ARTICLE
Auteur(s) : Jean Parinaud
Médecine de la reproduction, Hôpital Paule
de Viguier, Toulouse
La réserve ovarienne représente le nombre de follicules
potentiellement stimulables lors d’un traitement par les
gonadotrophines, c’est-à-dire le nombre de follicules antraux
sains. Ce nombre est extrêmement variable d’une femme à
l’autre et dépend du capital folliculaire de départ, et donc de
facteurs génétiques et congénitaux, mais aussi de l’âge de la femme
(décroissance physiologique du nombre de follicules) et de
certaines pathologies ovariennes (kystectomies, endométriomes…) ou
non (chimio- ou radiothérapies).
L’évaluation de la réserve ovarienne est une étape indispensable
dans l’exploration de la fonction ovarienne. En effet, dans le
cadre du bilan d’infertilité, l’état de la réserve ovarienne va
permettre d’affiner le diagnostic des troubles de l’ovulation.
De plus, dans le cadre de l’assistance médicale à la
procréation (AMP), la réserve ovarienne permet de choisir le
traitement de stimulation ovarienne (type de protocole, doses de
gonadotrophines administrées) le plus adapté à chaque patiente.
Elle constitue également un critère d’évaluation des chances de
succès, puisqu’elle reflète non seulement l’état quantitatif des
follicules ovariens, mais aussi leur état qualitatif et constitue
donc un outil de choix pour évaluer le pronostic de l’AMP. Enfin,
la mesure de la réserve ovarienne peut être utilisée pour évaluer
l’ovariotoxicité des chimiothérapies et donc les risques
d’insuffisance ovarienne prématurées, voire de ménopause précoce,
induites par ces traitements.
La réserve ovarienne peut être évaluée sur des critères
cliniques (régularité et longueur des cycles), échographiques
(surface ou volume des ovaires, compte des follicules antraux) et
biologiques. Ce sont ces derniers paramètres que nous allons
détailler car ils ont l’avantage d’être les plus objectifs et les
moins opérateurs-dépendants.
La FSH, glycoprotéine hypophysaire, est l’hormone la plus
utilisée pour la mesure de la réserve ovarienne. En effet, sa
sécrétion fait l’objet d’un rétrocontrôle négatif de la part des
sécrétions folliculaires (estradiol et inhibines) et son taux
circulant est donc inversement proportionnel au nombre de
follicules stimulables. Le problème posé par le dosage de la
FSH est sa très grande variabilité lors du cycle menstruel. En
effet, en fonction des taux d’estradiol circulants, elle augmente
en début de phase folliculaire, baisse en milieu de phase
folliculaire pour augmenter avec le pic de LH et rebaisser en phase
lutéale sous l’effet de la progestérone. Ceci implique de faire le
dosage de la FSH en tenant compte du cycle et généralement ce
dosage se fait en début de cycle entre le 2e et le
4e jour. Toutefois, certaines patientes ont des phases
folliculaires raccourcies avec des taux d’estradiol qui montent
très tôt dans le cycle, ce qui entraîne une baisse de la FSH par
rétrocontrôle. Il est donc indispensable de doser en même
temps l’estradiol pour pouvoir correctement interpréter le niveau
de FSH. Par ailleurs, l’évaluation de la réserve ovarienne par la
FSH nécessite l’intégrité fonctionnelle de l’axe
hypothalamo-hypophysaire et est inutilisable dans certaines
conditions pathologiques (aménorrhées d’origine centrale) ou
pharmacologiques (contraception ou substitution hormonale,
analogues de la GnRH).
L’inhibine B, glycoprotéine de la famille du TGFβ, est
synthétisée par les cellules de la granulosa des follicules en
croissance et a été considérée comme un bon marqueur de la réserve
ovarienne. Toutefois, de nombreuses discordances avec les autres
marqueurs ont pu être observées en défaveur de l’inhibine B,
probablement en raison d’une très grande variabilité, et son dosage
a été abandonné en pratique courante.
L’hormone anti-müllérienne (AMH) est elle aussi une
glycoprotéine de la famille du TGFβ, originellement décrite pour sa
fonction dans la différenciation sexuelle. L’AMH est sécrétée par
les cellules de la granulosa des follicules pré-antraux et des
petits follicules antraux (< 5 mm), puis sa sécrétion
s’arrête lorsque la croissance folliculaire devient dépendante des
gonadotrophines. Elle est donc un bon reflet de la réserve
ovarienne. De plus, dans la mesure où les follicules
sécrétants sont ceux qui sont en période de croissance indépendante
des gonadotrophines, les taux plasmatiques d’AMH sont peu
influencés par les gonadotrophines et les stéroïdes ovariens et
donc varient peu au cours du cycle menstruel et sont peu modifiés
par les traitements hormonaux. Cette stabilité permet de
s’affranchir, tout au moins partiellement, de la période du cycle
pour faire le bilan.
Les autres paramètres du bilan hormonal (prolactine,
androgènes…), s’ils sont très utiles dans le diagnostic et la prise
en charge des troubles de l’ovulation, ne sont d’aucune utilité
pour l’évaluation de la réserve ovarienne.
En pratique, dans notre expérience, le taux d’AMH s’avère être
très fortement corrélé au nombre de follicules antraux mesurés par
échographie mais a l’avantage par rapport à celui-ci d’être plus
objectif et reproductible, mais également de ne pas être influencé
par les pathologies ovariennes (kystes, endométriomes…) qui peuvent
rendre difficile le compte des follicules. De plus, lors d’une
analyse discriminante progressive, nous avons pu montrer que l’AMH,
parmi tous les paramètres cliniques, biologiques et échographiques,
avait la meilleure corrélation avec la réponse ovarienne à la
stimulation (mesurée par le rapport nombre de follicules
recrutés/quantité de gonadotrophines administrées) et que, combiné
aux taux de FSH et à l’âge de la patiente, le taux d’AMH pouvait
prédire assez justement la réponse des ovaires à la stimulation et
donc permettre un ajustement personnalisé des traitements.
L’AMH apparaît donc comme un outil indispensable dans la prise
en charge des couples infertiles, en particulier pour ceux qui
seront pris en charge en AMP. Toutefois, malgré un service rendu
indiscutable, comme en témoignent les nombreuses publications sur
le sujet, le dosage de l’AMH n’est pas inscrit à la nomenclature et
donc non pris en charge par l’assurance-maladie. Or une meilleure
évaluation de la réserve ovarienne permettrait d’éviter des
traitements inefficaces de stimulation ovarienne (environ
1 000 € pour une FIV) ou sur-efficaces avec les
complications d’hyperstimulation dont la prise en charge se chiffre
en plusieurs milliers d’euros. De plus, en raison de la
reproductibilité inter-cycles des résultats de l’AMH, une
répétition des dosages semble inutile dans la très grande majorité
des cas. Le surcoût d’un dosage d’AMH serait donc très
largement compensé par les économies engendrées par la
personnalisation des traitements.
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