ARTICLE
abc.2012.0704
Auteur(s) : Anne-Marie Jouanolle1 anne-marie.jouanolle@chu-rennes.fr,
Victoria Gérolami2, Cécile Ged3, Bernard Grandchamp4, Gérald Le Gac5, Serge Pissard6, Jacques Rochette7, Patricia Aguilar-Martinez8
1 Laboratoire de génétique moléculaire, Centre de
référence des surcharges en fer rares d’origine génétique, CHU
Pontchaillou, Rennes
2 Laboratoire de biologie moléculaire, CHU
Conception, Marseille
3 Laboratoire de biochimie, CHU Bordeaux, Hôpital
Pellegrin, Inserm U1035 Université V Segalen Bordeaux 2,
Bordeaux
4 Service de génétique APHP, Université Denis
Diderot, CHU Xavier Bichat, Paris
5 Laboratoire de génétique moléculaire et
d’histocompatibilité, CHRU de Brest - Hôpital Morvan, Université de
Bretagne Occidentale, Inserm U613, Brest
6 Laboratoire de biochimie et de génétique, GH Henri
Mondor-Chenevier, UPEC (Université Paris Est Créteil), Créteil
7 Laboratoire de génétique moléculaire, Inserm U 925,
CHU d’Amiens
8 Laboratoire d’hématologie, Hôpital Saint Eloi, CHU
de Montpellier
Tirés à part : A. Jouanolle
En 1935, Sheldon formulait l’hypothèse que l’hémochromatose,
décrite par Trousseau en 1865, était un trouble inné du métabolisme
du fer. En 1975, Simon et al. démontraient l’existence d’une
association entre le gène de l’hémochromatose et le locus HLA-A sur
le bras court du chromosome 6, ainsi que le mode de transmission
autosomique récessif de la maladie [1, 2]. Il fallut attendre
1996 pour que Feder et son équipe identifient le gène responsable
de l’hémochromatose [3]. Le clonage du gène HFE et la mise
en évidence d’une mutation principale, la substitution d’une
cystéine par une tyrosine en position 282 de la protéine HFE,
permettait enfin la mise en place d’un test génétique qui allait
contribuer à faciliter le diagnostic de la maladie. Cette mutation,
connue sous le nom de C282Y [1], doit être actuellement dénommée
p.Cys282Tyr selon la nomenclature de l’HGVS (Human genome
variation society ; http://www.hgvs.org). A l’état
homozygote (deux allèles mutés) la mutation p.Cys282Tyr explique
près de 80 % des cas d’hémochromatose en France.
Le gène HFE code une protéine qui joue un rôle essentiel
dans le métabolisme du fer en modulant la production, par le foie,
d’une hormone régulatrice, l’hepcidine [4]. A l’état homozygote, la
mutation p.Cys282Tyr est responsable d’une diminution de la
synthèse hépatique d’hepcidine à l’origine de la surcharge en fer
par un double mécanisme : augmentation de l’absorption
duodénale du fer et augmentation de la libération du fer
macrophagique dans le courant sanguin. La surcharge en fer
primaire, induite par cette mutation du gène HFE, est
appelée hémochromatose HFE ou hémochromatose de type 1. Pour
affirmer ou infirmer le diagnostic d’hémochromatose HFE le test
génétique est l’examen clé. Il doit être prescrit devant une
élévation du coefficient de saturation de la transferrine (CS-Tf)
plasmatique, perturbation biologique la plus précoce dans la
maladie. Cette élévation s’accompagne secondairement d’une
élévation de la ferritinémie qui signe la constitution de la
surcharge martiale tissulaire.
Nous avons réalisé une enquête auprès des membres du réseau
national des laboratoires référents impliqués dans le diagnostic
par biologie moléculaire de maladies rares du métabolisme du fer
afin d’établir un bilan des pratiques, de faciliter
l’interprétation des résultats, voire de guider les démarches pour
un recours aux laboratoires spécialisés.
Méthode
Un questionnaire a été adressé, en décembre 2010, aux membres du
réseau national des laboratoires référents impliqués dans le
diagnostic des surcharges génétiques en fer, rares. Le
questionnaire (Annexe 1) comportait les rubriques
suivantes : le matériel biologique et les méthodes de
diagnostic utilisés, les mutations recherchées et leur intérêt dans
la démarche diagnostique, les commentaires associés aux génotypes
identifiés, la mise en place et le suivi du conseil génétique, les
problèmes réglementaires liés à la réalisation de tests génétiques
et la participation aux contrôles de qualité. Les 8 membres du
réseau national ont répondu à l’enquête.
Résultats
Les méthodes diagnostiques
Types de prélèvements et méthodes d’extraction de l’ADN
Les membres du réseau privilégient le sang total prélevé sur
EDTA. Les méthodes d’extraction sont le plus souvent manuelles,
certains laboratoires sont dotés d’automates d’extraction. Dans
tous les cas, la méthode dite de référence, au phénol-chloroforme,
est devenue marginale, elle a laissé place aux méthodes qui évitent
l’utilisation de solvants toxiques.
Certains laboratoires s’affranchissent de l’extraction et
effectuent le génotypage à partir de prélèvements sanguins ou
buccaux déposés sur support cellulosique (Whatman 10531018, Whatman
FTA) [5].
Recensement des méthodes de génotypage
Le choix des méthodes dépend le plus souvent de l’équipement du
laboratoire. Les méthodes peuvent être propres à chaque laboratoire
mais dans tous les cas, elles font l’objet d’un contrôle de qualité
intra et inter- laboratoires.
Principales techniques « maison » utilisées
Les techniques utilisées par les huit laboratoires qui composent
le « réseau Fer » sont présentées dans le tableau 1. L’amplification-restriction (ou
« PCR-RFLP ») [6] est nettement majoritaire puisqu’elle
est utilisée dans 5 sites
Tableau 1 Principales méthodes de génotypage HFE.
Méthodes de génotypage utilisées dans les laboratoires du réseau
national des laboratoires référents impliqués dans le diagnostic
des surcharges génétiques en fer rares pour la mise en évidence des
mutations p.Cys282Tyr et p.His63Asp du gène HFE.
| Méthode - Principe |
Principales étapes |
Amplification-restriction (PCR-RFLP)
|
Amplification de la séquence cible
Digestion des amplimères par l’enzyme de restriction dont le site
est modifié par la variation de séquence
|
| Une mutation peut créer ou abolir un site de
reconnaissance pour une enzyme de restriction |
Séparation électrophorétique des produits de
digestion. Le nombre et la taille des fragments visualisés dépend
de la variation de séquence et permet de discriminer les
homozygotes et hétérozygotes |
| Hybridation spécifique d’allèle |
Amplification de la séquence cible |
| La présence d’un mésappariement sur un fragment de
taille réduite abaisse significativement la température de
fusion |
Hybridation des amplimères avec des sondes
marquées. Une sonde est spécifique de l’allèle muté, l’autre de
l’allèle normal. Un hétérozygote donne un signal avec les deux
sondes |
| Amplification réfractaire (ARMS) |
Amplification de la séquence cible en utilisant
deux couples d’oligonucléotides. L’un permettant l’amplification de
la séquence normale, l’autre l’amplification de la séquence
mutée |
| La Taq polymérase ne peut pas allonger un
oligonucléotide dont la dernière base en 3’ n’est pas parfaitement
hybridée |
Identification des allèles soit par détection de
fluorescence soit après migration électrophorétique [7] |
| Fusion haute résolution (HRM) |
Amplication de la séquence cible en présence du
fluorochrome |
| Utilisation d’un fluorochrome intercalant qui
sature complètement les structures double brins et permet de
distinguer des variations d’une seule base selon le profil de
dénaturation |
Dénaturation des amplimères sur une montée en
température très progressive
Identification des allèles par analyses des courbes de fusion |
Coffrets commerciaux
Les seuls coffrets commerciaux évalués par les laboratoires
interrogés sont les kits “Hybridation reverse sur bandelettes”
(Viennalab). Deux coffrets ont été testés par 4 laboratoires
référents : i) l’un permettant l’identification de la mutation
p.Cys282Tyr, et des variants p.His63Asp (H63D) et p.Ser65Cys (S65C)
du gène HFE, (hemochromatosis strip assay B) ;
ii) l’autre permettant l’identification de 12 mutations du gène
HFE, 4 du gène TFR2 et 2 du gène SLC40A1
codant la ferroportine (hemochromatosis strip assay A) .
De l’avis des membres du réseau, le second coffret n’est pas
adapté au diagnostic de routine de l’hémochromatose HFE. Il
recherche un nombre limité de mutations privées (c’est-à-dire
observées chez un seul malade ou dans une seule famille), du gène
HFE et d’autres gènes impliqués dans les surcharges en fer.
La pertinence du choix de ces mutations est discutable.
Les contrôles de qualité
Dans le cas des tests génétiques, l’intérêt des contrôles de
qualité est double, évaluer la méthode utilisée par le laboratoire
mais également évaluer la qualité des commentaires proposés en
fonction du génotype identifié. Des contrôles de qualité nationaux
et européens sont accessibles sur inscription.
Contrôle de qualité national
L’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits
de santé) propose depuis 2005 un contrôle de qualité national
annuel pour le diagnostic génétique de l’hémochromatose HFE.
Deux prélèvements d’ADN sont proposés aux participants avec des
informations clinico-biologiques. La ou les mutation(s) à
rechercher est (sont) précisée(s) (mutation p.Cys282Tyr seule ou
mutations p.Cys282Tyr et p.His63Asp). Les commentaires doivent être
rédigés en tenant compte du contexte clinique. Le bilan est adressé
aux participants avec un commentaire type adapté au résultat et au
contexte clinique.
Contrôle de qualité européen
Mis en place par l’EMQN (European molecular genetics quality
network), ce contrôle de qualité représente un certain coût
(frais d’inscription : 55 € et frais de participation au
contrôle HFE : 290 €). Trois échantillons d’ADN sont
transmis avec les cas cliniques. Les mutations p.Cys282Tyr et
p.His63Asp doivent être recherchées. Ce contrôle de qualité
présente un inconvénient pour les francophones car les résultats et
commentaires doivent être rédigés en anglais.
Quand l’analyse du gène HFE doit-elle être
envisagée ?
En 2005, la HAS a recommandé de pratiquer le test génétique
HFE devant une élévation du CS-Tf > 45 %. Les
membres du réseau constatent que la demande d’analyse du gène
HFE est souvent prescrite devant une augmentation de la
ferritine sérique et n’est pas toujours accompagnée de la
détermination du coefficient de saturation de la transferrine.
Deux rappels sont essentiels :
- –. plus de 90 % des hyperferritinémies peuvent être
expliquées par des causes secondaires (acquises), aux premiers
rangs desquelles : le syndrome inflammatoire, la lyse
cellulaire, la consommation excessive d’alcool et le syndrome
métabolique [8]. Le diagnostic de ces formes secondaires
d’hyperferritinémie repose sur des éléments simples, pour
l’essentiel d’ordre biologique [9] ;
- –. l’élévation du CS-Tf étant le meilleur paramètre
d’orientation diagnostique de l’hémochromatose HFE, aucun test
génétique ne devrait être demandé quand le CS-Tf est normal en
l’absence de tout syndrome inflammatoire. En effet, un syndrome
inflammatoire peut masquer l’élévation du CS-Tf, il est donc
important d’associer un dosage de CRP à sa détermination [10].
L’élévation du CS-Tf n’est cependant pas spécifique de
l’hémochromatose HFE, elle peut s’observer en cas de cytolyse,
d’insuffisance hépato-cellulaire ou de surcharge d’origine
transfusionnelle. La concentration d’hémoglobine, le dosage des
transaminases, ainsi que le taux de prothrombine, permettent
d’éliminer ces causes d’élévation du CS-Tf.
Quelles mutations rechercher ?
La mutation p.Cys282Tyr (C282Y)
La mutation p.Cys282Tyr est la principale mutation en cause dans
l’hémochromatose HFE. L’homozygotie p.Cys282Tyr
(p.[Cys282Tyr];[Cys282Tyr] selon la nomenclature HGVS du
17/08/2011) explique, en France, près de 80 % des cas
d’hémochromatose HFE. La fréquence de l’homozygotie est élevée dans
les populations d’origine caucasienne (jusqu’à 1 individu sur 260
dans certaines populations). La pénétrance clinique de ce génotype
est faible et pourrait n’atteindre que 1 % chez les femmes et
28 % chez les hommes, ce qui suggère l’existence de
co-facteurs, génétiques ou acquis, susceptibles de moduler son
expression [11-15].
Depuis mai 2007, la recherche de la mutation p.Cys282Tyr est
cotée B180 à la nomenclature des actes de biologie médicale (JO
décision du 24 janvier 2007).
Les variants p.His63Asp (H63D) et p.Ser65Cys (S65C)
Deux variants fréquents, p.His63Asp et p.Ser65Cys, ont été
identifiés sur le gène HFE. La fréquence allélique du
variant p.His63Asp est assez élevée dans les populations
caucasiennes (environ 15 %), elle n’est que de 0,5 % pour
p.Ser65Cys. La présence de ces variants à l’état hétérozygote ou
homozygote n’a pas de traduction pathologique.
Il est actuellement admis, par la plupart des auteurs, que le
génotype d’hétérozygotie composite p.[Cys282Tyr];[His63Asp] peut
conduire à une surcharge en fer modérée, qui restera sans
conséquence clinique en l’absence de facteurs de co-morbidité,
génétiques ou acquis [8, 16, 17].
Mura et al. [18] ont décrit des formes modérées de
surcharge en fer associées au génotype composite
p.[Cys282Tyr];[Ser65Cys]. La présence de facteurs de co-morbidité
associés expliquerait les formes plus sévères [19, 20]. Nous
rappelons cependant que seule l’homozygotie p.Cys282Tyr associée à
une élévation du CS-Tf permet de porter le diagnostic
d’hémochromatose HFE.
La présence de génotypes d’hétérozygotie composite peut conduire
à des interprétations erronées et le recours aux laboratoires
spécialisés est parfois nécessaire.
Commentaire en fonction du génotype HFE
Homozygotie p.Cys282Tyr, génotype
p.[Cys282Tyr];[Cys282Tyr]
Chez un patient présentant des signes biologiques et/ou
cliniques de surcharge en fer, l’homozygotie pour la mutation
p.Cys282Tyr permet d’affirmer le diagnostic d’hémochromatose HFE.
Le patient doit bénéficier d’une prise en charge conformément aux
recommandations de la HAS 2005 [21]. L’hémochromatose étant une
maladie à transmission autosomique récessive, un dépistage familial
doit être proposé aux apparentés du premier degré.
Hétérozygotie p.Cys282Tyr, génotype p.[Cys282Tyr];[=]
Les hétérozygotes p.Cys282Tyr (porteurs d’un seul allèle muté)
ne développent pas de surcharge en fer en l’absence de facteurs de
risque acquis associés (maladie hépatique, alcool, etc.). La
« simple » hétérozygotie p.Cys282Tyr ne permet donc pas
de poser le diagnostic d’hémochromatose HFE. Cependant, une enquête
familiale est recommandée aux apparentés du premier degré afin
d’identifier d’éventuels homozygotes p.Cys282Tyr.
Autres génotypes
Les autres génotypes ne permettent pas de poser le diagnostic
d’hémochromatose HFE selon les critères de la HAS. En l’absence
d’étiologie secondaire évidente, il est indispensable d’adresser
ces patients à une consultation spécialisée afin que soit envisagée
une analyse génétique complémentaire (recherche de mutations rares
sur le gène HFE ou sur les autres gènes responsables de
surcharge en fer) (tableau 2).
Tableau 2 Surcharges en fer héréditaires primitives non
liées au gène HFE.
| Forme |
Transmission |
Gène |
Protéine |
| Juvéniles |
Autosomique récessive |
HJV |
Hémojuvéline |
| HAMP |
Hepcidine |
| Juvénile ou adulte |
Autosomique récessive |
TFR2 |
Récepteur 2 de la transferrine |
| Adulte |
Autosomique dominante |
SLC40A1 |
Ferroportine |
En pratique
Chez un patient qui présente un bilan martial évocateur
d’hémochromatose, mais qui n’est pas homozygote pour la mutation
p.Cys282Tyr, l’interprétation du test génétique HFE doit
intégrer des données cliniques et biologiques complémentaires afin
d’évaluer les facteurs de co-morbidité.
Quand plusieurs bilans biologiques ont été réalisés dans de
bonnes conditions, que les causes fréquentes de surcharge en fer
acquise ont été éliminées (apport excessif de fer, lyse cellulaire,
syndrome dysmétabolique, alcool, syndrome inflammatoire aigu ou
chronique), que la surcharge hépatique en fer a été confirmée (IRM,
biopsie, quantification rétrospective après saignées), le patient
doit être orienté vers une consultation spécialisée car une analyse
génétique plus exhaustive peut être envisagée.
Depuis juillet 2007, des consultations spécialisées sont
accessibles pour les pathologies rares du métabolisme du fer au
sein du centre de référence clinique et des huit centres de
compétences régionaux (www.centre-reference-fer-rennes.org).
L’étude génétique exhaustive, réalisée dans les laboratoires
spécialisés du réseau, inclut la recherche de mutation(s) rare(s)
du gène HFE [17, 22] et/ou l’analyse d’autres gènes
impliqués dans la survenue de surcharges en fer non-HFE
[23]. En effet, d’autres formes de surcharge en fer non liées au
gène HFE sont répertoriées (tableau
2).
Problèmes réglementaires
Seuls les praticiens agréés pour la réalisation de tests
génétiques visant à la détermination des caractéristiques
génétiques d’un individu, exerçant dans des structures agréées,
peuvent réaliser les tests HFE suivant la réglementation en
vigueur (décret 2008-321, article R.1131-6). Cet agrément est
attribué pour 5 ans par l’Agence de la biomédecine.
Attestation de consultation, consentement
Le décret n̊ 2008-321 du 4 avril 2008 a redéfini les
obligations réglementaires en matière de prescription et de
réalisation des examens des caractéristiques génétiques d’un
individu à des fins médicales. Il stipule notamment que le médecin
consulté délivre une attestation certifiant qu’il a apporté à la
personne concernée les informations définies à l’article R. 1131-4
et qu’il en a recueilli le consentement dans les conditions prévues
au même article. Cette attestation est remise au praticien agréé
réalisant l’examen mentionné et le double est versé au dossier
médical de la personne concernée (figure 1).
Le praticien agréé doit donc s’assurer que l’attestation de
consultation, stipulant que le consentement du patient a été
recueilli, est jointe au prélèvement. Si ce n’est pas le cas, une
copie du consentement signé par le patient, sur lequel figure la
pathologie concernée, doit accompagner le prélèvement.
A qui adresser le résultat ?
Selon l’article R1131-19 du 4 avril 2008, le compte rendu
des analyses « est commenté par le praticien agréé ».
C’est le médecin prescripteur qui communique les résultats de
l’examen des caractéristiques génétiques à la personne concernée,
ou à son représentant légal, dans le cadre d’une consultation
médicale individuelle.
Le conseil génétique
Le conseil génétique doit être proposé aux apparentés de premier
degré, à savoir les frères et sœurs, les ascendants (père et mère),
les descendants (fils et filles) s’ils sont majeurs. C’est en
principe le patient qui doit informer ses apparentés de leur risque
génétique ; il y est largement incité dans le cadre des
nouvelles lois de bioéthique. Le conseil génétique comporte la
réalisation du test HFE et du bilan martial sérique (CS-Tf
et ferritine). Pour les enfants mineurs, le test génétique sera
réalisé uniquement en cas d’élévation des marqueurs sériques du
bilan martial. En revanche, en l’absence d’anomalie du bilan
martial, le test HFE ne doit pas être proposé chez les
enfants mineurs. En effet, selon la législation, les examens
génétiques ne peuvent être prescrits chez un mineur que si celui-ci
peut bénéficier personnellement de mesures préventives ou curatives
immédiates.
Contrairement aux autres pathologies génétiques, les apparentés
des patients hémochromatosiques diagnostiqués sont rarement
adressés à une consultation de génétique. De ce fait, le conseil
génétique reste le point faible dans l’hémochromatose et devrait
être amélioré.
Conclusion
Le test HFE est l’un des tests génétiques les plus
prescrits en France. L’enquête réalisée auprès des membres du
réseau national des laboratoires référents impliqués dans le
diagnostic des maladies rares du fer a permis d’établir un bilan de
la réalisation du test HFE en 2011.
Cette enquête souligne l’importance de rechercher la mutation
p.Cys282Tyr en première intention pour établir un diagnostic
d’hémochromatose HFE. Rappelons qu’en 2005 la HAS a considéré que
seule l’homozygotie pour la mutation p.Cys282Tyr associée, au
minimum, à une élévation du CS-Tf permettait d’établir le
diagnostic d’hémochromatose HFE. Il n’existe pas, en revanche,
d’arguments suffisants pour une recherche systématique des variants
p.His63Asp et p.Ser65Cys. La difficulté du test HFE réside
dans l’interprétation de certains génotypes, car les données
clinico-biologiques accompagnant la prescription sont souvent
incomplètes.
La participation à un contrôle de qualité devrait être
systématique pour les laboratoires qui pratiquent le test.
Le point faible souligné par tous les participants, est la mise
en place et le suivi des études familiales. L’implantation de
« Centres de dépistage familial de l’hémochromatose » sur
le territoire national permettrait d’assurer une meilleure
prise en charge.
Textes réglementaires
- –. Journal officiel, décision du 24 janvier 2007
relative à la liste des actes et prestations pris en charge par
l’assurance maladie (C282Y).
- –. Décret n̊ 2008-321 du 4 avril 2008 relatif à l’examen
des caractéristiques génétiques d’une personne ou à son
identification par empreintes génétiques à des fins médicales
Conflits d’intérêts: aucun.
Annexe 1.
Références
1. Simon M, Bourel M, Fauchet R, Genetet B. Association
of HLA-A3 and HLA-B14 antigens with idiopathic haemochromatosis.
Gut 1976 ; 17 : 332-334.
2. Simon M, Bourel M, Genetet B, Fauchet R. Idiopathic
hemochromatosis. Demonstration of recessive transmission and early
detection by family HLA typing. N Engl J Med 1977 ; 297 :
1017-1021.
3. Feder JN, Gnirke A, Thomas W, Tsuchihashi Z, Ruddy DA,
Basava A, et al. A novel MHC class I-like gene is mutated in
patients with hereditary haemochromatosis. Nat Genet 1996 ;
13 : 399-408.
4. Nicolas G, Viatte L, Lou DQ, Bennoun M, Beaumont C,
Kahn A, et al. Constitutive hepcidin expression prevents
iron overload in a mouse model of hemochromatosis. Nat Genet
2003 ; 34 : 97-101.
5. Jouanolle AM, Fergelot P, Raoul ML, Gandon G, Roussey
M, Deugnier Y, et al. Prevalence of the C282Y mutation in
Brittany : penetrance of genetic hemochromatosis ?.
Ann Genet 1998 ; 41 : 195-198.
6. Jouanolle AM, Gandon G, Jézéquel P, Blayau M, Campion
ML, Yaouanq J, et al. Haemochromatosis and HLA-H. Nat
Genet 1996 ; 14 : 251-252.
7. Pissard S, Huynh LT, Martin J, Goossens M. HFE
genotyping by amplification refractory mutation system-denaturing
HPLC. Clin Chem 2002 ; 48 : 769-772.
8. EASL clinical practice guidelines for HFE
hemochromatosis. European Association For The Study Of The Liver.
J Hepatol 2010 ; 53: 3-22.
9. Deugnier Y, Bardou-Jacquet E, Le Lan C, Brissot P.
Hyperferritinemia not related to hemochromatosis. Gastroenterol
Clin Biol 2009 ; 33 : 323-326.
10. Brissot P, Le Lan C, Troadec MB, et al.
Hémochromatose HFE : approche pathogénique et diagnostique.
Transfus Clin Biol 2005 ; 12 : 77-82.
11. Allen KJ, Gurrin LC, Constantine CC, Osborne NJ,
Delatycki MB, Nicoll AJ, et al. Iron-overload-related
disease in HFE hereditary hemochromatosis. N Engl J Med 2008
; 358 : 221-230.
12. Laine F, Jouanolle AM, Morcet J, Brigand A, Pouchard
M, Lafraise B, et al. Phenotypic expression in detected
C282Y homozygous women depends on body mass index. J Hepatol
2005 ; 43 : 1055-1059.
13. Aguilar-Martinez P, Bismuth M, Blanc F, Blanc P,
Cunat S, Dereure O, et al. The Southern French registry of
genetic hemochromatosis : a tool for determination of clinical
prevalence of the disorder and genotype penetrance.
Haematologica 2010 ; 95 : 551-556.
14. Rochette J, Le Gac G, Lassoued K, Férec C, Robson
K.J. Factors influencing disease phenotype and penetrance in HFE
haemochromatosis. Hum Genet 2010 ; 128 : 233-248.
15. Island ML, Jouanolle AM, Mosser A, Deugnier Y, David
V, Brissot P, et al. A new mutation in the hepcidin promoter
impairs its BMP response and contributes to a severe phenotype in
HFE related hemochromatosis. Haematologica 2009 ; 94 :
720-724.
16. Dupradeau FY, Pissard S, Coulhon MP, et al. An
unusual case of hemochromatosis due to a new compound
heterozygosity in HFE (p.[Gly43Asp;His63Asp]+[Cys282Tyr]):
structural implications with respect to binding with transferrin
receptor 1. Hum Mutat 2008 ; 29 : 206.
17. Aguilar Martinez P, Grandchamp B, Cunat S, Cadet E,
Blanc F, Nourrit M, et al. Iron overloaded in C282Y
Heterozygotes at first genetic testing : a step strategy for
identifying new rare HFE variants. Haematologica 2011 ; 96 :
507-514.
18. Mura C, Raguenes O, Ferec C. HFE mutations analysis
in 711 hemochromatosis probands : evidence for S65C
implication in mild form of hemochromatosis. Blood 1999 ; 93
: 2502-2505.
19. Holmström P, Marmur J, Eggertsen G, Gåfvels M, Stål
P. Mild iron overload in patients carrying the HFE S65C gene
mutation: a retrospective study in patients with suspected iron
overload and healthy controls. Gut 2002 ; 51 : 723-730.
20. Wallace DF, Walker AP, Pietrangelo A, Clare M,
Bomford AB, Dixon JL, et al. Frequency of the S65C mutation
of HFE and iron overload in 309 subjects heterozygous for C282Y.
J Hepatol 2002 ; 36 : 474-479.
21. HAS (Haute autorité de santé). Prise en charge de
l’hémochromatose liée au gène HFE (hémochromatose de type 1), 2005.
www.has-sante.fr.
22. Le Gac G, Gourlaouen I, Ronsin C, Géromel V,
Bourgarit A, Parquet N, et al. Homozygous deletion of HFE
produces a phenotype similar to the HFE p.C282Y/p.C282Y genotype.
Blood 2008 ; 112 : 5238-5240.
23. Jouanolle AM, Douabin-Gicquel V, Halimi C, Loréal O,
Fergelot P, Delacour T, et al. Novel mutation in ferroportin
1 gene is associated with autosomal dominant iron overload. J
Hepatol 2003 ; 39 : 286-289.
|