Home > Journals > Biology and research > Annales de Biologie Clinique > Full text
 
      Advanced search    Shopping cart    French version 
 
Latest books
Catalogue/Search
Collections
All journals
Medicine
Biology and research
Annales de Biologie Clinique
- Current issue
- Archives
- Subscribe
- Order an issue
- More information
Public health
Agronomy and biotech.
My account
Forgotten password?
Online account   activation
Subscribe
Licences IP
- Instructions for use
- Estimate request form
- Licence agreement
Order an issue
Pay-per-view articles
Newsletters
How can I publish?
Journals
Books
Help for advertisers
Foreign rights
Book sales agents



 

Texte intégral de l'article
 
  Printable version
  Version PDF

Leucémie aiguë mégacaryoblastique (LAM-7) chez une patiente de 95 ans


Annales de Biologie Clinique. Volume 64, Number 2, 173-6, Mars-Avril 2006, Pratique quotidienne


Résumé   Summary  

Author(s) : DM Smadja, M Gisselbrecht, F Valensi, H Mossafa, L Darnige , Service d’hématologie biologique, Service de médecine interne gériatrie, Hôpital européen Georges Pompidou, Paris, Laboratoire d’hématologie, Hôpital Necker, Paris, Laboratoire Pasteur-Cerba, Paris.

Summary : Acute leukemia of megakaryocyte lineage (AML-7) is a rare entity defined by a blastic proliferation of which a part (≥ 50%) is represented by megakaryoblasts. We report the case of a 95 year old woman presenting a AML-7 secondary to a myelodysplastic syndrome (MDS), that represents an unusual form of MDS acutisation.

Keywords : acute megakaryoblastic leukemia, myelodysplastic syndrome, 8 trisomy

Pictures

ARTICLE

Auteur(s) : DM Smadja1, M Gisselbrecht2, F Valensi3, H Mossafa4, L Darnige1

1Service d’hématologie biologique
2Service de médecine interne gériatrie, Hôpital européen Georges Pompidou, Paris
3Laboratoire d’hématologie, Hôpital Necker, Paris
4Laboratoire Pasteur-Cerba, Paris

Article reçu le 16 Novembre 2005, accepté le 2 Janvier 2006

L’observation

Une femme de 95 ans est hospitalisée pour exploration et prise en charge d’une altération de l’état général associée à une pancytopénie. Cette patiente a comme antécédents une tumorectomie du sein gauche datant de 2 ans, pour un carcinome lobulaire infiltrant (sans traitement adjuvant associé) ainsi qu’une ostéoporose avec une fracture du col du fémur opérée il y a 1 an. L’hémogramme indique Hb : 54 g/L ; VGM : 118 fL ; leucocytes : 5,3 G/L (dont 20 % de blastes), plaquettes : 14 G/L ( (figure 1) ). Un myélogramme est réalisé et retrouve une moelle riche avec une hypoplasie de la lignée érythroblastique (9 %), de nombreux mégacaryocytes dystrophiques, une hypogranulation des polynucléaires neutrophiles et une infiltration médullaire importante par des blastes (21 %) d’allure hétérogène avec un rapport nucléocytoplasmique très élevé et dont plus de 50 % ont un cytoplasme bourgeonnant évoquant des mégacaryoblastes ( (figure 2) ). L’immunophénotypage médullaire identifie la présence d’une population myéloïde immature CD117+ CD33+ CD45+, ainsi qu’une négativité des myéloperoxydases (MPO). L’immunophénotypage sur lame révèle la positivité des marqueurs de la lignée mégacaryocytaire CD61 (GpIIIa) et CD42 (GPIb) ( (figure 3) ). L’examen cytogénétique de la moelle montre une anomalie chromosomique clonale : la trisomie du chromosome 8 ( (figure 4) ).

Le diagnostic posé est celui de LAM-7. Compte tenu de l’ancienneté de la macrocytose (plus d’un an) sans carence en vitamine B12 ni folates, et de la trisomie 8, il s’agit très probablement d’une acutisation de syndrome myélodysplasique.

La patiente est traitée par cytarabine, sans efficacité. Quinze jours après la première cure, la numération indique en effet une Hb à 106 g/L, des leucocytes à 4,1 G/L et des plaquettes à 5 G/L. La moelle est toujours riche retrouvant les nombreux mégacaryocytes dystrophiques et l’infiltration médullaire par 26 % de blastes d’allure mégacaryoblastique, comparables à ceux observés sur le myélogramme initial. Compte tenu de l’âge de la patiente, de son état général et du mauvais pronostic attendu, une prise en charge palliative avec soutien transfusionnel est décidée. La patiente décédera 5 mois plus tard dans une unité de soins palliatifs.

Discussion

La leucémie mégacaryoblastique (LAM-7) a été décrite en 1985 par le French-American-British group (FAB) [1]. Elle peut être diagnostiquée chez l’adulte et l’enfant : elle est rare, plutôt de mauvais pronostic [2] et représente de 3 à 5% des cas de LAM. En 2000, dans la nouvelle classification de l’OMS [3], cette entité demeure individualisée dans le groupe 4. Dans notre observation, les signes de myélodysplasie sur la lignée rouge et granuleuse peuvent faire discuter le diagnostic de LAM plus dysplasie multilignée (groupe 2 de la classification OMS) [4].

Sur le plan hématologique, les patients sont classiquement cytopéniques avec souvent une thrombopénie même si de rares cas avec thrombocytose ont été décrits. Il n’y a pas d’hépatosplénomégalie excepté chez certaine formes de l’enfant avec t(1;22) [2]. Elle est plus fréquemment observée dans le jeune âge [5] et elle répond très peu aux chimiothérapies, aussi l’allogreffe de moelle est souvent envisagée en première rémission. Les leucémies représentent 30 % de l’ensemble des cancers de l’enfant et sont les plus fréquentes des maladies malignes à cette période de la vie. Près de 80 % des leucémies aiguës de l’enfant sont des LA lymphoblastiques (LAL) et 20 % sont de type myéloblastique (LAM). On remarquera la nette augmentation du risque de développer une LAM (risque relatif de 10 à 20), et particulièrement une LAM-7 (risque relatif 500) chez l’enfant atteint d’une trisomie 21 constitutionnelle ou syndrome de Down [6].

Sur le plan morphologique, on observe dans la LAM-7 des mégacaryoblastes classiquement de taille moyenne à grande avec un noyau arrondi, une chromatine fine et réticulée ainsi que la présence de 1 à 3 nucléoles. Le cytoplasme est basophile pouvant contenir des granulations azurophiles souvent localisées. Certains mégacaryoblastes ont des contours cytoplasmiques caractéristiques de par la formation de protubérances arrondies. Dans certains cas, les blastes sont majoritairement de petite taille avec un rapport nucléocytoplasmique élevé ressemblant à des lymphoblastes. Chez certains patients, comme dans l’observation rapportée ici, des blastes de petites et grandes tailles peuvent coexister ( (figure 1) ). Cependant, la morphologie est souvent variable voire atypique, nécessitant une confirmation immunologique.

Il existe, en outre, des signes de myélodysplasie représentés par une hypogranularité des précurseurs neutrophiles comme c’est le cas chez cette patiente, et la présence de mégacaryocytes dystrophiques, parfois en groupements importants et cohésifs.

Le diagnostic est confirmé par phénotypage en cytométrie en flux montrant la négativité des marqueurs lymphocytaires B et T et la positivité des marqueurs myéloïdes CD34 et CD117. Les mégacaryoblastes expriment une ou plusieurs glycoprotéines plaquettaires : GP IIb/IIIa (CD41), GP IIIa (CD61) et plus rarement GP Ib (CD42). Les blastes n’expriment pas de myéloperoxydase (MPO).

La détection d’anomalies génétiques au niveau des cellules leucémiques, que ce soit par les techniques de cytogénétique ou par celles de biologie moléculaire, permet d’approcher la compréhension des phénomènes de leucémogenèse et surtout de mettre en évidence des éléments pronostiques pour les leucémies aiguës en particulier. En 2002, Dastugue et al. [7], ont décrit sur une série de 53 patients présentant une LAM-7, 9 groupes d’anomalies cytogénétiques :

1) Groupe 1 : caryotype normal ;

2) Groupe 2 : patients atteints du Syndrome de Down. L’association de la trisomie 21 et de la mutation de l’exon 2 du gène Gata1 (par l’introduction d’un codon stop prématuré) semble nécessaire au développement du clone mégacaryocytaire. Hitzler et al. [6] ont mis en évidence la mutation du gène Gata1 sur le chromosome X, gène permettant de coder pour un facteur de transcription (en motif doigt de zinc) dont le rôle a été démontré dans l’érythropoïèse et le développement de la lignée mégacaryocytaire ;

3) Groupe 3 : anomalies numériques : trisomies dont 1 cas de trisomie 8 comme observé chez notre patiente ;

4) Groupe 4 : t(1;22)(p13;q13) ou transcrit OTT-MAL. Cette anomalie est retrouvée chez 25 % des LAM-7. Elle est à caractère péjoratif et se voit surtout chez les enfants en bas âge (moins d’un an dans 80 % des cas) [8-10]. Cette translocation implique deux oncogènes : l’oncogène N-ras localisé en 1p13 qui pourrait être activé suite à la translocation et induire la différenciation des mégacaryocytes en cellules malignes. L’oncogène c-sis localisé en 22q13 code le platelet-derived growth factor B qui induit le développement de la myélofibrose ;

5) Groupe 5 : t(9;22)(q34;q11) ;

6) Groupe 6 : 3q21q26 ;

7) Groupe 7 : -5/del(5q) ou -7/del(7q) ou les 2 ;

8) Groupe 8 : i(12)(p10) ;

9) Groupe 9 : autres modifications.

Les groupes 1, 2, 3 et 4 sont exclusivement constitués d’enfants (excepté 1 adulte dans le groupe 3). Les groupes 5, 6, 7, 8 et 9 sont majoritairement constitués d’adultes. Dans notre cas, la cytogénétique a montré uniquement une trisomie 8 sur la moelle. Dans la série de Dastugue et al. [7], 2 patients présentant un caryotype complexe présentaient une trisomie 8 : un enfant de 18 mois et un adulte de 68 ans. La trisomie 8 est la plus fréquente des trisomies rencontrées dans les LAM : isolée elle représente 5,6 % pour Paulsson [11] (n = 4246 LAM) avec 6 % dans les LAM de novo vs 2,8 % dans les LAM secondaires. La trisomie 8 est observée dans les différents sous-groupes de LAM (M1 à M7) [12]. Elle représente 10 à 15 % des anomalies chromosomiques observées sur les LAM.

Conclusion

La LAM-7 est une leucémie aiguë myéloblastique dont l’aspect cytologique très particulier permet d’évoquer le diagnostic qui est confirmé par immunophénotypage. La LAM-7 est fréquente en pédiatrie, plus rare chez l’adulte. Le cas rapporté ici de cette patiente âgée de 95 ans est un exemple de LAM-7 compliquant un syndrome myélodysplasique (SMD). C’est une forme d’acutisation peu fréquente des SMD. La diversité des anomalies chromosomiques susceptibles d’être détectées chez les patients atteints de LAM-7 et leur association fréquente avec des caryotypes complexes expliquent la difficulté de compréhension du mécanisme moléculaire à l’origine de la maladie.

Références

1 Bennett JM, Catovsky D, Daniel MT, et al. Criteria for the diagnosis of acute leukemia of megakaryocyte lineage (M7). A report of the French-American-British Cooperative Group. Ann Intern Med 1985 ; 103 : 460-2.

2 Oki Y, Kantarjian HM, Zhou X, et al. Adult acute megakaryocytic leukemia : an analysis of 37 patients treated at M.D. Anderson Cancer Center. Blood 2005 Aug 25 ; Epub ahead of print.

3 Jaffe ES, Stein H, Vardiman JW. Pathology and genetics of tumours of haematopoietic and lymphoid tissues. World Health Organization Classification of tumours 2001 ; 3 : 99-102.

4 Leymarie V, Galoisy AC, Falkenrodt A, Lessard M. Diagnosis of myeloid hematologic malignancies : contributions of the 2001 World Health Organization (WHO) classification. Ann Biol Clin (Paris) 2004 ; 62 : 513-20.

5 Athale UH, Razzouk BI, Raimondi SC, et al. Biology and outcome of childhood acute megakaryoblastic leukemia : a single institution’s experience. Blood 2001 ; 97 : 3727-32.

6 Hitzler JK, Cheung J, Li Y, Scherer SW, Zipursky A. GATA1 mutations in transient leukemia and acute megakaryoblastic leukemia of Down syndrome. Blood 2003 ; 101 : 4301-4.

7 Dastugue N, Lafage-Pochitaloff M, Pages MP, et al. Cytogenetic profile of childhood and adult megakaryoblastic leukemia (M7) : a study of the Groupe français de cytogénétique hématologique (GFCH). Blood 2002 ; 100 : 618-26.

8 Cavani S, Perfumo C, Argusti A, et al. Cytogenetic and molecular study of 32 Down syndrome families : potential leukaemia predisposing role of the most proximal segment of chromosome 21q. Br J Haematol 1998 ; 103 : 213-6.

9 Cortes JE, Kantarjian H, O’Brien S, et al. Clinical and prognostic significance of trisomy 21 in adult patients with acute myelogenous leukemia and myelodysplastic syndromes. Leukemia 1995 ; 9 : 115-7.

10 Shen JJ, Williams BJ, Zipursky A, et al. Cytogenetic and molecular studies of Down syndrome individuals with leukemia. Am J Hum Genet 1995 ; 56 : 915-25.

11 Paulsson K, Sall T, Fioretos T, Mitelman F, Johansson B. The incidence of trisomy 8 as a sole chromosomal aberration in myeloid malignancies varies in relation to gender, age, prior iatrogenic genotoxic exposure, and morphology. Cancer Genet Cytogenet 2001 ; 130 : 160-5.

12 Wolman SR, Gundacker H, Appelbaum FR, Slovak ML. Impact of trisomy 8 (+8) on clinical presentation, treatment response, and survival in acute myeloid leukemia : a southwest oncology Group study. Blood 2002 ; 100 : 29-35.


 

About us - Contact us - Conditions of use - Secure payment
Latest news - Conferences
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - All rights reserved
[ Legal information - Powered by Dolomède ]