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Identitovigilance and its impact on the results ensuring the transfusion security


Annales de Biologie Clinique. Volume 66, Number 5, 597-600, Septembre-Octobre 2008, culture-qualité

DOI : 10.1684/abc.2008.0270

Résumé   Summary  

Author(s) : F Flourié, S Duboeuf, P Oriol, A Benamara, E Rigal, O Garraud , Etablissement français du sang, Auvergne Loire, Site de Saint-Etienne, Service d’hémovigilance, CHU de Saint-Etienne.

Summary : Errors on identity of patients during their registration may lead to non-compliance with a transfusion procedure, a non-issue adjusted blood and thus a transfusion risk. The main mistake is the misknowledge of an antibody, secondarily a loss of transfusion information and a redundancy of examinations. The creation of a working group « identitovigilance » helped sensitize the staff of health establishments and clinical chemistry laboratories. In this area of computerization of medical and transfusion records, shared folders and networking, identification of patients is a real issue of risk management hospital.

Keywords : identitovigilance, transfusion risk

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ARTICLE

Auteur(s) : F Flourié1, S Duboeuf1, P Oriol2, A Benamara1, E Rigal1, O Garraud1

1Etablissement français du sang, Auvergne Loire, Site de Saint-Etienne
2Service d’hémovigilance, CHU de Saint-Etienne

Article reçu le 4 Juillet 2008, accepté le 4 Septembre 2008

Les systèmes de vigilance reposent sur la déclaration obligatoire des événements indésirables et différents réseaux de professionnels se sont constitués dans des domaines règlementaires, comme par exemple l’hémovigilance ou la pharmacovigilance, de plus en plus souvent coordonnés de façon institutionnelle dans les établissements de soins [1]. De façon plus récente, apparaît une vigilance non réglementaire, mais reposant sur les mêmes bases de bonnes pratiques, déclaration des dysfonctionnements, analyse des erreurs, actions correctrices et prévention : il s’agit de l’identitovigilance, système de surveillance et de prévention des erreurs et risques liés à l’identification des patients, dont l’objectif est de fiabiliser l’identification du patient et les documents le concernant pour contribuer à la qualité de sa prise en charge. Du fait de la sensibilisation particulière des professionnels de la transfusion à ce sujet, ce sont souvent les hémovigilants qui initient et/ou assurent cette activité d’identitovigilance.

Le guide de bonne exécution des analyses (GBEA) est le guide réglementaire ; cependant les biologistes s’orientent vers des normes (Certification ISO 9001, Accréditation Cofrac) qui englobent le guide et aident au management de la qualité [2]. Dans le chapitre III 2.2 « Identification des échantillons biologiques » du GBEA, l’étiquetage doit mentionner, outre l’identité et la date de naissance, déclinés par le patient lui-même dans la mesure du possible, le nom de jeune fille si une procédure le prévoit, la nature de l’échantillon, le nom du préleveur [3].

La circulaire DGS/DHOS/Afssaps N° 03/582 du 15 décembre 2003 relative à la réalisation de l’acte transfusionnel comporte 4 fiches techniques dont la demande d’examens d’immuno-hématologie (fiche 1) qui précise que la prescription médicale doit comporter de manière lisible l’identification du patient avec le nom de naissance, le(s) prénom(s), le nom usuel ou marital, le sexe et la date de naissance [4].

Le but de notre étude était d’évaluer la fréquence des erreurs sur l’identité des patients lors de l’enregistrement dans un établissement de santé (ES) ou dans un laboratoire d’analyses médicales (LABM) et de juger l’impact de ces erreurs en transfusion sanguine. N’est abordée dans cette étude que l’identification du patient lors de la prescription d’analyses immuno-hématologiques et non lors de la prescription de produits sanguins labiles (PSL).

Matériel et méthodes

La réception est le secteur préanalytique où sont préparés les échantillons et saisies les demandes d’examens, ce qui représente en moyenne 245 dossiers/jour dans notre laboratoire spécialisé en immuno-hématologie érythrocytaire.

Trois étapes sont nécessaires :

  • la préparation des échantillons avec attribution d’un numéro de travail ;
  • le contrôle de l’adéquation de l’identité entre l’échantillon et la demande d’examen ;
  • la saisie des examens dans le système informatique du laboratoire (INLOG).

La saisie informatique est réalisée avec les trois premières lettres du nom suivi de % qui permet de dérouler différentes identités possibles sur le nom marital et/ou le nom de jeune fille et la date de naissance. Ce système a l’intérêt de permettre de détecter « les doublons », le doublon est la répétition fautive d’une lettre, d’un mot ou d’une partie quelconque de la copie (Larousse). Lorsque la demande d’examen ne comporte qu’un seul nom (nom de naissance ou nom marital) il a été défini (Procédure d’enregistrement des examens) de l’indiquer en « nom de naissance ».

Différents types de doublons peuvent être ainsi détectés :

  • nom de jeune fille sans nom marital et vice versa ;
  • inversion entre nom de jeune fille et nom marital ;
  • prénom composé (Jean et Jean-Christophe) ;
  • orthographe différente pour le nom ou le prénom ;
  • nom composé ;
  • prénom différent de celui de l’état civil ;
  • date de naissance différente ;
  • nom similaire mais nom de jeune fille ou date de naissance différente.

L’étude a été réalisée sur 6 mois, de septembre 2007 à février 2008, et a concerné les demandes d’examens de groupage ABO-RH1, le phénotypage RH-KEL1 et la recherche d’anticorps irréguliers (RAI) soit 44 225 dossiers. Il s’agissait de 65 % de dossiers issus du CHU et 35 % issus de LABM privés. Pour chaque doublon détecté, une fiche de demande de renseignements était adressée au service prescripteur ou au LABM (figure 1). Lors du retour de la fiche de renseignements, le biologiste fusionnait ou non les dossiers au vu des documents transmis par le service. Les fusions de dossiers sont un des indicateurs de qualité du laboratoire, leur exploitation statistique est gérée mensuellement. Cet indicateur a été mis en place en janvier 2007.

Résultats

Sur les 44 225 examens enregistrés pendant la durée de l’étude, 773 doublons ont pu être constatés, soit 1,74 % des demandes. Le retour des fiches de renseignements et la fusion des dossiers ont concerné 502 erreurs vraies d’identité soit 1,13 % des examens. Aucune homonymie n’a été détectée pendant cette étude (figure 2).

Parmi ces dossiers 15 anticorps (3 % des dossiers fusionnés) ont été ainsi méconnus : 2 anti-RH1, 5 anti-RH3, 2 anti-KEL1, 1 anti-KEL3, 1 anti-JK1, 1 anti-MNS3, 1 anti-LE1, 1 anti-LE2 et 1 anti-MNS1. Cette méconnaissance peut être considérée comme une conséquence majeure de non-conformité.

Pour les autres erreurs (487), cette mauvaise identification du patient a entraîné soit une redondance d’examens (409) (groupage ABO-RH1, phénotypage RH-KEL1, phénotypes étendus pour les patients greffés), soit une perte d’informations transfusionnelles (73) (délivrance de concentrés de globules rouges, de concentrés plaquettaires, de plasmas), soit la méconnaissance d’une injection de gammaglobulines lors de la détection d’anti D passifs (2).

On peut aussi citer la perte de commentaires associés aux consignes transfusionnelles (auto ou allogreffe) (3).

Discussion

Le premier objectif de ce travail était de connaître le nombre d’erreurs lors de l’enregistrement de l’identité d’un patient. Sur une période de six mois, 1,74 % des patients ont été mal identifiés.

Le chiffre de 1,74 % de doublons dans notre étude est proche de celui de Bonini et al. (1,8 %) [5] ; ce chiffre est cependant certainement sous estimé, le personnel du laboratoire de jour et de garde ne respectant pas toujours à la lettre le mode d’enregistrement défini, à savoir les premières lettres du nom suivi de %. Pour certains patients, les erreurs cumulées sur le prénom et le nom peuvent être responsables de l’ouverture de trois ou quatre dossiers différents.

Les erreurs préanalytiques possibles concernent les conditions de transport, le volume de prélèvement insuffisant, le prélèvement incorrect (sérum ou plasma), l’identification incorrecte. Ces erreurs font l’objet de non-conformité majeure ou mineure dans de nombreux laboratoires [6, 7]. Elles peuvent représenter selon les auteurs 46 à 68 % des erreurs dans un laboratoire [5, 8]. Parmi ces erreurs préanalytiques, l’identification erronée du patient peut représenter 27 % des erreurs pour Wiwanikit [9], la deuxième cause d’erreur dans le groupage ABO pour Chiaroni et al. [10]. Les erreurs d’identité ont de nombreuses origines, de l’admission du patient dans un service de soins ou dans un laboratoire en passant par l’identification des prélèvements. Une partie de ces erreurs ne peuvent être décelées au laboratoire (usurpation d’identité, erreurs de patients lors du prélèvement). Elles le seront si le patient possède déjà un dossier : soit une détermination de groupe sanguin soit une RAI positive avec un anticorps identifié. Ces erreurs n’ont pas été prises en compte dans cette étude mais elles représentent 1 à 2 dossiers par mois (données personnelles).

La détection des doublons est classée dans les non-conformités qualifiées de « majeures » dans notre laboratoire et leur résolution est sous la responsabilité du biologiste. Leur suivi est un des indicateurs de qualité du laboratoire, il est transmis aux services d’hémovigilance des différents ES ou aux directeurs de laboratoire.

Le deuxième objectif était de juger l’impact possible de ces erreurs. Ainsi, chez 15 patients, la méconnaissance d’un anticorps aurait pu conduire au non-respect d’une procédure transfusionnelle en l’occurrence une transfusion sans épreuve de compatibilité, à une délivrance non adaptée de PSL (concentrés de globules rouges non phénotypés) et à un risque transfusionnel. Les effets indésirables post transfusionnels sont de nature variée (accident hémolytique, nouvelle immunisation, inefficacité transfusionnelle). Les autres erreurs, portant sur 487 dossiers, ont montré une perte d’informations transfusionnelles lors d’enquête épidémiologique (allo-immunisation ou incident transfusionnel). La redondance d’examens concerne essentiellement la détermination du groupe sanguin, certains patients possèdent trois ou quatre déterminations selon l’identité déclinée. On note aussi une non prise en compte de commentaires importants associés au dossier (patient auto ou allogreffé).

La création d’un groupe de travail « identitovigilance » avec le référent hémovigilant du CHU, les réunions d’informations avec les autres ES et les LABM ont sensibilisé leurs personnels à une prise correcte de l’identité d’un patient lors de son admission dans un ES ou lors d’un prélèvement dans un laboratoire d’analyses et ont permis de planifier une stratégie corrective. La carte vitale actuelle, régulièrement utilisée comme document d’identification, ne mentionne pas le nom de jeune fille pour les femmes mariées, et comporte de nombreuses erreurs en particulier sur les dates de naissance. Le décret N° 2007 199 du 14 février relatif à la carte d’assurance-maladie [11] devrait améliorer le nombre de dossiers doublons : en effet ce décret précise que sera inscrit « le nom de famille du titulaire s’il diffère du nom d’usage ».

Il reste néanmoins fondamental que les établissements de soins et les LABM apportent une vigilance toute particulière à l’enregistrement des patients, à l’image du travail initié au CHU par le groupe identitovigilance qui a permis :

  • la revue de toutes les procédures du bureau des entrées, dont les agents doivent exiger dans tous les cas où c’est possible, un document officiel d’identité, les données de la carte vitale étant stockées à part ;
  • la sensibilisation de tous les personnels à ce problème, à partir d’exemples concrets en grande partie obtenus à partir de cette étude ;
  • la mise à disposition des services de documents permettant de signaler des modifications d’identité éventuelles, avec définition d’un circuit permettant la mise à jour concomitante au bureau des entrées, au département des dossiers médicaux et à l’EFS ;
  • l’information des patients par l’intermédiaire d’affiches au bureau des entrées et dans les services.

Conclusion

A l’heure de l’informatisation des dossiers médicaux et transfusionnels, des dossiers partagés et du travail en réseau, l’identification des patients est un sujet crucial et un véritable enjeu de la gestion des risques hospitaliers. Comme dans notre travail, l’expérience des établissements de transfusion sanguine et du réseau d’hémovigilance sur ce sujet peut être utilisée comme point de départ à la mise en place de groupes de réflexion.

Références

1 Merillon MC. Le rôle des utilisateurs dans le dispositif des vigilances. Transfus Clin Biol 2005 ; 12 : 191-9.

2 Trapadoux F, Bourai D. Gestion et évolution de l’accréditation des laboratoires de l’établissement français du sang. Transfus Clin Biol 2005 ; 12 : 103-6.

3 Arrêté du 26 novembre 1999 relatif à la bonne exécution des analyses de biologie médicale (GBEA). Journal officiel du 11 décembre 1999. Arrêté du 26 avril 2002. Journal officiel du 4 mai 2002.

4 Circulaire DGS/DHOS/Afssaps N° 03/582 du 15 décembre 2003 relative à la réalisation de l’acte transfusionnel.

5 Bonini P, Plebani M, Ceriotti F, Rubboli F. Errors in laboratory medicine. Clin Chem 2002 ; 48 : 691-8.

6 Larrose C, Le Carrer D. Traitement des non-conformités en pratique quotidienne. Ann Biol Clin 2007 ; 65 : 99-105.

7 Ovaguimian O. La gestion des non-conformités des examens : obligation légale ou outil de coopération ? Rev Fr Lab 2004 ; 367 : 80-1.

8 Plebani M, Carraro P. Mistakes in a stat laboratory : types and frequency. Clin Chem 1997 ; 43 : 1348-51.

9 Wiwanikit V. Types and frequency of preanalytical mistakes in the first Thai ISO 9002/1994 Certified Clinical laboratory, a 6-month monitoring. BMC Clin Pathol 2001 ; 1 : 5.

10 Chiaroni J, Legrand D, Dettori I, Ferrera V. Analysis of ABO discrepancies occuring in 35 French hospitals. Transfusion 2004 ; 44 : 860-4.

11 Décret n° 2007-199 du 14 février 2007 relatif à la carte d’assurance-maladie et modifiant le code de la Sécurité sociale.


 

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