ARTICLE
La
constipation en soins palliatifs reste de loin l'un des symptômes
les plus fréquents en pratique quotidienne [14, 25, 27, 43]. Le plus
souvent d'origine iatrogène [1, 2, 8, 36], cette constipation peut
être à l'origine d'une mauvaise observance du traitement morphinique
[27, 36]. Dans la grande majorité des cas, le recours systématique
et précoce aux thérapeutiques laxatives usuelles permet de
réduire le risque de voir apparaître une telle constipation.
Dans quelques rares situations, cette constipation morphino-induite peut
se révéler rebelle aux thérapeutiques habituelles [42].
Le recours à un antagoniste spécifique opioïde peut améliorer
sensiblement la situation en permettant de contrecarrer les effets constipants
de la morphine tout en conservant son fort pouvoir antalgique.
L'action de la morphine sur le tractus digestif a été
largement étudiée. Ainsi de nombreux travaux effectués
chez l'animal et l'homme décrivent le retentissement de la morphine
sur le transit intestinal. La morphine ralentit le péristaltisme
intestinal, déprime les ondes propulsives, renforce les contractions
segmentaires et l'hypertonie des sphincters lisses [3, 7, 10, 28]. La
constipation est quasi-constante, favorisée également par
la réduction des sécrétions digestives et l'inhibition
du réflexe de défécation [3]. L'effet de la morphine
sur le tractus digestif est dose dépendant [6]. Plusieurs auteurs
montrent la présence de récepteurs opioïdes (Mu, Kappa
et Delta) au niveau du tractus gastro-intestinal [23, 33], expliquant
par là-même le mécanisme d'action de cette constipation
morphino-induite. Cet effet de la morphine sur le transit intestinal est
médié par les récepteurs Mu via principalement
son sous-type Mu2 [23] (tableau
I).
L'effet constipant de la morphine résulte d'une double action,
périphérique [13, 29] et centrale [19, 28, 30]. Le mécanisme
physiopathologique de cette constipation étant mieux précisée,
certains auteurs ont eu l'idée d'utiliser un antagoniste spécifique
de la morphine afin de contrecarrer son effet constipant. Diverses molécules
ont été étudiées dans ce cadre précis
: il s'agit de la naloxone [12, 31], du nalméphène (antagoniste
morphinique spécifique tertiaire), et plus récemment de
la méthylnaltrexone (antagoniste morphinique spécifique
quaternaire). La naloxone a été largement étudiée
chez des patients traités par opiacés (chlorhydrate ou sulfate
de morphine [11, 12, 31], méthadone [35]), et correspond plus aux
habitudes de prescription en France et aux situations vécues dans
les unités ou équipes mobiles de soins palliatifs. Cependant,
l'expérience française dans ce cadre d'utilisation hors
AMM des antagonistes morphiniques reste limitée. Cet article se
propose, à travers l'évocation d'un cas clinique suivie
d'une revue de la littérature, d'aborder la place des antagonistes
spécifiques de la morphine dans le traitement de la constipation
morphino-induite.
Cas clinique
Monsieur X, âgé de 55 ans, est admis à l'unité
de soins palliatifs du centre hospitalier d'Haubourdin pour une altération
de l'état général majeure, associée à
un syndrome sub-occlusif. Ce patient présente comme antécédents
un volumineux astrocytome de grade IV en récidive symptomatique
depuis octobre 1997. À l'entrée, le patient présente
une conscience normale, il est bien orienté. Il se plaint de céphalées.
L'examen neurologique objective un déficit hémi-corporel
gauche, une hémianopsie latérale homonyme gauche. Il n'existe
pas de troubles de la déglutition. L'alimentation orale est possible,
gênée par des nausées et quelques vomissements alimentaires.
Le transit digestif est très ralenti avec émission de quelques
gaz, sans selles depuis plus de 8 jours ; l'abdomen est très distendu,
météorisé, douloureux dans son ensemble. Au toucher
rectal, quelques selles molles sont présentes dans l'ampoule rectale.
Monsieur X nous précise qu'il a beaucoup de difficulté pour
aller à la selle notamment depuis la majoration de son traitement
morphinique intervenue il y a deux semaines. Dix jours auparavant, monsieur
X était porteur d'une sonde rectale dont l'ablation avait été
décidée compte tenu de son inefficacité et d'une
très mauvaise tolérance locale. À son entrée
dans le service, le patient est perfusé pour hydratation par voie
veineuse. Le traitement de monsieur X comportait du sulfate de morphine
(Skenan® LP : 60 mg x 2 par jour) depuis plusieurs jours,
de la prednisolone (Solupred® 20 mg : 40 mg par jour),
du lactulose (Duphalac® : 4 sachets par jour).
Le principal problème posé au cours de l'hospitalisation
est celui de la distension abdominale, associée à un ralentissement
du transit. À la radiographie, l'abdomen sans préparation
(ASP) réalisé, montre une coprostase majeure avec des matières
fécales réparties de manière homogène dans
le côlon associée à une importante aérocolie.
Il n'existe pas de fécalome, ni de signes en faveur d'un syndrome
occlusif organique. Les différents bilans biologiques permettent
de vérifier l'absence de troubles métaboliques, en particulier
d'hypokaliémie et d'hypercalcémie. Le caractère morphino-induit
de cette constipation est établi (anamnèse, bilan biologique
et paraclinique normal). Sur le plan thérapeutique, l'emploi successif
d'un agoniste enképhalinergique à forte dose, Trimébutine,
(Debridat® par voie IV à la dose de 400 mg/j pendant
8 jours), de polyéthylène-glycol (Colopeg®
: 3 sachets par jour pendant 5 jours), d'un anticholinestérasique,
la néostigmine (Prostigmine® par voie sous-cutanée
à la dose de 3 mg par jour pendant 16 jours) et de grands lavements
évacuateurs à l'eau tiède (1/3 jours) n'améliore
pas la situation. Du fait de la résistance de cette constipation,
la sonde rectale est de nouveau posée sans efficacité. Des
massages afin de stimuler le transit intestinal sont également
effectués, sans résultat. En dernier recours, la diminution
des morphiniques est tentée, passant de 60 mg à 50 mg de
Skenan® LP deux fois par jour. Cette diminution entraîne
rapidement une réapparition des douleurs du patient.
L'indication d'une coloscopie d'exsufflation évoquée devant
l'augmentation de la distension abdominale n'est pas retenue après
avis spécialisé auprès des confrères gastro-entérologues.
La majoration du traitement laxatif et de l'hydratation préconisée
pendant trois jours (Duphalac® 6 sachets/j, Forlax®
10 g, 3 sachets/j), reste sans efficacité. Parallèlement,
les phénomènes algiques (coliques abdominales et douleurs
neurogènes du côté paralysé) présentés
par Monsieur X se sont majorées, le sulfate de morphine est remplacé
par de la morphine en sous-cutanée à la seringue électrique
à la dose de 100 mg/j en association avec de l'Amitriptyline (Laroxyl®,
25 mg le soir). Ces modifications ont permis de contrôler les douleurs,
mais ont aggravé la constipation.
Utilisation de la naloxone
per os
Dans ce contexte d'échec des traitements, et devant l'importante
source d'inconfort que cette constipation représentait pour le
patient, l'utilisation de la naloxone (Narcan®, 0,4 mg.mL-
1) per os est décidée, initialement à
la dose d'une ampoule de 0,4 mg toutes les six heures, soit une dose de
1,6 mg par jour. Au 2e jour, devant l'inefficacité de
ce traitement la posologie est augmentée à deux ampoules
toutes les 6 h (soit 3,2 mg par jour). Cette augmentation entraîne
très rapidement l'obtention d'une exonération de selles
journalières et la nette diminution du météorisme
abdominal. L'abdomen est plus souple et moins douloureux à la palpation.
Cet effet a perduré plusieurs jours sous la même posologie
de naloxone.
Cliniquement, les signes d'hypertension intracrânienne se sont
majorés entraînant l'apparition de troubles de la vigilance
et de la déglutition. L'utilisation de la voie per os devenue
impossible, l'arrêt de la naloxone a été décidé.
Cet arrêt fut rapidement suivi de la réapparition d'une constipation
avec absence de selles. Les trois jours suivants, la situation clinique
s'est encore détériorée, amenant le patient dans
un coma par engagement cérébral. Monsieur X décèda
52 jours après son admission.
Discussion
Le cas clinique énoncé ci-dessus, souligne l'intérêt
de l'utilisation d'un antagoniste spécifique morphinique dans des
situations de constipation morphino-induite rebelle aux thérapeutiques
usuelles. Dans cette observation, le ralentissement du transit intestinal
est d'origine multi-factorielle, imputable à l'alitement, à
la déshydratation et surtout aux effets secondaires des traitements
(morphine +++, laroxyl). Les laxatifs (osmotiques : PEG, Duphalac®,
stimulants : Contalax®) se sont révélés
inefficaces. Seule l'introduction d'un antagoniste spécifique,
la naloxone a entraîné une exonération. Cette efficacité
sur le transit est obtenue dès les premiers jours à dose
efficace sans qu'aucun effet secondaire ne soit à déplorer.
L'effet sur le transit ne s'est pas fait aux dépens du pouvoir
antalgique de la morphine (échelle visuelle analogique stable à
3/10) (figure 1). Les
doses d'opiacés, malgré l'introduction de la naloxone per
os, n'ont pas été augmentées. Aucun signe en
faveur d'un syndrome de sevrage (mydriase, larmoiements, rhinorrhée,
douleurs digestives, nausées, vomissements...) n'a été
constaté, ce qui semble conforme aux données publiées
puisque les cas de syndrome de sevrage rapportés, ont été
observés avec des doses de naloxone relativement élevées
12 à 16 mg dans l'étude de Culpepper-Morgan et al.
[12], 7 et 20 mg chez Sykes [39]. En revanche, Liu et Wittbrodt en utilisant
de faibles doses de naloxone (1,7 à 10 % de la dose totale de morphine
journalière) ont montré que l'on pouvait non seulement antagoniser
l'action de la morphine sur le tractus digestif mais également
provoquer une levée de l'analgésie [26]. Latash et al.
ont obtenu quelques années plus tôt en 1997, des résultats
similaires avec un pourcentage plus important d'effets secondaires [24].
L'efficacité de la naloxone sur la constipation morphino-induite
n'a toutefois pas été remise en cause. Dans cette observation
clinique et devant la crainte de la survenue d'un syndrome de sevrage,
nous avons opté pour une titration de la naloxone à la recherche
de la dose minimale efficace sur le transit. L'emploi de la naloxone per
os chez ce patient a amélioré la situation avec une
posologie totale de 3,6 mg par jour, alors que le patient recevait une
dose totale de 120 mg de morphine par jour. Le rapport employé
apparaît beaucoup plus faible que dans la littérature médicale
(5 à 20 %), puisqu'il était de 3 %. Ce résultat va
dans le sens de ceux observés par Liu, même si globalement
les posologies journalières de naloxone étaient supérieures
à celles employées pour notre patient [26]. Robinson et
al. n'ont pas observé d'efficacité de la naloxone pour
de faibles doses comprises entre 0,4 mg et 4 mg [38]. Le rythme d'administration
fixé à quatre par jour soit une prise toutes les six heures,
afin de minimiser l'inconfort d'une prise nocturne, n'a pas nui dans notre
observation à l'efficacité du produit. D'autres études
récentes publiées en 2000 et 2002 ont utilisé un
rythme d'administration de trois prises par jour [26, 31] avec les mêmes
résultats. L'arrêt de la naloxone imposé par l'aggravation
brutale de la maladie, rapidement suivie d'une absence de selles semble
indiquer que l'effet sur le transit est temporaire et est vraisemblablement
lié aux propriétés physico-chimiques de la naloxone.
La naloxone (chlorhydrate de N-allyl-noroxymorphone) est un antagoniste
pur, spécifique et compétitif des opiacés dénué
de tout effet agoniste sans effet dépresseur respiratoire (contrairement
à la nalorphine). Elle possède une structure proche de la
morphine. L'activité antagoniste provient de la possession d'une
chaîne allyl. Son activité compétitive s'effectue
sur les récepteurs morphiniques mu, kappa et delta avec une plus
grande affinité pour les récepteurs mu, en particulier le
sous-type mu2, présent dans le tractus digestif (tableau
II). La naloxone entre en compétition avec les endorphines
cérébrales ou les opiacés déjà liés
aux récepteurs. Ses voies d'administration sont la voie intraveineuse
(IV), sous cutanée (SC) ou intra-musculaire (IM). Par voie IV,
elle agit en 3 à 120 sec. Par voie IM ou SC, elle agit en 180 sec.
Sa demi-vie est brève 45 à 90 min [32]. En raison d'un important
effet de premier passage hépatique, la disponibilité systémique
par voie orale est de 1 à 2 % [32]. La naloxone est transformée
en grande partie par les enzymes hépatiques en dérivés
glucuronoconjugés (60 %). L'autre partie subit une réduction
ou une désalkylation [10]. Ces métabolites sont inactifs.
L'élimination urinaire de la naloxone et de ses métabolites
est rapide. 70 % de la naloxone et de ses métabolites sont éliminés
en 72 h, évitant ainsi tous risques d'accumulation. La naloxone
utilisée seule est dénuée d'activité intrinsèque
[3] et n'influence pas le transit intestinal chez l'homme [4].
La pharmacocinétique de la naloxone explique son rapide épuisement
thérapeutique et son faible intérêt par voie orale,
au regard de son indication préférentielle qui est le traitement
des intoxications aiguës par les opiacés. Dans notre cas,
la notion même de biodisponibilité semble peu adaptée,
puisque l'effet recherché de l'utilisation de la naloxone per
os est un effet in situ dans le tractus digestif, expliquant
également l'absence probable d'interaction métabolique et
d'effets indésirables généraux.
D'autres travaux montrent l'efficacité de la naloxone IV, pour
contrecarrer l'effet constipant induit par le lopéramide (Imodium®)
utilisé chez des volontaires sains [4]. Le même résultat
est obtenu par voie orale [5, 20] malgré sa faible disponibilité
systémique [15]. L'étude chez le rat vérifie la réversibilité
de la constipation morphino-induite par l'emploi de la naloxone sans s'opposer
à ses effets antalgiques [21]. L'antagonisme de cette action de
la Morphine par la naloxone est également dose dépendante
[46]. Parolaro et al. [34] suggèrent la présence
d'un récepteur commun à la morphine et à la naloxone
expliquant cette compétition, la naloxone déplaçant
la courbe effet-dose vers la droite.
Enfin, plusieurs études cliniques ont cherché à
préciser les modalités d'administration de la naloxone dans
le cadre d'une action sur la constipation morphino-induite. La dose de
naloxone nécessaire à déclencher une exonération
est dépendante de la dose journalière de morphine reçue
par le patient [11]. Même si l'hétérogénéité
des études menées rend délicate la détermination
de la dose minimale efficace, celle-ci semble osciller dans une fourchette
de 20 à 50 % (dose journalière de naloxone/dose journalière
de morphine) [22, 35, 40, 41]. Ce rapport peut atteindre pour certains
des patients 40 à 80 % de la dose totale de morphine [39, 41].
Pour d'autres, il peut être beaucoup plus bas de l'ordre de 1,7
à 10 % [26]. Sykes [39-41] préconise quant à lui
de débuter la posologie dans un rapport de 20 % avec un maximum
de 5 mg, puis d'adapter la posologie à la réponse clinique.
Compte tenu de la courte durée de vie de la naloxone, le rythme
d'administration principalement retrouvé dans la littérature
est d'une prise toutes les quatre heures [11, 12, 40]. Cette rythmicité
représente une source d'inconfort chez ces patients au sommeil
souvent précaire. Les travaux plus récents ont opté
pour trois prises par jour [26, 31] sans retentissement sur l'efficacité
de la morphine. Des essais incluant un nombre plus grand de patients devraient
permettre d'affiner ces résultats.
L'effet essentiellement redouté lors de la mise en route de cette
thérapeutique reste la survenue d'un syndrome de sevrage et la
réapparition des douleurs [9, 11, 31]. La survenue d'un tel syndrome
est rapide et n'est pas uniquement dépendante de la dose reçue.
Il existe en effet une sensibilité individuelle aux antagonistes
morphiniques [26, 31, 44]. Ce syndrome est rapidement résolutif
(30 min après la dernière prise de naloxone) et nécessiterait
rarement le recours à une augmentation des doses de morphine [12,
39]. Pour d'autres auteurs, l'augmentation des doses de morphine après
mise en route de la naloxone est souvent nécessaire (67 % dans
l'étude de Liu et al.) [24, 26]. Une surveillance clinique
rigoureuse s'impose donc, d'autant plus que l'effet laxatif de la naloxone
est rapidement atteint [40]. L'adaptation progressive des doses, la surveillance
clinique et, enfin, un plafonnement de la dose de naloxone à 12
mg suggéré par Culpepper-Morgan et Sykes [11, 40] devraient
éviter tout problème (figure
2). En effet l'incidence de survenue d'un syndrome de sevrage a été
plus importante dans le groupe de patients recevant les plus fortes posologies
de naloxone [11]. Il convient toutefois de rester extrêmement prudent
puisque certains auteurs observent un syndrome de sevrage pour de faibles
posologies [24, 26]. Il est probable que comme pour les morphiniques une
certaine variation interindividuelle puisse expliquer en partie ces résultats.
Place des autres antagonistes
La naltrexone
La naltrexone est un antagoniste spécifique des opiacés,
d'action prolongée par voie orale (de 24 à 72 h), n'entraînant
pas de dépendance. Commercialisée sous deux spécialités,
ses indications actuelles sont : le traitement de soutien en consolidation
après cure de sevrage des opiacés et en prévention
tertiaire pour éviter les rechutes (Nalorex®) et
le traitement de soutien dans le maintien de l'abstinence après
sevrage de l'alcool chez les patients alcoolo-dépendants (Revia®).
La résorption digestive est complète, son métabolisme
consiste en une hydroxylation hépatique surtout en 6 bêta-naltrexol
actif avec effet de premier passage hépatique. La demi-vie est
de 4 h pour la naltrexone et de 12 h pour le 6 bêta-naltrexol assurant
une action antagoniste prolongée pendant 24 à 48 h voire
72 h. Son élimination est essentiellement urinaire sous forme de
dérivés conjugués. Utilisée à une dose
de 6 mg afin de juger de son impact sur les effets indésirables
induits par les opiacés et sur le contrôle de l'analgésie,
l'essai n'a pas été jugé concluant par ses auteurs
[18]. Ainsi, cette molécule a rapidement été délaissée
par les thérapeutes du fait de sa faible maniabilité : durée
d'action longue et passage au niveau central relativement important (avec
risque de diminution de l'analgésie).
De même, le nalméphène, autre antagoniste spécifique
de la morphine non commercialisé en France, n'a pas démontré
de supériorité par rapport à la naloxone.
La méthyl-naltrexone
La méthylnaltrexone a été essentiellement étudiée
chez des patients recevant de la méthadone au long cours [46, 47,
49]. En France, la méthadone n'est pratiquement jamais utilisée
dans le traitement des douleurs chroniques d'origine cancéreuse.
L'ajout du groupement méthyl sur la naltrexone, lui confère
une diminution de sa lipophilie et limite ainsi son passage au travers
de la barrière hémato-encéphalique, ce qui restreint
son activité aux récepteurs périphériques.
De ce fait, les effets centraux de la méthyl-naltrexone seraient
fortement réduits et permettraient une plus grande sécurité
d'emploi qu'avec la naloxone. Son action principalement périphérique
permettrait de levée la constipation morphino-induite sans retentissement
sur l'analgésie.
En 1996, Yuan et al. [49] ont évalué l'action
de la méthyl-naltrexone sur le transit intestinal chez 12 sujets
ayant reçu de la morphine. Cette étude, sur des sujets sains
recevant 0,05 mg.kg- 1 de morphine, a permis d'établir
que la méthyl-naltrexone à la dose de 0,45 mg.kg- 1
avait la capacité d'éviter la constipation morphino-induite
tout en maintenant l'analgésie. D'autres travaux utilisant la méthyl-naltrexone
ont suivi [46-48]. À la lecture de ces différentes articles,
Yuan et al. obtiennent un effet laxatif chez des patients toxicomanes
aux opiacés avec de la méthyl-naltrexone injectée
à faible posologie par voie IV [46]. Les effets secondaires rapportés
concernaient l'apparition de crampes intestinales (avec une posologie
de 0,32 mg.kg- 1). La demi-vie de 2 h de la méthyl-naltrexone
pourrait expliquer que les crampes causées par une hyperactivité
intestinale se prolongent encore après son administration. D'autres
études pharmacocinétiques ont démontré qu'une
dose supérieure ou égale à 0,64 mg.kg- 1
par voie IV [16] pouvait déclencher une hypotension orthostatique.
Récemment, Yuan et al. [48] ont étudié chez
12 patients traités par méthadone au long cours présentant
une constipation, l'effet de la méthyl-naltrexone administrée
cette fois-ci par voie orale en une prise. Les premiers résultats
sembleraient montrer une très bonne efficacité de la méthyl-naltrexone
per os au prix d'effets secondaires minimes. La maniabilité
de la méthyl-naltrexone s'avère plus grande que celle de
la naloxone (prises uniques, pas de syndrome de sevrage observé).
CONCLUSION La
place d'un antagoniste spécifique comme la naloxone dans le traitement
de la constipation induite par les opioïdes apparaît donc intéressante.
À notre sens, son utilisation ne doit être envisagée
que lorsque tous les autres traitements usuels et les mesures de prévention
se sont avérés inefficaces. Il s'agit de situations relativement
exceptionnelles. La nécessité d'une surveillance clinique
rigoureuse, le mode et le rythme d'administration, restreignent d'autant
plus l'utilisation de la naloxone à des situations cliniques bien
spécifiques. Par ailleurs, il convient de rappeler que cette prescription,
n'est actuellement pas remboursée par la sécurité sociale
et présente un coût non négligeable (3,7 euros l'ampoule
de 0,4 mg). En ce qui concerne les nouvelles molécules actuellement
testées (la méthyl-naltrexone), les premiers résultats
publiés restent de portée limitée, cette molécule
n'étant à ce jour pas disponible en France et les études
cliniques disponibles peu nombreuses. Au terme de ce travail, de nombreuses
interrogations demeurent encore sur l'utilisation des antagonistes spécifiques
de la morphine dans le traitement de la constipation morphino-induite. Nous
ignorons actuellement quelle durée de traitement il faut proposer
; quand faut-il le débuter ou quand faut-il l'arrêter ? De
même, le rythme d'administration n'est pas clairement établi
à ce jour (six prises, quatre prises, trois prises ?). Tous ces résultats
demanderont certainement à être confirmés sur des cohortes
de patients plus importantes, permettant de cibler plus finement les indications
thérapeutiques de ce type de traitement et les modalités pratiques
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