Home > Journals > Biology and research > Annales de Biologie Clinique > Full text
 
      Advanced search    Shopping cart    French version 
 
Latest books
Catalogue/Search
Collections
All journals
Medicine
Biology and research
Annales de Biologie Clinique
- Current issue
- Archives
- Subscribe
- Order an issue
- More information
Public health
Agronomy and biotech.
My account
Forgotten password?
Online account   activation
Subscribe
Licences IP
- Instructions for use
- Estimate request form
- Licence agreement
Order an issue
Pay-per-view articles
Newsletters
How can I publish?
Journals
Books
Help for advertisers
Foreign rights
Book sales agents



 

Texte intégral de l'article
 
  Printable version
  Version PDF

Obesity and dyslipidemia in Tunisian bipolar subjects


Annales de Biologie Clinique. Volume 68, Number 3, 277-84, mai-juin 2010, article original

DOI : 10.1684/abc.2010.0403

Résumé   Summary  

Author(s) : Asma Ezzaher, Dhouha Haj Mouhamed, Anwar Mechri, Fadoua Neffati, Wahiba Douki, Lotfi Gaha, Mohamed Fadhel Najjar , Laboratoire de biochimie-toxicologie, Hôpital universitaire de Monastir, Tunisie, Service de psychiatrie, Hôpital universitaire de Monastir, Tunisie.

Summary : This study aims to investigate the prevalence of obesity and overweight and their association with lipid parameters in bipolar patients. Our study included 130 patients with bipolar disorder and 130 control subjects aged respectively 37.9 ± 12.1 and 37.2 ± 13.1 years. Obesity was evaluated by body mass index (BMI). Concentrations of total cholesterol, triglycerides, cLDL and cHDL were determined by enzymatic methods and ApoA1, ApoB and Lp(a) by techniques immunoturbidimetric. The prevalence of obesity in patients is 30.1% vs 12.3% in controls. A significant increase in BMI was noted in patients compared with controls regardless of sex and tobacco status and in patients aged less than 35 years and those consumers of alcohol. The majority of obese and overweight patients are treated with valproic acid. We found increase in cholesterol (4.41 ± 1.02 vs 3.90 ± 0.98 mmol/L), in cLDL (2.13 ± 1.09 vs 1.29 ± 0.56 mmol/L) and in Lp(a) (236 ± 207 vs 163 ± 150 mg/L) and decrease in HDLc (0.98 ± 0.28 vs 1.09 ± 0.36 mmol/L), more frequent at the obese patients and those presenting an overweight. In conclusion, in bipolar patients, obesity and overweight are frequent and associated with perturbations in lipid profile particularly an increase in total cholesterol, cLDL and Lp(a) and decrease in cHDL that increase the risk of cardiovascular disease.

Keywords : obesity, dyslipidemia, bipolar disorder

Pictures

ARTICLE

Auteur(s) : Asma Ezzaher1, Dhouha Haj Mouhamed1, Anwar Mechri2, Fadoua Neffati1, Wahiba Douki1, Lotfi Gaha2, Mohamed Fadhel Najjar1

1Laboratoire de biochimie-toxicologie, Hôpital universitaire de Monastir, Tunisie
2Service de psychiatrie, Hôpital universitaire de Monastir, Tunisie

Article reçu le 18 Septembre 2009, accepté le 13 Novembre 2009

L’obésité constitue un problème majeur de santé publique en raison de sa fréquence et de son influence sur l’état de santé de l’individu. L’obésité est actuellement classée parmi les premières causes de mortalité et de morbidité à travers le monde. Sa prévalence mondiale est de l’ordre de 20 % [1]. Elle est actuellement reconnue comme une véritable pathologie mondiale notamment à cause des problèmes physiques, psychiques et même sociaux qui lui sont associés et dont les plus importants sont l’hypertension artérielle, le diabète, la dyslipidémie, les maladies cardiovasculaires, la dépression et les troubles bipolaires [1]. Les troubles bipolaires représentent des troubles de l’humeur d’évolution périodique ou cyclique, où alternent de façon variable des épisodes dépressifs, des épisodes maniaques ou hypomaniaques et des intervalles libres, avec stabilisation complète de l’humeur. Leur diagnostic est basé sur le caractère récurrent des épisodes dépressifs et maniaques ou hypomaniaques. Ces troubles concernent 1 à 2 % de la population générale et font partie des dix maladies les plus coûteuses et les plus invalidantes à l’échelle mondiale avec un taux de mortalité trois fois plus élevé que celui de la population générale [2].

La relation entre l’obésité et les troubles bipolaires constitue un sujet actuel de recherche. L’obésité est fréquemment constatée chez les patients bipolaires, avec des chiffres de prévalence variables de 20 [3] à 36 % [4]. Cette variabilité serait en rapport avec des différences au niveau de l’origine ethnique, des habitudes alimentaires et des styles de vie des patients, mais également au niveau de leurs caractéristiques cliniques et thérapeutiques. Par ailleurs, certains auteurs ont souligné l’implication de l’obésité et des perturbations métaboliques dans l’augmentation du risque cardiovasculaire et/ou de la mortalité dans les troubles bipolaires [5]. En effet, chez les patients bipolaires, l’obésité serait associée à une prévalence accrue des dyslipidémies, de l’insulinorésistance, du diabète et des maladies cardiovasculaires [6].

L’objectif de ce travail était d’étudier la prévalence de l’obésité et sa corrélation avec les paramètres lipidiques chez les patients bipolaires tunisiens.

Patients et méthodes

Patients

Notre population a été formée de 130 patients bipolaires dont 85 hommes âgés de 38,1 ± 11,4 ans et 45 femmes âgées de 37,5 ± 13,4 ans. Tous ces patients répondaient aux critères diagnostiques du DSM-IV [7] d’un trouble bipolaire de type I avec comme épisode actuel, un épisode dépressif, maniaque ou stabilisé. Cette population a été comparée à 130 sujets sains (84 hommes et 46 femmes) âgés respectivement de 36,9 ± 12,5 et 37,9 ± 14,3 ans et indemnes de toute pathologie notamment psychiatrique ou pouvant influencer les paramètres lipidiques. La consommation de tabac et d’alcool a été recherchée à tavers des questions posées à tous les participants précisant le ou les produits consommés, la quantité et la durée de la consommation. Les patients bipolaires ont été évalués cliniquement par leur psychiatre traitant afin de préciser la phase de la maladie : dépressive, maniaque ou en stabilisation. Les principales caractéristiques socio-démographiques et cliniques sont rapportées dans le tableau 1.

Tableau 1 Caractéristiques sociodémographiques et cliniques de la population d’étude.

Patients (n = 130)

Témoins (n = 130)

Sexe : Hommes/Femmes (ratio)

85/45 (1,89)

84/46 (1,89)

NS

Âge (ans)

37,9 ± 12,1

37,2 ± 13,1

NS

Nombre

%

Nombre

%

χ2

IMC (kg/m2)

< 25

47

36,2

68

52,3

< 0,05

[25-30]

40

30,7

46

35,4

NS

≥ 30

43

33,1

16

12,3

< 0,05

Age (ans)

< 35

49

37,7

65

50

< 0,05

[35-55]

71

54,6

56

43,1

NS

≥ 55

10

7,7

9

6,9

NS

Consommation tabagique

Oui

68

52,3

66

50,8

NS

Non

62

47,7

64

49,2

NS

Consommation alcoolique

Oui

17

13,0

14

10,8

NS

Non

113

87,0

116

89,2

NS

Phase de la maladie

Dépressive

21

16,2

-

-

Stabilisée

73

56,1

-

-

Maniaque

36

27,7

-

-

Traitement

Acide valproïque

64

49,2

-

-

Lithium

12

9,2

-

-

Carbamazépine

10

7,7

-

-

Antipsychotiques

44

33,9

-

-

Protocole de l’étude

Les patients ont été recrutés au cours d’une hospitalisation dans le service de psychiatrie du CHU de Monastir ou pendant les consultations spécifiques pour troubles bipolaires. Notre travail a été approuvé par le comité d’éthique et tous les patients ont participé volontairement. Les patients âgés de moins de 18 ans et ceux présentant d’autres maladies psychiatriques n’ont pas été inclus dans notre étude. Dix-huit patients de notre population ont été exclus de l’étude du bilan lipidique (14 diabétiques, 8 hypertendus et 4 cardiaques).

Echantillons

Pour chaque sujet, 5 mL de sang ont été prélevés sur un tube contenant de l’héparinate de lithium, centrifugés, aliquotés et conservés à - 20 °C jusqu’au moment de l’analyse.

Méthodes d’analyse

L’obésité a été estimée par l’indice de masse corporelle (IMC). Cet indice se définit par le rapport du poids (kg) sur la taille au carré (m2). Le surpoids est défini par un IMC entre 25 et 29,9 kg/m2 et l’obésité par un IMC ≥ 30 kg/m2. Le cholestérol total (CT), les triglycérides (TG), et le HDLc ont été dosés par des méthodes enzymatiques colorimétriques. Le dosage du LDLc a été réalisé selon la méthode LDL-Cholestérol plus, 2e génération de Roche Diagnostics sur Cobas Integra 400 plus. Il s’agit d’une méthode enzymatique colorimétrique en phase homogène utilisant la cholestérol-oxydase modifiée par le PEG, après solubilisation micellaire sélective du LDLc à l’aide d’un détergent non ionique. Les ApoA1 et B et la Lp(a) ont été déterminées par immunoturbidimétrie sur Konélab 30TM.

Analyses statistiques

Les résultats sont exprimés en moyenne ± écart type (M ± ET). Pour l’analyse statistique, nous avons utilisé le test χ2 et le test t de Student. La différence est considérée significative pour p < 0,05.

Résultats

Le tableau 1 montre que les prévalences respectives de l’obésité et du surpoids chez les patients bipolaires sont de 33,1 % et de 30,7 % contre 12,3 % et 35,4 % chez les témoins. Nous avons noté des valeurs moyennes de l’IMC significativement plus élevées chez les patients bipolaires par rapport aux témoins, indépendamment du sexe et du statut tabagique. Dans le groupe des patients, les valeurs moyennes de l’IMC sont significativement plus élevées chez les femmes et les non fumeurs (p < 0,05). L’étude des variations de l’IMC en fonction de l’âge et du statut alcoolique a montré que les patients âgés de moins de 35 ans et ceux consommateurs d’alcool présentent des valeurs de l’IMC significativement plus élevées par rapport aux témoins (respectivement p = 0,01, p < 0,001), alors que parmi les patients bipolaires, l’IMC moyenne est significativement plus élevée chez les sujets âgés de 35 à 55 ans (p < 0,05). Il en est de même pour les non fumeurs bipolaires chez lesquels nous avons retrouvé une augmentation significative du cholestérol total (p < 0,001), du LDLc (p < 0,001), de la Lp(a) (p = 0,02) et du rapport ApoB/ApoA1 (p < 0,001) par rapport aux témoins non fumeurs. Les mêmes variations sont retrouvées chez les patients consommateurs d’alcool mais sans différences significatives par rapport aux témoins (tableau 2).

Le tableau 3 montre que l’obésité est plus prononcée chez les patients en phase dépressive par rapport à ceux en phase maniaque. L’obésité et le surpoids sont plus fréquents chez les patients traités par l’acide valproïque ou le lithium, représentant respectivement 72 % et 52 % des cas (figure 1). L’étude des paramètres du bilan lipidique chez 112 patients a montré une augmentation significative du cholestérol (4,41 ± 1,02 vs 3,90 ± 0,98 mmol/L ; p < 0,001), du LDLc (2,13 ± 1,09 vs 1,29 ± 0,56 mmol/L ; p < 0,001) et de la Lp(a) (236 ± 207 vs 163 ± 150 mg/L ; p < 0,001) et une diminution significative du HDLc (0,98 ± 0,28 vs 1,09 ± 0,36 mmol/L ; p = 0,01) par rapport aux témoins (tableau 4). Chez les patients de sexe masculin, nous avons noté une augmentation significative des concentrations plasmatiques du cholestérol total (p < 0,001) et du LDLc (p < 0,001) et une diminution significative du HDLc (p < 0,001) par rapport aux témoins. Chez les femmes bipolaires, nous avons retrouvé une augmentation significative des concentrations plasmatiques du cholestérol total (p < 0,001), du LDLc (p < 0,001), de la Lp(a) (p < 0,01) et du rapport ApoB/ApoA1 (p < 0,001) par rapport aux témoins (tableau 4). Les patients bipolaires présentent une tendance à l’hypercholestérolémie et une augmentation des concentrations du LDLc en fonction de l’âge avec augmentation significative des concentrations du LDLc (p < 0,001) et de la Lp(a) (p < 0,05) et diminution significative du HDLc (p < 0,01) chez les patients âgés de moins de 35 ans, une augmentation significative des TG (p = 0,05), du CT (p < 0,01), du LDLc (p < 0,001) et de la Lp(a) (p < 0,01) chez les patients âgés de 35 à 55 ans et une augmentation significative du cholestérol total (p < 0,05) et du LDLc (p < 0,001) chez les patients âgés de plus de 55 ans (tableau 4).

Chez les patients bipolaires, les fumeurs et les non consommateurs d’alcool présentent une augmentation significative des concentrations plasmatiques du cholestérol total (respectivement p = 0,05, p < 0,001), du LDLc (respectivement p < 0,001, p < 0,001) et de la Lp(a) (respectivement p = 0,04, p < 0,01) et une diminution significative du HDLc (respectivement p < 0,001, p < 0,01) par rapport aux témoins du même statut (tableau 4). Les patients en phase stabilisée ont montré une augmentation significative de la Lp(a) par rapport à ceux en phase dépressive.

Une hypertriglycéridémie significative est retrouvée chez les patients traités par l’association acide valproïque/lithium (tableau 5).

Chez les patients obèses, les TG sont majorés de 20 % et les HDLc diminués de 10 % par rapport aux patients en surpoids et ceux dont l’IMC est < 25 kg/m2, sans que les différences ne soient significatives. Cependant, l’augmentation de la Lp(a) chez les patients en surpoids est significative (tableau 6).

Tableau 2 Variation de l’IMC en fonction du sexe, de l’âge, du statut alcoolique et du statut tabagique dans la population d’étude.

Patients

Témoins

p

Sexe

Hommes

26,23 ± 4,03a

24,91 ± 3,36

0,02

Femmes

28,83 ± 5,03b

25,80 ± 4,80

0,004

Age (ans)

< 35

25,93 ± 3,97a

23,96 ± 3,43a

0,006

[35-55]

27,66 ± 4,45b

26,56 ± 3,96b

0,15

≥ 55

29,30 ± 6,29

26,11 ± 3,94

0,22

Consommation alcoolique

Oui

25,60 ± 3,84

23,87 ± 3,03

0,0007

Non

27,36 ± 4,65

25,39 ± 4,01

0,17

Consommation tabagique

Oui

26,32 ± 3,77a

24,82 ± 3,38

0,01

Non

28,03 ± 5,20b

26,64 ± 4,42

0,006



Tableau 3 Répartition des patients bipolaires selon l’IMC en fonction de la phase de la maladie et du traitement.

IMC (kg/m2)

IMC ≥ 30

25 ≤ IMC < 30

IMC < 25

n = 43 (%)

n = 40 (%)

n = 47 (%)

Phase de la maladie

Dépressive (n = 21)

8 (38,1)

4 (19,1)

9 (42,8)

Stabilisée (n = 73)

25 (34,2)

23 (31,5)

25 (34,3)

Maniaque (n = 36)

10 (27,8)

13 (36,1)

13 (36,1)

Traitement

AVP (n = 64)

25 (39,1)

17 (26,6)

22 (34,3)

Li (n = 12)

6 (50)

4 (33,3)

2 (16,7)

Carb (n = 10)

2 (20)

5 (50)

3 (30)

AVP/Li (n = 6)

2 (33,3)

3 (50)

1 (16,7)

A (n = 38)

8 (21,1)

11 (28,9)

19 (50)



Tableau 4 Variations des paramètres du bilan lipidique selon le sexe, l’âge, le statut tabagique et le statut alcoolique chez la population d’étude.

TG (mmol/L)

CT (mmol/L)

HDLc (mmol/L)

LDLc (mmol/L)

Lp(a) (mg/L)

ApoB/ApoA1

Témoins (n = 130)

1,64 ± 0,96

3,90 ± 0,98

1,09 ± 0,36

1,29 ± 0,56

163 ± 150

0,72 ± 0,30

Patients (n = 112)

1,97 ± 1,66

4,41 ± 1,02*

0,98 ± 0,28*

2,13 ± 1,09*

236 ± 207*

0,70 ± 0,25

Sexe

Hommes

T (n = 84)

1,75 ± 1,09

3,96 ± 1,09

1,06 ± 0,37

1,42 ± 0,59

170 ± 130

0,73 ± 0,31

P (n = 76)

2,16 ± 1,88

4,44 ± 1,05*

0,87 ± 0,24*

2,18 ± 1,16*

218 ± 188

0,73 ± 0,26

Femmes

T (n = 46)

1,43 ± 0,62

3,79 ± 0,74

1,16 ± 0,31

1,04 ± 0,40

150 ± 183

0,50 ± 0,16

P (n = 36)

1,56 ± 0,96

4,35 ± 0,93*

1,18 ± 0,23

2,01 ± 0,89*

276 ± 241*

0,64 ± 0,19*

Age (ans)

< 35

T (n = 65)

1,61 ± 1,08

3,78 ± 1,08

1,11 ± 0,39

1,26 ± 0,61

179 ± 189

0,63 ± 0,24

P (n = 46)

1,66 ± 1,44

4,17 ± 1,03

0,94 ± 0,29*

1,98 ± 0,91*

256 ± 213*

0,67 ± 0,25

[35 – 55]

T (n = 56)

1,68 ± 0,86

4,01 ± 0,86

1,05 ± 0,31

1,33 ± 0,51

145 ± 97

0,66 ± 0,35

P (n = 59)

2,24 ± 1,86*

4,54 ± 1,00*

1,02 ± 0,28

2,16 ± 1,19*

223 ± 214*

0,73 ± 0,25

≥ 55

T (n = 9)

1,58 ± 0,79

4,11 ± 0,85

1,28 ± 0,41

1,25 ± 0,49

162 ± 119

0,70 ± 0,25

P (n = 7)

1,70 ± 0,67

4,94 ± 0,66*

1,04 ± 0,15

2,84 ± 1,00*

219 ± 92

0,76 ± 0,20

Consommation tabagique

Oui

T (n = 66)

1,78 ± 1,10

4,05 ± 1,10

1,01 ± 0,27

1,44 ± 0,61

173 ± 139

0,75 ± 0,34

P (n = 60)

2,04 ± 1,61

4,43 ± 1,06*

0,87 ± 0,26*

2,21 ± 1,15*

237 ± 201*

0,74 ± 0,26

Non

T (n = 64)

1,49 ± 0,78

3,75 ± 0,82

1,18 ± 0,42

1,14 ± 0,46

152 ± 161

0,53 ± 0,17

P (n = 52)

1,88 ± 1,72

4,39 ± 0,97*

1,10 ± 0,25

2,03 ± 0,99*

235 ± 216*

0,66 ± 0,22*

Consommation alcoolique

Oui

T (n = 14)

1,41 ± 0,77

3,86 ± 1,03

0,94 ± 0,36

1,52 ± 0,66

143 ± 83

0,76 ± 0,36

P (n = 15)

2,04 ± 2,07

4,39 ± 1,27

0,87 ± 0,22

2,04 ± 1,50

249 ± 234

0,70 ± 0,25

Non

T (n = 116)

1,67 ± 0,98

3,91 ± 0,98

1,11 ± 0,35

1,26 ± 0,54

165 ± 156

0,63 ± 0,28

P (n = 97)

1,96 ± 1,60

4,42 ± 0,97*

1,00 ± 0,28*

2,14 ± 1,01*

234 ± 204*

0,71 ± 0,25



Tableau 5 Variations des paramètres du bilan lipidique selon la phase de la maladie et le traitement chez les patients bipolaires (n = 112).

TG (mmol/L)

CT (mmol/L)

HDLc (mmol/L)

LDLc (mmol/L)

Lp(a) (mg/L)

ApoB/ApoA1

Patients (n = 112)

1,97 ± 1,66

4,41 ± 1,02

0,98 ± 0,28

2,13 ± 1,09

236 ± 207

0,70 ± 0,25

Phase de la maladie

Dépressive (n = 17)

2,10 ± 1,43

4,57 ± 0,96

1,07 ± 0,28

2,18 ± 1,15

164 ± 89

0,77 ± 0,33

Stabilisé (n = 64)

1,94 ± 1,91

4,50 ± 0,96

1,13 ± 0,41

2,12 ± 0,93

263 ± 236b

0,68 ± 0,20

Maniaque (n = 31)

1,95 ± 1,20

4,16 ± 1,12

1,00 ± 0,25

2,10 ± 1,33

221 ± 183

0,71 ± 0,27

Traitement

Carb (n = 9)

2,25 ± 3,45

4,61 ± 1,17

1,11 ± 0,43

1,74 ± 0,79

297 ± 234

0,65 ± 0,24

AVP (n = 55)

1,78 ± 1,28

4,25 ± 1,01

1,07 ± 0,36

2,09 ± 1,10

243 ± 223

0,69 ± 0,21

Li (n = 11)

1,67 ± 1,30

4,24 ± 0,76

1,06 ± 0,32

2,07 ± 0,85

181 ± 95

0,71 ± 0,26

AVP/Li (n = 4)

2,16 ± 2,04a

3,89 ± 0,36

1,01 ± 0,24

2,39 ± 1,44

137 ± 80

0,87 ± 0,21

A (n = 33)

1,84 ± 0,64

4,75 ± 1,05

1,13 ± 0,37

2,29 ± 1,19

239 ± 211

0,73 ± 0,32



Tableau 6 Variations des paramètres du bilan lipidique selon l’IMC chez les patients bipolaires (n = 112).

IMC (kg/m2)

IMC < 25 n = 44

[25 -30] n = 36

IMC ≥ 30 n = 32

Cholestérol (mmol/L)

4,30 ± 1,08

4,62 ± 1,02

4,34 ± 0,91

Triglycérides (mmol/L)

1,86 ± 1,88

1,87 ± 0,96

2,22 ± 1,93

HDLc (mmol/L)

1,15 ± 0,46

1,04 ± 0,28

1,06 ± 0,26

LDLc (mmol/L)

2,06 ± 1,10

2,35 ± 1,20

1,97 ± 0,91

ApoA1 (g/L)

1,19 ± 0,25

1,20 ± 0,26

1,15 ± 0,17

ApoB (g/L)

0,77 ± 0,26 (a)

0,89 ± 0,26 (b)

0,77 ± 0,17 (c)

ApoB/ApoA1

0,68 ± 0,30

0,75 ± 0,20

0,69 ± 0,21

Lipoprotéine (a) (mg/L)

213 ± 218

298 ± 251*

202 ± 111*

Discussion

Dans notre étude, les prévalences respectives de l’obésité et du surpoids chez les patients bipolaires ont été de 33,1 % et de 30,7 %. Ces résultats sont similaires à ceux rapportés par Elmslie et al. [8] et Fagiolini et al. [4] (36 % et 32 %). Par contre, McElroy et al. [3] rapportent des valeurs différentes, de l’ordre de 44 % et 20 %. La prévalence de l’obésité chez les patients est plus importante que celle chez les témoins (12,3 %), ainsi que celle observée à travers le monde (20 %) [1]. La relation obésité-troubles bipolaires est évoquée par Raji et al. [9], selon lesquels l’obésité représente un facteur de risque de déclin cognitif et de démence par développement d’une atrophie cérébrale. Par ailleurs, les troubles bipolaires peuvent favoriser l’obésité par diminution de l’activité physique, modification des habitudes alimentaires, et par les médicaments utilisés comme nous l’avons constaté chez nos patients traités notamment par l’acide valproïque et le lithium. Selon McEvoy et al., la modification du style de vie, la fumée de tabac et la diminution de l’activité physique majorent le risque de maladies cardiovasculaires par induction de l’obésité et des dyslipidémies qui constituent deux critères de base du syndrome métabolique [10]. De plus, les patients bipolaires ont un risque accru de morbidité et de mortalité par rapport à la population générale avec une réduction de l’espérance de vie de 15 à 30 ans, en rapport avant tout avec des événements cardiovasculaires précoces (infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral…) [6].

Dans notre étude, nous avons retrouvé une augmentation significative de l’IMC chez les patients bipolaires par rapport aux témoins indépendamment du sexe et du statut tabagique. Ces résultats sont en faveur de l’implication de la pathologie dans le processus de gain de poids. Cependant, au sein des patients bipolaires, nous avons noté une augmentation significative de l’IMC chez les femmes par rapport aux hommes, à l’instar des résultats de Wang et al. [11], et chez les non fumeurs par rapport aux fumeurs, résultats concordant avec ceux rapportés par Chen et al. [12]. La relation obésité/tabagisme mérite une attention particulière. La diminution du poids chez les fumeurs est souvent surestimée bien que les effets indésirables du tabac à ce niveau soient désormais bien établis. Le tabagisme augmente en effet les dépenses énergétiques de repos et son effet métabolique dure plus longtemps chez les fumeurs de poids normal [13].

L’étude des variations de l’IMC en fonction de l’âge et du statut alcoolique montre que les patients de moins de 35 ans et ceux consommateurs d’alcool présentent des valeurs de l’IMC significativement plus élevées par rapport aux témoins, alors que dans le groupe des patients bipolaires, les valeurs de l’IMC sont significativement plus élevées chez les patients âgés de 35 à 55 ans en raison probablement d’une diminution de l’activité physique qui majore les effets dus aux modifications des habitudes alimentaires, à la pathologie elle-même et/ou au traitement. L’obésité est plus importante chez les patients en phase dépressive par rapport à ceux en phase maniaque, concordant avec les résultats de Fagiolini et al. [4]. Selon Lecerf et al. [14], la dépression favorise la prise de poids par stimulation de l’appétit.

Dans la majorité des cas, l’obésité et le surpoids sont retrouvés chez des patients traités par l’acide valproïque ou le lithium avec des fréquences respectives de 72 % et 52 %. D’après Kahn [15], les traitements classiques par le lithium peuvent occasionner des prises de poids pouvant conduire à une obésité. Ce même auteur précise que la prise de poids est importante à considérer car elle constitue l’une des causes les plus fréquentes d’arrêt du traitement, surtout à long terme. Selon Casey [16], le lithium entraîne une stimulation de l’appétit et une augmentation de prise des aliments riches en calories provoquant une prise de poids. En outre, le surpoids est lui-même corrélé à de nombreuses autres pathologies pouvant compliquer l’état du patient (diabète type 2, maladies cardiovasculaires et rhumatismales, hypertension artérielle). Concernant l’acide valproïque, ce médicament agirait par inhibition de la sécrétion de leptine qui est une hormone sécrétée par les adipocytes et qui joue un rôle clé dans la régulation de la prise alimentaire, la dépense énergétique et la fonction neuroendocrinienne. Elle stimule l’oxydation des acides gras et la consommation de glucose, et diminue l’accumulation des lipides dans les tissus non adipeux [17].

Nos résultats ont aussi montré que les patients bipolaires présentaient une perturbation du bilan lipidique par rapport aux témoins avec une augmentation significative du cholestérol, du LDLc et de la Lp(a) et une diminution significative du HDLc mettant en évidence un risque plus important de survenue d’un syndrome métabolique et de maladies cardiovasculaires chez ces patients [18]. Le mécanisme exact de l’altération du profil lipidique n’est pas clairement élucidé mais peut s’expliquer par les modifications des habitudes alimentaires, la diminution de l’activité physique et l’obésité chez ces patients [19] et par le rôle très important du cholestérol et des triglycérides dans la physiopathologie des troubles de l’humeur et en particulier des troubles bipolaires [20]. En effet, les triglycérides constituent des précurseurs des acides gras et de la choline qui entrent à la fois dans la structure lipidique des membranes neuronales et dans la communication intercellulaire [21]. Le cholestérol est impliqué dans la neurotransmission synaptique de la sérotonine, le neuromédiateur le plus important dans la physiopathologie des troubles bipolaires [22]. Il est donc essentiel que le patient bipolaire bénéficie d’un suivi régulier et d’une prise en charge adéquate afin de limiter les complications cardiovasculaires et métaboliques. La prise en charge devrait inclure un suivi systématique du poids, du tour de taille et du profil lipidique, ainsi que la consultation d’un spécialiste pour la mise en place d’un traitement hypolipémiant [6].

La comparaison des variations du bilan lipidique entre les malades et les témoins a montré une perturbation du cholestérol total, du LDLc, du HDLc et la Lp(a), indépendamment du sexe, de l’âge et du statut tabagique. Ces résultats sont évocateurs de l’existence d’une relation entre la pathologie elle-même et l’altération du profil lipidique, à l’instar des résultats rapportés par Sagud et al. [23] qui ont suggéré que la physiopathologie des troubles de l’humeur pouvait être liée à des altérations du profil lipidique.

Chez les patients en phase dépressive, nous avons noté une augmentation des concentrations des TG, du cholestérol, du LDLc et du rapport ApoB/ApoA1 par rapport à ceux en phase maniaque ou stabilisée. Sagud et al. [19] ont retrouvé, chez les patients en phase maniaque, des concentrations basses du cholestérol et du LDLc sans modifications des TG ni du HDLc ; alors que Chung et al. [20] n’ont pas retrouvé de modifications ni du cholestérol, ni des TG chez les patients bipolaires en phase dépressive, mixte ou maniaque. Ces données montrent donc une variabilité importante des résultats selon les études et donc selon les populations (origine ethnique et habitudes alimentaires).

Une hypertriglycéridémie significative a été retrouvée chez les patients traités par l’association acide valproïque/lithium. Elle serait en rapport avec le métabolisme de l’acide valproïque. En effet, lors de sa métabolisation, l’acide valproïque interfère avec la β-oxydation des acides gras, aboutissant à une stéatose hépatique de type microvésiculaire. Cette interférence serait due à une compétition entre des dérivés de l’acide valproïque et des acides gras au niveau d’une enzyme de la β-oxydation ou à une séquestration du CoA libre (indispensable à la β-oxydation) sous forme de valproyl CoA non métabolisé [24].

L’étude des variations des paramètres du bilan lipidique selon l’IMC chez les patients bipolaires a montré une augmentation des TG de 20 %, une diminution du HDLc de 10 % chez les sujets obèses et une augmentation significative de la Lp(a) chez les patients en surpoids. D’après Chung et al. [20], les paramètres lipidiques sont influencés par l’IMC.

L’augmentation du CT et de la Lp(a) indépendamment du tabac, et celle du LDLc indépendamment de l’âge, du sexe et du tabac sont en faveur du rôle de la maladie dans la survenue des perturbations lipidiques observées.

Conclusion

L’obésité est plus fréquente chez les patients bipolaires par rapport aux témoins. L’IMC est significativement plus élevé chez les patients par rapport aux témoins indépendamment du sexe et du statut tabagique. Les patients âgés de moins de 35 ans et ceux consommateurs d’alcool présentent des valeurs de l’IMC significativement plus élevées par rapport aux témoins ; et dans la plupart des cas, les patients obèses et en surpoids sont ceux traités par l’acide valproïque ou par le lithium. Chez les patients bipolaires, l’obésité et le surpoids sont souvent associés à des perturbations du bilan lipidique, essentiellement à une augmentation du cholestérol total, du LDLc et de la Lp(a) et à une diminution du HDLc, majorant ainsi le risque cardiovasculaire. Il est donc important de mettre en place une stratégie d’éducation et de prévention primaire aussi bien chez les patients bipolaires que chez les sujets sains en insistant sur une alimentation plus saine et une activité physique adaptée. L’ajustement le plus adéquat des doses de médicaments et les conseils diététiques sont utiles, surtout en début de traitement. La surveillance du poids doit devenir un geste de routine.

Conflit d’intérêts

non déclaré.

Références

1 Haddad FG, Brax H, Zein E, Abou el Hessen T. L’obésité et les pathologies associées dans un centre de soins au Liban. J Med Liban 2006 ; 54 : 152-5.

2 Gay C, Olie JP. Prise en charge des troubles bipolaires. Rev Prat 2005 ; 55 : 513-20.

3 McElroy SL, Kotwal R, Malhotra S, Nelson EB, Keck PE, Nemeroff CB. Are mood disorders and obesity related a review for the mental health professional. J Clin Psychiatry 2004 ; 65 : 634-51.

4 Fagiolini A, Frank E, Houck PR, Mallinger AG, Swartz HA, Buysse DJ, et al. Prevalence of obesity and weight change during treatment in patients with bipolar I disorder. J Clin Psychiatry 2002 ; 63 : 528-33.

5 Wyatt SB, Winters KP, Dubbert PM. Overweight and obesity : prevalence, consequences, and causes of a growing public health problem. Am J Med Sci 2006 ; 331 : 166-74.

6 Saravane D, Feve B, Frances Y, Corruble E, Lancon C, Chanson P, et al. Elaboration de recommandations pour le suivi somatique des patients atteints de pathologie mentale sévère. Encéphale 2009 ; 35 : 330-9.

7 American Psychiatric Association. DSM IV, critères diagnostiques. Washington DC, 2000. Traduction française par JD Guelfi et al. Paris : Masson, 2000.

8 Elmslie JL, Silverstone JT, Mann JL, Williams SM, Romans SE. Prevalence of overweight and obesity in bipolar patients. J Clin Psychiatry 2000 ; 61 : 179-84.

9 Raji CA, Ho AJ, Parikshak NN, Becker JT, Lopez OL, Kuller LH, et al. Brain structure and obesity. Hum Brain Mapp, 2009 ; [Epub ahead of print].

10 McEvoy JP, Meyer JM, Goff DS, Nasrallah HA, Davis SM, Sullivan L, et al. Prevalence of the metabolic syndrome in patients with schizophrenia : baseline results from the clinical antipsychotic trials of intervention effectivenss (CATIE) schizophrenia trial and comparison with national estimates from NHANES III. Schizophrenia Res 2005 ; 80 : 19-32.

11 Wang PW, Sachs GS, Zarate CA, Marangell LB, Calabrese JR, Goldberg JF, et al. Overweight and obesity in bipolar disorders. J Psychiatric Res 2006 ; 40 : 762-4.

12 Chen Z, Yen ST, Eastwood BD. Does cigarette smoking have a causal effect on weight reduction ? J Family Economics Issues 2007 ; 28 : 49-67.

13 Audiain JE, Klesges RC, Klesges LM. Relationship between obesity and the metabolic effects of smoking in women. Health psychology 1995 ; 14 : 116-23.

14 Lecerf JM. Stress and obesity. Nutr Clin Métab 2006 ; 20 : 99-107.

15 Kahn JP. Comorbidités et troubles bipolaires. Encéphale 2006 ; 32 : 511-4.

16 Casey DE. Metabolic issues and cardiovascular disease in patients with psychiatric disorders. Am J Med 2005 ; 118 : 15-22.

17 Lagace DC, Mcleod RS, Nachtigal MW. Valproic acid inhibits leptin secretion and reduces leptin messenger ribonucleic acid levels in adipocytes. Endocrinology 2004 ; 145 : 5493-503.

18 Garcia-Portilla MP, Saiz PA, Bascaran MT, Martinez S, Benabarre A, Sierra P, et al. Cardiovascular risk in patients with bipolar disorder. J Affect Disord 2009 ; 115 : 1-7.

19 Sagud M, Mihaljevic-Peles A, Pivac N, Jakovljevic M, Muck-Seler D. Platelet serotonin and serum lipids in psychotic mania. J Affect Disord 2007 ; 97 : 247-51.

20 Chung KH, Tsai SY, Lee HC. Mood symptoms and serum lipids in acute phase of bipolar disorder in Taiwan. Psychiatry Clin Neurosci 2007 ; 61 : 428-33.

21 Muldoon MF, Ryan CM, Matthews KA, Manuck SB. Serum cholesterol and intellectual performance. Psychosom Med 1997 ; 59 : 382-7.

22 Glueck CJ, Tieger M, Kunkel R, Hamer T, Tracy T, Speirs J. Hypocholesterolemia and affective disorders. Am J Med Sci 1994 ; 308 : 218-25.

23 Sagud M, Mihaljevic-Peles A, Pivac N, Jakovljevic M, Muck-Seler D. Lipid levels in female patients with affective disorders. Psychiatry Res 2009 ; 168 : 218-21.

24 Thurston JH, Hauhart RE. Amelioration of adverse effects of valproic acid on ketogenesis and liver coenzyme- A metabolism by cotreatment with panthothenate and carnitine in developing mice; possible clinical significance. Pediatr Res 1992 ; 31 : 419-23.


 

About us - Contact us - Conditions of use - Secure payment
Latest news - Conferences
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - All rights reserved
[ Legal information - Powered by Dolomède ]