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Cryptococcal neuromeningitis in immunosuppressed subjects at Rabat University Hospital (Morocco)


Annales de Biologie Clinique. Volume 66, Number 1, 79-81, Janvier-Février 2008, pratique quotidienne

DOI : 10.1684/abc.2007.0176

Résumé   Summary  

Author(s) : S Aoufi, A Agoumi, M Seqat , Service de parasitologie, CHU Ibn Sina, Rabat, Maroc.

Summary : Background: Cryptococcus neoformans is responsible for severe mycosis particulary in immunosuppressed patients. Objective: to describe the Moroccan cases of cryptococcal neuromeningitis. Material and methods: we retrospectively studied over a 12 year period (1993-2005) the cases of cryptococcal neuromeningitis diagnosed at the University Hospital of Rabat. The identification of Cryptococcus neoformans was made on cerebrospinal fluid samples after direct examination with the Indian ink and culture on Sabouraud’s medium without cycloheximide. Results: nine immunosuppressed patients had a cryptococcal neuromeningitis (7 men and 2 women). The average age was 33 years. Eight patients were infected with HIV and one was treated with steroids. The cryptococcosis revealated the HIV infection in 5 cases and 3 patients were already at the AIDS stage. The treatment based on amphotericin B was only effective in 3 patients. Conclusion: these data incite us to optimise diagnosis tools and therapeutic strategies for cryptococcal neuromeningitis in Morocco.

Keywords : cryptococcosis, HIV, Morocco

ARTICLE

Auteur(s) : S Aoufi, A Agoumi, M Seqat

Service de parasitologie, CHU Ibn Sina, Rabat, Maroc

Article reçu le 11 Decembre 2006, accepté le 7 Septembre 2007

Cryptococcus neoformans est une levure encapsulée, agent de mycose opportuniste souvent à localisation neuroméningée et de pronostic péjoratif. Longtemps considérée rare, la cryptococcose est actuellement incriminée dans de nombreuses pathologies. Elle se voit chez les immunodéprimés et c’est une cause fongique majeure de méningo-encéphalite au cours du sida, elle peut compliquer ou révéler ce syndrome. La trithérapie anti-rétrovirale permet actuellement de restaurer en partie l’immunité cellulaire des patients atteints de sida ; le traitement antifongique systémique associé améliore le pronostic de cette mycose. L’incidence et la mortalité secondaire à la cryptococcose se trouvent diminuées au sein des pays développés. Cette situation est loin d’être envisagée dans les pays pauvres où la cryptococcose engendre plus de préjudices.

Ce travail décrit le portrait de cette mycose dans le contexte marocain à travers une série de 9 malades immunodéprimés.

Matériel et méthodes

Entre l’année 1993 et l’année 2005, le laboratoire de parasitologie et de mycologie médicale du CHU Ibn Sina de Rabat a identifié 9 cas de cryptococcose à Cryptococcus neoformans sur des prélèvements du liquide céphalorachidien (LCR) provenant de 9 patients immunodéprimés. Cette identification a été faite grâce à la mise en évidence à l’examen direct à l’encre de chine de levures encapsulées et à l’isolement de Cryptococcus neoformans en culture sur milieux de Sabouraud sans cyclohexemide. Ce champignon a été identifié d’après sa morphologie microscopique sur milieux de culture, ses caractères physiologiques sur milieu urée-indole et sur les galeries d’identification Auxacolor (Bio Rad). La recherche d’antigènes circulants cryptococciques dans le LCR a été réalisée par la méthode d’agglutination au latex (Kit Crypto-LA Test des laboratoires Fumouze).

Les dossiers des malades ont été récupérés auprès des services cliniques concernés et au niveau de chaque dossier, nous avons relevé l’âge, le sexe, le type d’immunodépression, les données cliniques, biologiques et thérapeutiques ainsi que l’évolution.

Résultats

Les patients ayant fait l’objet de la présente étude sont au nombre de 9, dont 7 hommes et 2 femmes âgés de 24 à 52 ans (âge moyen : 33 ans) (tableau 1). Huit étaient atteints du sida et le 9e patient était sous corticothérapie pendant une année pour hyalinose segmentaire et focale. Parmi ces malades, 2 avaient une cryptococcose pulmonaire associée. Dans 5 des 8 cas de sida, la cryptococcose était révélatrice de la présence du rétrovirus ; les 3 autres étaient déjà connus sidéens avant la détection de Cryptococcus neoformans dans leur LCR.

Sur le plan clinique, la raideur de la nuque était presque constante (8 cas/9 cas), 7 patients ont été rapportés fébriles et 6 ont présenté des céphalées et des vomissements isolés.

Les 9 LCR étaient positifs à l’examen direct, à la culture et présentaient des antigènes circulants. L’étude de l’immunité cellulaire a été focalisée sur la numération des lymphocytes T CD4 : 7 patients des 8 cas de sida ont eu un taux de CD4 inférieur à 100 éléments/mm3. Cryptococcus neoformans a été mis en évidence dans les expectorations induites chez 2 malades ayant présenté des signes pulmonaires. Six malades ont bénéficié d’un scanner cérébral avec absence d’anomalies dans 4 cas et des signes imputables à la cryptococcose dans 2 cas (une atrophie corticomédullaire, une mégaciterne).

Pour le traitement, un malade a été mis sous fluconazole pour intolérance à l’amphotéricine B et les 8 autres ont été traités par l’amphotéricine B dont 3 ont bénéficié d’un relais par le fluconazole.

L’évolution a été favorable dans 3 cas et défavorable dans 5 cas (3 décès à la première semaine et 2 décès après 2 mois du traitement), un malade n’a plus été suivi par le service clinique et son évolution n’a pas pu être renseignée.

Tableau 1 Récapitulatif des résultats.

Cas

Symptômes

T CD4 (/mm3)

Traitement

Évolution

1

Céphalées + fièvre + raideur nuque

270

  • Ampho B :
  • 1 mg/kg/j x 2 mois


Décès

2

Céphalées + fièvre + raideur nuque

78

  • Ampho B :
  • 1 mg/kg/j


Décès après 10 j

3

Fièvre + raideur nuque + photophobie

25

  • Ampho B :
  • 1 mg/kg/j x 45 j puis Fluconazole : 400 mg/j


Décès après 2 mois

4

Raideur nuque

10

  • Ampho B :
  • 1 mg/kg/j


Décès après 3 j

5

Céphalées + fièvre + raideur nuque

-

  • Ampho B :
  • 50 mg/j x 2 mois puis
  • Fluconazole : 400 mg/j


Favorable

6

Céphalées + raideur nuque + crises convulsives

7

Fluconazole : 400 mg/j

Décès après 1 j

7

Fièvre + raideur de la nuque

44

  • Ampho B :
  • 1 mg/kg/j x 15 j puis
  • Fluconazole : 400 mg/j


Malade non suivi

8

Céphalées + fièvre + somnolence

50

  • Ampho B :
  • 1 mg/kg/j x 34 j


Favorable

9

Céphalées + fièvre + raideur nuque

84

  • Ampho B :
  • 1 mg/kg/j x 34 j


Favorable

Discussion

La cryptococcose est une mycose opportuniste qui se développe essentiellement chez les sujets présentant un déficit de l’immunité cellulaire. Jusqu’aux années quatre-vingt, cette levurose était favorisée par l’immunosuppression iatrogène (corticoïdes, immunosuppresseurs) ou lors d’hémopathie maligne. L’avènement du sida a considérablement fait augmenter l’incidence de cette mycose. C’est aussi l’observation faite dans cette étude puisque 8 des 9 patients ont développé une cryptococcose sur un terrain d’immunodépression lié au VIH. Un seul cas présentait un déficit de l’immunité consécutive à une corticothérapie au long cours d’une année pour une hyalinose segmentaire et focale.

La cryptococcose survient chez 58 % des patients au stade sida maladie [1]. Le risque de cette mycose augmente avec le degré de l’immunodépression ; il est huit fois supérieur lorsque le taux des lymphocytes CD4 est inférieur à 100 éléments/mm3 [2]. Ce taux encore plus bas est un facteur de risque de mortalité lors de la cryptococcose [1, 3]. Ceci se voit clairement dans notre série ; en effet, 7 des 8 malades ont eu un taux de CD4 inférieur à 100/mm3, ceux ayant eu des taux très bas sont décédés.

La localisation neuroméningée de la cryptococcose chez le sidéen n’est pas exclusive. En effet, les séries étudiées ont rapporté que d’autres localisations peuvent être associées ; l’atteinte pulmonaire se voit dans 5 à 28 % des cas [4]. Deux malades de la série ont présenté une localisation pulmonaire associée à la méningite cryptococcique.

Le traitement de la cryptococcose neuroméningée qui a prouvé le plus d’efficacité associe l’amphotéricine B et la flucytosine [1, 4]. Les malades n’ont pas pu bénéficier de ce protocole à cause du coût de l’antimitotique (flucytosine). L’amphotéricine B a été utilisée en monothérapie à raison de 1 mg/kg/j pendant un mois et a permis une évolution favorable chez 2 malades. Un autre malade s’est nettement amélioré sous amphotéricine B pendant deux semaines avec relais par fluconazole à 400 mg/j jusqu’à stérilisation du LCR. Il serait utile de signaler que dans nos pratiques cliniques de l’époque, aucune prophylaxie antifongique n’a été engagée.

Le taux de mortalité observé dans cette série (62,5 %) est comparable à celui retrouvé dans d’autres études menées au sein des pays en voie de développement : Tunisie, Sénégal, Burkina Faso [5-7]. Dans les pays européens et en Amérique du Nord, l’évolution paraît nettement meilleure avec un taux de mortalité avoisinant les 22 % [1, 8]. La mortalité élevée dans notre pays serait consécutive à un échec thérapeutique soit de l’infection virale, soit de l’infestation mycosique. Seuls quatre de nos patients ont bénéficié de la trithérapie anti-rétrovirale. L’échec thérapeutique serait également dû à un retard diagnostique. En effet, le premier geste quasi-réflexe du clinicien face à un syndrome méningé est la ponction lombaire pour une étude bactériologique du LCR suivie de l’institution de l’antibiothérapie probabiliste. Et ce n’est qu’après que le service de mycologie est sollicité pour une étude mycologique du LCR, d’où le retard thérapeutique pouvant être fatal pour le patient souvent en état d’immunodépression avancée. Ce retard est plus marqué lors d’une immunosuppression d’une autre origine (non VIH) où la cryptococcose est rarement évoquée.

Il paraît que la mortalité particulièrement élevée de la cryptococcose neuroméningée dans la série étudiée est liée aussi aux modalités thérapeutiques appliquées qui ne suivent pas les protocoles en usage ayant prouvé leur efficacité.

Références

1 Dromer F, Lortholary O. Cryptococcose. EMC Maladies Infectieuses. Paris : Elsevier 2004 : 8-613-A-10.

2 Garcia Hermoso D, Neuville S, Dromer F. Actualités épidémiologiques de Cryptococcus neoformans. La lettre de l’infectiologue 2001 ; 3 : 67-72.

3 Charra B, Hachimi A, Nejmi H. Cryptococcose neuroméningée chez un sujet immunocompétent. Med Mal Infect 2005 ; 35 : 549-51.

4 Tattevin P, Vittecoq D. La cryptococcose : mise au point. La lettre de l’infectiologue 1998 ; 1 : 16-24.

5 Kallel K, Mejri H, Belhadj S, et al. La cryptococcose neuro-méningée : méningite du sujet immunodéprimé. Tunis Med 1999 ; 77 : 45-9.

6 Hovette P, Camara P, Raphenon G, et al. Prévalence de la cryptococcose cérébro-méningée associée au sida à Dakar. Presse Med 1999 ; 28 : 741-2.

7 Millago A, Ki-Zerbo GA, Andonoba JB, et al. La cryptococcose méningée au cours de l’infection par le VIH au centre hospitalier de Bobo-Dioulasso (Burkina Faso). Bull Soc Pathol Exot 2004 ; 97 : 119-21.

8 Neuville S, Dromer F, Chretien F, et al. Physiopathologie des méningo-encéphalites dues à Cryptococcus neoformans. Ann Med Interne (Paris) 2002 ; 153 : 323-8.


 

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