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Meningoencephalitis due to community Klebsiella pneumoniae in an adult immunocompetent: a case report


Annales de Biologie Clinique. Volume 66, Number 5, 566-8, Septembre-Octobre 2008, pratique quotidienne

DOI : 10.1684/abc.2008.0273

Résumé   Summary  

Author(s) : H L’Kassmi, M Chegri, J Mounach, I Lahlou Amine , Laboratoire de microbiologie, Hôpital Militaire Moulay Ismail, Meknès, Maroc, Service de neurologie, Hôpital Militaire Moulay Ismail, Meknès, Maroc.

Summary : We report the first Moroccan case of community-acquired meningoencephalitis due to Klebsiella pneumoniae in an adult immunocompetent without medical history, complicated of cerebral vasculitis and right endophthalmitis. K. pneumoniae is exceptionally responsible for meningitis community in the world excepted in some countries of Southeast Asia. It usually occurs on fragile field and is associated with high mortality. The early management of the patient, the immunocompetent field and the wild phenotype of the isolated strain probably allowed to get a medical cure with some sequelae.

Keywords : meningoencephalitis, Klebsiella pneumoniae, community strain, adult immunocompetent

ARTICLE

Auteur(s) : H L’Kassmi1, M Chegri1, J Mounach2, I Lahlou Amine1

1Laboratoire de microbiologie, Hôpital Militaire Moulay Ismail, Meknès, Maroc
2Service de neurologie, Hôpital Militaire Moulay Ismail, Meknès, Maroc

Article reçu le 26 Juin 2008, accepté le 4 Septembre 2008

L’observation

Il s’agit d’un patient marocain, célibataire, âgé de 41 ans, sans antécédents pathologiques connus ni d’antécédents d’hospitalisation rapportant une notion de brûlures mictionnelles pour lesquelles le patient a reçu en automédication un traitement antiseptique urinaire à base de nitrofuranes.

Il est admis au service de neurologie pour un syndrome méningé d’installation brutale. L’examen du liquide céphalorachidien (LCR) effectué quelques heures après le début des signes cliniques montre une hyperprotéinorachie (1,87 g/L), une hypoglycorachie (0,04 g/L) (le taux de glycémie étant à 1,12 g/L), un liquide purulent (4 000 leucocytes/mm3) avec 80 % de polynucléaires neutrophiles. L’examen direct après coloration de Gram montre de nombreux bacilles à Gram négatif. La culture du LCR sur des milieux appropriés a permis l’isolement et l’identification (Galerie Api20E, Biomérieux), après 24 heures d’incubation, d’une souche de Klebsiella pneumoniae dont l’aspect macroscopique révèle la présence de colonies bactériennes présentant une hypermucoviscosité. La sensibilité aux antibiotiques est étudiée par « diffusion en gélose » et la lecture et l’interprétation de l’antibiogramme sont réalisées selon les normes du Comité de l’Antibiogramme de la Société Française de Microbiologie (CASFM). L’antibiotype montre que c’est une souche sauvage donc avec résistance naturelle à l’ampicilline, ticarcilline et pipéracilline, et sensibilité à toutes les autres bêtalactamines, ainsi qu’aux aminosides et aux quinolones. Ce profil de résistance sauvage confirme son origine communautaire. Le patient a été mis sous antibiothérapie de première intention associant une céphalosporine de troisième génération et un aminoside, ce qui a donné de bons résultats. La mise en culture d’un LCR de contrôle pratiquée soixante-douze heures après la mise en route du traitement demeure stérile, preuve de l’efficacité thérapeutique. La réaction cytologique inflammatoire est toujours présente mais avec une diminution du nombre des leucocytes à 1 800/mm3 et une formule leucocytaire à prédominance de polynucléaires neutrophiles. L’examen direct après coloration de Gram est toujours positif avec la présence de quelques bacilles à Gram négatif. La recherche d’une porte d’entrée pulmonaire s’est avérée négative comme l’atteste la stérilité de la mise en culture quantitative du liquide d’aspiration bronchique et l’image thoracique normale à la radiographie pulmonaire. L’examen cytobactériologique des urines ainsi qu’une série d’hémocultures sont demeurées stériles. L’échographie abdominale n’a pas objectivé d’abcès hépatique. L’examen otorhinolaryngologique et une tomodensitométrie des sinus n’ont pas objectivé de signes de sinusites ou d’otites.

Une tomodensitométrie cérébrale a révélé un aspect compatible avec une méningoencéphalite associée à une vascularite cérébrale. L’électroencéphalogramme a révélé un tracé de souffrance cérébrale diffuse et l’examen ophtalmologique a objectivé au cinquième jour d’hospitalisation, une endophtalmie droite. L’hémogramme met en évidence une hyperleucocytose à 12 000/mm3 (polynucléaires neutrophiles : 91 %, lymphocytes : 6 %, monocytes : 3 %), les taux d’hémoglobine et des plaquettes sont normaux. Les tests inflammatoires sont perturbés avec une vitesse de sédimentation à 80 mm à la première heure et un taux de protéine C réactive sérique à 30 mg/L. Le taux de prothrombine est à 70 % et celui des alanine-amino-transférase (ALAT) et aspartate-amino-transférase (ASAT) à deux fois la normale. L’ionogramme et le bilan rénal (urée et créatinine sanguines) sont normaux. Le reste du bilan biologique ne révèle pas de déficit immunitaire humoral : en effet, le dosage pondéral des immunoglobulines de type G, A et M réalisé par néphélémétrie est normal (IgG : 10 g/L, IgA : 3 g/L, IgM : 2 g/L). Cependant, un déficit immunitaire cellulaire ne peut être exclu car l’étude quantitative, d’une part, et l’évaluation fonctionnelle, d’autre part, des populations lymphocytaires et des autres cellules que sont les polynucléaires, les monocytes et les cellules natural killer n’ont pu être réalisés. Par ailleurs, les sérologies virales (virus de l’hépatite B et C, virus de l’immunodéficience humaine 1 et 2) et syphilitiques sont négatives.

Le point de vue du clinicien

K. pneumoniae est un bacille à Gram négatif fréquemment rencontré en milieu hospitalier, à l’origine d’infections nosocomiales post-chirurgicales ou secondaires à des actes invasifs. Néanmoins, cette bactérie peut aussi être à l’origine d’infections communautaires et entraîne habituellement des infections bronchopulmonaires, urinaires et intra-abdominales. La sévérité des infections par K. pneumoniae dépend des facteurs de comorbidité (diabète sucré, alcoolisme, cirrhose du foie, néoplasies…) et de la localisation géographique [1].

Cette bactérie peut aussi être responsable de méningites communautaires de l’adulte mais celles-ci sont, d’après les données de la littérature, rares en Europe, en Amérique du Nord et en Australie [2].

En revanche, elle tend à devenir à Taiwan une cause habituelle de méningite primitive de l’adulte en milieu communautaire en l’absence d’abcès du foie ou d’autres infections localisées [3]. En effet, les méningites communautaires à K. pneumoniae représentent 18 % des méningites bactériennes à Taiwan contre 1,2 % seulement dans l’Hôpital général du Massachusetts en 1995 [1]. Toutefois, des cas de septicémies et méningites à K. pneumoniae au départ d’un abcès hépatique sont décrites. Elles sont favorisées par un ou plusieurs facteurs de comorbidité dont le diabète insulinodépendant qui induit un état d’immunodépression [1] et qui est retrouvé dans environ 70 % des cas de méningites communautaires [4]. Celles-ci sont de mauvais pronostic et sont à l’origine d’un taux de mortalité d’environ 50 % [4]. Les abcès primitifs du foie, acquis en milieu communautaire et dus à K. pneumoniae constituent des infections émergentes depuis ces vingt dernières années. Ils peuvent s’accompagner ou non de métastases septiques [3]. Au Maroc, le seul cas de méningoencéphalite à K. pneumoniae retrouvé dans la littérature est celui de Guedari et al. en 2007 [5] et concerne un patient de 65 ans, nephrectomisé pour tumeur du rein droit et diabétique insulinodépendant, hospitalisé pour syndrome méningé compliqué de convulsions dans un contexte d’une infection urinaire symptomatique à K. pneumoniae traitée en ambulatoire par des fluoroquinolones. La porte d’entrée présumée est une infection urinaire car la souche de phénotype sauvage a également été isolée à partir des urines et des hémocultures. L’évolution du cas a été fatale après plusieurs jours de soins intensifs et d’antibiothérapie à base de céphalosporine de troisième génération. Ce cas illustre la gravité de l’atteinte neuroméningée en présence de facteurs de morbidité. Notre patient n’avait ni antécédents pathologiques ni facteurs de comorbidité. Le point de départ de l’infection cérébroméningée chez notre patient est présumé urinaire puisque quelques jours avant son hospitalisation, il a présenté des brûlures mictionnelles. L’éventualité d’une bactériémie avec décharge bactérienne à partir de l’arbre urinaire suite à une infection urinaire mal ou insuffisamment traitée est plausible. L’évolution de sa maladie a été favorable en dépit de séquelles neurologiques et ophtalmiques.

Le point de vue du biologiste

K. pneumoniae est un bacille à Gram négatif de la famille des Enterobacteriaceae. Cette bactérie est une espèce isolée dans l’environnement (sols, eaux de surface, eaux usées, végétaux) et de muqueuses des mammifères, en particulier de la flore fécale. Chez l’homme, cette espèce est isolée des selles chez 30 % des individus.

Les facteurs qui auraient pu favoriser la diffusion au niveau méningée chez notre sujet sont probablement dus à des facteurs de pathogénicité liés à la bactérie en l’absence d’identification de facteurs de comorbidités liés à l’hôte. En effet, parmi les facteurs de pathogénicité étudiés, la capsule (antigènes K1 et K2 prédominants), les adhésines, les sidérophores et les antigènes du lipopolysaccharide de la paroi (déterminant huit sérotypes) sont les plus dominants [1]. Selon la spécificité des polysaccharides capsulaires, l’antigène K détermine soixante-dix-sept sérotypes distincts et différentes études de Taiwan révèlent que le sérotype K1 est prédominant dans les abcès hépatiques [3]. Par ailleurs, l’hyperglycémie semble constituer un facteur favorisant la formation de la capsule et donc la virulence du germe [4]. Divers gènes pathogènes, dont les gènes kfu (Klebsiella ferric iron uptake), rmpA (regulator of the mucoid phenotype A) et magA (mucoviscosity-associated gene A) rapportés par des auteurs taiwanais associent la virulence des souches au phénotype d’hypermucoviscosité. En effet, la corrélation entre le gène magA et le sérotype capsulaire a été étudiée : c’est ainsi qu’une étude réalisée sur cent trente-quatre isolats de K. pneumoniae portant le gène magA, issus d’abcès du foie, appartiennent tous au sérotype K1. En revanche, aucun des sérotypes non K1 n’était porteur de ce gène, suggérant que celui-ci est associé au gène du polysaccharide capsulaire de sérotype K1, constituant ainsi un important facteur de virulence [3]. Ces souches donnent le plus souvent des bactériémies et des abcès hépatiques [1]. Elles sont particulièrement isolées à Taiwan et en Asie du Sud-Est où leur prévalence est en constante augmentation depuis 1986. Néanmoins, ces souches peuvent diffuser en dehors de l’Asie par l’intermédiaire des sujets asiatiques expatriés [3]. Cette observation illustre la gravité des méningites communautaires à K. pneumoniae, malgré leur très faible prévalence dans nos régions, contrairement à certains pays d’Asie. Celles-ci sont, en effet, habituellement associées à une forte mortalité et à des complications sévères. Dans notre cas, une prise en charge du patient dans des délais optimaux, l’absence de facteurs de comorbidité et un phénotype sauvage de la souche ont probablement concouru à une guérison avec quelques séquelles fonctionnelles neurologiques et ophtalmiques.

Références

1 Méric De Bellefon L, Legrand JC, Codden T, Carlier E, Vanhaeverbeek M. Septicémie et méningite à Klebsiella pneumoniae au départ d’un abcès hépatique chez un patient diabétique. Rev Med Brux 2007 ; 28 : 460-3.

2 Giobbia M, Scotton PG, Carniato A, et al. Community-acquired Klebsiella pneumoniae bacteremia with meningitis and endophtalmitis in Italy. Int J Infect Dis 2003 ; 7 : 234-5.

3 Keynan Y, Rubinstein E. The changing face of Klebsiella pneumoniae infections in the community. Intern J Antimicrob Agents 2007 ; 30 : 385-9.

4 Lu CH, Chang WN, Chang HW. Klebsiella meningitis in adults : clinical features, prognostic factors and therapeutic outcomes. J Clin Neurosci 2002 ; 9 : 533-8.

5 Guedari H, Hachimi A, Charra B, Benslama A, Motaouakkil S. Méningoencéphalite à Klebsiella pneumoniae. Ann Fr Anesth Reanim 2007 ; 26 : 1002-6.


 

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