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Chromobacterium violaceum peritonitis: case report and literature review


Annales de Biologie Clinique. Volume 64, Number 4, 327-30, Juillet-Août 2006, Pratique quotidienne


Résumé   Summary  

Author(s) : J Watine, A Courtade, E Pham, C Lievrouw, B Dubourdieu, B Guérin, J-L Gineston , Service de biologie polyvalente, Centre hospitalier général, Rodez, Service de chirurgie viscérale, Centre hospitalier général, Rodez, Service de médecine interne et maladies infectieuses, Centre hospitalier général, Rodez, Service de radiologie, Centre hospitalier général, Rodez, Service d’hépato-gastro-entérologie, Centre hospitalier général, Rodez.

Summary : We report a case of Chromobacterium violaceum infection and we review the literature for all published cases. C. violaceum grew from a peritoneal fluid of a 47-year-old woman operated on for peritonitis following perforative gastroduodenal ulcer. She was just coming back from a 1-month-holyday in French Guyana, where she might have been in contact with this micro-organism. The patient fully recovered after surgical management associated with antibiotic therapy consisting of ofloxacin plus piperacillin-tazobactam. Among the more than a hundred of published cases of human infections with C. violaceum that we retrieved, there was not any other case of peritonitis.

Keywords : Chromobacterium violaceum, peritonitis, perforation, gastroduodenal ulcer, French Guyana, systematic review

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ARTICLE

Auteur(s) : J Watine1, A Courtade2, E Pham3, C Lievrouw4, B Dubourdieu1, B Guérin3, J-L Gineston5

1Service de biologie polyvalente, Centre hospitalier général, Rodez
2Service de chirurgie viscérale, Centre hospitalier général, Rodez
3Service de médecine interne et maladies infectieuses, Centre hospitalier général, Rodez
4Service de radiologie, Centre hospitalier général, Rodez
5Service d’hépato-gastro-entérologie, Centre hospitalier général, Rodez

Article reçu le 28 Octobre 2005, accepté le 6 Janvier 2006

L’observation

Une patiente âgée de 47 ans était admise en urgence dans notre hôpital à son retour de Guyane où elle venait de passer un mois. Elle se plaignait de douleurs épigastriques irradiant à droite, compatibles avec un diagnostic de lithiase vésiculaire. Sa température était de 38,6 °C. Sa seule anomalie biologique était une hyper-leucocytose à 21 000/mm3 (dont 95 % de neutrophiles) ; la CRP notamment était normale. L’échographie montrait une ascite avec un épanchement intra-péritonéal hétérogène compatible avec une rupture de kyste ovarien. La cœlioscopie exploratoire montrait une péritonite avec un épanchement dans la grande cavité péritonéale. Une laparotomie médiane, pour toilette péritonéale, permettait la découverte d’un ulcère gastrique perforé sur la face pré-pylorique avec fausses membranes. Le liquide péritonéal était ensemencé dans des flacons d’hémocultures BactAlertND (BioMérieux). La prise en charge chirurgicale consistait en une suture avec épiplooplastie, toilette péritonéale (8 litres), et aspiration naso-gastrique douce pendant 5 jours. Le traitement médicamenteux per-opératoire comprenait oméprazole, pipéracilline-tazobactam et amikacine. L’amikacine était remplacée par l’ofloxacine 48 heures plus tard, dès que la culture de Chromobacterium violaceum dans les flacons d’hémocultures inoculés avec le liquide péritonéal était constatée. La fièvre cédait en moins de 48 heures. Le contrôle radiologique ne mettait pas en évidence de fuite de produit de contraste. Les antibiotiques étaient interrompus à J10, la patiente quittait l’hôpital à J15, et une fibroscopie gastrique de contrôle à J60 permettait de ne mettre en évidence qu’une gastrite persistante, sans infection par Helicobater pylori.

L’identification de cette bactérie à Gram négatif était relativement facile car notre souche était productrice de violacéine ; or, aucun autre pathogène humain n’est capable de produire un tel pigment [1]. Cette identification était confirmée grâce aux systèmes API 20END et API 20NEND (BioMérieux). Notre isolat de C. violaceum était résistant à toutes les bêtalactamines testées sauf céfépime, cefpirome, moxalactam, aztréonam, pipéracilline, ticarcilline et imipénème. À l’exception du moxalactam, les diamètres d’inhibition de toutes ces molécules ne semblaient pas aussi larges que ce que l’on observe habituellement avec des bactéries sensibles comparables, telles Pseudomonas aeruginosa par exemple (figures 1 et 2). Les diamètres d’inhibition de la pipéracilline et de la ticarcilline étaient plus grands que ceux de la pipéracilline-tazobactam et de la ticarcilline-clavulanate, ce qui pouvait suggérer la présence d’une céphalosporinase inductible (figures 1 et 2). De même, le discret antagonisme entre les disques d’amoxy-clav et d’aztréonam pouvait vraisemblablement être dû à l’induction de la céphalosporinase par l’acide clavulanique (figures 1 et 2). Notre isolat était également résistant à la colistine et à la fosfomycine et sensible au cotrimoxazole et aux fluoroquinolones. Bien que sensible aux aminoglycosides, les diamètres d’inhibition semblaient ne pas être aussi grands qu’ils le sont habituellement chez d’autres bactéries sensibles comparables (figures 1 et 2).

Discussion

Depuis le premier cas publié, en Malaisie en 1927, une bonne centaine d’infections humaines à C. violaceum ont été rapportées dans la littérature [2]. Ce bacille à Gram négatif est généralement responsable d’infections sévères chez l’homme et chez l’animal, à savoir septicémies à point de départ cutané avec cellulite et abcès multiples, notamment cutanés, hépatiques, pulmonaires, spléniques, ganglionnaires, cérébraux, osseux, nasopharyngés, rénaux et/ou prostatiques [3-11]. Des cas plus anecdotiques d’infections du nouveau-né, de conjonctivites ou de méningites ont aussi été publiés [9, 12, 13]. En cas de maladie systémique, le taux de mortalité dépasse les 50 %, et même beaucoup plus quand l’antibiothérapie adaptée n’est pas débutée rapidement [1, 2, 10, 14]. Il y a des similitudes entre la forme septicémique de l’infection à C. violaceum et la forme septicémique de la mélioïdose [8, 15]. C. violaceum peut aussi être associé à des diarrhées [16, 17].

C. violaceum vit exclusivement dans les eaux et les sols humides des régions tropicales et subtropicales, notamment en Amérique du Sud [18-20]. Notre souche provient fort probablement de Guyane puisque la patiente y a passé un mois juste avant d’être admise dans notre hôpital, aimant à se baigner fréquemment dans les rivières, étangs ou lacs, fort nombreux dans cette région.

Bien que la flore bactérienne naturellement présente dans l’estomac soit pauvre, les péritonites infectieuses ne constituent pas une complication rarissime de la perforation d’un ulcère gastrique [21]. Divers micro-organismes peuvent être retrouvés dans le liquide péritonéal en cas de perforation digestive, Escherichia coli étant sans doute l’un des plus fréquents [22-24]. À notre connaissance, la présence de C. violaceum n’a jamais été rapportée dans ce contexte.

La porte d’entrée de ce micro-organisme est généralement une peau lésée ou blessée. Plusieurs jours à plusieurs mois peuvent s’écouler entre l’acquisition de la bactérie et la manifestation clinique de l’infection systémique [18]. Chez notre patiente, la porte d’entrée cutanée ne peut être éliminée avec certitude parce qu’elle avait de nombreuses lésions prurigineuses sur ses jambes, attribuées à des piqûres d’insectes, avec de l’urticaire et des œdèmes, pour lesquels elle avait reçu des glucocorticoïdes oraux ainsi que des anti-H1 depuis cinq jours avant son admission à l’hôpital. Il semble toutefois plus probable que C. violaceum ait gagné le péritoine via l’ulcère gastrique perforé [16, 17, 25], d’autant que les lésions cutanées ne semblaient pas infectées. La perforation de l’ulcère gastrique a vraisemblablement été favorisée par la prise de glucocorticoïdes et l’existence concomitante d’un syndrome anxieux sévère.

C. violaceum est la seule espèce de Chromobacterium pathogène pour l’homme [26]. La virulence de cette bactérie semble en partie liée à l’endotoxine et à une protection vis-à-vis de la phagocytose par le canal d’une forte production de superoxide-dismutase et de catalase [27]. Il semble aussi que les enfants soient plus souvent infectés que les adultes [28], et que les infections surviennent plus volontiers en cas de déficit en glucose-6-phosphate deshydrogénase ou de dysfonctionnement des polynucléaires neutrophiles, notamment en cas de granulomatose septique chronique [12, 29-31], voire chez les patients dénutris, alcooliques [4], ou sidéens [32]. Chez notre patiente, comme dans de nombreuses autres observations, aucun facteur prédisposant de ce type n’était présent.

Compte-tenu des taux de mortalité élevés en cas d’infection systémique, une thérapeutique agressive est nécessaire, associant antibiothérapie adaptée en urgence et chirurgie si nécessaire [9, 33, 34]. Les fluoroquinolones, notamment la ciprofloxacine, semblent constituer le meilleur choix, éventuellement associées aux aminoglycosides [2], voire au cotrimoxazole [6]. Des bithérapies aminoglycosides-cotrimoxazole, ou aminoglycosides-chloramphénicol, ont aussi été utilisées avec succès [15, 29]. Chez notre patiente, la pipéracilline-tazobactam fut associée à l’ofloxacine car en présence d’une péritonite faisant suite à une perforation digestive, il nous a semblé souhaitable de chercher à « couvrir » d’éventuelles bactéries digestives qui n’auraient pas été couvertes par l’ofloxacine (anaérobies, voire entérocoque), tout en étant en bithérapie vis-à-vis de C. violaceum. Les profils de résistance et de sensibilité de notre bactérie sont comparables à ceux décrits par la plupart des auteurs [6, 18, 19, 26, 35-38], sauf qu’Aldridge et al. ont observé que la gentamicine était plus active que l’amikacine et la tobramycine sur 11 isolats cliniques de C. violaceum [35].

Signalons pour conclure que le génome de C. violaceum a été entièrement « séquencé » [39], ce qui permettra sans doute de mieux identifier à l’avenir les facteurs de virulence et de pathogénicité de cette bactérie [36].

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