ARTICLE
abc.2011.0650
Auteur(s) : Thao Nguyen-Khoa1, Jean-Pierre Borgard2, Martine Marchand3, Dominique Sitruk-Khalfon4, Marie-Noëlle Feuillet1, Delphine Feldmann5, Anne Vassault6, Michèle Rota2 michele.rota@chicreteil.fr
1 Laboratoire de biochimie A, CHU Necker Enfants
Malades, AP-HP Paris
2 Laboratoire de biochimie, CHI Créteil, Créteil
3 Laboratoire de biochimie, CHU Robert Debré, AP-HP,
Paris
4 Laboratoire de biochimie, CH Argenteuil,
Argenteuil
5 Laboratoire de biochimie, CHU Armand Trousseau,
AP-HP Paris
6 Contrôle de qualité, Asqualab, Paris
Tirés à part : M. Rota
Le test de la sueur consiste à mesurer la concentration des ions
chlorures (Cl-) et/ou des ions sudoraux. Une
concentration supérieure à 60 mmol/L Cl- est en faveur
d’un diagnostic de mucoviscidose, sa valeur prédictive positive
atteignant 99,5 %. La mucoviscidose, maladie autosomique
récessive la plus fréquente dans la population caucasienne, est
depuis 2002, systématiquement recherchée dans le cadre du dépistage
néonatal en France par le dosage de la trypsine immuno-réactive, la
recherche de mutations du gène cftr (cystic fibrosis
transmembrane conductance regulator) et enfin le test de la
sueur [1].
Le test de la sueur comporte trois étapes : 1) la
stimulation de la sudation par iontophorèse à la pilocarpine
(Gibson et Cooke) ; 2) le recueil de sueur ; et 3) le
dosage des ions Cl- et/ou des ions totaux dans la sueur.
Selon le mesurande, les unités d’expression des résultats et les
seuils diagnostiques diffèrent et peuvent donner lieu à des
difficultés d’interprétation. En effet, le résultat du dosage des
ions Cl-, effectué par titrimétrie, par coulométrie ou
par potentiométrie directe à l’aide d’une électrode sélective, est
exprimé en mmol/L Cl-, alors que celui des ions
sudoraux, obtenu par conductimétrie, en mmol/L équivalents (Eq)
chlorure de sodium (NaCl). Les centres de ressources et de
compétences de la mucoviscidose (CRCM) recommandent de réaliser le
test de la sueur avec un dosage d’ions Cl-. La mesure de
la conductivité sudorale n’est pas actuellement reconnue pour poser
le diagnostic [2].
L’exploitation des enquêtes de pratiques réalisées par
l’Asqualab et les résultats de son programme de Contrôle national
de qualité, ont révélé des procédures pour le test de la sueur
variées, adaptées localement, et des grandes variabilités en
fonction des techniques de dosage. Suite à la mise en place sur
l’ensemble de la France des centres CRCM, il est apparu souhaitable
d’harmoniser les pratiques, et pour cela, nous avons établi de
façon collégiale, des recommandations françaises de bonne pratique
du test de la sueur [3]. Aussi, nous avons comparé les performances
analytiques des différentes techniques de dosage (linéarité,
imprécision, inexactidude intra- et inter-laboratoires, justesse)
et les méthodes utilisées dans cinq centres hospitaliers de
l’Ile-de-France (dont 4 sont CRCM). Dans deux d’entre eux,
1 007 mesures de conductivité sudorale et d’ions
Cl- par technique coulométrique, ont été réalisées sur
un même échantillon de sueur, permettant ainsi d’établir une table
de correspondance entre les 2 unités proposées (mmol/L Eq NaCl pour
la conductimétrie et mmol/L Cl- pour la coulométrie)
pour le domaine de mesure de 30 à 60 mmol/L Cl-.
Matériels et méthodes
Patients
L’analyse rétrospective inclut les résultats de tests de la
sueur d’enfants adressés dans 5 hôpitaux d’Ile-de France :
site A : hôpital Armand Trousseau, AP-HP, CRCM ; site
B : hôpital Necker-Enfants Malades, AP-HP, CRCM ; site
C : hôpital Robert Debré, AP-HP, CRCM ; site D :
centre hospitalier inter-communal de Créteil (CHIC), CRCM ;
site E : hôpital Victor Dupouy, Argenteuil.
L’étude comparative des résultats de conductivité sudorale et
des concentrations d’ions Cl-, a été réalisée sur un
même échantillon de sueur, provenant de 1 007 patients (89
patients du site B et 918 du site D) : 724 (321 filles et 403
garçons) sont des enfants âgés de moins de 10 ans (médiane 16,1
mois [0,8-118] et 18,2 mois [0,8-115], respectivement) dont 123
nouveau-nés convoqués dans le cadre du dépistage néonatal
systématique de la mucoviscidose. Les autres patients (146 femmes
et 137 hommes, âge médian 57,4 ans [10,1-87,5]) ont été adressés
sur des signes cliniques d’asthme, de dilatation des bronches, de
maladie bronchopulmonaire chronique obstructive, de maladies
pancréatiques, ou de polypose nasale.
Procédures du test de la sueur
Opérateurs
Les tests de la sueur ont été réalisés dans les 5 sites par des
personnes spécifiquement formées.
Méthode titrimétrique
Méthode titrimétrique (citée dans la littérature comme celle
de Gibson et Cooke) (sites A, B et C) (tableau 1)
Tableau 1 Matériel et méthodes.
|
| Site A |
Site B |
Site C |
Site D |
Site E |
| CRCM |
Oui |
Oui |
Oui |
Oui |
Non |
|
| A1 |
A2 |
B1 |
B2 |
B3 |
C1 |
C2 |
D1 |
D2 |
E |
| Stimulation |
1/2 manuelle |
Automatique |
1/2 manuelle |
|
| 1/2 manuelle |
Automatique |
Automatique |
Automatique |
| Galvanic255 device |
Exsustim |
| Galvanic255 device |
| Galvanic255 device |
Exsustim |
wester sweat inducer |
Exsustim |
| (Elion) |
(Exsudose) |
(Elion) |
|
| (Elion) |
(Exsudose) |
(Wescor) |
(Exsudose) |
| Recueil |
Papier-filtre |
Exsupatch |
Papier-filtre |
Collecteur
Macroduct |
Papier-filtre |
Exsupatch |
Collecteur
Macroduct |
Exsupatch |
|
| (Exsudose) |
| (Wescor) |
| (Exsudose) |
(Wescor) |
(Exsudose) |
| Dosage |
Titrimétrie |
Électrode |
Titrimétrie |
|
| Titrimétrie |
Électrode |
|
| Électrode |
Schales et
Schales |
sélective
in situ |
Schales et
Schales |
Coulométrie |
Conductivité |
Schales et
Schales |
sélective
in situ |
Coulométrie |
Conductivité |
sélective
in situ |
| Mesurande |
Ion chlorure |
Ion chlorure |
Ion chlorure |
Ion chlorure |
Ions sudoraux |
Ion chlorure |
Ion chlorure |
Ion chlorure |
Ions sudoraux |
Ion chlorure |
| Unités |
mmol/L |
mmol/L |
mmol/L |
mmol/L |
mmol/L Eq NaCl |
mmol/L |
mmol/L |
mmol/L |
mmol/L Eq NaCl |
mmol/L |
CRCM : Centre de ressources et de compétences de la
mucoviscidose.
L’étape de stimulation est réalisée à l’aide d’un appareil
galvanique 255® (Elion™, Montrouge, France,
www.electro-therapie.com) équipé d’électrodes en étain de taille
55 × 35 mm. Les électrodes sont introduites dans des gants
hydrophiles imbibés de solution à 1 g/L de nitrate de
pilocarpine pour l’anode et de solution à 0,04 N d’acide
sulfurique pour la cathode. L’intensité du courant est réglée
manuellement à 4 mA et imposée pendant 5 min.
La sueur est collectée à l’aide d’un papier filtre (Whatman™
paper n̊ 40/42/44, VWR, Fontenay-sous-Bois, France,
www.fr.vwr.com), préalablement pesé à l’aide d’une balance
d’une sensibilité de 0,01 mg, recouvert d’un film imperméable
(Parafilm®, 3M) pendant 30 min. Le papier-filtre est
retiré délicatement et rapidement repesé sur la même balance, pour
déterminer la quantité de sueur recueillie. Un poids minimal de
75 mg de sueur est nécessaire pour assurer la fiabilité du
dosage titrimétrique [4]. La sueur est éluée du papier-filtre par
10 mL d’eau ultrapure pendant 20 min.
Le dosage des ions Cl- (selon la réaction de Schales
& Schales) utilise une solution titrante de nitrate mercurique
0,05 N. La solution de sueur à doser est préalablement
acidifiée par 0,5 mL d’acide nitrique 1 N. Le volume de
solution titrante nécessaire pour obtenir le virage de l’indicateur
coloré, la diphénylcarbazone, du orange au violet, permet de
calculer la concentration des ions Cl- dans
l’échantillon de sueur pesé.
Méthode coulométrique
Méthode coulométrique (sites B et D)
La stimulation peut être réalisée de la même façon que pour la
méthode titrimétrique (site B) ou utilise un équipement
automatique, 3700 Webster Sweat Inducer Wescor™ (Elitech,
Salon-de-Provence, France, www.elitechgroup.com) (site D). Pour ce
dernier, des disques contenant 0,5 % de nitrate de pilocarpine
(Pilogel®) sont insérés dans les 2 électrodes de 28 mm
de diamètre et un courant de 1,5 mA est imposé automatiquement
pendant 5 min. Un témoin lumineux signale le bon fonctionnement de
la stimulation.
Un collecteur Macroduct® (Wescor™) est placée sur la
zone stimulée (anode). La sueur produite monte par capillarité dans
le collecteur. La production de sueur est visualisée à l’aide d’un
colorant bleu déposé sur le collecteur. Un remplissage minimum de 3
à 4 spires du capillaire est nécessaire pour le dosage.
Le dosage des ions Cl- est réalisé à l’aide d’un
chloridomètre 926® (Sherwood™, Dutscher, Brumath™,
France, www.dutscher.fr). La prise d’essai est de 20 μL.
Méthode par potentiométrie directe à l’aide d’une électrode
sélective aux ions chlorures
Méthode par potentiométrie directe à l’aide d’une électrode
sélective aux ions chlorures (Exsudose®)
(site A, C et E)
La stimulation est réalisée à l’aide d’un boîtier
Exustim® (Exsudose™, TEM Lormont, France,
www.temsega.fr) délivrant automatiquement un courant de
1,5 mA. Des tampons prêts à l’emploi, imbibés de solutions à
1 % de nitrate de pilocarpine et sulfate de potassium sont
appliqués sur les électrodes du boîtier. Un témoin lumineux indique
le bon fonctionnement de la stimulation. Le boîtier est retiré
après 15 min de stimulation.
Un patch adhésif, Exsupatch®, est placé sur la zone
stimulée. Après 15 min de collection, l’opercule du patch est
retiré laissant apparaître les gouttelettes de sueur. Le volume de
sueur est apprécié visuellement.
Les ions Cl- sont mesurés par potentiométrie directe
à l’aide d’une électrode sélective préalablement calibrée. Celle-ci
est placée directement contact des gouttelettes de sueur au niveau
de l’opercule du patch. La mesure est enregistrée après 10 s de
stabilisation de l’électrode.
Méthode conductimétrique
Méthode conductimétrique (résultats exprimés en mmol/L Eq
NaCl) (sites B et D) :
La stimulation est obtenue à l’aide de l’appareil galvanique
255® Elion (site B) ou selon la procédure Wescor™ (site
D).
La sueur est collectée à l’aide d’un Macroduct®.
Comme pour le dosage coulométrique, un remplissage de 3 à 4 spires
du capillaire Macroduct® est nécessaire pour la mesure
conductimétrique.
La technique de dosage indirect des ions Cl- utilise
la mesure de la conductivité sudorale à l’aide du Sweat Check
3100® Wescor™. Le résultat est exprimé en mmol/L Eq
NaCl. L’échantillon de sueur n’est pas consommé dans la cellule
conductimétrique et peut être ré-aspiré et homogénéisé dans un
microgodet pour le dosage coulométrique (résultat exprimé en mmol/L
Cl-).
Matériel utilisé pour la détermination des critères
analytiques
Pour la détermination de la linéarité (site D), des solutions de
NaCl ont été préparées à partir d’une solution pour préparation
injectable à 154 mmol/L NaCl (0,9 % NaCl) par dilutions
successives afin d’obtenir les concentrations suivantes :
154,0, 115,5, 92,4, 77,0, 51,0, 38,5, 19,25 et 6,4 mmol/L. Leurs
concentrations (identiques qu’elles soient exprimées en mmol/L
Cl- ou en mmol/L Eq NaCl) ont été contrôlées par un
dosage sur un analyseur multiparamétrique CX7® (Beckman
Coulter™, Villepinte, France, www.beckman-coulter.com).
Ces solutions, ainsi que d’autres solutions commerciales de
contrôle (30, 50 et 100 mmol/L Cl-
(Exsudose®) et 25, 50 et 100 mmol/L Cl-
(Elitech™)) ont été utilisées pour les études d’imprécision,
d’inexactitude et de justesse.
Analyse statistique
Le degré de signification statistique retenu est p
< 0,05. Les tests utilisés sont : le test de
Kolmogorov-Smirnov (KSt) pour tester l’hypothèse d’une distribution
gaussienne des résultats et, si l’hypothèse est vérifiée, le test t
de Student pour séries appariées. En l’absence de distribution
normale, le test de Wilcoxon (Wt) et celui de Cleveland [5]
(locally weighted regression and smoothing scatter plots :
Lowess) ont été utilisés pour les comparaisons. Le degré de
concordance entre 2 méthodes est évalué à l’aide du coefficient de
corrélation (R2). Les médianes sont présentées avec
l’écart [minimum-maximum] des valeurs observées.
Les représentations graphiques présentées sont des courbes de
régression linéaire du second (figure 1) et du
troisième (figure
2) degré. Lorsqu’une régression du premier degré est
utilisable, la pente et l’ordonnée à l’origine ont été déterminées
à l’aide de la régression de Passing-Bablock (PBr). La distribution
des valeurs comparées n’étant pas en majorité gaussienne, nous
avons utilisé une représentation graphique des différences selon
Bland et Altmanpour laquelle le calcul de l’intervalle de confiance
(moyenne des différences ± 1,96 écart-type) n’a pas été retenu.
Nous avons utilisé un intervalle à ± 10 mmol/L autour d’une moyenne
arbitrairement fixée à zéro (B&Am) et considéré comme
discordants les couples de valeur en dehors de cet intervalle.
Résultats
Critères analytiques des techniques de dosage
Domaine de linéarité
Pour chaque méthode de dosage, nous avons retenu la moyenne de
cinq mesures. Une réponse linéaire a été observée entre 10 et 150
mmol/L, sauf pour la mesure à l’aide d’une électrode sélective pour
laquelle la linéarité était limitée à 120 mmol/L.
Imprécision
Selon les méthodes de dosage et les sites, la répétabilité a
consisté en 20 (site E) ou 30 mesures effectuées le même jour sur 3
niveaux (30, 50 et 100 mmol/L ; sites A, C et E), ou sur 6
dilutions d’une solution à 154 mmol/L NaCl ayant servi à l’étude de
la linéarité (sites B et D). Les CV étaient < 5 % pour
toutes les techniques et tous les niveaux ≥ 30 mmol/L. Pour une
valeur de 6,4 mmol/L, les CV obtenus par les mesures coulométriques
et conductimétriques (sites B et D) n’étaient pas acceptables selon
les recommandations, i.e. CV < 5 % [6].
Inexactitude
L’inexactitude intra-laboratoire a consisté en une mesure
journalière durant 20 (site E) ou 30 jours, des contrôles et
dilutions utilisés pour l’étude de la linéarité et de
l’imprécision. Les CV étaient < 5 %. L’inexactitude
inter-laboratoires des techniques de dosage, a été appréciée à
l’aide des valeurs et CV médians des résultats du contrôle de
qualité externe national Asqualab® sur la période
2003-2010 (tableau 2). La composition et
la concentration des 2 niveaux de contrôle sont variables selon les
cycles bi-annuels. Les valeurs obtenues par mesure conductimétrique
(mmol/L Eq NaCl) sont majoritairement supérieures à celles de la
mesure des ions Cl- (mmol/L Cl-). L’analyse
des 3 732 résultats a montré que seule la médiane des CV
obtenue par les mesures conductimétriques (technique la plus
utilisée, 50,3 % des participants versus 27 % pour la
mesure par l’électrode sélective et 22,4 % pour la technique
titrimétrique) était ≤ 2,5 % quel que soit le niveau du
contrôle. Pour les autres techniques, excepté pour la coulométrie
dont le faible nombre de participants ne permettait pas le calcul,
la médiane était ≥ 5,4 % avec des valeurs extrêmes
dispersées.
Tableau 2 Inexactitude inter-laboratoires des techniques
de dosage ; médiane [minimum-maximum] calculée à partir de la
moyenne et des CV des contrôles de qualité externes bi annuels
Asqualab® (années 2003-2010).
| Niveau 1 |
|
| |
|
| Titrimétrie mmol/L Cl- |
Électrode sélective mmol/L Cl- |
Conductimétrie mmol/L Eq NaCl |
|
| N = 419 |
N = 508 |
N = 939 |
| Valeurs médianes |
34,5 [17,5 - 73,1] |
35,7 [16,0 - 83,5] |
48,1 [33,6 - 88,0] |
| CV% médians |
9,0 [5,2 - 11,9] |
6,6 [3,4 - 9,0] |
2,5 [1,9 - 2,9] |
| Niveau 2 |
|
| |
|
| Titrimétrie mmol/L Cl- |
Électrode sélective mmol/L Cl- |
Conductimétrie mmol/L Eq NaCl |
|
| N = 420 |
N = 507 |
N = 939 |
| Valeurs médianes |
96,6 [58,6 - 116,8] |
98,2 [67,0 - 126,2] |
107,5 [128,8 - 88,0] |
| CV% médians |
5,4 [3,0 - 8,8] |
5,1 [3,4 - 9,6] |
2,3 [1,8 - 3,0] |
Justesse
Les moyennes des valeurs obtenues lors de l’étude de
l’inexactitude avaient un écart < 5 % par rapport à la
valeur théorique pour l’ensemble des méthodes de mesure, excepté
pour celle utilisant l’électrode sélective (+ 11,8 % pour une
concentration à 30 mmol/L Cl-, site E).
Comparaison des méthodes
Dosage direct des ions chlorures
Dans un premier temps, nous avons comparé les résultats des
tests réalisés par un même opérateur, simultanément sur les 2 bras
d’un patient avec la même technique. Dans le site A, pour une
distribution non gaussienne (KSt p < 0,0001), il n’a pas
été observé de différence significative entre les 2 bras pour la
méthode titrimétrique (tableau 1, A1)
(Wt, p = 0,02 ; médiane bras 1 = 30 mmol/L
Cl- [13-132] vs médiane bras 2 = 29 mmol/L
Cl- [11-122] ; PBr = x + 1 ;
R2 = 0,98) ; 4 des 61 (4,6 %) couples de
valeurs étaient discordants. Dans le même site, pour la méthode
Exsudose® (tableau 1, A2), la
distribution des valeurs était gaussienne (KSt, p = 1,02) et
il n’a pas été observé de différence significative entre les 2 bras
(t test, p = 0,28) (médiane bras 1 = 9,5 mmol/L
Cl- [1-29] vs médiane bras 2 = 9 mmol/L
Cl- [2-27] ; PBr = 0,93 x + 0,47 ;
R2 = 0,85) ; 2 des 98 (2,0 %) couples de
valeurs étaient discordants.
Dans un deuxième temps, nous avons comparé les résultats des
tests réalisés par le même opérateur, simultanément sur 2 bras d’un
patient, mais par des techniques différentes. Le site B a dosé les
ions Cl- par la méthode titrimétrique (tableau 1, B1) sur un bras et par la méthode
coulométrique (tableau 1, B2) sur
l’autre. Une différence d’une mmol/L Cl- (Wt, p
< 0,001) a été observée entre les méthodes titrimétrique
(médiane 12 mmol/L Cl- [6-112 mmol/L Cl-]) et
coulométrique (médiane 11 mmol/L Cl- [3-105 mmol/L
Cl-] ; R2 = 0,99). Un seul des 148
(0,7 %) couples de valeurs était discordant.
Enfin, nous avons comparé les résultats des dosages obtenus pour
un même patient, mais réalisés par des manipulateurs et à des temps
différents. Les sites A et C ont utilisé la méthode
Exsudose® en première instance, puis la titrimétrie lors
d’une deuxième convocation. Pour le site A, il existe une
différence dans les résultats obtenus (Wt, p
= 0,002 ; médiane Exsudose® = 38 mmol/L
Cl-[12-160] vs médiane titrimétrie = 30
mmol/L Cl- [13–132] ; R2
= 0,76) ; 20 des 59 couples de valeurs (34 %)
étaient discordants. Pour le site C, il n’y a pas de différence
significative (Wt, p = 0,8 ; médiane
Exsudose® = 27 mmol/L Cl- [5-110] vs
médiane titrimétrie = 25,5 mmol/L Cl-
[13-134] ; R2 = 0,95) ; 28 des 104
(27 %) couples de valeurs étaient discordants. Les
discordances ont été observées surtout pour des valeurs
> 40 mmoL/l Cl-, soit 11 des 21 (52 %)
couples du site A et 23 des 28 (82 %) couples du site C.
Dosages direct et indirect des ions chlorures dans le même
prélèvement
Nous avons comparé les résultats des dosages directs des ions
Cl- par coulométrie et indirects par conductimétrie,
obtenus à partir du même échantillon de sueur pour 1 007
patients adressés dans les sites B (89 enfants) et D (918 enfants
et adultes). La répartition des résultats n’était pas gaussienne
(KSt, p < 0,0001) : 850 étaient < 30 mmol/L
Cl-, 107 entre 30 et 60 mmol/L Cl- et 50
> 60 mmol/L Cl-. La figure 1 met en
évidence 3 zones successives : une augmentation rapide, puis
une stabilisation et enfin une décroissance lente de la moyenne des
résultats obtenus par les 2 méthodes. Une différence significative
(Wt, p < 0,001) a été observée entre les 2 méthodes avec un
coefficient de corrélation R2 = 0,943. Une droite
de régression linéaire du second degré permet d’extrapoler
graphiquement les valeurs conductimétriques à partir des valeurs
coulométriques et vice versa : ainsi les valeurs seuils
de 30, 40 and et 60 mmol/L Cl- correspondent
respectivement à 55, 65 et 85 mmol/L Eq NaCl (figure 2).
Dans l’intervalle 30-60 mmol/L Cl-, la moyenne des
deux techniques sur les 107 couples de valeurs suivait une
distribution normale (KSt, p = 0,064). L’équation de la
régression selon la méthode de Passing-Bablock (Y (mmol/L Eq NaCl)
= 0,913 X (mmol/L Cl-) + 29 ; R2
= 0,927) a été appliquée pour établir un tableau de
correspondance entre les valeurs conductimétriques calculées à
partir des valeurs coulométriques et réciproquement (tableau 3, méthode A). L’utilisation de la
méthode Lowess a conduit aux mêmes résultats (tableau 3, méthode B). Les valeurs seuils
définies en terme d’ions Cl- par le CLSI [4],
correspondaient à 66 mmol/L Eq NaCl pour 40 mmol/L Cl-
et à 84 mmol/L Eq NaCl pour 60 mmol/L Cl-. Dans notre
tableau, la valeur correspondante à 30 mmol/L Cl- était
de 56 mmol/L Eq NaCl. Ces résultats sont superposables à ceux
obtenus par l’extrapolation graphique.
Tableau 3 Valeurs conductimétriques calculées (mmol/L
NaCl Eq) pour des concentrations de 30 à 60 mmol/L
Cl-.
|
| Ion chlorure
(mmol/L Cl-) |
30 |
35 |
40 |
45 |
50 |
55 |
60 |
Conductimétrie :
valeurs calculées
± 0,5
(mmol/L Eq NaCl) |
Méthode A
(y = 0,913 [Cl-] + 29) |
56 |
61 |
66 |
70 |
75 |
79 |
84 |
| Méthode B (Lowess) |
57 |
61 |
66 |
70 |
75 |
80 |
84 |
Discussion
Le test de la sueur est pratiqué selon différentes procédures.
La mesure directe ou indirecte des ions chlorures en est la
dernière étape et peut être réalisée à l’aide de différentes
techniques. Nous présentons les critères analytiques (domaine de
mesure, répétabilité et reproductibilité intra-laboratoire) des
techniques utilisées dans cinq laboratoires de centres
hospitaliers : titrimétie, coulométrie, mesure par une
électrode sélective de l’ion Cl- et mesure de la
conductivité. La reproductibilité quotidienne effectuée par des
opérateurs pratiquant régulièrement le dosage est incluse dans la
zone d’acceptabilité des recommandations françaises (CV
< 5 %) [5] dans un domaine de linéarité de 10 à 120
mmol/L pour toutes les techniques de mesure. Le dosage
coulométrique des ions Cl- a été reconnu par le CLSI [4]
comme une alternative au dosage titrimétrique selon Schales et
Schales, et nos résultats le confirment. Nous avons comparé la
conductivité sudorale avec le dosage coulométrique des ions
Cl- sur le même échantillon de sueur recueilli par le
collecteur Macroduct®. Comme l’ont fait Lezzana et
al. [7] dans une étude conduite chez 3 834 patients, nous
avons inclus des patients > 10 ans (45 sur 107) pour
obtenir un continuum de résultats dans la zone d’incertitude (30 à
60 mmol/L Cl-). Cela ne pouvait être obtenu avec les
nourrissons des CRCM pour lesquels le seuil de normalité a
récemment été abaissé à 30 mmol/L Cl- [8]. Nous avons
établi une table de correspondance entre les valeurs coulométriques
et conductimétriques : pour 30, 40 et 60 mmol/L
Cl-, les valeurs conductimétriques calculées sont
respectivement 56, 66 et 84 mmol/L Eq NaCl. Dans notre étude, 26
des 1 007 patients ont montré une conductivité sudorale
> 50 mmol/L Eq NaCl pour des valeurs ≤ 30 mmol/L
Cl-. A contrario, aucune valeur ≤ 50 mmol/L Eq
NaCl n’était ≥ 30 mmol/L Cl-. Ces résultats sont en
accord avec les recommandations [9-11] de doser les ions
Cl- pour des conductivités ≥ 50 mmol/L Eq NaCl.
L’expérience de l’opérateur interfère fortement dans la qualité
de l’exécution de toutes les phases d’une méthode comme en
témoignent les bons résultats obtenus lorsqu’une même personne
exécute la totalité de la procédure, au même moment sur les deux
bras d’un même patient, que cette méthode soit la même (tableau 1, A1 vs A1 ; A2 vs
A2) ou qu’il s’agisse de méthodes différentes (tableau 1, B1 vs B2). Les résultats sont
beaucoup plus dispersés lorsque les personnes sont différentes pour
effectuer une technique de dosage (tableau
2, CQN Asqualab®, confirmé par les résultats du
CQN au Royaume Uni [10]). Seule la technique conductimétrique
fournit des résultats respectant les recommandations françaises (CV
< 5 %). Lorsque la totalité de la procédure retenue
est réalisée par des personnes différentes, la dispersion des
résultats d’un même patient s’accroît considérablement :
résultats discordants entre la méthode de dosage des Cl-
par électrode sélective dans un premier temps puis par titrimétrie
à un autre moment dans les sites A (34 %) et B (28 %). Le
degré de dépendance à l’opérateur sur la qualité du résultat,
étroitement lié à la praticabilité, est prépondérant. Ainsi la
Cystic fibrosis foundation recommande-t-elle de n’utiliser
la méthode titrimétrique que dans les centres effectuant plus de 50
tests par an [9]. L’appréciation visuelle du volume de sueur et la
pression de l’électrode sélective appliquée directement sur la peau
[12] contribuent fortement à la variabilité des résultats.La
Cystic fibrosis foundation [13] ne reconnaît pas cette
méthode pour le diagnostic de la mucoviscidose. Le volume ou le
poids de sueur doivent être mesurés et tracés. Lorsque le volume
minimum requis pour un recueil en Macroduct® n’est pas
atteint, le résultat est surestimé car la concentration des
Cl- sudoraux est plus forte en début de recueil
[14].
L’accréditation obligatoire des laboratoires d’analyses de
biologie médicale selon la norme ISO-EN standard 15189 (et ISO-EN
standard 22780 si le test de la sueur est délocalisé dans un
service de soins) va rendre problématique le maintien de la méthode
titrimétrique actuellement considérée comme le “gold standard”.
L’utilisation de réactifs artisanaux et de calibrateurs non
raccordés aux standards internationaux, la difficulté à se procurer
de la pilocarpine et l’utilisation d’acide même très dilué à même
la peau lors de la stimulation, représentent autant d’écueils à
franchir. La technicité requise et la chronophagie pourraient
rendre bientôt cette méthode obsolète.
Conclusion
L’étude des critères analytiques des différentes méthodes
utilisées pour réaliser un test de la sueur met en évidence un
effet opérateur d’autant plus important que la méthode est moins
automatisée. La notion de praticabilité est prépondérante dans le
choix d’une méthode, d’autant plus lorsque le test de la sueur est
délocalisé dans un service de soins. La méthode doit être le moins
opérateur dépendant possible. Ce n’est pas le cas de la mesure avec
l’électrode sélective ni de la technique titrimétrique qui peuvent
être avantageusement remplacées par une mesure coulométrique.
Lorsque la stimulation est réalisée dans le service de soins et le
dosage au laboratoire, le recueil de la sueur dans un collecteur
Macroduct® est recommandable car il préserve la qualité
de l’échantillon lors du transport. La méthode conductimétrique est
la plus standardisée et présente les meilleurs CV
inter-laboratoires. Elle est la plus utilisée mais malgré ces
qualités, elle n’est pas reconnue comme méthode diagnostique. Avec
les éléments que nous apportons, nous confortons le fait qu’un
résultat de test de la sueur < 50 mmol/L Eq NaCl rend
improbable le diagnostic de mucoviscidose en l’absence d’argument
clinique.
Conflits d’intérêts: aucun.
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