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Virus respiratoires émergents : virus du Sras et virus influenza A/H5N1 hautement pathogène


Annales de Biologie Clinique. Volume 64, Number 3, 195-208, Mai-Juin 2006, Revue générale


Résumé   Summary  

Author(s) : A Goffard, M Lazrek, C Schanen, P-E Lobert, L Bocket, A Dewilde, D Hober , Service de virologie, UPRES-EA3610, CHRU Lille, Faculté de Médecine, Université Lille 2, Bâtiment P. Boulanger, Lille.

Summary : Two viral agents with RNA genome are responsible for emerging illnesses: influenza virus A/H5N1 and Severe Acute Respiratory Syndrome virus (SARS). For the diagnosis of SARS virus infection, an epidemiological investigation is necessary to know whether the patient has been exposed to a risk in a country where the SARS virus is circulating or whether the patient had worked in a laboratory handling SARS virus. The detection of SARS virus is possible in various clinical samples (including urine) by viral culture or RT-PCR. The handling of those samples and RNA extraction must be performed in a BSL3 laboratory. The SARS virus RT-PCR is poorly sensitive, therefore the test should be performed on samples collected consecutively for several days. In front of a suspicion of A/H5N1, similar procedures are recommended. An epidemiologic investigation is necessary to specify whether the patient stayed in a country where A/H5N1 virus was circulating. Clinical samples needed for a specific diagnosis are: nasopharyngeal, throat-swab or fecal samples, cerebrospinal fluid and blood. The presence of A/H5N1 virus is confirmed by viral isolation or RNA detection by RT-PCR. RNA extraction must be performed in a BSL3 laboratory. For diagnosis of A/H5N1 virus infection, RT-PCR test amplifies specifically a fragment of H5 gene (Hemagglutinin). In french laboratories of medical virology, procedures are ready to diagnose the first case of A/H5N1 virus infection and cases of reemerging SARS virus infection.

Keywords : avian flu, A/H5N1, SARS-CoV, SARS, emerging virus

Pictures

ARTICLE

Auteur(s) : A Goffard, M Lazrek, C Schanen, P-E Lobert, L Bocket, A Dewilde, D Hober

Service de virologie, UPRES-EA3610, CHRU Lille, Faculté de Médecine, Université Lille 2, Bâtiment P. Boulanger, Lille

Article reçu le 27 Janvier 2006, accepté le 20 Mars 2006

La notion de virus émergent est difficile à définir. En effet, les « nouveaux virus » peuvent être associés à d’anciennes maladies (exemple du virus HHV6 récemment identifié comme étant l’agent responsable de la roséole) et les « nouvelles maladies virales » peuvent être dues à d’anciens virus (exemple de l’identification des virus des hépatites qui ont permis de définir la notion d’hépatite virale). Le développement des méthodes de diagnostic (notamment des outils moléculaires) et des réseaux de surveillance des maladies a permis la mise en évidence de virus que l’on peut qualifier de « nouvellement identifiés » qui ne sont pas, pour autant, de nouveaux virus. On peut ainsi parler de virus « d’évolution nouvelle » : il s’agit de virus descendant de virus existants qui ont acquis une virulence plus importante grâce à différents mécanismes de mutations ou de réassortiments génétiques (comme les virus grippaux par exemple). Il peut aussi s’agir de virus existants dans des conditions écologiques qui ont été modifiées favorisant les contacts entre des animaux ou des insectes porteurs de virus pathogènes et l’homme (exemple du virus de la fièvre jaune) ou favorisant la transmission interhumaine. Au moins trois mécanismes d’émergence peuvent être proposés : évolution d’un nouveau variant viral, passage d’un virus existant à une autre espèce (franchissement de la barrière d’espèce) ou dissémination large d’un virus auparavant confiné à un petit groupe de population. Les épidémies d’infections respiratoires ayant eu lieu ces dernières années permettent d’illustrer deux de ces points : l’épidémie d’infection à virus influenza A/H5N1 hautement pathogène est actuellement une épizootie et on redoute le passage direct d’un virus aviaire, le virus A/H5N1, chez l’homme et l’épidémie de Sras était due soit à un virus animal transmis à l’homme dont le réservoir n’a pour le moment pas été identifié soit à l’acquisition d’un pouvoir pathogène par un coronavirus humain non pathogène jusque-là et donc inconnu. Dans cette synthèse, nous ferons le point des connaissances actuelles sur le virus du Sras et le virus A/H5N1 hautement pathogène.

Le virus du Sras (SARS-CoV)

Le Sras (syndrome respiratoire aigu sévère) est la première maladie grave et transmissible à émerger au XXIe siècle. L’épidémie qui a démarré en Chine fin 2002, s’est propagée au niveau mondial courant 2003 touchant plus de 8 000 personnes et faisant plus de 800 victimes (pour en savoir plus, http://www.invs.fr). Grâce à la mobilisation internationale motivée par l’alerte lancée par l’OMS en mars 2003, l’épidémie a pu être endiguée par des mesures d’isolement et de mise en quarantaine. La mobilisation des services de santé, de surveillance et des scientifiques a permis l’identification rapide de l’agent causal du Sras, un coronavirus totalement inconnu.

Caractéristiques des coronavirus

Les coronavirus sont des virus enveloppés à ARN simple brin de polarité positive appartenant à la famille des Coronaviridae, au genre des coronavirus [1]. En microscopie électronique, les particules virales présentent des protubérances de surface leur donnant un aspect « en couronne » (corona, en latin) qui a servi à la dénomination de ces virus. La classification des virus au sein de la famille des coronavirus est basée à la fois sur les réactions sérologiques et sur les résultats des analyses des séquences génomiques. La famille des Coronaviridae est divisée en trois groupes : les groupes 1 et 2 comprennent les virus infectant des mammifères alors que le groupe 3 est constitué de virus exclusivement aviaires. Dans le groupe 1, on trouve le coronavirus canin, le virus de la péritonite infectieuse féline, le virus de la gastroentérite transmissible du porc, le virus respiratoire porcin et le coronavirus humain 229E ; dans le groupe 2, le coronavirus bovin, le virus des hépatites murines, le virus de la silodacryonite du rat et le coronavirus humain OC43. Enfin, dans le groupe 3, on trouve le virus de la bronchite infectieuse aviaire et le coronavirus du dindon. Le coronavirus associé au Sras (SARS-CoV) semble être le premier virus de cette famille à provoquer systématiquement une maladie grave chez l’homme. En avril 2003, le séquençage du génome du coronavirus associé au Sras a été achevé. Les caractéristiques génomiques de ce virus montrent que le SARS-CoV n’appartient à aucun des groupes connus de coronavirus et qu’il présente très peu d’homologies de séquences avec les deux coronavirus humains, HCoV-OC43 et HCoV-229E. Il a donc été proposé que ce nouveau virus définisse un quatrième lignage de coronavirus, le groupe 4 [2]. Les données du séquençage du génome montrent que ce virus n’est ni un mutant d’un coronavirus connu, ni un recombinant entre des coronavirus connus.

La structure des coronavirus et celle du SARS-CoV ne sont pas encore parfaitement connues. Les coronavirus sont des virus sphériques enveloppés dont la nucléocapside serait icosaédrique [3]. Leur génome est constitué d’un ARN linéaire simple brin de polarité positive qui code 7 à 10 protéines virales. Certaines protéines virales sont bien caractérisées. Ainsi, la protéine N s’associe à l’ARN viral pour former la ribonucléoprotéine ( (figure 1) ). Les protéines S et E sont présentes à la surface de la particule virale sous la forme de spicules qui assurent les fonctions de récepteurs viraux. La protéine E est une petite protéine d’enveloppe. La protéine S forme des trimères qui reconnaissent les acides sialiques à la surface des cellules de l’arbre respiratoire et confère des propriétés hémagglutinantes au virus. Au cours d’une infection à coronavirus, les anticorps développés contre la protéine S sont neutralisants. La protéine M constitue la capside de la particule virale. Elle tapisse l’intérieur de l’enveloppe et est en contact avec la protéine S, d’une part, et la ribonucléoprotéine, d’autre part. Certaines souches virales présentent une protéine HE au niveau de leur enveloppe virale. Cette protéine aurait des fonctions de type estérasique. Enfin, une protéine non-structurale a été caractérisée : la réplicase qui présente des homologies de séquences avec la famille des protéases et des ARN polymérases ARN dépendantes. La réplicase est probablement clivée en différentes enzymes nécessaires à la réplication au cours du cycle viral.

La structure du SARS-CoV est encore moins bien connue. Le séquençage du génome viral confirme l’appartenance du virus à la famille des coronavirus. Le gène de la réplicase est bien présent ainsi que ceux des protéines de structure S, E, M et N. Le gène de la protéine HE est absent. Par ailleurs, une dizaine de cadres de lecture ouverts supplémentaires sont présents qui ne présentent pas d’homologies avec les séquences des protéines des autres coronavirus connus.

Variabilité des coronavirus

Comme tous les virus à ARN, les coronavirus sont doués d’une grande capacité de mutations. En effet, les ARN polymérases ne possèdent pas d’activité correctrice d’erreurs ce qui rend possible l’intégration de nombreuses mutations dans le génome viral au cours de la réplication. Par ailleurs, les coronavirus sont capables de nombreuses recombinaisons entre des coronavirus différents. Les mécanismes de ces recombinaisons ne sont pas clairement définis mais les coronavirus sont capables de « capturer » les gènes pathogènes appartenant à d’autres virus. Ils sont aussi capables « d’abandonner » une partie de leur génome et de modifier ainsi leurs cibles cellulaires par exemple. La séquence des protéines prédite à partir du séquençage du génome complet du SARS-CoV n’est pas en faveur d’une apparition du virus par mutation ou recombinaison. En effet, les pourcentages d’homologies des séquences sont faibles et les régions homologues sont réparties de façon très disparate sur les séquences protéiques. Les données actuellement disponibles suggèrent plutôt que le SARS-CoV serait issu soit d’un coronavirus humain non pathogène encore inconnu soit d’un virus animal ayant franchi la barrière d’espèce [4].

Épidémiologie des infections par le SARS-CoV

Le Sras est une maladie infectieuse nouvelle identifiée en février 2003 (pour en savoir plus : http://www.SARSRefence.com). Il est apparu pour la première fois en novembre 2002 dans la province du Guangdong en Chine. Il a fallu deux mois pour que l’infection se propage à Hong-Kong, région pourtant proche du foyer initial, suggérant une faible contagiosité du virus. Les épidémies qui ont suivi sont restées limitées à des groupes familiaux résidant dans des zones de forte densité de population, à des hôtels (Hong-Kong) ou à des hôpitaux (Hanoï, Toronto). Cette extension limitée est un argument en faveur de la faible transmissibilité du virus. Comparé aux virus grippaux qui sont capables d’infecter rapidement des millions de personnes dans le monde entier, le virus du Sras ne semble pas se propager rapidement. À ce jour, une seule épidémie de Sras a eu lieu, en 2003. Elle avait touché au moins 8 000 personnes, un certain nombre de cas secondaires n’ayant probablement pas été identifiés. L’année suivante, en 2004, 9 cas ont été signalés, uniquement en Chine. Cette année-là, les cas index étaient systématiquement décrits chez des personnes travaillant dans des laboratoires étudiant le virus responsable du Sras (étudiante en virologie, étudiant en stage post-doctoral). Ces cas index étaient à l’origine de la contamination des autres personnes touchées (parents, infirmière, etc.).

Le virus du Sras se propage essentiellement par contact direct avec des gouttelettes de sécrétions respiratoires provenant d’une personne infectée. La notion de « super-contaminateur » a été définie pour des patients capables d’infecter individuellement un nombre important d’autres personnes. Cette notion est probablement liée aux quantités importantes de virus excrétées par ces patients. Des données complémentaires sont nécessaires pour mieux connaître les modes de transmission du virus du Sras. Une transmission par voie environnementale semble possible mais moins fréquente. En effet, en 2003, un des foyers d’infection survenu dans un quartier de Hong-Kong semble s’être développé à partir d’eaux d’égouts contaminées. Enfin, le virus du Sras peut contaminer le personnel soignant au cours d’une hospitalisation. Cette contamination a lieu soit au cours d’actes médicaux créant des aérosols infectés (bronchoscopie, intubation endotrachéale…) soit au cours des soins quotidiens apportés aux patients. Au cours de l’épidémie qui s’est développée en 2003, le personnel de santé a été fréquemment infecté par le virus du Sras. À Hanoï, où l’épidémie a commencé, 63 % des personnes infectées faisaient partie du personnel de santé, à Hong-Kong, c’était 46 % des cas qui appartenaient à ce corps professionnel [5]. Par ailleurs, à Taïwan, un pourcentage non négligeable (11,5 %) du personnel soignant a été colonisé par le virus du Sras sans développer de signe d’infection respiratoire [6]. L’absence de signes d’infection respiratoire chez ces personnes suggère qu’il pourrait exister des porteurs sains du virus, mais cette notion n’a pas été confirmée pour le moment.

Des travaux sont en cours pour évaluer la résistance du virus du Sras dans l’environnement. Les données actuelles montrent que le virus est stable dans les urines ou les selles pendant 24 à 48 heures à température ambiante. Sa stabilité est plus grande en cas de selles diarrhéiques. La stabilité du virus dans les surnageants de culture est remarquable : la diminution de la concentration virale est très faible après 21 jours à 4 °C ou à – 80 °C. Après 48 heures à température ambiante, la quantité de virus a diminué d’un log. Toutes ces données prouvent que le SARS-CoV est plus stable dans ces conditions que les autres coronavirus. L’exposition à la chaleur (56 °C) inactive rapidement le virus. L’effet neutralisant des détergents et fixateurs utilisés couramment en laboratoire n’est pas encore confirmé. Afin d’étayer l’hypothèse du franchissement de la barrière d’espèce, les spécialistes sont à la recherche de l’hôte animal du SARS-CoV. Le virus du Sras a été isolé chez la civette palmiste à masque, un animal dont la viande est consommée en Chine [7]. Les séquences des virus isolés chez les civettes étaient très proches de celle du Sras responsable de l’épidémie humaine. Cependant, on ne sait pas pour le moment quel rôle joue la civette dans l’épidémiologie du virus. En effet, les civettes infectées étaient des animaux sauvages capturés puis élevés dans des fermes avant l’abattage. Elles ont donc pu être contaminées par d’autres animaux sauvages, domestiques voire même par des humains au cours de leur captivité. L’origine animale du SARS-CoV reste donc à démontrer. À l’heure actuelle, la contamination humaine à partir de marchandises animales ou d’animaux sauvages ou domestiques n’a jamais été démontrée.

Symptomatologie d’une infection par le SARS-CoV

Le diagnostic d’une infection par le SARS-CoV repose sur l’examen clinique, les signes radiologiques et la notion de voyage dans un pays où le virus a été détecté [8]. Les signes initiaux de l’infection ne sont pas spécifiques et ce diagnostic reste un diagnostic d’exclusion. Le symptôme le plus habituel du Sras est une fièvre supérieure à 38 °C apparaissant assez brutalement après une période d’incubation de 2 à 10 jours. Cependant, cette fièvre peut être absente au début de la maladie ou chez des patients porteurs d’une autre pathologie altérant les réactions fébriles. La fièvre peut être associée à un malaise général, à des frissons, des myalgies, des céphalées… La symptomatologie initiale ressemble surtout à un tableau de pneumopathie atypique. Une toux productive, une dysphagie douloureuse, des nausées et vomissements sont plus rares. La diarrhée a été un symptôme fréquent dans un foyer épidémique rapporté à Hong-Kong, mais semble rare dans les autres groupes qui ont été décrits. L’auscultation pulmonaire peut trouver des râles inspiratoires au niveau des bases mais il n’existe habituellement pas de sibilance. Sur le plan biologique, de nombreuses anomalies hématologiques ont été rapportées au cours de l’évolution de la maladie [9]. Une lymphopénie est présente chez 98 % des patients avec les taux les plus bas observés au cours de la deuxième semaine d’évolution et une normalisation au cours de la troisième semaine. Cependant, dans 30 % des cas, la lymphopénie persistait à la cinquième semaine d’évolution. À la phase initiale de la maladie, les taux de CD4 et CD8 pouvaient être abaissés. Selon certaines études, des taux bas de CD4 et CD8 seraient un facteur de mauvais pronostic [10]. Une leucopénie transitoire a été rapportée chez 64 % des patients au cours de la première semaine de la maladie. Chez 61 % des malades, une leucocytose était retrouvée au cours de la deuxième et de la troisième semaine d’évolution. Une neutrophilie est observée dans 82 % des cas, probablement liée au traitement par corticoïdes. Une thrombocytopénie relative spontanément résolutive a été retrouvée chez 55 % des patients. Aucune hémorragie grave n’a été observée. Le reste du bilan biologique montre une élévation des LDH, des transaminases et de la créatine kinase. Les taux élevés de LDH et de transaminases peuvent être secondaires au traitement par la ribavirine. Cependant, dans certaines études, le taux élevé de LDH est rapporté comme étant un facteur de mauvais pronostic [10]. Enfin, les D-dimères peuvent être élevés et le TCA allongé chez un nombre important de patients. L’imagerie radiologique occupe une place importante dans le diagnostic initial de l’infection par le Sras puis dans le suivi de l’efficacité du traitement [11]. Les images les plus typiques comportent une localisation périphérique prédominante, des opacités alvéolaires unilatérales et focales progressant sous traitement vers une atteinte unilatérale multifocale ou bilatérale. Il n’existe ni excavation, ni adénopathie, ni épanchement pleural. Le scanner thoracique est un examen complémentaire qui permet en général de préciser les signes de pneumopathie sévère.

L’évolution de la maladie et son pronostic sont assez homogènes dans les différentes études cliniques publiées [12] : la première semaine de la maladie est marquée par la fièvre, les myalgies et les symptômes respiratoires qui s’améliorent rapidement. La deuxième semaine, la fièvre récidive associée cette fois à une diarrhée et une désaturation en oxygène. Sur le plan radiologique, l’aggravation des lésions est rapportée dans 80 % des cas. Cette période correspond à l’élévation de la charge virale du SARS-CoV qui reflète une multiplication accrue du virus [12]. Cette activité virale intense pourrait être responsable de l’aggravation clinique. Dans 20 % des cas, les patients évoluent vers une troisième phase caractérisée par une détresse respiratoire nécessitant une ventilation assistée. Pendant cette phase évolutive, on observe un « orage cytokinique » qui pourrait être à l’origine de la détresse respiratoire observée. Au total, la mortalité globale due au Sras est estimée à 15 % par l’OMS, pouvant aller jusqu’à 50 % chez les personnes de plus de 65 ans présentant d’autres pathologies associées.

De nombreux tableaux atypiques ont été décrits : patients apyrétiques, présence d’une diarrhée sans signe respiratoire… Ces formes atypiques constituent une menace pour les malades, le personnel hospitalier et les proches. L’OMS a défini précisément les critères de cas probable de Sras : une fièvre supérieure à 38 °C associée à des signes d’atteinte respiratoire basse (toux, dyspnée, gène respiratoire, etc.) survenant chez une personne en provenance d’un pays ou d’une zone où une transmission active du Sras a été décrite ou chez une personne travaillant (ou ayant travaillé) dans un laboratoire manipulant (ou ayant manipulé) du Sras (quelle que soit sa localisation géographique).

Diagnostic virologique d’une infection par le SARS-CoV

Actuellement, le diagnostic de Sras ne peut être posé qu’après avoir éliminé les autres étiologies de pneumonie. En 2004, différentes méthodes virologiques de diagnostic du Sras ont été validées par l’OMS. Depuis, les laboratoires industriels ont développé d’autres tests ou ont affiné la sensibilité et la spécificité de tests existants mais en l’absence de résurgence épidémique, ces tests de diagnostic n’ont pas été validés par l’OMS. Le diagnostic virologique repose sur l’isolement du SARS-CoV en culture cellulaire ou sur la mise en évidence du génome viral par une technique de RT-PCR amplifiant un fragment du gène de la polymérase. Les recherches sont effectuées sur des prélèvements nasaux, pharyngés, des expectorations, des aspirations endo-trachéales, du sang, des selles ou des urines (tableau 1)( Tableau 1 ). L’excrétion du virus SARS-CoV assez faible au début de la maladie, est maximale environ 10 jours après le début des signes cliniques. Le virus est alors retrouvé dans les sécrétions respiratoires et dans les selles. Une étude portant sur l’utilité clinique des différents tests diagnostiques a montré que l’ARN du SARS-CoV était détecté par RT-PCR dans les sécrétions nasopharyngées chez seulement 32 % des patients à la phase initiale et dans 68 % des cas 14 jours après le début des signes cliniques [12]. Une analyse quantitative a montré que la charge virale atteint son maximum 10 jours après le début des signes cliniques. L’ARN viral est détecté dans les selles chez 98 % des patients plus tardivement au cours de la maladie (vers le 14e jour) et dans les urines après le 15e jour. Les tests de RT-PCR sont assez peu sensibles et il est fortement conseillé de multiplier les examens d’échantillons naso-pharyngés pour améliorer la valeur prédictive du test. Un test de RT-PCR négatif n’exclut donc pas le diagnostic de Sras : les échantillons peuvent avoir été prélevés à un moment où la charge virale était trop faible pour être détectée par les tests de laboratoires disponibles. L’amplification d’un fragment du gène de la nucléoprotéine pourrait améliorer la sensibilité des tests de RT-PCR en temps réel. Cette hypothèse demande à être confirmée dans un contexte épidémique.

La présence du virus infectieux peut être mise en évidence en inoculant des cultures cellulaires (cellules Vero-E6) à partir d’échantillons de selles, de sang ou de sécrétions respiratoires (http://www.SARSRefence.com). Une fois le virus isolé, il faut utiliser d’autres tests (immunofluorescence, par exemple) pour identifier le SARS-CoV. L’isolement du SARS-CoV en culture cellulaire doit être réalisé au minimum dans un laboratoire de niveau de sécurité BSL3. Des résultats de culture cellulaire négatifs n’excluent pas le diagnostic de Sras, pour les mêmes raisons que dans les cas de RT-PCR négatives.

Les examens sérologiques n’ont pas d’intérêt dans la prise en charge des infections par le virus du Sras. Rétrospectivement, le diagnostic sérologique peut éventuellement permettre de reconsidérer certains cas difficiles. Un test Elisa permet de détecter de façon fiable un mélange d’IgG et d’IgM dans le sérum de patients infectés vers le 21e jour après le début des signes cliniques [12]. Plusieurs tests d’immunofluorescence reposant sur l’utilisation de cellules infectées par le SARS-CoV fixées sur lames permettent de détecter des anticorps de patients (IgG, IgM ou les deux). Ces tests sont positifs aux environs du 10e jour après le début de la maladie, des résultats quantitatifs peuvent être rendus en utilisant des dilutions en séries des sérums de patients. Un test de séroneutralisation a été développé. Il évalue et quantifie la capacité des sérums de patients à neutraliser une souche de virus du Sras référencée. Ce test qui utilise des virus vivants impose de travailler dans un laboratoire de niveau de confinement BSL3 (Biosafety level 3). Au cours de l’épidémie de 2003, la Direction générale de la santé (DGS) avait souhaité qu’en cas de positivité des tests diagnostiques, tous les prélèvements cliniques réalisés chez un patient soient transmis au Centre national de référence de la région concernée (Hospice civil de Lyon pour la région Sud et Institut Pasteur de Paris pour la région Nord) pour des compléments d’analyses (isolement de la souche virale, séquençage et génotype de la souche etc.).
Tableau 1 Échantillons cliniques dans lesquels les virus du Sras et A/H5N1 peuvent être recherchés. La direction générale de la santé (DGS) préconise la recherche du virus A/H5N1 dans les aspirations rhino-pharyngées. Cependant, le virus peut aussi être recherché dans d’autres types d’échantillons. Le diagnostic sérologique permet un diagnostic rétrospectif.

Type d’échantillon

Virus A/H5N1

SARS-CoV

Diagnostic direct

Aspiration nasopharyngée

X

X

Expectoration

X

X

Écouvillonnage de gorge

X

X

Aspiration endotrachéale

X

X

Liquide de LBA

X

X

Urines

Non

X

Selles

X

X

Écouvillonnage rectal

X

X

LCR

X

Non

Sérum

X

X

Diagnostic indirect

Sérumsa

X

X

apour le diagnostic sérologique, deux sérums doivent être prélevés à trois semaines d’intervalle.

Prise en charge thérapeutique d’une infection par le SARS-CoV

Le traitement d’une infection par le SARS-CoV est symptomatique [8]. Une antibiothérapie peut être administrée tant que les causes bactériologiques de pneumonie n’ont pas été éliminées. Une oxygénothérapie peut être nécessaire en fonction de la désaturation. La corticothérapie doit être envisagée en fonction du risque de syndrome de détresse respiratoire aigu (SDRA). La prescription de ribavirine, antiviral utilisé au cours de l’épidémie de 2003, est remise en question en raison des nombreux effets secondaires (anémie, toux, signes cutanés, effet tératogène) et de leur gravité potentielle. L’isolement des patients et la protection du personnel soignant et des proches des patients font partie intégrante du traitement puisqu’il s’agit d’une maladie transmissible par contact direct.

Le virus responsable du Sras est l’agent d’une nouvelle maladie virale jusque-là inconnue. En 2003-2004, l’épidémie avait démarré en Chine et gagné d’autres pays à cause notamment de l’importance des moyens de transports internationaux. Depuis 2004, aucun nouveau cas de Sras n’a été déclaré. Une nouvelle épidémie est donc redoutée et les réseaux de surveillance restent en alerte.

Le virus influenza A/H5N1 hautement pathogène

À ce jour et depuis le début de l’épizootie, en décembre 2003, plus de 40 pays ou territoires dont 16 pays européens ont déclaré des infections chez des animaux sauvages ou d’élevage (Allemagne, Arabie Saoudite, Autriche, Azerbaïdjan, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Cambodge, Chine, Chypre, Corée du Sud, Croatie, Égypte, Éthiopie, France, Géorgie, Grèce, Hong-Kong, Hongrie, Inde, Indonésie, Irak, Iran, Italie, Israël, Japon, Kazakhstan, Koweït, Laos, Malaisie, Mongolie, Niger, Nigeria, Pakistan, Roumanie, Russie, Slovaquie, Slovénie, Suède, Suisse, Thaïlande, Turquie, Ukraine et Vietnam) (http://www.invs.sante.fr/). En janvier 2004, l’OMS lançait une alerte liée à la transmissibilité du virus A/H5N1 à l’homme. Entre le 30 novembre 2003 et le 17 mars 2004, 12 cas d’infections humaines par le virus A/H5N1 ont été rapportés en Thaïlande et 23 au Vietnam, faisant au total 24 morts. Depuis le début de l’épizootie, selon l’OMS, des cas humains ont été rapportés dans 5 pays d’Extrême-Orient : Cambodge, Chine, Indonésie, Thaïlande, Vietnam ainsi qu’en Turquie (12 cas dont 4 décès) et en Irak (2 cas décédés). Début mars 2006, le nombre de cas humains atteint un total de 175 personnes dont 95 décès. Trois cas humains décédés qui ont été rapportés en Azerbaïdjan sont en cours de confirmation au moment où nous écrivons cette revue.

Caractéristiques des virus grippaux

Le virus A/H5N1 hautement pathogène est un virus enveloppé appartenant à la famille des Orthomyxoviridae, au genre Influenzavirus A. Son génome est constitué de huit segments d’ARN.

La particule virale comporte une enveloppe lipidique hérissée de spicules formées par les glycoprotéines de surface ( (figure 2) ) : l’hémagglutinine (H) et la neuraminidase (N). L’hémagglutinine, qui représente environ 40 % de ces glycoprotéines de surface, est formée par l’association de deux sous-unités, HA1 et HA2, reliées par un pont disulfure. L’association de trois monomères HA forme une spicule d’hémagglutinine à la surface de la particule virale. L’hémagglutinine permet la fixation du virus sur l’acide sialique terminal des cellules de l’épithélium cilié de l’arbre respiratoire. Elle est très immunogène induisant la production d’anticorps dont certains peuvent être neutralisants. L’autre glycoprotéine d’enveloppe, la neuraminidase (ou N-acétyl-neuraminyl-hydrolase), est une sialidase présente sous la forme d’homotétramères à la surface de la particule virale. Sa fonction reste mal connue : elle permettrait la libération de virions néoformés, serait impliquée dans la progression du virus dans les voies respiratoires et favoriserait la fusion des membranes virales et cellulaires au cours de la phase de pénétration du virus. La face interne de l’enveloppe virale est recouverte par une protéine de matrice M1. La protéine de matrice M2 traverse l’enveloppe virale et joue le rôle de canal ionique pour les virus de type A. À l’intérieur de la particule virale, le génome viral est présent sous la forme de huit segments de ribonucléoprotéines formées par l’association d’une molécule d’ARN et de nombreuses molécules de nucléoprotéine (NP) de symétrie hélicoïdale. La protéine NP fait partie des antigènes internes du virus : elle détermine le type viral A, B ou C. Trois polymérases, PA (protéine acide), PB1 et PB2 (protéine basique 1 et 2, respectivement), forment le complexe réplicase/transcriptase et sont associées aux ribonucléoprotéines.

À l’intérieur du type A, les virus grippaux sont différenciés en sous-types en fonction des propriétés antigéniques de l’hémagglutinine et de la neuraminidase : il existe 16 sous-types H et 9 sous-types N. Le virus A/H5N1 hautement pathogène est un virus de type A avec une hémagglutinine de sous-type H5 et une neuraminidase de sous-type N1. La nomenclature des virus grippaux est la suivante : type/lieu d’isolement de la souche virale/numéro de la souche/année d’isolement (sous-type). Pour le virus A/H5N1 hautement pathogène, le terme « H5N1 » est très réducteur. En effet, actuellement, différentes souches virales circulent dans les pays asiatiques : par exemple, les souches A/chicken/Shantou/423/2003(H5N1) ou A/bar-headed goose/Qinghai/5/2005(H5N1) sont présentes chez les oiseaux. La souche A/chicken/Nakorn-Pathom/Thailand/CU-K2/04(H5N1) a été isolée et séquencée à partir de patients infectés en Thaïlande. Les virus grippaux de type A sont aussi caractérisés par leur génotype. Le génotypage est basé sur l’analyse génétique des 8 fragments de l’ARN génomique. En 2001, six génotypes étaient connus, provenant tous de virus aviaires : V à Z+. L’analyse phylogénétique des virus A/H5N1 qui circulent actuellement montre que le génotype Z est prédominant [13]. Les virus A/H5N1 de génotype Z se répartissent en deux clades : l’un regroupe des virus provenant du Cambodge, du Laos, de Thaïlande et du Vietnam, l’autre des virus provenant de Chine, d’Indonésie, du Japon et de la Corée du Nord [14]. Récemment, un nouveau clade est apparu regroupant des virus provenant de Thaïlande et du sud du Vietnam. Les génotypes des souches virales isolées à partir de patients infectés en Turquie n’étaient pas connus au moment où nous terminons cette revue. Le rôle biologique des génotypes n’est pas déterminé.

Variabilité des virus grippaux

Les virus grippaux varient selon deux mécanismes : les glissements antigéniques (antigenic drift) ou les cassures antigéniques (antigenic shift). Les glissements sont des variations antigéniques discrètes et continues qui ne modifient pas la structure antigénique globale du virus et permettent donc de conserver une immunité partielle à court terme. Ces glissements sont dus aux mutations qui se produisent au moment de la synthèse des ARN viraux en raison du taux élevé d’erreurs de l’ARN polymérase virale. Pour tenir compte des glissements antigéniques, les vaccins grippaux sont préparés chaque année à partir des souches virales ayant circulé l’année précédente. En février de chaque nouvelle année, l’OMS fixe les souches virales qui composeront le vaccin antigrippal de l’année suivante, en fonction des données épidémiologiques résultant de la surveillance des virus influenza circulants. Ainsi, en 2005, l’OMS a demandé le remplacement de la souche influenza A/Fujian/411/2003(H3N2) par la souche A/California/7/2004(H3N2) pour la préparation des vaccins. Cet hiver, le vaccin trivalent pour l’hémisphère Nord est constitué des souches suivantes : A/New Caledonia/20/99(H1N1)-like virus, A/California/7/2004(H3N2)-like virus et B/Shanghai/361/2002-like virus [15]. Les cassures antigéniques correspondent à des changements radicaux de la structure de l’hémagglutinine ou de la neuraminidase. Elles résultent soit de réassortiments génétiques survenant entre des virus de sous-types différents, soit du passage direct d’un virus aviaire à l’homme. Les réassortiments génétiques concernent les glycoprotéines de surface, aboutissant au remplacement de l’hémagglutinine ou de la neuraminidase alors que l’antigène nucléoprotéique NP, lui, est conservé. Il s’agit donc toujours d’un virus de type A, puisque l’antigène de sous-type est porté par la protéine NP. L’immunité préexistante aux cassures antigéniques est sans effet sur le nouveau virus si bien que les grandes pandémies surviennent suite à ce type d’événement.

En conclusion, l’introduction du virus chez l’homme pourrait se faire selon deux mécanismes : la recombinaison entre le virus A/H5N1 aviaire et un virus grippal humain circulant habituellement (A/H3N2 par exemple) donnant naissance à un nouveau virus ou l’introduction directe (l’humanisation) du virus aviaire A/H5N1. En 1918, l’épidémie de grippe dite « espagnole » était liée à l’humanisation d’un virus aviaire A/H1N1. Des études récentes menées sur des cadavres d’inuits et de norvégiens conservés dans les sols glacés ont permis de séquencer une partie du génome viral [13]. Ces études montrent que le virus A/H1N1 présentait 10 mutations d’acides aminés (4 positions sur PA, 1 sur PB1 et 5 sur PB2) qui ne sont pas retrouvées chez les virus aviaires qui circulent habituellement. Il aurait donc suffit de 10 mutations pour que le virus A/H1N1 s’humanise… Certaines de ces mutations ont été retrouvées dans les séquences d’isolats de virus A/H5N1 qui circulent actuellement : 7 mutations sur les 10 rapportées pour le virus A/H1N1.

Épidémiologie des infections grippales

En général, les virus grippaux de type A se manifestent sous la forme de pandémies, d’épidémies ou de cas sporadiques avec une périodicité saisonnière très marquée. Ils provoquent des maladies graves, souvent mortelles chez les sujets à risque (notamment les personnes de plus de 65 ans). Le principal caractère épidémiologique de ce virus est son grand pouvoir de diffusion qui entraîne un taux de morbidité élevé et une mortalité non négligeable. Dans le monde vétérinaire, des virus grippaux comparables à ceux qu’on trouve chez l’homme infectent naturellement les porcs, les oiseaux domestiques ou sauvages, les chevaux mais aussi les baleines, phoques, visons, etc. Il s’agit toujours de virus de types A ou C [16]. Les sérotypes A/H3N7, A/H3N8, A/H7N7 et A/H7N8 sont retrouvés chez le cheval, les sérotypes A/H1N1, A/H1N2, A/H3N1 et A/H3/N2 chez le porc et tous les autres sérotypes sont retrouvés chez les oiseaux. La grippe aviaire est une affection virale à tropisme respiratoire, entérique ou nerveux atteignant les volailles et oiseaux domestiques ou sauvages. La forme la plus grave se manifeste par une maladie aiguë et généralisée à l’origine d’une très forte mortalité. Cette forme clinique particulièrement grave était appelée antérieurement “ peste aviaire ”. Cette dénomination a été modifiée en “ infection à virus influenza très pathogène ” lors du symposium de Beltsville en 1981. Le virus A/H5N1 a été isolé pour la première fois en 1997, à Hong-Kong, à partir d’oiseaux morts. L’épidémie avait eu de lourdes conséquences économiques avec l’abattage de 1,5 million de volailles. Dix-huit cas humains dont six décès avaient alors été décrits. Depuis 1997, le virus A/H5N1 a été retrouvé dans un nombre de plus en plus grand de pays sur les continents asiatique, africain et européen. Les virus influenza sont des virus enveloppés, ce qui explique leur fragilité dans l’environnement. Les facteurs physiques comme la chaleur, l’acidité ou la sécheresse les inactivent facilement. De même, la plupart des agents chimiques (désinfectants et détergents) sont actifs. Par contre, les virus influenza sont protégés dans des milieux organiques comme les matières fécales, qui augmentent leur résistance à l’inactivation chimique ou physique. De façon générale, les conditions froides et humides favorisent la persistance du virus dans l’environnement. Il peut par exemple résister dans du lisier en hiver pendant 100 jours, dans des matières fécales pendant 30 à 35 jours à 4 °C et 7 jours à 20 °C. De même, le virus peut persister dans des eaux contaminées (mares, étangs) pendant 30 jours à 4 °C et seulement 4 jours à 22 °C.

Classiquement, la transmission interhumaine des virus grippaux se fait lorsqu’un individu infecté génère à la faveur d’éternuements des aérosols (moins de 5 microns de diamètre) permettant au virus d’atteindre le nasopharynx et les bronchioles. Elle se fait également par l’inhalation de gouttelettes de Pflügge (parole), la toux (plus de 5 microns de diamètre) et le contact direct qui ne permettent alors au virus qu’une atteinte des voies respiratoires supérieures. La dose infectante est environ 100 fois plus faible dans le cas d’une transmission par aérosols (qui est de l’ordre de quelques doses infectieuses) [17]. Le virus A/H5N1 se transmet difficilement à l’homme, il est présent essentiellement chez les animaux qui en constituent le réservoir viral. La transmission à l’homme se fait par contact direct et indirect avec des animaux infectés : lors de l’abattage, du dépeçage ou du plumage d’oiseaux porteurs du virus, de la manipulation de volailles infectées non cuites, au contact du sang d’oiseaux infectés. La consommation de viande de volaille cuite à une température supérieure à 70 °C (les différentes parties de la volaille doivent être cuites) ne présente aucun risque. Par contre, la congélation des volailles ne détruit pas le virus. En 1997, les premiers cas humains d’infection par le virus A/H5N1 sont apparus chez des personnes vivant ou travaillant au contact étroit d’oiseaux. Dix-huit cas d’infections humaines par le virus A/H5N1 ont été décrits à Hong-Kong, en 2004, 44 cas sont survenus en Thaïlande suggérant un certain degré d’adaptation du virus à l’homme. Les professionnels qui se sont occupés de l’abattage des oiseaux infectés ont présenté une séroconversion vis-à-vis du virus A/H5N1 sans développer de signes cliniques d’infection respiratoire [18]. Actuellement, la transmission interhumaine du virus A/H5N1 reste encore limitée. Elle semble le résultat de contacts intimes et répétés avec des animaux ou des sujets infectés. Un seul cas de transmission interhumaine a été documenté chez un enfant de onze ans décédé d’une pneumopathie due au virus A/H5N1. Sa mère et sa tante qui avaient prodigué les soins ont très probablement été contaminées au cours de ces soins puisque l’enquête épidémiologique n’a pas montré de contact étroit avec des volailles [19].

Pathogenèse de l’infection par le virus A/H5N1

La gravité de l’infection par le virus A/H5N1 est liée à la fois à des caractéristiques du virus lui-même et aux interactions entre le virus et l’organisme qu’il infecte. Au cours de l’épidémie de 1997, des souches virales obtenues à partir de patients infectés ont pu être étudiées. Ces analyses ont permis de mettre en évidence certains facteurs viraux intervenant dans la virulence du virus A/H5N1. Le virus grippal s’attache à la cellule-hôte grâce à son hémagglutinine. L’hémagglutinine est formée de deux sous-unités, HA1 et HA2. Par sa sous-unité HA1, elle reconnaît un acide sialique (acide N-acétyl neuraminidique) de glycoprotéines ou de glycolipides cellulaires. L’hémagglutinine du virus aviaire A/H5N1 reconnaît préférentiellement les acides sialiques α2,3 présents à la surface des cellules d’oiseaux alors que l’hémagglutinine des souches virales humaines reconnaît les acides sialiques α2,6. Les deux types d’acides sialiques, α2,3 et α2,6, sont présents à la surface des cellules humaines [20]. Après son attachement, la particule virale entre dans la cellule-hôte par endocytose. Dans la vacuole d’endocytose, la particule virale est exposée à un pH acide qui induit des modifications conformationnelles de l’hémagglutinine. Ce changement de conformation rend le peptide de fusion porté par la sous-unité HA2 de l’hémagglutinine accessible aux enzymes cellulaires. Les virus grippaux peu pathogènes pour l’homme présentent un peptide de fusion constitué par un seul résidu basique (arginine) [12]. Ce résidu basique est reconnu spécifiquement par les enzymes cellulaires de type trypsine qui sont présentes dans les cellules du tractus respiratoire ou du tractus gastro-intestinal. En l’absence de clivage de l’hémagglutinine par des enzymes cellulaires, le cycle de réplication virale s’arrête. L’hémagglutinine du virus A/H5N1 peut être clivée par des protéases cellulaires appartenant à la famille des furines qui sont présentes dans un grand nombre de cellules. De cette manière, le virus A/H5N1 peut disséminer dans un plus grand nombre de tissus que les autres virus grippaux. Par ailleurs, l’analyse de la séquence du gène de la protéine PB2 a montré une modification de la protéine (substitution d’un résidu glutamine en lysine, en position 627) [12]. Cette substitution potentialise le déclenchement de la réplication virale dans les cellules. Enfin, la protéine NS1 présente aussi une substitution (glutamine en arginine en position 92) qui induit une résistance du virus à l’effet inhibiteur des interférons et du tumor necrosis factor α (TNFα) [12]. Cette substitution est aussi responsable d’une réplication virale prolongée chez le porc [12]. Depuis 1997, le virus A/H5N1 continue d’évoluer : l’antigénicité du virus évolue, le spectre des espèces d’oiseaux susceptibles d’être infectés augmente. Le virus est désormais capable d’infecter les félidés. Enfin, la stabilité du virus dans l’environnement augmente. Toutes ces observations montrent que le virus A/H5N1 évolue rapidement. Nous ne savons pas encore où mèneront ces évolutions mais elles semblent converger vers la constitution d’un virus proche de celui qui fut responsable de l’épidémie de grippe de 1918. Comme nous l’avons vu précédemment, les virus A/H5N1 qui sont responsables de l’épizootie actuelle appartiennent au génotype Z. Pour des raisons qui restent inconnues pour le moment, ce génotype est connu comme étant particulièrement virulent.

À côté des caractéristiques propres du virus qui peuvent expliquer sa forte pathogénicité, les réactions développées par l’organisme infecté influencent l’évolution de la maladie. La dissémination du virus A/H5N1 n’est pas encore bien connue mais on sait déjà que la période de réplication virale est prolongée par rapport aux infections grippales communes [21]. Le virus peut être détecté dans le nasopharynx pendant 3 à 16 jours (médiane à 6,5 jours), chez les patients hospitalisés. Dans le nasopharynx, la réplication a lieu à un niveau plus faible que lors des infections grippales communes. L’ARN du virus A/H5N1 est aussi retrouvé dans les selles des patients infectés mais absent de leurs urines, suggérant que le virus se réplique dans le tractus gastro-intestinal et expliquant les épisodes de diarrhée associés à l’infection. Chez les patients infectés, le virus est retrouvé dans le sérum 4 à 9 jours après le début de la maladie. Il est aussi présent dans le sang, le LCR et les selles. Actuellement, aucune contamination à partir de selles ou de sang infecté n’a été documentée [21]. La faible transmissibilité interhumaine du virus A/H5N1 montre que les barrières d’espèces sont encore un obstacle à la propagation du virus. Les cas décrits jusqu’à maintenant surviennent au sein de familles ayant des contacts étroits avec des oiseaux, suggérant une origine de contamination commune. L’existence éventuelle de facteurs génétiques induisant une sensibilité particulière à l’infection par le virus A/H5N1 est une hypothèse émise par certaines équipes mais qui demande à être explorée. Au cours de l’épidémie de 1997, des taux élevés d’IL-6, de TNFα, d’IFNγ et de récepteur soluble à l’IL-2 ont été observés dans le sang des patients infectés. En 2003, on notait en plus une élévation du taux de MCP-1 et d’autres chimiokines induites par l’IFNγ dans le sérum des patients infectés entre le 3e et le 8e jour après le début de la maladie. Récemment, il a été montré que chez des patients décédés suite à une infection par le virus A/H5N1, les taux plasmatiques de médiateurs de l’inflammation (IL-8, IL-1b, MCP-1) étaient plus élevés que chez les survivants [21]. Cet « orage cytokinique » pourrait être à l’origine des lésions tissulaires (syndrome de détresse respiratoire aigu, atteinte multiorganique, sespis) responsables du décès de certains patients infectés par le virus A/H5N1.

Symptomatologie des infections humaines liées au virus A/H5N1

Les premiers tableaux cliniques ont été décrits suite aux cas humains d’infections apparus en 1997. Depuis, les éléments du diagnostic clinique et radiologique se sont étoffés. La période d’incubation de la maladie est de 5 à 7 jours pouvant aller jusqu’à 17 jours. Les premiers symptômes associent une forte fièvre (supérieure à 38,5 °C) et un syndrome grippal classique (céphalées, arthralgies, myalgies, catarrhe oculo-nasal, trachéite et/ou pharyngite). Une conjonctivite peut être associée. Des signes digestifs sont souvent décrits : douleurs abdominales, diarrhée, vomissements sont présents dans 67 à 100 % des cas selon les séries [21]. Deux cas d’encéphalopathie avec diarrhée et sans signe respiratoire ont été rapportés suggérant que le nombre de cas humains diagnostiqués a pu être sous-estimé. Au 5e jour après le début de la fièvre, une pneumopathie apparaît avec une dyspnée de type tachypnée, une toux productive avec des expectorations souvent teintées de sang. L’atteinte pulmonaire peut aller jusqu’au syndrome de détresse respiratoire aiguë. Les anomalies radiologiques sont présentes au 7e jour de la maladie avec un infiltrat pulmonaire bilatéral extensif. Les atteintes pleurales sont exceptionnelles. Progressivement, les infiltrats s’étendent à l’ensemble du parenchyme complétant le tableau de détresse respiratoire. À ce stade, des lésions extra-pulmonaires peuvent aggraver le tableau : anomalies de la fonction rénale, troubles cardiaques (dilatation cardiaque, tachy-arythmie). Chez les patients hospitalisés, la maladie évolue très souvent vers le décès, dans 33 % des cas en 1997 à 100 % des cas en 2004. Le décès survient entre 9 et 10 jours après le début des signes cliniques, il est lié à la progression de la détresse respiratoire. Cependant, les patients présentant un tableau clinique moins sévère notamment sans détresse respiratoire évoluent vers la guérison dans un délai de 8 à 15 jours après le début de la maladie.

Diagnostic biologique des infections par le virus A/H5N1

Dans 60 à 80 % des cas, on note une leucopénie avec principalement une lymphopénie associée à une thrombocytopénie modérée [22]. Une élévation modérée des transaminases est observée dans les mêmes proportions. Le diagnostic virologique de l’infection repose sur la mise en évidence du virus lui-même ou d’un de ses constituants (antigènes, fragment d’ARN). Les tests diagnostiques sont effectués sur différents types de prélèvements en fonction de la symptomatologie observée. En cas de signes respiratoires, une aspiration nasopharyngée, une expectoration, un prélèvement de gorge ou un liquide de lavage bronchoalvéolaire pourront être analysés. En cas de diarrhée, un prélèvement rectal et de selles doivent être testés. Chez les patients présentant une encéphalopathie, l’étude du liquide céphalorachidien (LCR) et du sérum peuvent permettre le diagnostic étiologique (tableau 1). Les prélèvements doivent respecter les règles d’asepsie et être réalisés dans un milieu de transport adapté à l’isolement viral en culture cellulaire (Virocult® ou Viralpack®). Les prélèvements sont réalisés le plus rapidement possible dès qu’une suspicion d’infection par le virus A/H5N1 est évoquée. Les échantillons biologiques sont acheminés dans un triple emballage conforme à la réglementation ADR classe 6.2 régissant le transport d’échantillons biologiques infectieux à visée diagnostique (recommandation de la DGS). L’échantillon doit être transporté à 4 °C. La mise en évidence du virus se fait soit par isolement viral sur culture cellulaire, soit par détection spécifique de l’ARN viral par RT-PCR, soit par l’association des deux méthodes. L’isolement viral est obtenu par culture sur des cellules de rein de chien (MDCK), accessoirement sur des cellules de rein de singe rhésus (LLC-MK2) ou encore par l’inoculation d’œufs embryonnés de poulet (tableau 2)( Tableau 2 ). Comme les autres virus grippaux, le virus A/H5N1 ne donne pas d’effet cytopathogène spécifique. Son identification se fait donc à partir des cellules en culture par immunofluorescence avec un anticorps monoclonal dirigé contre la protéine NP. On définit ainsi le sous-type A de la souche virale. Le sous-typage spécifique H5N1 se fait soit par RT-PCR à partir du surnageant de culture, soit par des tests d’inhibition de l’hémagglutination ou de l’activité neuraminidase avec un panel d’antisérums de référence spécifiques des différents sous-types [22]. Ces tests imposent de travailler dans un laboratoire de niveau de confinement BSL3. L’ARN viral est mis en évidence par une RT-PCR spécifique du virus A/H5N1. Différentes stratégies sont actuellement développées : amplification d’un fragment du gène M, commun aux virus influenza de type A, puis en cas de positivité, détermination du sous-type par l’amplification d’un fragment du gène de l’hémagglutinine H5, H1 et H3 [23] ou amplification d’un fragment du gène de l’hémagglutinine H5 spécifique du virus A/H5N1 [24]. Une étude récente portant sur l’amplification du gène M a estimé le nombre de copies d’ARN viral à 85 copies/μL dans le sérum, 64 copies/μL dans le LCR, 180 copies/μL dans les prélèvements pharyngés et 98 copies/μL dans les selles [25]. Au cours de l’épidémie qui a eu lieu au Vietnam en 2004, l’ARN viral a été retrouvé dans les crachats du deuxième au quinzième jour après le début des signes cliniques (médiane à 5,5 jours) et l’isolement viral à partir de prélèvements pharyngés était positif entre le quatrième et le huitième jour après le début de la maladie [21]. La recherche d’antigènes viraux par des tests commerciaux utilise une méthode d’immunofluorescence. Dans un premier temps, la présence de la nucléoprotéine (NP) des virus influenza A est recherchée puis, en cas de positivité, la recherche des antigènes H1, H3 et H5 permet de préciser le sous-type viral présent. Cette méthode est moins sensible et moins spécifique que la détection du génome viral par isolement en culture cellulaire. En effet, la recherche rapide d’antigènes viraux était positive dans 4 cas sur 11 patients pour lesquels la recherche du virus par isolement viral était positive [26]. Un test diagnostique basé sur une méthode immunochromatographique sur membrane a été développé dans le commerce. Cette technique n’est pas spécifique du virus A/H5N1 et présente une sensibilité de 70 % par rapport à l’isolement du virus sur culture cellulaire. Pour ces différentes raisons, son utilisation n’est pas recommandée. Les tests sérologiques recherchant des anticorps dirigés contre le virus A/H5N1 ont un intérêt rétrospectif et servent pour les études épidémiologiques. La méthode d’inhibition de l’hémagglutination est la méthode standard pour le diagnostic sérologique des infections grippales : les anticorps développés par un patient infecté inhibent l’activité hémagglutinante de l’hémagglutinine virale. Cependant, les tests d’inhibition de l’hémagglutination actuellement disponibles semblent peu sensibles en raison soit de la faible immunogénicité des virus aviaires, soit de la faible avidité des anticorps produits, soit de la difficulté de détecter des taux faibles d’anticorps [22]. Le diagnostic virologique d’une infection par le virus A/H5N1 repose donc sur la positivité d’une culture virale ou d’une RT-PCR spécifique du virus A/H5N1, ou sur la positivité d’une immunofluorescence utilisant des anticorps monoclonaux dirigés contre l’hémagglutinine H5. Le diagnostic sérologique nécessite classiquement l’analyse de deux sérums prélevés à trois semaines d’intervalle et doit montrer une augmentation d’au moins quatre fois du titre d’anticorps. En France, la DGS impose que le diagnostic virologique d’une infection par le virus A/H5N1 soit réalisé par une méthode de RT-PCR spécifique du virus A/H5N1. Les centres de nationaux de référence (CNR Nord à Paris et CNR Sud à Lyon) ont mis à la disposition de laboratoires agréés un technique de RT-PCR amplifiant un fragment du gène de l’hémagglutinine H5 ( (figure 3) ). En cas de positivité des tests diagnostiques, les échantillons cliniques réalisés chez un patient sont transmis au Centre national de référence de la région concernée pour des compléments d’analyses (isolement de la souche virale, séquençage et génotype de la souche etc.).
Tableau 2 Tests diagnostiques utilisés dans le cadre des infections par le virus A/H5N1. Les délais de rendus de résultats sont donnés à titre indicatif.

Spécificité

Délai de rendu des résultats

Diagnostic direct

Isolement viral sur cellules MDCK, LL-MK2 ou œufs embryonnés de poulet associé au sous-typage par RT-PCR ou inhibition de l’hémagglutination

Virus A/H5N1

> 48 heures

Recherche de l’antigène NP par immunofluorescence confirmée par la recherche des antigènes H1, H3 et H5

Virus Influenza A puis sous-typage

2 heures puis 2 heures en cas de sous-typage

RT-PCR

En fonction des gènes cibles

> 24 heures

Diagnostic indirect

Test d’inhibition de l’hémagglutination

Virus A/H5N1

24-48 heures

Agents antiviraux

In vitro, deux molécules inhibitrices de la neuraminidase sont actives sur le virus A/H5N1 : l’oseltamivir (Tamiflu®) et le zanamivir (Relenza®). Un autre inhibiteur de la neuraminidase, le peramivir, est actuellement en cours d’évaluation. Sur le plan thérapeutique, les recommandations actuelles sont de traiter les patients suspects d’infection par le virus A/H5N1 par un inhibiteur de la neuraminidase en attendant les résultats des examens de laboratoire. Les doses optimales et la durée des traitements sont encore en cours d’évaluation. En effet, les posologies d’oseltamivir préconisées au cours de l’épidémie de 1997 seraient insuffisantes pour éradiquer les souches A/H5N1 qui circulent actuellement. Le traitement par oseltamivir nécessiterait des doses plus fortes et une durée plus longue pour être efficace [27]. Des souches virales résistantes à l’oseltamivir sont apparues chez 16 % des patients traités par l’oseltamivir [28]. Ces souches virales sont moins infectieuses en culture cellulaire que la souche A/H5N1 d’origine et restent sensibles au zanamivir [29, 30]. La souche de virus A/H5N1 circulant en 2004 était fortement résistante aux inhibiteurs de la protéine M2, amantadine et rimantadine, dont l’utilisation est donc déconseillée.

Vaccination contre le virus A/H5N1

Les vaccins produits chaque année pour lutter contre la grippe sont constitués de virus inactivés produits par culture sur œufs embryonnés de poulet. Étant donné la forte pathogénicité du virus A/H5N1 vis-à-vis des poulets, la production d’un vaccin par cette méthode classique est impossible. Différentes approches ont été développées pour contourner ce problème : méthode de génétique inverse, synthèse d’une hémagglutinine recombinante, vaccination par de l’ADN, etc. [22]. Un vaccin expérimental basé sur une méthode de génétique inverse pour protéger spécifiquement contre le virus A/H5N1 a été testé. Il apporte une immunité protectrice chez l’animal contre le virus A/H5N1 ayant servi à synthétiser le vaccin (virus homologue) et aussi contre d’autres souches H5 (virus hétérologues). Les essais cliniques chez l’homme sont en cours. D’autres essais de vaccination ont été réalisés avec une souche de virus A non pathogène H5N3 isolée en 1997. Ce candidat-vaccin induit la synthèse de taux élevés d’anticorps protecteurs mais nécessite l’utilisation de quantités importantes d’adjuvant MF59 qui peut induire des effets secondaires sévères. Enfin, les essais de vaccination par de l’ADN se sont révélés décevants, les anticorps induits par la vaccination ne protégeant pas contre les virus A/H5N1 hétérologues.

Conclusion

Malgré( Tableau 3 ) la survenue de quelques cas humains, l’épidémie de virus A/H5N1 hautement pathogène est pour le moment une épizootie. À ce titre, elle fait l’objet d’une surveillance rapprochée par l’Organisation mondiale de la santé animale, l’OIE (http://www.oie.int). Cet organisme mondial s’appuie sur un réseau vétérinaire régional qui surveille toutes les maladies animales et particulièrement, l’épidémie de virus A/H5N1 hautement pathogène. Elle centralise tous les nouveaux cas animaux déclarés dans le monde, fait le point sur l’évolution des foyers infectieux déclarés, propose des mesures de surveillance et de prévention de l’épidémie et aussi une aide pour l’éradication de foyers déclarés. L’OIE dispose aussi de laboratoires de référence chargés de confirmer les cas déclarés, de recenser les souches virales isolées chez des animaux afin de les caractériser et de les comparer. Ces analyses scientifiques permettent de surveiller l’évolution des souches virales qui circulent chez les animaux sauvages et domestiques. C’est ainsi, par exemple, qu’on a pu suivre la dissémination des souches virales de génotype Z. Parallèlement, l’apparition des premiers cas humains d’infection par le virus A/H5N1a entraîné la mise en alerte du réseau de surveillance de l’OMS (http://www.who.int). De la même façon que l’OIE au niveau animal, l’OMS recense tous les cas humains déclarés, dispose de laboratoires scientifiques qui confirment (ou infirment) les cas possibles et réalise une synthèse régulière de l’évolution de l’infection chez l’homme. En France, l’InVS (http://www.invs.fr) fait régulièrement la synthèse des données animales et humaines au plan mondial et national, propose des fiches pratiques destinées aux professionnels de santé : définition des cas possibles d’infection, prise en charge des patients, questionnaires épidémiologiques à remplir, etc. Ces différents réseaux de surveillance permettent de suivre l’évolution de l’infection. Jusqu’à maintenant, plusieurs pandémies de grippe ont été décrites, surtout au XXe siècle. Grâce aux connaissances accumulées à la fois sur les migrations des oiseaux mais aussi sur les virus aviaires, l’évolution d’une épizootie de grippe aviaire peut être suivie de manière très précise. De même, c’est la première fois qu’on est en mesure de surveiller l’évolution des souches virales circulantes chez les animaux et celles qui sont passées chez l’homme. Toutes les informations disponibles peuvent parfois donner un sentiment de panique face à une épidémie qui semble évoluer inéluctablement mais elles permettent aux différents acteurs de disposer en temps réel des informations, d’alimenter les réflexions scientifiques et de mettre en place des mesures préventives. Ainsi en 2003, lors de l’apparition du virus du Sras, la mobilisation mondiale lancée par l’OMS a permis de définir rapidement la maladie clinique, de proposer des solutions thérapeutiques, de caractériser le virus SARS-CoV, de mettre en place des mesures radicales pour circonscrire la maladie à quelques foyers infectieux. C’est ainsi que finalement, l’épidémie a fait relativement peu de victimes. Dans l’état actuel des connaissances, il est impossible de savoir si une nouvelle épidémie d’infection à virus du Sras est à craindre ou d’affirmer que le virus aviaire A/H5N1 sera responsable de la prochaine pandémie de grippe que le monde entier redoute. Mais nous disposons des moyens scientifiques de surveiller ces maladies et d’essayer de les contrer.
Tableau 3 Conduite à tenir devant un cas possible d’infection par le virus A/H5N1. Recommandations de la DGS (http://www.sante.gouv.fr/htm/dossiers/grippe_aviaire/).

Devant tout cas possible

- le praticien libéral doit contacter le Samu-centre 15 qui exclura le cas au regard de la définition ou contactera à son tour l’InVS ;

- le praticien hospitalier du service des urgences, de maladies infectieuses ou de réanimation prenant directement en charge un cas suspect dans un établissement de santé exclura le cas au regard de la définition ou contactera à son tour l’InVS.

Dès confirmation en cas possible

- le Samu-centre 15 ou le praticien hospitalier en établissement de santé contactera la DDASS en transmettant les coordonnées du patient et l’existence éventuelle de cas co-exposés. Le cas échéant, le médecin traitant du patient sera contacté ;

- le praticien hospitalier du service des urgences, de maladies infectieuses ou de réanimation réalise le prélèvement en respectant les règles d’asepsie les plus strictes et en portant des lunettes de protection et un masque de protection FFP2. Il complète la fiche de renseignements fournie par la DGS, et remet le prélèvement pré-conditionné triple emballage à 4 °C, au laboratoire ;

- le laboratoire hospitalier contacte le laboratoire de l’établissement de santé P3 agréé pour la réalisation de la RT-PCR grippe pour l’informer et valider les modalités d’acheminement. Il contacte sans délai le prestataire de transport ;

- L’InVS informe le Centre national de référence concerné.

Remerciements

Nous remercions l’ensemble du personnel du service de virologie du CHRU de Lille et particulièrement G. Drode, V. Lambert, P. Lekeux, J. Ogiez, J.M. Pouillaude et B. Wion, P. Olivier pour la formation au travail en laboratoire BSL3, J.T. Aubin et S. van Der Werf de l’Institut Pasteur de Paris pour la mise à disposition des techniques de RT-PCR du virus A/H5N1 et du virus du SRAS et des contrôles positifs.

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