manuel français de la FNCLCC
C'est un manuel d'environ 150 pages présenté sous la forme
d'un questionnaire. Il s'intéresse à la qualité de
la prise en charge globale du patient. Les standards y sont présentés
selon un mode fonctionnel. Ils sont organisés en 30 chapitres regroupés
en 5 sections :
- la section I s'intéresse plus particulièrement à
la prise en charge des patients cancéreux. Les quatre autres sections
concernent tous les types d'établissements ;
- la section II regroupe des standards généraux où
sont évalués par service les missions et objectifs, la formation
continue des équipes, les travaux de recherche et activités
d'enseignement. Ces standards sont applicables à tous les services
de l'hôpital.
- la section III regroupe les standards de qualité spécifiques
à chaque service : anatomie et cytologie pathologiques, anesthésie,
médecine nucléaire, pharmacie...
- la section IV regroupe les standards de qualité des modalités
de la prise en charge des patients au niveau du service d'accueil des
unités de soins, des soins ambulatoires, du service de soins infirmiers,
de l'hôtellerie, de l'alimentation et de la diététique
;
- la section V donne les standards de qualité qui doivent s'appliquer
aux secteurs relevant de la gestion administrative et médico-technique
de l'établissement.
Dans le manuel de la FNCLCC, la pharmacie est concernée par des
standards transversaux ou généraux, mais dispose aussi d'un
chapitre de standards qui lui sont propres.
* Le guide de la CNAMTS
Le guide de la CNAMTS comporte une quarantaine de pages. Il faut noter
qu'il s'agit d'un instrument évolutif qui, en 1998, est encore
en phase de perfectionnement. Il regroupe des grilles d'évaluation
service par service.
Dans la grille consacrée à la pharmacie, les domaines
étudiés sont les suivants : analyse des moyens de gestion
et du fonctionnement de la pharmacie de l'établissement, médicaments
délivrés par les pharmacies hospitalières à
des malades ambulatoires, fonctionnement des instances et systèmes
de régulation, suivi de la consommation médicamenteuse,
évaluation des pratiques thérapeutiques.
Le service pharmacie est analysé à travers une grille
regroupant des items de nature quantitative et qualitative. Seule la partie
comportant les items de nature qualitative s'apparente à des critères
d'accréditation.
* Le guide du CNEH
L'ouvrage du Centre national d'équipement hospitalier est constitué
de 10 cahiers (290 pages au total). Chaque cahier comporte des questions.
Le découpage du guide est le suivant :
- cahier n° 1 : présentation et politique générale
de l'établissement (36 pages) ;
- cahier n° 2 : accueil de la clientèle dans l'établissement
(35 pages) ;
- cahier n° 3 : guide d'analyse des prestations fournies par un
service clinique (24 pages) ;
- cahier n° 4 : guide d'analyse des prestations fournies par les
secteurs opératoires (28 pages) ;
- cahier n° 5 : guide d'analyse des prestations fournies par l'imagerie
non invasive (20 pages) ;
- cahier n° 6 : guide d'analyse des prestations fournies par les
laboratoires (28 pages) ;
- cahier n° 7 : guide d'analyse des prestations fournies par la
pharmacie (28 pages) ;
- cahier n° 8 : guide d'analyse des prestations fournies par la
stérilisation (20 pages) ;
- cahier n° 9 : guide d'analyse de la mise en uvre des ressources
humaines (28 pages) ;
- cahier n° 10 : guide d'analyse de la mise en uvre des ressources
hôtelières et logistiques (52 pages).
Le cahier n° 7, d'une trentaine de pages, est consacré à
l'évaluation des performances de l'organisation du service pharmacie.
Il présente une analyse qui doit permettre de se prononcer sur
les missions du service pharmacie, l'organisation et l'étude des
fonctions : achats, approvisionnements, préparation fabrication,
dispensation des médicaments, délivrance du matériel,
contrôle de qualité, essais cliniques.
Il faut noter que ce manuel ne présente pas d'exigences générales
(standards) détaillées en critères, mais qu'il regroupe
des questions fermées par « objectifs ».
Cotation des différents standards
* Aux États-Unis
Dans chaque partie du référentiel, la partie intitulée
« Scoring and agregation rules » détaille standard
par standard la manière de lui affecter un score. L'établissement
a ainsi la possibilité de réaliser une auto-évaluation.
La cotation de chaque standard repose sur la fréquence de respect
des items relatifs au standard étudié. Les items, ou données
explicatives de chaque standard, sont développés dans la
partie intitulée « Standard intent and examples »
que l'on peut traduire en « intentions poursuivies par le standard
et exemples ».
La cotation de chaque standard est faite sur une échelle à
cinq niveaux : score 1 (parfaite conformité), score 2 (conformité
significative), score 3 (conformité partielle), score 4 (conformité
minimale), score 5 (absence de conformité).
Dans les cas où le standard n'est pas applicable, la mention
NA est utilisée.
Le manuel explique comment affecter les scores aux standards en toute
objectivité.
Exemple : standard TX.3.9 : les effets des traitements sur les
patients sont contrôlés de façon continue.
Dans une première partie intitulée « Intent of
TX.3.9 », une explication suit, qui expose l'intention poursuivie
et aide à la bonne compréhension du standard. Concernant
notre exemple, il est ainsi expliqué que le contrôle des
effets, y compris secondaires, des médicaments est une procédure
prenant en compte des données variées comme l'historique
médicamenteux du patient, les informations du dossier médical,
l'interrogatoire du patient...
Ce standard est accompagné d'exemples de mise en uvre qui
sont les suivants :
Les praticiens responsables du patient :
- établissent un suivi des réponses au traitement thérapeutique
;
- réévaluent le traitement choisi en justifiant le choix
du médicament, la dose, la posologie et la voie d'administration
;
- font attention à ne pas prescrire deux fois le même principe
actif à un même patient ;
- tiennent compte des contre-indications spécifiques à
chaque patient en rédigeant la prescription ;
- grâce à leur connaissance des médicaments et en
accord avec les données du dossier médical, les pharmaciens
doivent alerter les cliniciens sur les potentialisations possibles d'effets
secondaires, et les situations nécessitant une plus grande attention.
L'équipe infirmière doit relever et enregistrer les effets
secondaires des médicaments journellement.
Il comporte de plus des exemples de preuves :
- interview du personnel médical, infirmier, pharmaceutique et
des agents administratifs ;
- dossiers médicaux.
Dans une deuxième partie, le lecteur apprend comment affecter
un score à chaque standard. L'affectation des scores repose sur
la cotation des données exposées dans les intentions poursuivies
par le standard. La cotation des standards s'appuie sur la fréquence
de respect des procédures de référence concernant
le suivi des effets secondaires des médicaments : score 1 (fréquence
de 90 à 100 %), score 2 (fréquence de 75 à 89 %),
score 3 (fréquence de 50 à 74 %), score 4 (fréquence
de 25 à 49 %), score 5 (fréquence inférieure à
25 %).
Un standard peut être coté de 1 à 5, mais chaque
standard possède sa propre valeur limite. Ainsi 5 est la valeur
limite la plus mauvaise dans laquelle le standard TX.3.9 peut avoir une
influence sur le domaine étudié « medication use
».
* Au Canada
Chaque chapitre « regroupements d'usagers » est découpé
de manière identique en normes faisant l'objet d'une notation.
Les normes sont déclinées en critères et sous-critères
qui, eux, ne sont pas notés mais aident à la cotation. Il
existe quatre niveaux de cotation de conformité aux normes :
- niveau N : sans objet (SO) ou non-conformité (NC), le processus
complet (normes + critères) n'existe pas ;
- niveau M : conformité minimale, le processus complet répond
à quelques exigences ;
- niveau P : conformité partielle, le processus complet répond
à la plupart des exigences ;
- niveau E : conformité élevée, le processus complet
répond constamment à toutes les exigences.
Le niveau de conformité est fonction de trois éléments
: existence d'un processus complet, le processus est communiqué
à tous les intéressés et coordonné, il est
centré sur le client et permet aux usagers de donner leur avis
et commentaires, qui seront pris en compte pour améliorer le processus.
Un espace libre est laissé pour les commentaires justifiant le
niveau de conformité choisi.
Chaque critère est évalué en fonction du niveau
de qualité du processus qui le concerne : le processus décrit
est complet, il est communiqué et coordonné, il est centré
sur le patient. La cotation finale est obtenue en procédant à
une agrégation de la notation de chaque norme qui prend en compte
le niveau de qualité du processus décrit pour chaque critère
et sous-critère. Pour chaque norme, iI existe une colonne réservée
à l'établissement lors d'une auto-évaluation et une
colonne destinée à la cotation par les visiteurs. Seules
les normes sont cotées, les critères accompagnant les normes
constituent une aide pour choisir le niveau de conformité le plus
juste.
Exemple : une norme stipule que « un processus d'évaluation
est en place pour confirmer le diagnostic préliminaire ».
- Existence du processus : existe-t-il un processus ?
- Processus complet : le processus porte-t-il sur la norme et
les critères l'accompagnant ? Exemples de critères reliés
à cette norme : « Les renseignements concernant l'examen et
les antécédents sont portés au dossier et englobent
la pharmacothérapie ainsi que les problèmes liés
aux médicaments et la nutrition, dont les besoins de suppléments
ou d'une diète. »
- Processus communiqué et complet : le processus est-il
communiqué à toutes les personnes concernées ? Existe-t-il
des lacunes lors de la mise en uvre ?
- Processus centré sur le patient : existe-t-il des mécanismes
permettant d'obtenir l'apport et les commentaires des patients et des
usagers ?
* Au Royaume-Uni
Les standards sont déclinés en critères. Chacun
d'eux fait l'objet d'une cotation individuelle. Ces critères peuvent
éventuellement être déclinés en sous-critères.
Selon leur importance, les critères sont classés en trois
niveaux : A, B et C.
- Critère de niveau A, essential practice : il s'agit
de critères dont l'absence représente le non-respect des
obligations légales, des pratiques à risque pour le patient,
le personnel, les visiteurs, le non-respect des droits du patient. Ces
critères sont obligatoires. C'est le niveau de pratique de base.
Si la pratique n'est pas conforme à ce critère, il est possible
d'être dans une des trois situations suivantes :
- non-respect des dispositions légales ou du minimum requis par
les pratiques professionnelles ;
- la situation présente un risque pour le patient, pour le personnel
ou pour les visiteurs ;
- la situation n'est pas conforme aux droits des patients tels qu'ils
sont décrits dans la « charte des patients » (équivalent
de notre « charte du patient hospitalisé »).
- Critère de niveau B, good practice : ce sont des critères
de « bonnes pratiques » recommandés pour l'ensemble des
établissements.
- Critère de niveau C, desirable practice : il s'agit
de simples recommandations qui ne sont pas encore répandues dans
tous les hôpitaux. On peut les considérer comme les «
good practice » de « demain ».
Le livret d'auto-évaluation reprenant les standards n'autorise
qu'une réponse de type binaire oui/non. Il n'y a donc pas d'échelle
d'évaluation. Par contre, le cahier de report de l'auditeur, qui
ne porte que sur les standards de niveau A, comprend quatre niveaux d'appréciation
: « complètement », « partiellement », «
pas du tout » et « standard sans objet dans ce champ ».
Une case est réservée aux recommandations.
Exemple
Standard 5 : l'environnement, les bâtiments et les équipements
permettent une prise en charge sûre, efficiente et efficace des
patients et du personnel.
Critère 5.1 : il existe dans le service des modalités
de stockage des médicaments conformes aux normes de sécurité
et aux conditions fixées par les fabricants.
oui * non * A (essential practice)
Critère 5.4 : il existe des zones de stockage individualisées
et séparées pour :
Sous-critère 5.4.1 : les gaz médicaux en conformité
avec (sources réglementaires précisées).
oui * non * A (essential practice)
Critère 5.5 : les matières inflammables et/ou dangereuses
sont stockées conformément aux obligations en vigueur.
oui * non * A (essential practice)
* En France
- Cas des centres anticancéreux. Les standards sont présentés
sous la forme de standards de qualité optimale à atteindre.
Ils sont détaillés à l'aide de critères évaluables
grâce à une échelle de cotation à quatre niveaux.
La méthode de cotation des critères est la suivante : score
1 (non-conformité au critère), score 4 (parfaite conformité
au critère), score 2 et score 3 (conformité partielle au
critère).
Lorsque l'établissement n'est pas en totale conformité
avec le critère, le score attribué sera égal à
2 ou à 3 selon l'appréciation du visiteur.
Les critères qui ne s'appliquent pas à l'établissement
sont dits non applicables (NA). La réponse à certains critères
est de type binaire. Il existe une pondération dans le référentiel.
Exemple
Standard G : le pharmacien participe au comité des fluides
médicaux.
Critères :
1. Le pharmacien gère les fluides médicaux selon les textes
en vigueur
2. Le pharmacien effectue les contrôles qualitatifs annuels et
valide la réception des installations ou des modifications de circuit
des fluides. Un procès verbal est disponible.
- Grille de la CNAMTS. Les items sont formulés sur le
mode interrogatif « existe-t-il un suivi ?... ». La réponse
est faite sur un mode binaire oui/non, elle est éventuellement
complétée par un indicateur quantitatif.
Exemples
Modalités de prescription :
La pharmacie possède-t-elle la liste des personnes habilitées
à prescrire ? oui * non *
Existe-t-il une analyse pharmaceutique de l'ordonnance ? oui * non
*
- Guide du CNEH. Les réponses sont exclusivement de type
binaire oui/non et intègrent une recommandation de pondération
des questions. Une place est réservée aux commentaires éventuels
et aux « actions proposées ».
Exemple
Que ce soit la pharmacie ou un autre service, existe-t-il une procédure
pour la reconstitution des cytostatiques ?
prévoyant qui en est chargé ? oui * non *
prévoyant l'endroit où elle se fait ? oui * non
*
Caractéristiques et répartition des différents
standards : évolution éventuelle
* Manuel américain
Dans le manuel édité en 1992, le service pharmacie possédait
ses propres standards d'accréditation. Ils étaient au nombre
de six :
Standard n° 1 : l'hôpital dispose d'une pharmacie
dirigée par un professionnel diplômé et compétent
et possédant du personnel qualifié et formé en nombre
suffisant compte tenu des activités et de la taille de l'établissement.
Standard n° 2 : les locaux, les équipements, les
fournitures de la pharmacie autorisent une activité professionnelle
assurant la sécurité du patient et du personnel lors du
stockage, de la préparation, de la dispensation des médicaments.
Standard n° 3 : la pharmacie gère des activités
correspondant aux besoins des patients qui sont déterminés
par l'équipe médicale.
Standard n° 4 : le pharmacien responsable fixe la politique
et les procédures de dispensation des médicaments en accord
avec l'équipe médicale et les membres de tous les services
concernés.
Standard n° 5 : les médecins et les infirmières
établissent, en collaboration avec l'équipe pharmaceutique,
une politique et des procédures écrites concernant la bonne
administration des médicaments.
Standard n° 6 : la pharmacie assure un service rendu au
patient avec un système d'assurance de la qualité conforme
aux standards et critères du chapitre « assurance de la qualité
».
Le nombre de critères variait de 2 à 8 selon les standards.
Le nombre de questions rattachées à un critère variait
de 6 à 50. En plus de ces standards spécifiques, de nombreux
autres standards intéressant directement le service pharmacie se
trouvaient dans des chapitres dédiés à d'autres services.
Les standards étaient conformes aux données réglementaires,
étaient adaptés aux pratiques thérapeutiques et cliniques
et à leur évolution. Les procédures étaient
toutes écrites, la transmission de l'information s'effectuait
obligatoirement sur un support écrit. La transmission orale de
consignes n'était autorisée que pour du personnel désigné
à l'avance, les consignes devant être retranscrites ultérieurement.
La responsabilité du pharmacien se trouvait engagée par
sa participation dans la rédaction des procédures multiples
touchant aux médicaments. Ces procédures n'étaient
pas uniquement internes au service pharmacie. L'accréditation américaine
en 1992 consistait en une évaluation des structures (en personnel
et matériel), en une analyse de l'organisation et des procédures
écrites. Les standards étaient établis service par
service (radiologie, urgences, archives médicales, pharmacie...),
l'objectif étant d'améliorer au maximum la qualité
des soins dans toutes les structures. Dans ce manuel d'accréditation,
comme dans les autres manuels, les standards étaient éventuellement
indicatifs mais non descriptifs. Le manuel américain édité
en 1992 proposait un système d'évaluation service par service
: avec des standards multiples, variés et sectorisés. Il
s'agissait d'une évaluation de type structurel.
Dans l'édition de 1997, le service pharmacie n'est plus traité
comme une entité à part entière. Le manuel évolue
vers un mode de présentation fonctionnel et non plus structurel.
Cette dernière version explore plus particulièrement les
procédures d'assurance de la qualité présentes de
manière continue lors de la prise en charge du patient au sein
de l'hôpital. Il existe tout de même un chapitre dans la section
« soins aux patients » intitulé « medication
use » qui regroupe une liste de standards portant plus particulièrement
sur les domaines d'activité relevant de la responsabilité
des pharmaciens : procédures de dispensation des médicaments,
contrôle des médicaments, validation des prescriptions, organisation
du service de garde...
* Manuel canadien
Dans le manuel de 1992, il existait un questionnaire spécifique
au service pharmacie contenant sept standards (ou normes) qui sont les
suivants :
- raison d'être, buts et objectifs du service ;
- le service de pharmacie est organisé de façon à
permettre la réalisation de la mission de l'établissement
et est dirigé par un pharmacien détenant le permis d'exercice
;
- le service de pharmacie dispose de politiques et de procédures
écrites, en vigueur, qui sont conformes aux politiques générales
de l'établissement ;
- les ressources humaines et matérielles permettent d'atteindre
les buts et les objectifs du service de la pharmacie ;
- des programmes d'orientation, de perfectionnement et de formation
continue sont offerts à tout le personnel du service de la pharmacie
;
- les besoins particuliers du bénéficiaire en matière
de pharmacie sont déterminés et les soins sont planifiés,
prodigués et évalués à la lumière des
besoins identifiés, des normes établies et des buts de service
;
- le service de pharmacie dispose d'activités structurées
et méthodiques de suivi et d'appréciation de la qualité
des soins et des services fournis au bénéficiaire. Ces activités
sont assorties d'un plan d'action et de mesures de suivi afin de s'assurer
que les interventions ont permis d'améliorer la qualité
des soins et des services. L'importance des procédures écrites
est à souligner.
Chaque norme est étudiée à l'aide de critères.
L'évaluation qui est pratiquée au travers de ce questionnaire
porte sur les structures, l'organisation et les procédures du service
pharmacie. Il n'y a pas d'évaluation directe de la pratique professionnelle
pharmaceutique. Les normes canadiennes proposées sont un outil
d'évaluation des pratiques professionnelles et de l'amélioration
des activités où le concept de qualité dans la continuité
des soins dispensés au patient est primordial. Dans le manuel de
1995, il n'existe plus de chapitre destiné à l'évaluation
du service pharmacie spécifiquement. Le pharmacien pourra être
intéressé plus directement par les chapitres suivants :
« Autre regroupement d'usagers », « Prestations de soins
», « Gestion de l'information », « Gestion de l'environnement
» ainsi que par la partie « Soins pharmaceutiques » traitée
dans les normes d'évaluation des soins des différents services
(oncologie, santé mentale...).
Les soins pharmaceutiques sont définis par les items suivants
: la vérification et l'étude des ordonnances et des profils
médicamenteux par un pharmacien, l'évaluation des besoins
en matière de médicaments, l'élaboration, la mise
en uvre et le suivi d'un plan de pharmacothérapie, les moyens
permettant de communiquer le plan de pharmacothérapie de l'usager
au personnel, les mécanismes permettant de renseigner l'usager
et sa famille sur les médicaments.
Ils sont validés quel que soit le service clinique « client
» du service pharmaceutique (chirurgie, médecine, obstétrique
et périnatalité, oncologie, santé mentale, soins
de longue durée et gériatrie de courte durée, les
soins spécialisés, autres regroupements d'usagers).
* Manuel du Royaume-Uni
Les standards ont été élaborés à
partir des exemples étrangers (essentiellement accréditation
australienne) de la législation existante et de travaux de groupe
réunissant des professionnels de la santé. Il existe un
questionnaire d'accréditation spécifique pour la pharmacie
de l'hôpital contenant six standards. Chaque standard est décliné
en critères et en sous-critères.
Les domaines étudiés sont :
Standard n° 1 : identification des buts et des objectifs
du service pharmacie, en cohérence avec ceux du projet d'établissement.
Ils sont cités dans ce même projet.
Standard n° 2 : la pharmacie est organisée et gérée
de façon efficiente et efficace pour atteindre les objectifs.
Standard n° 3 : il existe un programme de formation continue
du personnel qui facilite l'évolution professionnelle de chaque
individu et qui est en accord avec les objectifs du service et de l'établissement
hospitalier.
Standard n° 4 : il existe des procédures et des politiques
écrites qui reflètent les connaissances et les pratiques
professionnelles. Elles sont conformes aux dispositions réglementaires
et en accord avec les objectifs du service et sont utilisées par
le personnel dans leurs activités.
Standard n° 5 : l'environnement et les équipements
autorisent une prise en charge sûre et une activité efficace
et efficiente dans le service.
Standard n° 6 : il existe un processus d'assurance de la
qualité et d'évaluation des activités qui sont prises
en compte dans le service et qui sont conformes à la politique
d'assurance de la qualité de l'hôpital.
Le nombre de critères varie de 5 à 38 selon les standards.
Les questions rattachées aux critères vont de 11 à
58. Les standards tiennent compte des dispositions réglementaires
clairement référencées, des pratiques professionnelles
et de leur évolution. Le standard consacré à l'assurance
de la qualité implique la mesure des erreurs de dispensation, des
différentes interventions pharmaceutiques et du temps d'attente
supporté par le patient, ce qui est un point original. L'accréditation
au Royaume-Uni incite l'établissement à atteindre des objectifs
de qualité et à participer à une démarche
d'amélioration de la qualité. Elle se distingue de celle
du manuel américain et du manuel canadien par l'absence de pondération
dans les réponses au questionnaire. La pharmacie dispose, de plus,
de standards spécifiques où la nécessité de
développer des activités d'évaluation de la pratique
pharmaceutique ainsi qu'une politique d'assurance de la qualité
apparaissent explicitement. L'équipe pharmaceutique doit entretenir
une collaboration avec les autres équipes médicales dans
ses missions propres, cette activité est soumise à une évaluation.
* Manuel français de la FNCLCC
Il s'agit d'un questionnaire regroupant des standards déclinés
en critères de conformité présentés sous la
forme d'affirmation. Chaque service de l'établissement possède
son propre questionnaire d'évaluation. La pharmacie possède
ainsi ses critères spécifiques qui font référence
à des dispositions réglementaires non citées précisément,
seule la mention « textes en vigueur » est indiquée.
Les standards ont les thèmes suivants :
- Pharmacie :
Standard A : la pharmacie répond aux critères réglementaires
de locaux et de fonctionnement (10 critères).
Standard B : la gestion de l'équipe de la pharmacie permet
de répondre à la demande des services cliniques (3 critères).
Standard C : la préparation des chimiothérapies
est centralisée (9 critères).
Standard D : la prescription et la dispensation des médicaments
de soutien (facteurs de croissance, antiémétiques, alimentation
parentérale, produits sanguins, antibiotiques,...) sont conformes
au bon usage et sont régulièrement réévalués
au sein du comité du médicament (7 critères).
Standard E : la pharmacie respecte les règles relatives
à la pratique de la recherche clinique (8 critères).
Standard F : il existe un programme d'assurance qualité
des activités pharmaceutiques (1 critère).
Standard G : le pharmacien participe au comité des fluides
médicaux (2 critères).
Standard H : la pharmacie est responsable de la dispensation
externe (3 critères).
- Stérilisation :
Standard 1 : les locaux et l'organisation de la stérilisation
permettent d'assurer une prestation de qualité, tant en termes
de sécurité qu'en termes de délai (13 critères).
Un standard rédigé en une seule affirmation s'intéresse
à l'existence d'un programme écrit d'assurance qualité.
Ce standard ne développe aucun critère portant sur les modalités
d'évaluation du programme d'assurance qualité, la fréquence...
* Guide de la CNAMTS
La grille d'évaluation du service pharmacie est présentée
avec les différentes références administratives et
réglementaires correspondantes. Il n'existe pas de normes ou de
standards proprement dits. La grille n'est pas composée à
l'aide de référentiels mais avec des indicateurs de nature
qualitative et quantitative qui explorent surtout les procédures.
Ces indicateurs portent sur trois domaines : les activités propres
à la gestion du médicament (indicateurs quantitatifs), les
moyens humains, matériels et informatiques et la qualité.
Seul ce troisième domaine « Politique qualité en pharmacie
», est important pour notre étude, puisque c'est le seul qui
relève d'une évaluation externe de la qualité selon
un référentiel prédéfini, ce qui recoupe la
stricte définition de l'accréditation.
Le chapitre « Politique qualité en pharmacie » contient
10 questions portant sur : l'existence d'un programme d'assurance de la
qualité faisant référence aux bonnes pratiques, à
la traçabilité, à la présence de procédures
écrites, les méthodes d'évaluation de la qualité
dans le service, le suivi de la consommation par classes thérapeutiques
et par services, la participation éventuelle à la pharmacovigilance,
à la matériovigilance, à l'hémovigilance,
la politique de formation du personnel médical et du personnel
paramédical.
Il n'existe pas, contrairement au manuel canadien, d'évaluation
de la qualité des soins dispensés aux patients, les indicateurs
pharmaceutiques sont en nombre restreint, regroupés dans une même
rubrique. Aucun n'explore la formation continue du personnel pharmaceutique,
la participation à l'élaboration des procédures relatifs
aux protocoles d'administration des médicaments en collaboration
avec des médecins. L'information médicale est perçue
sous l'unique aspect d'une participation à une action de formation.
* Guide du CNEH
Dans ce guide, tous les standards sont véritablement découpés
par domaine d'activité relevant de la responsabilité du
pharmacien hospitalier : missions du service, organisation du service,
achats, approvisionnements, préparation-fabrication, dispensation
des médicaments, délivrance du matériel, contrôle
de qualité, essais cliniques.
Les items sont très précis, chaque secteur d'activité
est précisément étudié. Les critères
utilisés se réfèrent aux textes réglementaires
sans donner les références exactes correspondantes.
Exemple : « Les médicaments des dotations de services
correspondent-ils à des listes précises et spécifiques
? » Ce standard fait référence aux dispositions établies
dans l'Arrêté d'août 1991 sans le préciser explicitement.
Autre exemple : « Existe-t-il une procédure générale
(conforme aux bonnes pratiques de fabrication) pour les fabrications ?
» Cette question fait référence au guide des
bonnes pratiques de fabrication dont l'Arrêté du 10 mai 1995
(modifié en 1997) rend réglementaires les dispositions.
Il n'y a pas de chapitre consacré au développement d'une
politique d'assurance de la qualité, mais plutôt une liste
de questions permettant de vérifier de manière précise
la bonne adéquation des pratiques pharmaceutiques aux textes réglementaires
existants et aux bonnes pratiques. Le guide du CNEH propose une planification
à l'identique de l'évaluation d'un établissement.
Discussion
Nous avons étudié de manière comparative trois
manuels étrangers qui sont de vrais manuels d'accréditation
: le manuel américain, le manuel canadien et le manuel britannique.
Le manuel américain et le manuel canadien, dans leurs différentes
versions, ont évolué vers une évaluation de type
fonctionnel et non plus structurel. Ils ont évolué vers
une présentation des standards et des normes de type «
management ». Dans le manuel britannique, l'évaluation
des structures hospitalières est appelée « audit organisationnel
». Ce programme d'audit, à l'origine tourné vers la
qualité des soins, est orienté vers l'amélioration
du service rendu au malade. Le dossier médical et la formation
continue sont deux points majeurs.
Les trois manuels français étudiés ne sont pas
à proprement parler des manuels d'accréditation comme les
manuels étrangers. Le manuel des centres anticancéreux s'en
rapproche le plus, mais présente les standards d'évaluation
sans s'incorporer à un mécanisme d'accréditation
opérationnel.
Le guide de la CNAMTS dans sa partie qualitative est le plus éloigné
d'un référentiel d'accréditation. Ce guide constitue
un outil d'audit quantitatif et qualitatif. Il présente une grille
d'évaluation de l'activité, des moyens et de la qualité.
Un organisme extérieur qui n'est pas issu des professionnels, évalue
le service pharmacie à l'aide de référentiels établis
et identiques pour tous les établissements. La démarche
de la CNAMTS consiste à proposer un outil d'appréciation
ou de diagnostic externe qui devrait continuer à occuper une place
complémentaire au mécanisme d'accréditation.
Le guide du CNEH s'intéresse au fonctionnement général
de l'établissement. Il se présente comme un manuel d'analyse
de la qualité. Il peut permettre une auto-évaluation.
Cette démarche d'analyse comparative s'inscrit dans une volonté
de profiter de l'expérience acquise par des professionnels étrangers
grâce à l'étude des systèmes d'évaluation
déjà en place : l'audit organisationnel britannique, l'agrément
canadien et l'accréditation américaine.
Diverses questions peuvent alors se poser. Elles concernent :
- La structure générale des manuels. L'analyse des manuels
étrangers nous permet d'identifier les domaines retenus pour la
pharmacie : missions, ressources humaines, ressources matérielles,
procédures, démarche qualité.
- Les textes réglementaires. Ces manuels (à l'exception
du modèle britannique) n'intègrent pas de références
à des textes réglementaires explicitement. Cela peut être
l'occasion de s'interroger sur les modalités de présentation
des standards dans un futur manuel français. Doit-on, à
l'intérieur d'un manuel, répertorier les obligations légales
et réglementaires, ou se contenter d'exiger de toute activité
évaluée qu'elle soit conforme aux textes réglementaires
en vigueur ?
- L'échelle d'évaluation. Le manuel britannique propose
des réponses oui/non, tout comme le document du CNEH bien qu'ils
offrent la possibilité d'un commentaire des réponses. Doit-on
exclure toute possibilité de graduation dans la réponse
au standard ? Certains professionnels proposent de réserver les
réponses de type binaire à des questions relatives à
des normes de conformité considérées comme essentielles
et d'inclure la possibilité d'effectuer des commentaires sur les
conditions d'application [13].
- La démarche d'accréditation. Au Royaume-Uni, aux États-Unis
et au Canada, la démarche d'accréditation est facultative
(l'établissement se porte volontaire). En France, cette procédure
est obligatoire. Les établissements de soins doivent s'engager
dans le processus d'accréditation avant le 24 avril 2001.
CONCLUSION L'accréditation
incite les professionnels de santé à s'engager dans une démarche
d'amélioration de la qualité. Les différents programmes
étrangers se sont tous intéressés aux objectifs et
missions du service pharmacie, à son organisation, à la formation
et à la qualification de son personnel et à l'appréciation
d'une démarche d'assurance de la qualité. L'étude des
manuels étrangers montre que les standards sont toujours établis
en accord avec les différents professionnels concernés. Les
standards portent surtout sur les procédures et les moyens. Les manuels
d'accréditation étrangers existants sont le fruit d'une longue
maturation. Il existe des précurseurs français qui par leur
forme et leur contenu sont assez avancés et permettent de travailler
dans un domaine qui n'est pas totalement vierge. Les différences
observées entre les manuels étrangers et les ouvrages français
étudiés peuvent aussi être expliquées par une
différence de culture, anglo-saxonne d'un côté et latine
de l'autre.REFERENCES
1. Rapport au Président de la République relatif à
l'ordonnance n° 96-346 du 24 avril 1996 portant réforme de
l'hospitalisation publique et privée. Journal officiel de la République
française, 25 avril 1996 : 6320-4.
2. Ordonnance n° 96-346 du 24 avril 1996 portant réforme
de l'hospitalisation publique et privée. Journal officiel de la
République française, 25 avril 1996 : 6324-36.
3. Décret n° 97-311 du 7 avril 1997 relatif à
l'organisation et au fonctionnement de l'Agence nationale d'évaluation
et d'accréditation en santé instituée à l'article
L. 791-1 du code de la santé publique et modifiant ce code (deuxième
partie : décrets en conseil d'État). Journal officiel de
la République française, 8 avril 1997 : 5328-35.
4. Agence nationale d'évaluation et d'accréditation
en santé. L'accréditation en 10 questions. Anaes, Paris,
1997.
5. Normes à l'intention des établissements
de soins de courte durée. Une approche centrée sur le client,
1995. Conseil canadien d'agrément des services de santé.
Canadian council on health services accreditation, Ottawa, 1995.
6. Joint Commission on Accreditation of Healthcare Organizations
(CAMH). Comprehensive accreditation manual for hospitals. The official
handbook (JCAHO). Oakbrook Terrace, 1997.
7. The King's Fund Organisational Audit. Hospital accreditation
programme. Organisational, standards and criteria. King's Fund London,
1994.
8. Fédération nationale des centres de lutte
contre le cancer. Contribution à une démarche d'accréditation
pour la cancérologie. Paris, 1996.
9. Manuel de la Caisse nationale d'assurance maladie des
travailleurs salariés. Paris, 1994.
10. Guide du CNEH. Guide d'analyse des prestations fournies
par la pharmacie : Check list pour un Check up. Paris, 1993.
11. Alluard E, Baubeau D, Bauduret JF, et al. L'évaluation
en milieu hospitalier. Définitions et enjeux. Gestions Hospitalières
1993 ; 326 : 390-5.
12. Causse D, Kovess V. L'accréditation : regards
sur la réalité canadienne. Revue Hospitalière
de France 1995 ; 2 : 166-71.
13. Fessier JM. L'accréditation en France : un vrai
débat pour une pratique riche. JuriSanté actualités
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14. Lombrail P. Les enjeux de la qualité dans la réforme
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15. Stephan JC, Fourcade A. Évaluation et gestion
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Gestions Hospitalières 1993 ; 326 : 381-90.
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