ARTICLE
Auteur(s) : S
Séronie-Vivien1, L Pieroni2, M-M
Galteau3, M-C Carlier4, A-M
Hanser5, J-P Cristol6
1Departement de biologie clinique, Institut Claudius
Regaud, Université Paul Sabatier, Toulouse
2Service de biochimie métabolique, Groupe Hospitalier La
Pitié-Salpêtrière, AP-HP, Paris
3Laboratoire du Centre de médecine préventive,
Université Henri Poincaré, Nancy
4Laboratoire de biochimie, Centre hospitalier Lyon Sud,
Pierre-Bénite
5Laboratoire de biochimie, Centre hospitalier,
Colmar
6Laboratoire de biochimie, Centre
hospitalo-universitaire, Montpellier
Il y a quelques années, le groupe de travail de la SFBC publiait
dans les Annales de biologie clinique un état des lieux concernant
le dosage de la créatinine sérique [1]. Ayant étudié 14 méthodes
commerciales, le travail concluait à une variabilité technique
moyenne interlaboratoires de 14 % dans la gamme de
concentrations normales à sub-normales, sans que la standardisation
de la calibration puisse réduire cette variabilité de manière
satisfaisante. En effet, un « gouffre » séparait alors
(et toujours) les méthodes Jaffé classiques de l’ensemble constitué
par la méthode de Jaffé compensé (Roche) et les très rares méthodes
enzymatiques disponibles. La conclusion de ce travail présentait
trois pistes pour améliorer la situation :
- – la standardisation de l’étalonnage : même si
l’ensemble des résultats ne peut être rendu transférable par une
standardisation des modalités d’étalonnage, l’adéquation entre le
niveau d’étalonnage et le domaine de mesure peut significativement
réduire la dispersion intertechniques des résultats au sein de
chaque groupe technique (Jaffé ou Jaffé compensé + enzymatique).
Or, la majorité des méthodes commerciales sont étalonnées sur des
points de concentration > 200 μmol/L alors que la zone
« critique » de créatininémie (SCr) pour les néphrologues
se situe entre 80 et 150 μmol/L. Ainsi, un appel aux
industriels du diagnostic in vitro (DIV) était lancé pour
développer des liquides de calibrations aux concentrations <
100 μmol/L ;
- – la traçabilité de toutes les méthodes à une méthode de
référence : en 2004, aucune méthode n’était officiellement
reconnue comme une méthode de référence de dosage de la SCr.
Depuis, cette situation a bien changé puisque la chromatographie
liquide ou gazeuse avec dilution isotopique et couplée à la
spectrométrie de masse (ID-GC/MS ou ID-LC-MS) se sont sans conteste
imposées et sont reconnues comme telles par l’Institute for
Reference Materials and Measurements (IRMM) en Europe et le
National Institute of Standards and Technology (NIST) américain
[2] ;
- – l’adoption généralisée des techniques
enzymatiques : moins soumises aux diverses interférences et
variantes techniques que les techniques colorimétriques, elles sont
également plus justes lorsqu’elles sont comparées à une méthode de
référence [3]. A l’époque de l’étude, la seule méthode enzymatique
implantée en France était la méthode Vitros®. Aujourd’hui, malgré
un coût plus important que les techniques Jaffé, de nombreux
industriels du DIV proposent aux biologistes des trousses de dosage
enzymatique de la créatinine.
Cet article a pour objet de faire le point sur les évolutions
analytiques des dernières années, parfois subies par les
biologistes et largement stimulées par les modifications des
recommandations cliniques pour la prise en charge de l’insuffisance
rénale chronique (IRC) entre 2003 et 2008. C’est pour cette raison
que nous commencerons par aborder ce point des recommandations, en
particulier ce qui a trait à l’évaluation du débit de filtration
glomérulaire (DFG).
En 2005, les sociétés savantes américaines (K/DOQI :
www.kidney.org/professionals) et internationales (K/DIGO,
www.kdigo.org) ont préconisé une classification des maladies
rénales chroniques basée sur la valeur du DFG [4] :
- – Stade 1 : souffrance rénale (hématurie,
albuminurie, protéinurie) + DFG ≥
90 mL/min/1,73 m2 ;
- – Stade 2 : souffrance rénale + DFG entre 60 et
89 mL/min/1,73 m2 ;
- – Stade 3 : DFG entre 30 et
59 mL/min/1,73 m2. A partir de ce stade se
définit l’IRC ;
- – Stade 4 : DFG entre 15 et
29 mL/min/1,73 m2 ;
- – Stade 5 : DFG <
15 mL/min/1,73 m2 ou dialyse.
La mesure du DFG par une méthode de référence (mesure de la
clairance urinaire ou plasmatique d’un marqueur exogène comme
l’inuline, le 51Cr-EDTA, l’iohexol, l’iothalamate) est
une méthode relativement lourde à mettre en œuvre et de toute façon
inadaptée au dépistage de la maladie rénale débutante (stades 1 et
2) qui constitue le cœur du problème des néphrologues. Pendant de
nombreuses années et dans le monde entier, le DFG a été évalué
(eDFG) par la formule de Cockcroft et Gault [5] qui évalue la
clairance de la créatinine grâce à un algorithme associant SCr,
poids, sexe et âge du sujet. Cette formule a été établie à partir
d’une créatinine Jaffé. Malgré ses limites, en particulier chez les
sujets âgés, les sujets obèses et plus généralement chez les sujets
présentant une altération de la masse musculaire, cette formule a
été considérée en 2002 par l’Anaes [6] en France et le K/DOQI aux
Etats-Unis [7] comme le moyen présentant le meilleur rapport
simplicité/fiabilité pour l’évaluation du DFG. En France, depuis
décembre 2002, il est demandé aux biologistes d’assortir
systématiquement les résultats de SCr de l’estimation de la
clairance de la créatinine calculée selon la formule de
Cockcroft-Gault et normalisée par 1,73 m2.
Dès 1999 [8], Levey et son équipe avaient développé et validé
sur une population indépendante d’insuffisants rénaux une formule
concurrente d’évaluation du DFG basée, dans sa forme première sur
la SCr, le sexe, la race (caucasien ou afro-américain) le poids,
l’urémie et l’albuminémie.
Les valeurs de créatininémie avaient été obtenues à partir d’une
méthode Jaffé (Beckman-Coulter). Par la suite, une version
simplifiée (dite MDRD pour Modification of Diet in Renal Disease,
nom de l’étude ayant permis le développement de la formule),
utilisant la même méthode de dosage de la créatinine, a été
proposée et validée dans de nombreuses populations indépendantes
d’insuffisants rénaux, se positionnant en 2008 comme l’équation de
référence pour l’évaluation du DFG [9]. Il faut cependant noter
qu’ayant été développée chez des insuffisants rénaux, cette formule
sous-évalue le DFG chez les sujets à fonction rénale normale [10].
Contrairement à la formule de Cockcroft, elle a été développée de
façon à estimer directement le DFG de façon normalisée par la
surface corporelle, en mL/min/1,73 m2.
Quelle que soit la qualité intrinsèque d’une formule
d’évaluation du DFG en terme de justesse et de précision, sa
performance reste hautement dépendante de la méthode de dosage de
la SCr employée. Cette difficulté a été dès 2002 soulevée par
Coresh et Levey [11]. En effet, sans ce que les auteurs appellent
une « recalibration » de la créatinine, terme impropre
utilisé dans le sens de raccordement à une autre méthode, le biais
d’évaluation du DFG par la formule du MDRD était de plus de
25 % pour un DFG de 100 mL/min/1,73 m2,
de 16 % pour un DFG de
50 mL/min/1,73 m2.
Pour pallier ce problème plusieurs solutions sont possibles.
La plus simple consiste à modifier les résultats des SCr pour
les raccorder à la méthode qui a été utilisée lors du développement
de la formule. Cette approche est celle qui a dans un premier temps
été utilisée par Coresh et Levey [11] afin de pouvoir utiliser la
formule MDRD pour évaluer l’incidence de l’insuffisance rénale
chronique (IRC) aux Etats-Unis dans la cohorte NHAENES III [12].
Sur un échantillon de 212 sera, ils ont établi l’équation de
corrélation liant la méthode Jaffé Beckman, utilisée lors de la
conception de la formule MDRD, et la méthode Jaffé Roche utilisée
dans l’étude NHAENES III et donnant en moyenne des valeurs de
0,23 mg/dL (20 μmol/L) plus élevées. Cette approche est
méthodologiquement recevable à condition que l’échantillon soit
suffisamment important avec une gamme de concentrations large. Elle
présente cependant l’inconvénient majeur de devoir être mise en
œuvre de façon spécifique par chaque laboratoire désireux
d’utiliser la formule MDRD de façon optimale. Le danger est
d’obtenir d’importantes variations du DFG estimé selon la formule
de correction utilisée [13].
Une seconde approche consiste à développer les formules
d’évaluation du DFG en dosant simultanément les créatininémies par
deux méthodes, une de chaque grand groupe technique (c’est-à-dire
Jaffé classique ou Jaffé compensé + enzymatique). Cette approche
assume a priori la variabilité analytique et la modélise afin de
l’inclure dans l’équation en tant que co-variable au même titre que
l’âge, le sexe, le poids, etc. Elle a récemment été testée et
validée pour une population pédiatrique, chez qui la variabilité
analytique des résultats est particulièrement gênante lors de
l’utilisation des formules d’évaluation du DFG comme la formule de
Schwartz. Son principal avantage est de fournir un outil universel
à tous les biologistes, quelle que soit la méthode qu’ils utilisent
[14].
La troisième approche, publiée par Levey en avril 2007
[15], est celle dont les résultats auront vraisemblablement la plus
large portée. Nous prendrons ici le temps de décrire la
méthodologie utilisée.
Les auteurs ont utilisé une méthode enzymatique (Créatinine Plus
sur Modular, Roche). Cette méthode est raccordée à la méthode de
référence de type ID/LC-MS étalonnée grâce à un matériel de
référence, le NIST SRM 914a, dont les dilutions en solutions
aqueuses permettent d’obtenir des étalons primaires. Les dosages
ont été réalisés dans le laboratoire du NIST.
Dans un premier temps, le raccordement à la méthode de
référence, c’est-à-dire l’exactitude de la méthode enzymatique
Roche, a été contrôlée en déterminant le biais de mesure de 7
échantillons sériques titrés par le NIST et dont les concentrations
s’étageaient entre 65 et 353 μmol/L. Cette exactitude s’est
révélée excellente avec, pour la droite Roche = f(méthode de
référence), une pente égale à 1, une ordonnée à l’origine de
0,88 μmol/L (r2 = 0,9999) et un biais moyen de +
3 μmol/L considéré comme négligeable par les auteurs. Ces
données confirment la qualité des méthodes enzymatiques déjà notée
en Europe [16] ou aux Etats-Unis [3].
Dans un second temps, les auteurs ont dosé en parallèle 40
échantillons sériques congelés 1) par la méthode enzymatique Roche
2) par la méthode de Jaffé mise en œuvre sur un CX3 (Beckman) et
utilisée en routine dans le laboratoire de la Clinique de Cleveland
où cette étude, ainsi que le développement de la formule MDRD ont
été effectués. La encore, l’ordonnée à l’origine de la courbe Roche
= f(Beckman) était non significativement différente de zéro ;
la pente était de 0,906 (r2 = 0,996). Il faut noter que
cet échantillon de 40 échantillons est nommé par les auteurs
« calibration panel », terme pouvant très clairement
prêter à confusion.
Enfin, dans un troisième temps, les auteurs ont mesuré
l’évolution de la méthode Beckman au fil du temps en redosant 253
échantillons de l’étude MDRD primo dosés en 2004 et non décongelés
depuis. La droite 2006 = f(2004) a présenté une pente égale à 1,037
et une ordonnée à l’origine nulle (r2 = 0,9986).
Au final, les trois ordonnées à l’origine étant négligeables,
les auteurs ont multiplié les trois pentes afin de déterminer le
lien entre les SCr utilisées pour développer l’équation du MDRD et
les SCr « standardisées ». Avec pour résultats :
SCrstandardisée = 1 x 0,906 x 1,037 = 0,95
SCrMDRD.
Par conséquent, il existe actuellement 2 équations MDRD,
séparées l’une de l’autre par un rapport de 0,95 :
- – une utilisable avec des méthodes de dosage Jaffé
classique : DFG (mL/min/1,73 m2) = 186 x
SCr-1,154 x Age-0,203 x 1,212 (si sujet de
race noire) x 0,742 (si femme) ; SCr en mg/dL ;
- – une utilisable avec les méthodes de dosage raccordées
à la méthode de référence (« ID-MS traceable ») :
DFG (mL/min/1,73 m2) = 175 x
SCr-1,154 x Age-0,203 x 1,212 (si sujet de
race noire) x 0,742 (si femme) ; SCr en mg/dL.
L’équation dite « 175 » se veut un outil universel.
Mais elle ne le sera que lorsque toutes les méthodes de dosage de
la SCr présentes sur le marché seront raccordées à une méthode de
référence ce qui est actuellement loin d’être le cas.
Face à ces avancées, les biologistes du groupe de travail
« Evaluation de la fonction rénale » de la SFBC ont été
confrontés à de nombreuses questions de la part de leurs confrères.
Nous allons ici tenter d’y répondre.
Dois-je utiliser la formule MDRD plutôt que la formule de
Cockcroft-Gault ?
Actuellement, en France, les recommandations en cours sont celles
adoptées en 2002 par l’Anaes et qui recommandaient l’usage de la
formule de Cockcroft et Gault. Depuis, l’équation MDRD a été très
largement validée, y compris dans des populations non
nord-américaines [17]. Aux Etats-Unis et chez nos voisins
européens, c’est elle qui est recommandée [9]. Une modification des
recommandations aux biologistes leur demandant de substituer la
formule MDRD à la formule de Cockcroft et Gault est actuellement
proposée aux autorités de tutelle par les sociétés savantes. Elle
devrait être publiée en cette année 2008 ce qui ne doit pas
empêcher les biologistes de « sauter le pas », sans
oublier que cette formule possède elle aussi des limites. Elle
n’est pas précise pour les sujets à DFG normal (≥
90 mL/min/1,73 m2). De plus, de par la
variabilité importante des créatininémies normales à subnormales en
fonction de la technique, il a été recommandé en 2006 par le NKDEP
(National Kidney Disease Education Programm) de ne pas rendre de
valeur chiffrée pour les eDFG ≥
60 mL/min/1,73 m2. [9]. Il est possible que
cette précaution soit moins nécessaire lorsqu’une technique
raccordée à la méthode de référence, associée à l’équation
« 175 », est utilisée.
Si j’utilise la formule MDRD, est ce que la méthode que
j’utilise pour doser la créatinine est « ID-MS
traceable », autrement dit raccordée à la méthode de
référence ?
Pour les laboratoires utilisant la même méthode que celle utilisée
à Cleveland lors de l’élaboration de l’équation MDRD dans sa
version 175 (Roche Enzymatique), et ayant fait la preuve de son
raccordement à la méthode de référence, la réponse est OUI. Pour
les laboratoires utilisant des méthodes de Jaffé non compensé, la
réponse est NON. Pour les laboratoires utilisant des méthodes
enzymatiques ou un Jaffé compensé, l’industriel doit fournir une
preuve tangible du raccordement de sa méthode. En l’absence de
réponse “tangible” et pour connaître le positionnement de sa
méthode par rapport à une méthode de référence, il reste à se
rapporter aux études de comparaison publiées précédemment [3, 16]
et aux résultats des contrôles de qualité externe.
L’industriel avec lequel je travaille est passé brutalement à
une méthode raccordée à la ID/LC-MS. Les valeurs de créatinine les
plus basses ont plongé et les cliniciens s’interrogent. Que
faire ? Dois-je prendre pour argent comptant la solution
proposée par le fabricant ?
Cette question est posée par les utilisateurs de la créatinine
enzymatique développée par Ortho-Clinical Diagnostics (OCD) sur les
automates Vitros®. Pour mieux comprendre, il faut
préciser l’historique. Cet industriel a été un des premiers à
fournir une créatinine enzymatique en routine. Afin de se fondre
dans le paysage de la biologie médicale française et
internationale, il avait cherché à rapprocher ses valeurs des
valeurs habituelles obtenues avec un Jaffé en adaptant l’algorithme
de calibration. Cette démarche explique le décalage observé entre
la technique Vitros® et les autres techniques
enzymatiques [3, 16]. Dans d’autres pays, au Japon en particulier,
ce « camouflage » n’existait pas et la méthode
Vitros® se comportait comme une vraie méthode
enzymatique, avec des valeurs plus basses que les valeurs Jaffé
dans les valeurs basses et des valeurs plus hautes dans les valeurs
hautes. En 2007, OCD a commercialisé une « nouvelle »
créatinine, raccordée à l’ID/LC-MS. En fait, il s’agit exactement
des mêmes plaques réactives, seul l’algorithme de calibration ayant
été modifié pour retrouver sa structure originale et les valeurs
des créatinines enzymatiques. De fait, les valeurs de SCr sont
beaucoup plus basses, en particulier pour les enfants, et donnent
pour les adultes des résultats de clairances Cockcroft très
élevées. Ceci a amené OCD à proposer à ses clients, pour corriger
ces créatinines « trop » basses et diminuer l’émoi des
médecins, l’équation de corrélation avec l’« ancienne »
méthode. Autrement dit, à proposer à ses clients de rendre des
créatininémies qu’aurait fournies une méthode dont la
commercialisation a volontairement été arrêtée…
En pratique, il semble que les utilisateurs de la méthode
Vitros® aient tout intérêt à utiliser la
« nouvelle » version associée à l’équation
« 175 » du MDRD qui effectivement sera beaucoup plus
juste avec ce nouvel outil. Bien sûr, une information adéquate des
cliniciens sera indispensable, en particulier dans les services de
pédiatrie, avec qui une révision du facteur correctif de la formule
de Schwartz devra être envisagée.
Je travaille dans un centre de cancérologie. Je travaille à
présent avec une méthode de dosage de la créatinine
« standardisée » dont les valeurs sont beaucoup plus
basses. Que dois-je faire vis-à-vis de l’adaptation individuelle de
la posologie de la carboplatine, basée sur la SCr ?
L’adaptation de posologie de la carboplatine est basée sur
l’évaluation de la clairance d’élimination du médicament. Les deux
formules les plus employées sont celles de Calvert (CL (mL/min) =
Cockcroft + 25) [18] et celle de Chatelut [19]. La première,
développée avec une technique Jaffé classique, doit avec les
méthodes raccordées voir ses résultats augmenter ce qui peut
conduire à une augmentation de dose potentiellement toxique. La
seconde a été développée avec la méthode enzymatique Vitros
« ancienne formule ». Par conséquent, l’erreur effectuée
sera théoriquement moindre qu’avec la formule de Calvert pour les
utilisateurs de méthodes raccordées. A noter que dans ce contexte,
l’équation fournie par OCD pour revenir aux valeurs qu’aurait
rendues l’« ancienne » méthode peut avoir un intérêt.
Cependant, une étude serait nécessaire pour répondre spécifiquement
à cette question.
Que faut-il penser des méthodes « Jaffé
compensé » ?
Dans les études publiées, la méthode Jaffé compensé de Roche s’est
comportée pratiquement comme une méthode enzymatique [3, 16, 20],
présentant une excellente exactitude [3, 16]. Actuellement, elles
sont présentées par les fabricants comme raccordées à la méthode de
référence. Cependant aucune publication n’a décrit le processus de
raccordement pour des méthodes qui amputent systématiquement les
résultats pour tenir compte de l’interférence des protéines.
D’autre part, l’impact des autres interférences classiquement
décrites pour les méthodes de Jaffé (corps cétonique, glucose…)
reste à définir. A noter une étude récente qui montre que la
méthode de Jaffé compensé Roche ne donne que très peu de résultats
biaisés par rapport à la LC-MS/MS, en présence de concentration de
bilirubine allant jusqu’à 700 μmol/L [21].
Dois-je abandonner « ma vieille » méthode de Jaffé
pour une méthode enzymatique ?
Le développement de méthodes raccordées à l’ID/LC-MS a été appelé
de leurs vœux par toutes les sociétés savantes européennes.
Actuellement, pratiquement tous les industriels du DIV préparent
des méthodes enzymatiques et l’on ne pourrait en première intention
que s’en réjouir. Or ce qui se profile est bien loin de ce que nous
avons pu espérer. En effet, les méthodes Jaffé ont toujours un coût
très faible par rapport aux méthodes enzymatiques, et les
industriels du DIV n’ont aucune intention d’y renoncer, avec la
part du marché qui va avec. Il faut donc que le poids des
recommandations émises par les sociétés savantes soit suffisant
pour imposer l’utilisation de méthodes ayant fait la preuve de leur
raccordement à la méthode de référence. En attendant, la décision
revient à chaque biologiste qui, s’il (elle) est en milieu
hospitalier, espère être suivi(e) par ses services économiques…
Conclusion
En 2008, la créatinine et les équations prédictives associées sont
le fondement de l’évaluation de la fonction rénale au quotidien.
Poussés par l’évolution des pratiques cliniques, les biologistes se
retrouvent à un tournant en ce qui concerne leurs pratiques
analytiques. En effet, le raccordement des méthodes de dosage de la
créatinine à une méthode de référence de type ID/LC-MS est
aujourd’hui incontournable. Actuellement seules certaines méthodes
enzymatiques ont fait la preuve de leur raccordement [15]. Après le
glucose, le cholestérol et d’autres, la créatinine sera-t-elle le
prochain marqueur biochimique à voir reculer les méthodes
colorimétriques au profit des méthodes enzymatiques ?
Références
1 Seronie-Vivien S, Galteau MM, Carlier MC,
et al. Improving the interlaboratory variation for creatinine
serum assay]. Ann Biol Clin (Paris) 2004 ; 62 : 165-75.
2 Panteghini M, Myers GL, Miller WG,
Greenberg N. The importance of metrological traceability on
the validity of creatinine measurement as an index of renal
function. Clin Chem Lab Med 2006 ; 44 : 1287-92.
3 Miller WG, Myers GL, Ashwood ER, et al.
Creatinine measurement : state of the art in accuracy and
interlaboratory harmonization. Arch Pathol Lab Med 2005 ;
129 : 297-304.
4 Levey AS, Eckardt KU, Tsukamoto Y, et al.
Definition and classification of chronic kidney disease : a
position statement from Kidney Disease : Improving Global
Outcomes (KDIGO). Kidney Int 2005 ; 67 : 2089-100.
5 Cockcroft D, Gault M. Prediction of creatinine
clearance from serum creatinine. Nephron 1976 ; 16 :
31-41.
6 Anaes. Diagnostic de l’insuffisance rénale chez l’adulte.
Anaes : recommandation pour la pratique clinique, 2002.
7 K/DOQI clinical practice guidelines for chronic kidney
disease : evaluation, classification, and stratification.
Kidney Disease Outcome Quality Initiative. Am J Kidney Dis
2002 ; 39(2 Suppl 2) : S1-246.
8 Levey AS, Bosch JP, Lewis JB, Greene T,
Rogers N, Roth D. A more accurate method to estimate
glomerular filtration rate from serum creatinine : a new
prediction equation. Modification of Diet in Renal Disease Study
Group. Ann Intern Med 1999 ; 130 : 461-70.
9 Myers GL, Miller WG, Coresh J, et al.
Recommendations for improving serum creatinine measurement : a
report from the Laboratory Working Group of the National Kidney
Disease Education Program. Clin Chem 2006 ; 52 :
5-18.
10 Rule AD, Larson TS, Bergstralh EJ,
Slezak JM, Jacobsen SJ, Cosio FG. Using serum
creatinine to estimate glomerular filtration rate : accuracy
in good health and in chronic kidney disease. Ann Intern Med
2004 ; 141 : 929-37.
11 Coresh J, Astor BC, McQuillan G, et al.
Calibration and random variation of the serum creatinine assay as
critical elements of using equations to estimate glomerular
filtration rate. Am J Kidney Dis 2002 ; 39 : 920-9.
12 Coresh J, Astor BC, Greene T, Eknoyan G,
Levey AS. Prevalence of chronic kidney disease and decreased
kidney function in the adult US population : Third National
Health and Nutrition Examination Survey. Am J Kidney Dis
2003 ; 41 : 1-12.
13 Van Biesen W, Vanholder R, Veys N, et al.
The importance of standardization of creatinine in the
implementation of guidelines and recommendations for CKD :
implications for CKD management programmes. Nephrol Dial Transplant
2006 ; 21 : 77-83.
14 Seronie-Vivien S, Bouissou F, Dattez S,
et al. Modeling the variability of creatinine measurements
improves estimates of the glomerular filtration rate. Clin Chem Lab
Med 2008 ; 46 : 215-8.
15 Levey AS, Coresh J, Greene T, et al.
Expressing the Modification of Diet in Renal Disease Study equation
for estimating glomerular filtration rate with standardized serum
creatinine values. Clin Chem 2007 ; 53 : 766-72.
16 Seronie-Vivien S, Galteau MM, Carlier MC,
et al. Impact of standardized calibration on the inter-assay
variation of 14 automated assays for the measurement of creatinine
in human serum. Clin Chem Lab Med 2005 ; 43 :
1227-33.
17 Froissart M, Rossert J, Jacquot C,
Paillard M, Houillier P. Predictive performance of the
modification of diet in renal disease and Cockcroft-Gault equations
for estimating renal function. J Am Soc Nephrol 2005 ;
16 : 763-73.
18 Calvert AH, Newell DR, Gumbrell LA,
et al. Carboplatin dosage : prospective evaluation of a
simple formula based on renal function. J Clin Oncol 1989 ;
7 : 1748-56.
19 Chatelut E, Canal P, Brunner V, et al.
Prediction of carboplatin clearance from standard morphological and
biological patient characteristics. J Natl Cancer Inst 1995 ;
87 : 573-80.
20 Junge W, Wilke B, Halabi A, Klein G.
Determination of reference intervals for serum creatinine,
creatinine excretion and creatinine clearance with an enzymatic and
a modified Jaffe method. Clin Chim Acta 2004 ; 344 :
137-48.
21 Owen LJ, Keevil BG. Does bilirubin cause
interference in Roche creatinine methods? Clin Chem 2007 ;
53 : 370-1.
|