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MicroRNAs: Novel biomarkers for human cancer


Annales de Biologie Clinique. Volume 68, Number 3, 263-72, mai-juin 2010, synthèse

DOI : 10.1684/abc.2010.0429

Résumé   Summary  

Author(s) : Claudine L Bartels, Gregory J Tsongalis , Department of Pathology, Darmouth Medical Schook, Darmouth Hichcock Medical Center and Norris Cotton Cancer Center; Lebanon, NH, USA, Department of Pathology, Darmouth Hitchcock Medical Center, One Medical Center Drive, Lebanon, NH 03756, USA.

Summary : MicroRNAs (miRNAs), small RNA molecules of approximately 22 nucleotides, have been shown to be up- or downregulated in specific cell types and disease states. These molecules have become recognized as one of the major regulatory gatekeepers of coding genes in the human genome. We review the structure, nomenclature, mechanism of action, technologies used for miRNA detection, and associations of miRNAs with human cancer. miRNAs are produced in a tissue-specific manner, and changes in miRNA within a tissue type can be correlated with disease status. miRNAs appear to regulate mRNA translation and degradation via mechanisms that are dependent on the degree of complementarity between the miRNA and bead-based arrays, and quantitative real-time PCR. The tissue concentrations of specific miRNAs have been associated with tumor invasiveness, metastatic potential, and other clinical characteristics for several types of cancers, including chronic lymphocytic leukemia, and breast, colorectal, hepatic, lung, pancreatic, and prostate cancers. By targeting and controlling the expression of mRNA, miRNAs can control highly complex signal-transduction pathways and other biological pathways. The biologic roles of miRNAs in cancer suggest a correlation with prognosis and therapeutic outcome. Further investigation of these roles may lead to new approaches for the categorization, diagnosis, and treatment of human cancers.

Keywords : microRNA, cancer, biomarker

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ARTICLE

Auteur(s) : Claudine L Bartels1, Gregory J Tsongalis2

1Department of Pathology, Darmouth Medical Schook, Darmouth Hichcock Medical Center and Norris Cotton Cancer Center; Lebanon, NH, USA
2Department of Pathology, Darmouth Hitchcock Medical Center, One Medical Center Drive, Lebanon, NH 03756, USA

Alors que le cancer était associé autrefois à un processus aigu conduisant à une mortalité rapide, les connaissances actuelles de la biologie des cellules tumorales font du cancer un état chronique, et le développement de thérapeutiques spécifiquement ciblées sur les tumeurs accroissent régulièrement les perspectives de survie chez les patients cancéreux. Les cancers humains regroupent à la fois les modifications génétiques (innées ou acquises) et les modifications épigénétiques. De nombreux gènes suppresseurs de tumeur et oncogènes ont été décrits, et la découverte de nouveaux biomarqueurs des processus tumoraux est très active [1]. Récemment, un nouveau groupe de marqueurs biologiques, les microRNA (miRNA) a été identifié. Ces molécules sont spécifiques de type cellulaire et de pathologie, à la différence de la majorité des autres biomarqueurs actuellement disponibles. Les miRNA vont certainement prendre une place importante en biologie clinique comme nouveaux marqueurs diagnostiques et pronostiques, et indicateurs de réponse thérapeutique, ainsi que comme cible de nouvelles thérapies. Cette revue de synthèse donne un éclairage des connaissances actuelles des miRNA dans les pathologies tumorales.

miRNA

Les miRNA constituent une famille de RNA endogènes de petite taille (environ 22 nucléotides), fonctionnels et non codants. Les approches bio-informatiques pour l’identification des miRNA ont démontré la conservation de leur séquence au cours de l’évolution [2]. On estime à 1 000 le nombre de gènes de miRNA dans le génome humain (http://www.sanger.ac.uk/Software/Rfam/mirna/). Les miRNA sont exprimés de façon tissu-spécifique, et les modifications d’expression des miRNA à l’intérieur d’un même type tissu ont été associées à différentes pathologies [3, 4].

Les miRNA sont transcrits par la RNA polymérase II ou III sous la forme de molécules primaires plus longues, qui sont ensuite modifiées au niveau nucléaire par la Rnase III Drosha et par le « complexe microprocesseur » DGCR8 pour former des structures de type « stem-loop » (« tige-boucle ») d’environ 70 nucléotides qui sont les précurseurs de miRNA (pré-miRNA) [5-8] (figure 1). Ces pré-miRNA ont une structure repliée et sont transportés grâce à l’exportine-5 du noyau vers le cytoplasme, au sein duquel ils subissent une maturation complémentaire par l’endonucléase RNase III Dicer [9, 10]. Cette enzyme élimine la boucle du pré-miRNA pour former un duplex imparfait constitué du miRNA mature et d’un fragment de taille similaire (miRNA*), qui provient du bras opposé du pré-miRNA. Le brin miRNA de ce duplex est fixé à un complexe appelé RISC (RNA-Induced Silencing Complex) ; le miRNA* se sépare du duplex et est ultérieurement dégradé [11].

Les miRNA régulent l’expression génique en agissant sur la traduction et la dégradation des mRNA. Le mécanisme de cette régulation dépend de la complémentarité du miRNA avec la molécule de mRNA. Une complémentarité presque parfaite favorise l’orientation vers la dégradation du mRNA par le RISC, alors qu’une complémentarité imparfaite bloque la traduction du mRNA par le ribosome [12].

L’identification des cibles des miRNA est difficile car seule la séquence initiale (6 à 8 bases environ) des 22 nucléotides du miRNA s’aligne parfaitement avec la région 3’ non traduite du mRNA [2, 13]. Le reste de la molécule de miRNA peut se fixer de façon parfaite avec mRNA, mais ce n’est pas le cas le plus fréquent. Les approches bio-informatiques ont permis d’identifier des cibles potentielles pour des miRNA particuliers, par l’analyse de la séquence initiale du miRNA [2] ; cependant, ces miRNA doivent être testés in vitro ou in vivo pour déterminer s’ils interagissent réellement avec les mRNA étudiés.

Dès qu’une séquence a été déterminée comme étant un miRNA unique, la base de registre miRBase assigne un nom en accord avec les recommandations existantes [14, 15]. Dans cette base de données, une séquence de 3 ou 4 lettres désigne l’espèce (par exemple, « hsa » pour Homo sapiens) ; cependant, ce préfixe est souvent omis dans la littérature. La partie principale du nom du miRNA est la désignation « miR » (indiquant une séquence mature), suivi par un numéro d’identification unique attribué séquentiellement. Des suffixes sous forme de lettres sont ajoutés aux miR, quand ils diffèrent par seulement 1 ou 2 bases (par exemple : miR-10b) et des suffixes sous forme de chiffres sont assignés aux miR quand ils ont la même séquence mais qu’ils sont dérivés de transcrits primaires différents. Un suffixe –5p ou –3p est donné quand les miRNA matures sont dérivés du bras 5’ ou du bras 3’, du précurseur du miRNA. Pour ce domaine en évolution rapide, la miRBase conserve les dernières dénominations de la nomenclature.

Méthodes de détection des miRNA

Différentes méthodes ont été décrites pour la détection des miRNA ou de profils de miRNA dans différents types cellulaires : puces à ADN, arrays sur des billes, PCR quantitative en temps réel. Le principe des puces est basé sur l’appareillement de Watson et Crick des bases nucléiques. Les puces permettent la détection simultanée de plusieurs centaines de miRNA. Un panel de sondes de capture d’oligonucléotides est fixé sur des lames de verre, et un échantillon d’extrait de RNA enrichi pour les petites molécules de RNA est soumis à l’hybridation avec ces sondes de capture. Les miRNA étant courts, il peut être difficile de normaliser les températures de fusion (Tm) des sondes pour une même expérience en maintenant une sensibilité et une spécificité suffisantes. Ce problème a pu être contourné par l’utilisation de « locked nucleic acids » (LNA - acides nucléiques « verrouillés »). Les LNA contiennent au moins un monomère LNA, c’est-à-dire un analogue d’acide nucléique dans lequel l’atome d’oxygène en 2’ et l’atome de carbone en 4’ du ribose sont « verrouillés » par un pont méthylène [16]. Chaque monomère de LNA incorporé augmente le Tm du duplex d’acides nucléiques de 2 à 10 °C [17]. Ainsi, en ajustant le nombre de monomères de LNA incorporés dans une sonde de capture, toutes les sondes d’une même expérience peuvent être normalisées au niveau de la valeur de leur Tm malgré la faible longueur des miRNA. De nombreuses associations avec des pathologies ont ainsi été découvertes par cette technique.

Les arrays utilisant des billes, telles que les arrays FlexmiR Luminex® permettent également la quantification simultanée de plusieurs centaines de miRNA [18]. Des sondes d’acides nucléiques verrouillés (LNA©, Exiquon) sont couplées à des microsphères de polystyrène carboxylée qui contiennent des mélanges variables de deux colorants fluorescents, permettant l’identification de chaque microsphère (jusqu’à 100) par un cytomètre en flux, car chaque microsphère a ainsi une couleur unique. Chaque microsphère est couplée à une molécule de LNA qui est spécifique pour un miRNA ; les sondes permettent la différenciation entre des miRNA d’une même famille. Le RNA total est extrait de l’échantillon, biotinylé, puis hybridé avec les microsphères. Les microsphères sont lavées, incubées avec la phycoérythrine-streptavidine et analysées par un analyseur Luminex®. L’analyseur peut identifier à la fois la fluorescence spécifique d’une microsphère et mesurer l’intensité de fluorescence de la phycoérythrine-streptavidine, ce qui permet à l’utilisateur de mettre en évidence les miRNA présents dans l’échantillon. Cet essai permet également d’obtenir des résultats quantitatifs, si une courbe de calibrage est réalisée en utilisant des matériels de calibrage appropriés tels que des oligonucléotides synthétiques.

La PCR quantitative en temps réel (RT-qPCR) peut également être utilisée pour détecter des miRNA. La quantification de miRNA matures nécessite habituellement la transcription inverse du miRNA avec une amorce « stem-loop » [19] (figure 2). Le cDNA est ensuite utilisé dans une réaction de PCR en temps réel. Un mélange d’amorces et de sonde doublement marquée (TaqMan©) est utilisé pour amplifier et détecter le cDNA recherché. La sonde possède un colorant rapporteur en partie 5’ et un « quencher » en partie 3’. Si la séquence cible est présente durant la PCR, la sonde se fixe à cette séquence cible. Au cours de l’étape d’extension du cycle de PCR, le colorant rapporteur est libéré par l’activité 5’ exonucléase de la Taq polymérase ; puisque le colorant rapporteur et le « quencher » ont été séparés, la fluorescence du colorant est détectée. Les RNA primaires et/ou les pré-miRNA peuvent également être quantifiés par les mêmes méthodes, mais de tels essais nécessitent de choisir précisément à la fois les amorces et les sondes [19].

miRNA et cancer du sein

Le cancer du sein est la deuxième cause de mortalité par cancer chez la femme, et constitue 26 % des cancers diagnostiqués en 2008 aux Etats-Unis [20]. Certains miRNA sont associés au cancer du sein ; par exemple, miR-155 est surexprimé, suggérant qu’il peut agir comme un oncogène [21, 22]. La surexpression de miR-373 et miR-520c favorise la métastatisation en inhibant l’expression de CD44. L’expression accrue de l’isoforme CD44s de CD44 est associée à une augmentation de la survie chez les patientes atteintes du cancer du sein [23, 24]. Il existe une association inverse entre l’expression de CD44 et les concentrations de miR-373 et miR-520c. Ma et al. [22] ont montré que l’expression du gène codant pour miR-10b est augmentée ; miR-10b est contrôlé par le facteur de transcription Twist1 et sa surexpression semble favoriser l’invasion tumorale in vivo [22]. miR-21 est également surexprimé dans le cancer du sein, entraînant l’inhibition de deux cibles importantes : PDCD4 (programmed cell death 4) et la tropomyosine 1 (TPM1) [25-27]. PDCD4 est un suppresseur de tumeurs qui agit sur les étapes traductionnelles en inhibant le facteur d’initiation 4 [28]. TPM1 est un membre de la grande famille des tropomyosines, qui sont associées avec l’actine et assurent la stabilisation des microfilaments [29].

miR-17-5p, également appelé miR-91, est également surexprimé dans les cancers du sein [30]. Ce miRNA est codé par un gène localisé par un chromosome 13q31, une région à l’origine d’une perte d’hétérozygotie (loss of heterozygosity - LOH) dans ce type de cancer [31]. miR-17-5p assure normalement l’inhibition de la traduction du mRNA AIB1 (amplified in breast cancer 1) [30]. AIB1 est un co-activateur de l’élément de régulation du cycle cellulaire E2F1 ; il favorise la transcription dépendante du récepteur des œstrogènes [32, 33]. Avec miR-20a, miR-17-5p régule également mais de façon négative le gène de la cycline D1 (CCND1) [34]. Les patients ayant des concentrations faibles du miR-335 et du miR-126 ont des rechutes métastatiques en moyenne plus rapides [35]. La régulation négative de miR-335 favorise le processus de métastatisation en activant la protéine matricielle extracellulaire ténascine C et le facteur de transcription factor SOX4 [35]. Enfin miR-126 semble agir comme un suppresseur de tumeur, et la diminution de son expression favorise la prolifération cellulaire [35].

L’expression différencielle de gènes codant pour différents miRNA semble être liée à des présentations particulières du cancer du sein. A titre d’exemple, l’expression du gène codant pour miR-30 semble corrélée au niveau d’expression du récepteur des œstrogènes et du récepteur de la progestérone, et une régulation négative de ce miRNA est retrouvée dans les tumeurs négatives pour ces deux récepteurs [21]. De plus, miR-213 et miR-203 semblent corrélés au stade d’évolution de la tumeur : une augmentation de l’expression des gènes codant pour ces deux miRNA est retrouvée dans les tumeurs de grade élevé [21]. Enfin, miR-206 semble avoir comme cible la région 3’ non traduite pour le récepteur des œstrogènes, responsable d’une corrélation inverse entre la concentration de miR-206 et le statut de la tumeur en récepteur des œstrogènes [36, 37].

miRNA et leucémie lymphoïde chronique

La leucémie lymphoïde chronique (LLC) est la plus fréquente des leucémies dans les pays occidentaux et son pronostic est très variable. Ceci justifie la recherche et l’évaluation de nouveaux tests à visée pronostique, et différentes études ont tenté de relier les concentrations de miRNA dans les cellules lymphoïdes tumorales à d’autres biomarqueurs tels que ZAP-70, la mutation IgVH ou la délétion 13q14. Cependant, à ce jour, les résultats de ces études ne sont pas consensuels [38, 39]. miR-150 apparaît surexprimé dans les cellules sanguines lymphoïdes au cours de la LLC ; il en est de même pour miR-155 dont le gène est situé dans le dernier exon du cluster d’intégration de cellules B et qui est surexprimé dans les cellules de LLC en comparaison avec des cellules B normales [38, 40, 41].

L’expression de nombreux miRNA a été retrouvée diminuée dans la LLC. La diminution de l’expression de gènes codant pour miR-15a et miR-16-1 est associée à un bon pronostic. Ces gènes sont présents sur le chromosome 13q14.3, qui est délété chez 68 % de patients atteints de LLC. La cible de ces miRNA semble incertaine [39, 40, 42, 43]. Bien que les études de transfection de cellules mégacaryocytaires avec les gènes de ces deux miRNA aient montré que la cible pourrait être la protéine anti-apoptotique BLC-2, les modifications d’expression de ces deux gènes ne sont pas associées à une modification de l’expression du gène BCL2 (B-cell CLL/Lymphoma 2) [40, 42]. D’autres cibles pour miR-15a et miR-16-1 sont actuellement en cours d’identification [43]. Les gènes codant pour les miRNA de type miR-92, qui appartiennent au cluster de gènes miR-17-92 situés sur le chromosome 13q31-32, sont sous-exprimés dans la LLC [40]. Les gènes codant pour miR-181 et miR-29, dont la cible est le gène TCL1A (T-cell leukemia/lymphoma 1A), sont également sous-exprimés dans cette pathologie [43]. Il est possible que l’expression diminuée des gènes codant pour miR-181a-2 (MIRLET7A1 [micro RNA let-7a-1] qui est également sous-exprimé dans l’allèle C) résulte d’un processing imparfait de la molécule précurseur [44, 45]. Des faibles concentrations de miR-29 sont associées à un mauvais pronostic de la maladie [39]. L’expression diminuée des gènes codant pour miR-143 et miR-145 a également été décrite [46].

miRNA et cancer colorectal

Le cancer colorectal est la troisième cause de mortalité liée aux cancers et environ 150 000 nouveaux cas ont été rapportés cette année aux Etats-Unis [20]. Comme dans d’autres cancers humains, certains miRNA apparaissent surexprimés ou sous-exprimés dans ces tumeurs [47]. Ainsi, miR-31, miR-96, miR-135b et miR-183 sont surexprimés dans les cancers colorectaux ; le facteur de transcription CHES1 (qui est impliqué dans l’inhibition de l’apoptose) est une cible potentielle de miR-96. Une augmentation de l’expression du gène codant pour miR-21 est associée à une diminution de l’expression du gène codant pour la protéine suppresseur de tumeur PDCD4 ; miR-21 semble avoir comme cible les mêmes gènes que ceux retrouvés dans les cancers du sein (PDEN : phosphatase and tensin homolog ; TPM1 : tropomyosin 1 alpha). miR-135a et miR-135b sont surexprimés, et cette surexpression est associée à la diminution de l’expression du gène APC (adenomatous polyposis coli) [48].

miR-143 et miR-145 sont sous-exprimés dans le cancer colorectal, comme ils le sont dans la LLC. Les gènes codant pour ces miRNA sont tous les deux localisés sur le chromosome 5q23, et ces deux miRNA pourraient être originaires du même miRNA primaire [49, 50]. miR-126 favorise la prolifération cellulaire via la modulation de la voie de signalisation PIP3–kinase [51]. miR-133b est également sous-exprimé et une de ses cibles potentielles est KRAS [52]. KRAS est un membre de la famille des protéines Ras, qui module les voies de signalisation impliquées dans la prolifération cellulaire, la différenciation et la survie. De plus, Lanza et al. ont récemment étudié si un panel combiné de miRNA/mRNA pourrait être capable de distinguer les cancers colorectaux stables des cancers colorectaux instables [53].

miRNA et cancer hépatocellulaire

Le carcinome hépatocellulaire (CHC) est la cinquième cause de mortalité liée au cancer chez l’homme aux États-Unis, avec environ 21 000 nouveaux cas (hommes et femmes) diagnostiqués chaque année [20]. Les principales étiologies du CHC sont l’infection virale, les maladies métaboliques et les pathologies immunes. Le taux de survie à 5 ans est compris entre 50 % et 70 %, avec des rechutes à 5 ans dans plus de 70 % des cas [54, 55]. Les néoplasies hépatiques sont cliniquement hétérogènes et associent des facteurs de risque et des modifications d’ordre génétique. Les gènes de certains miRNA spécifiques apparaissent être exprimés de façon aberrante dans le tissu hépatique au cours du CHC.

Murakami et al. ont été les premiers à utiliser les technologies de puces à ADN pour déterminer le profil d’expression de gènes miRNA dans le CHC [56]. Ces auteurs ont analysé l’expression de gènes de miRNA dans 25 cas de CHC, en étudiant en parallèle le tissu non tumoral, et dans 9 cas d’hépatites chroniques. Dans cette étude, les gènes de 3 miRNA (miR-224, miR-18, et pre-miR-P18) sont apparus surexprimés dans les échantillons de CHC par rapport aux tissus tumoraux et les gènes de 5 autres miRNA (miR-199a*, miR-199a, miR-200a, miR-125a, miR-195) sont apparus sous-exprimés dans ces mêmes échantillons par rapport aux tissus non tumoraux. Avec ces 8 miRNA, Murakami et al. obtiennent une précision de la prédiction de CHC de 97,8 % [56].

Dans une étude plus récente, Ladeiro et al. ont démontré l’intérêt de la détermination du profil de miRNA pour distinguer les atteintes hépatocellulaires bénignes des tumeurs malignes [57]. Cette étude a également identifié des miRNA dans différents groupes de tumeurs sur la base de la présence de mutation d’oncogènes et de gènes suppresseurs de tumeur, et de facteurs de risque spécifiques. Les tumeurs hépatocellulaires malignes ou bénignes avaient une expression accrue pour le gène codant miR-224 et une expression diminuée des gènes codant miR-122a et miR-422b. Les CHC ont révélé des concentrations augmentées de miR-21, miR-10b et miR-222, alors que les tumeurs bénignes avaient une expression diminuée pour des gènes codant miR-200c et miR-203. Parmi les CHC, ceux associés à une consommation alcoolique importante avaient une expression diminuée de miR-126, alors que les cas associés avec une affection virale de type hépatite C avaient une surexpression de miR-96. Ces résultats ont des conséquences importantes pour la compréhension de la physiopathologie hépatique et pourraient permettre de nouvelles approches thérapeutiques.

Li et al. ont identifié un profil de 69 miRNA qui permettent de différencier les tissus hépatiques tumoraux des tissus hépatiques non tumoraux [58]. Huit de ces miRNA ont été choisis pour une validation clinique de la malignité ou non des tumeurs hépatiques, et pour différencier les tumeurs du tissu sain. miR-125b est apparu diminué dans les CHC. Une surexpression du gène de miR-125b a été associée à une survie accrue des patients atteints de CHC. De même, chez des patients atteints de CHC, Jiang et al. ont identifié les gènes de 19 miRNA dont l’expression est associée soit avec une survie faible (faible expression) ou élevée (expression augmentée) [59].

Li et al. ont proposé que miR-125b agirait en inhibant la prolifération cellulaire par diminution de la phosphorylation et donc inactivation d’Akt [58]. Akt est le médiateur le plus important de la voie de PIP3-kinase. De plus, Fornair et al. ont mis en évidence une fonction potentiellement oncogénique de miR-221, qui est augmenté dans le CHC [60]. Des cibles de miR-221 sont les inhibiteurs de kinase cycline-dépendantes CDKN1B/p27 et CDKN1C/p57. L’expression accrue de miR-221 est responsable d’une régulation négative de ces inhibiteurs, qui favorise une perte de contrôle du cycle cellulaire.

miRNA et cancer du poumon

En 2008, 215 000 nouveaux cas de cancer du poumon ont été diagnostiqués aux États-Unis et ce cancer a été responsable de 162 000 morts [20]. Le cancer du poumon à petites cellules (CPPC) est la cause principale de mortalité par cancer du poumon. De nombreuses études ont permis d’identifier les spectres de mutation génique et les profils d’expression des gènes associés avec les processus biologiques qui sont modifiés lors de la carcinogenèse [61, 62]. Sachant que les miRNA jouent un rôle clé dans la carcinogenèse en modulant la traduction et la dégradation de miRNA spécifiques contrôlant les processus cellulaires, un intérêt potentiel des miRNA comme biomarqueurs du cancer du poumon a très vite été mis en évidence.

Le gène lethal-7 (let-7) a été le premier gène identifié comme jouant un rôle critique dans le développement de Caenorhabditis elegans, et ses homologues dans le génome humain ont par la suite été identifiés [63]. Chez C. elegans, la famille des miRNA let-7 régule négativement let-60/RAS. L’équipe de Johnson a montré que les régions 3’ non traduites des gènes humains RAS contiennent de nombreux sites complémentaires de let-7 ; ils ont également mis en évidence que l’expression des gènes liée à let-7 est diminuée d’environ 50 % dans le cancer du poumon par rapport au tissu normal [64]. La concentration de la protéine RAS est par ailleurs significativement plus élevée, suggérant un rôle pour les homologues let-7 dans le cancer pulmonaire humain. Kumar et al. ont montré que les CPPC exprimant MIRLET7G (microRNA let-7g) ont également des concentrations diminuées des protéines RAS et HMGA2 [65]. La perte du contrôle de l’expression de RAS par les miRNA pourrait donc induire une surproduction de RAS et ainsi contribuer à l’installation du cancer chez l’homme.

Une perte d’hétérozygotie (LOH) du chromosome 3p est l’un des événements génétiques les plus fréquents dans le cancer pulmonaire. Weiss et al. ont montré que la perte du gène codant pour miR-128b (situé sur le chromosome 3p) est associée avec la réponse à l’inhibition ciblée de l’EGFR (epidermal growth factor receptor) [66]. La perte d’hétérozygotie de miR-128b peut être considérée comme similaire à la perte du gène suppresseur de tumeur car il permet une production accrue de l’EGFR. Weiss et al. ont initialement montré que miR-128b est un régulateur de l’EGFR dans les lignées cellulaires de CPPC et ont montré que miR-128b régule directement l’EGFR [66]. Dans cette étude, la perte d’hétérozygotie de miR-128b était fréquente dans les échantillons tumoraux et elle était significativement associée à la réponse clinique et à la survie après mise en place d’une thérapeutique de gefitinib. Yu et al. ont identifié une signature de 5 miRNA (let-7a, miR-221, miR-137, miR-372, miR-182) capable de prédire l’évolution sous traitement de patients atteints de CPPC [67]. Les patients ayant un score à haut risque pour ces 5 miRNA avaient un taux accru de rechutes et une survie plus faible.

miRNA et cancer du pancréas

Le cancer du pancréas est la quatrième cause de décès liés aux cancers aux États-Unis avec une survie à 5 ans inférieure à 5 %. Environ 38 000 nouveaux cas et 34 000 décès liés à un cancer du pancréas ont été observés en 2008 dans ce pays [20]. Quatre-vingt-cinq pour cent des tumeurs pancréatiques dérivent des cellules épithéliales du canal pancréatique (adénocarcinome canalaire pancréatique – ACCP) [68]. La mortalité et la morbidité associées à cette pathologie sont similaires à celles de l’ensemble des cancers pancréatiques, en raison d’une expression clinique tardive, d’une très grande invasivité, d’un potentiel métastatique important et d’une résistance particulière à la radiochimiothérapie. Malgré les avancées dans la prise en charge clinique du cancer du pancréas, les stratégies de détection précoce ou de différenciation d’un cancer pancréatique, d’un ACCP et d’une pathologie bénigne (telle qu’une pancréatite chronique) restent très limitées. Pour identifier des biomarqueurs du cancer du pancréas plus pertinents et plus sensibles, la recherche de profils de miRNA a été engagée afin de permettre un diagnostic précoce de ces tumeurs.

Dans plusieurs études, miR-216 a été identifié comme spécifique du tissu pancréatique [69-71]. D’autres études ont mis en évidence une production anormale d’au moins deux miRNA, miR-196a et miR-217, capables de distinguer les échantillons d’ACCP, des échantillons de pancréatite chronique [72]. Dans une étude ultérieure, l’augmentation de la production de miR-196a a été démontrée prédictive d’une faible survie des patients atteints d’ACCP [73]. Même si le carcinome pancréatique pris à un stade précoce peut être traité chirurgicalement, la majorité des cas se présentent à un stade avancé pour lequel la résection chirurgicale n’est plus possible, en raison d’une dissémination vasculaire de la tumeur et de sa propagation dans les ganglions lymphatiques régionaux. Szafranska et al. ont évalué l’intérêt de la détermination de profils d’expression de gènes de miRNA dans des échantillons d’aspiration (à l’aiguille) pour l’identification fiable d’anomalies tissulaires pancréatiques et pour différencier les tissus pancréatiques bénins et malins [74]. Des différences entre miR-194a et miR-217 après RT-q PCR ont clairement permis de séparer les tissus bénins et malins à la fois sur des échantillons congelés et sur des échantillons d’aspiration. Le gène codant pour miR-217 était abondamment exprimé dans les tissus pancréatiques normaux uniquement, et miR-196a a pu être détecté au-dessus de la valeur du bruit de fond de la méthode dans les échantillons d’ACCP uniquement. Sachant que le tissu pancréatique sain est constitué d’à peu près de 90 % de cellules acineuses, ces observations suggèrent que miR-217 est produit de façon basale par ces cellules acineuses. miR-196a n’est produit que dans les cellules d’adénocarcinome canalaire, et pas dans les cellules acineuses ou canalaires non tumorales. De plus, Szafranska et al. ont montré l’absence de production de miR-196a dans les lésions néoplasiques intraépithéliales de type 1B (PanIN-1b) obtenue à partir de tissus pancréatiques microdisséquées. De telles lésions sont connues pour évoluer en ACCP [74]. Soixante pour cent des lésions agressives et avancées de type PanIN-3 ont été retrouvées positives pour miR-196a, alors que l’expression du gène miR-196a était augmentée de 25 % dans les lésions intermédiaires PanIN-2.

miRNA et cancer de la prostate

Le cancer de la prostate constitue la tumeur maligne la plus fréquemment diagnostiquée et la deuxième cause de mortalité par cancer des hommes aux États-Unis. En 2008, plus de 186 000 nouveaux cas ont été diagnostiqués et plus de 28 000 ont pu être attribués à ce cancer [20]. Les mécanismes responsables de la survenue et de la progression du cancer de la prostate restent largement méconnus. Une production anormale de certains miRNA a été mise en évidence au niveau de lignées cellulaires de ces tumeurs, de xénogreffes et d’échantillons de patients [75]. Ces miRNA pourraient jouer un rôle majeur dans la pathogenèse du cancer de la prostate. Porka et al. ont identifié 51 miRNA différents à partir du profil d’expression de 319 gènes codant pour des miRNA, qui sont soit surexprimés, soit sous-exprimés dans les tumeurs prostatiques en comparaison des tissus sains [76]. Vingt-deux de ces miRNA étaient sous-exprimés dans toutes les tumeurs examinées et 15 étaient sous-exprimés uniquement dans les tumeurs hormono-indépendantes. Ces auteurs ont également montré que 8 miRNA étaient surexprimés dans toutes les tumeurs mais seulement 6 étaient surexprimés dans les tumeurs hormono-résistantes. Ozen et al. ont également évalué l’expression des miRNA dans le cancer de la prostate et ont démontré qu’il existe des profils d’expression génique de ces miRNA associés à l’évolution de la pathologie [77]. Dans cette étude, certains miRNA ont été identifiés, qui sont sous-exprimés et dont les cibles sont des mRNA, en particulier de RAS, E2F3, BCL-2, et MCL-1.

Conclusion

Les miRNA sont les marqueurs tumoraux qui ont ces dernières années suscité le plus d’intérêt pour une utilisation en pratique clinique. Les rôles biologiques de miRNA fournissent une base physiopathologique réelle pour leur association avec le pronostic ou le suivi thérapeutique pathologique tumoral. L’inhibition de miRNA à l’aide « d’antagomirs » est en ce sens une perspective thérapeutique très intéressante. Cependant, de nombreuses questions restent sans réponse pour l’application de ces biomarqueurs en pathologie. Par exemple, quel est le niveau d’expression des miRNA dans les tumeurs primitives, les tumeurs secondaires ou les métastases pour un patient donné ? Si les miRNA similaires sont surexprimés, sous-exprimés dans différents types tumoraux, quel en est l’effet sur leurs cibles, et ces cibles sont-elles identiques ou différentes selon le type de tumeur ? Les réponses à ces questions pourront aider dans le futur à la classification, au diagnostic et au traitement des pathologies tumorales.

Contributions des auteurs

Tous les auteurs confirment avoir participé à l’élaboration de ce manuscrit et ont respecté les 3 exigences suivantes : a) une contribution significative à la conception et à la réalisation du travail, à l’obtention, l’analyse et/ou l’interprétation des données ; b) la rédaction ou la révision du manuscrit ; c) l’approbation de l’article publié.

Conflit d’intérêts. Aucun auteur n’a déclaré de conflit d’intérêts potentiel.

Rôle du sponsor. Les organisations ayant supporté ce travail n’ont pas participé à la conception de l’étude, au choix des patients inclus, à l’interprétation des données ou à la préparation du manuscrit.

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