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L’intérêt du dosage de l’adénosine désaminase dans les liquides biologiques au cours d’une tuberculose


Annales de Biologie Clinique. Volume 64, Number 2, 117-24, Mars-Avril 2006, Revue générale


Résumé   Summary  

Author(s) : Y El Jahiri, S Chellak, C Garcia, F Ceppa, P Burnat , Service de biochimie toxicologie et pharmacologie cliniques, HIA Bégin, Paris.

Summary : Tuberculosis may affect several organs and its prevalence is continuously increasing. Laboratory diagnosis still remains difficult. Adenosine deaminase (Ada) is an enzyme which contributes to purine metabolism and its presence in lymphocyte, monocyte and macrophage cells is associated with T cells mediated immunity. Many studies have shown the usefulness of Ada determination in various biological fluids for the diagnosis of tuberculosis. In pleural fluid, cutoff vary from 33 to 48 U/L, with sensitivity higher than 80% and specificity near 100%. In peritoneal fluid the cutoff value is 30 U/L. In cerebrospinal fluid, the value of 7 U/L can make discriminate negative and positive cases with a good sensitivity and specificity. The data from the literature show that 50 U/L in pericardic fluid is a reliable threshold for tuberculosis diagnosis. Ada determination in serum is not as relevant as in others fluids because of its low specificity. Ada measurement in biological fluids, easy and not expensive, may be add to other biological tests for tuberculosis diagnosis.

Keywords : adenosine deaminase, tuberculosis, pleural fluids, ascetic fluids, cerebrospinal fluids, pericardial fluids, serum

ARTICLE

Auteur(s) : Y El Jahiri, S Chellak, C Garcia, F Ceppa, P Burnat

Service de biochimie toxicologie et pharmacologie cliniques, HIA Bégin, Paris

Article reçu le 12 Octobre 2005, accepté le 3 Janvier 2006

La tuberculose est une infection bactérienne pouvant toucher de nombreux organes, dont la prévalence n’a cessé d’augmenter ces dernières années. La démarche diagnostique d’une tuberculose repose sur les données cliniques et épidémiologiques, l’anatomopathologie du granulome et la microbiologie classique associée aux techniques d’amplification génique. Néanmoins, le caractère invasif de la biopsie associé à la croissance particulièrement longue et difficile des mycobactéries et le coût élevé des techniques de biologie moléculaire, aux résultats peu spécifiques, rendent le diagnostic définitif difficile à établir. Depuis une vingtaine d’années, la détermination de l’activité de l’adénosine désaminase (Ada) dans les liquides biologiques au cours de processus tuberculeux a suscité l’intérêt de certains biologistes et cliniciens, de pays à forte prévalence de tuberculose, qui recommandent son association aux autres outils diagnostiques. Cette détermination utilisée en routine dans de nombreux pays (Espagne, Turquie, Grèce, Amérique du Sud, Inde…) demeure méconnue et peu exploitée en France [1]. Par ailleurs, la Société de pneumologie de langue française (SPLF) souligne que malgré les performances élevées du test, la mesure de l’activité Ada n’est pas recommandée en France pour le diagnostic de pleurésie tuberculeuse en l’état actuel des connaissances [2]. Il en est de même aux États-Unis et en Nouvelle-Zélande où les conférences de consensus mentionnent la possibilité d’utilisation du dosage de l’Ada sans la recommander en routine. Nous nous proposons de documenter l’intérêt de la détermination de cette activité enzymatique dans différents liquides biologiques en rapportant les données des études prospectives émanant de pays à forte prévalence de tuberculose.

L’adénosine désaminase

L’adénosine désaminase (EC 3.5.4.4) est une enzyme ubiquitaire qui catalyse la désamination de l’adénosine en inosine et celle de la déoxyadénosine en déoxyinosine avec libération de l’ammoniaque dans le milieu. Cette enzyme est largement retrouvée dans les lymphocytes T, les monocytes et les macrophages activés lors d’un processus d’immunité à médiation cellulaire, ce qui expliquerait l’augmentation de l’activité lors de pathologies tuberculeuses. Le déficit génétique en adénosine désaminase est responsable d’une immunodéficience sévère se manifestant par des infections à répétition pouvant être fatales avant l’âge de 4 ans. Ce déficit héréditaire est associé à un hypofonctionnement des lymphocytes B et T [3].

L’activité de l’Ada est le plus souvent mesurée par la méthode de Giusti qui utilise l’adénosine comme substrat et le sulfate d’ammonium comme standard. Une unité d’enzyme Ada correspond à la libération d’ 1 μmol d’ammoniaque/L/min à 37 °C quantifiée par la réaction chimique de Berthelot (hypochlorite, phénol, nitroprussiate) [4], ce qui permet une certaine uniformité des résultats au niveau international et leur comparaison. Cette technique simple, rapide et peu coûteuse peut être facilement mise en œuvre.

L’activité de l’Ada résulte de l’action de deux isoenzymes Ada-1 et Ada-2 qui ont des pHi différents et des affinités relatives à leurs substrats, l’adénosine et la déoxyadénosine. La présence de l’Ada-1 dans les liquides biologiques est due essentiellement à la nécrose cellulaire tandis que l’Ada-2 est libérée par les monocytes et les macrophages stimulés par un agent infectieux. L’intérêt du dosage de ces isoenzymes au cours d’un processus tuberculeux, et notamment l’Ada-2 qui serait plus spécifique, reste encore sujet à discussion [5, 6]

L’Ada du liquide pleural

La tuberculose reste la principale cause des épanchements pleuraux exsudatifs souvent riches en lymphocytes. Le diagnostic de certitude de la pleurésie d’origine tuberculeuse repose sur l’étude anatomopathologique après biopsie pleurale. Par ailleurs, de par le monde, plusieurs études se sont succédées pour démontrer l’intérêt du dosage de l’Ada dans le liquide pleural pour le diagnostic de la tuberculose et le proposent comme un outil diagnostique rapide, précoce et non invasif dans ce type de pathologie [7]. À ces avantages s’ajoute sa meilleure stabilité dans les liquides d’épanchement, 21 jours à température ambiante sous un mélange glycérol éthylène glycol [8], et la bonne reproductibilité de sa mesure [9].

En Inde, plusieurs études ont été publiées, notamment celle de Sharma et al., qui rapporte des résultats relevés à partir de 75 patients présentant un épanchement pleural d’origine tuberculeuse dans 48 cas et de toutes autres causes dans les 27 cas restants. Une différence significative a été notée (p < 0,001) entre la moyenne des valeurs de l’Ada dans le liquide pleural chez le premier groupe de patients (95,8 ± 57,5 U/L) et celle des malades non tuberculeux (30,7 ± 27,2 U/L). Pour une valeur seuil de 35 U/L, la sensibilité et la spécificité rapportées dans cette étude étaient respectivement de 83,3 et 66,6 % [10]. Pour Gorguner et al., la sensibilité et la spécificité de l’Ada dans le liquide pleural étaient plus intéressantes, respectivement 91,57 et 89 %, selon une étude chez quatre groupes de patients présentant un épanchement pleural toutes étiologies confondues [5].

En France, la seule étude menée par Burnat et al. [11] au sein du complexe hospitalier militaire parisien concluait sur l’intérêt du dosage de l’Ada du liquide pleural dans le diagnostic de la tuberculose pleurale. L’activité de l’Ada a été déterminée dans le liquide pleural de 75 patients hospitalisés pour des troubles respiratoires d’étiologies diverses qui justifiaient une ponction pleurale. Selon le diagnostic clinique, les sujets ont été répartis en cinq populations distinctes : patients présentant une pleurésie tuberculeuse confirmée par les analyses bactériologiques (n = 11), malades porteurs de cancers pulmonaires caractérisés par la cytologie ou l’histologie (n = 16), patients atteints de pleurésie microbienne purulente confirmée bactériologiquement (n = 9), sujets dont l’épanchement est consécutif à une atteinte cardiaque (n = 13) et le groupe de patients hétérogène présentant des étiologies diverses autres que les précédentes (n = 26). La comparaison des résultats obtenus a permis de mettre en évidence une augmentation significative (p < 0,01) de l’activité de l’Ada dans les pleurésies tuberculeuses (93,6 ± 36,9) et microbiennes (39,8 ± 44,9) par rapport aux autres groupes (cancer : 12,2 ± 7,7 ; atteinte cardiaque : 9,5 ± 3,8 ; divers : 17,1 ± 5,8). Une différence significative a été notée entre les activités de l’Ada retrouvées dans les pleurésies tuberculeuses et bactériennes (p < 0,05). Néanmoins, parmi les cas de pleurésies purulentes étudiées, deux possèdent une activité de l’Ada très augmentée ce qui peut expliquer, en plus du faible échantillonnage (n = 9), la forte dispersion des résultats chez ce groupe de patients (39,8 ± 44,9). Les pourcentages de sensibilité et spécificité rapportés sont respectivement de 100 % et 97 % par rapport à une valeur discriminante de 45 U/L.

Certains auteurs proposent d’associer l’activité de l’Ada à d’autres paramètres. Duprat Neves et al., rapportent dans leur étude les résultats de l’association de quatre indicateurs en l’occurrence, l’activité de l’Ada, le pourcentage de lymphocytes, la concentration de protéines au niveau du liquide pleural et l’âge des patients. Les auteurs notent d’une part que, quand la valeur de l’activité de l’Ada est supérieure à 39 U/L, la probabilité d’une pleurésie d’origine tuberculeuse passe de 50 à 85 % ; en revanche, quand sa valeur est inférieure à 39 U/L, elle est réduite à 6 %. Cela justifie de choisir une valeur seuil pour poser le diagnostic. Les auteurs soulignent, d’autre part, l’intérêt de l’association de ces quatre paramètres en s’appuyant sur les valeurs de sensibilité et de spécificité de différentes combinaisons : activité de l’Ada et taux des lymphocytes seulement : 94,9 % et 84,5 % ; activité de l’Ada, pourcentage de lymphocytes et taux de protéines : 92,9 % et 90,7 % ; intégration des quatre paramètres : 90,9 % et 93,8 %. À titre indicatif, les valeurs seuils qui ont été retenues sont 39 U/L pour l’activité de l’Ada, âge inférieur à 45 ans, taux de lymphocytes supérieur à 81 % et celui des protéines supérieur à 41 g/L [12].

Villegas a procédé à une étude comparative de l’activité de l’Ada dans le liquide pleural, l’interféron gamma (IFNγ) et la polymerase chain reaction (PCR) chez 140 patients présentant un épanchement pleural, dont 42 présentant une tuberculose confirmée, 19 avec une pleurésie tuberculeuse probable, 70 malades avec épanchement pleural d’étiologie non tuberculeuse et 9 épanchements d’étiologie indéterminée. Les résultats montrent les sensibilités et les spécificités suivantes : 88 % et 85,7 % pour l’activité de l’Ada ; 85,7 % et 97,1 % pour IFNγ et finalement 73,8 % et 90 % pour la PCR [13]. Goto et al. ont effectué une synthèse de plusieurs publications qui a montré l’intérêt de la détermination de l’activité de l’Ada du liquide pleural dans le diagnostic précoce des pleurésies d’origine tuberculeuse. En effet, l’analyse de 40 articles combinant l’histologie de la biopsie pleurale, l’examen microbiologique du liquide pleural et des crachats en plus de l’état clinique du patient, la sensibilité de l’Ada rapportée dans ces articles variait de 47,1 % à 100 % et la spécificité de 50 % à 100 %. L’établissement d’une courbe ROC à partir des quarante publications dans lesquelles étaient disponibles les vrais positifs et négatifs et les faux positifs et négatifs, a permis d’observer la valeur moyenne de 92,2 % aussi bien pour la spécificité que pour la sensibilité. À l’issue de cette méta-analyse, les auteurs concluent sur l’intérêt logique de ce test dans le diagnostic des épanchements pleuraux d’origine tuberculeuse [14].

Burgess et al., Villena et al., De oliveira et al., Aoki et al., rapportent dans leurs revues de la littérature des sensibilités de 91 %, 90 %, 91 %, 83 % et 80 % correspondantes à des spécificités de 81 %, 85 %, 98 %, 89 % et 90 %. Certains auteurs précisent que ce paramètre n’est pas encore suffisant pour supplanter la biopsie pleurale et spécialement dans les pays à faible incidence de tuberculose, contrairement à Sharma qui rapporte que, pour une valeur seuil de 100 U/L de l’activité de l’Ada dans le liquide pleural, il est possible d’éviter la ponction biopsie chez 40 % des patients [10].

Devant un nombre très grand d’étiologies possibles pour un épanchement pleural (tableau 1( Tableau 1 )), le clinicien peut rester parfois perplexe quant à l’établissement d’un diagnostic de certitude. Les résultats rapportés par ces études sont encourageants, pour que la détermination de l’Ada dans le liquide pleural trouve une place parmi les outils diagnostiques d’une pleurésie tuberculeuse. Néanmoins, il est vrai que dans certaines pathologies, l’activité de l’Ada est élevée en dehors de la tuberculose au cours : infection purulente non tuberculeuse, arthrite rhumatoïde et pleurésies néoplasiques. Cependant, le diagnostic de ces entités peut être généralement établi en se basant sur les données cliniques, biochimiques et cytologiques de routine.
Tableau 1 Principales étiologies d’un épanchement pleural.

Exsudats

Tuberculose

Parapneumonie

Chylothorax

Arthrite rhumatoïde

Péricardite constrictive

Pleurésie chronique idiopathique

Obstruction de la veine cave supérieure

Transsudats

Insuffisance cardiaque

Cirrhose hépatique

Insuffisance rénale

Hypoalbuminémie

Épanchement d’origine maligne

Cancer du poumon

Cancer du sein

Lymphomes

Autres

L’Ada du liquide péritonéal

Le péritoine représente la sixième localisation extrapulmonaire de la tuberculose et le deuxième liquide biologique par ordre de fréquence de prescription de dosage de l’Ada. Le diagnostic précoce d’une ascite d’origine tuberculeuse conditionne le traitement. Par ailleurs, le taux de mortalité élevé chez les patients non traités rapidement motive la recherche d’un test de screening rapide et non invasif pour les péritonites d’origine tuberculeuse.

Dans son étude, Burgess démontre l’utilité de la mesure de l’activité de l’Ada du liquide péritonéal dans le diagnostic d’une tuberculose péritonéale. Cette étude qui s’étendait sur trois années, portait sur 178 paires liquide d’ascite/sérums représentatives de différentes étiologies d’un épanchement péritonéal : pathologie hépatique chronique, cirrhose, insuffisance cardiaque, malignité, tuberculose, transsudats et syndrome néphrotique. Le diagnostic de la tuberculose était positif chez 18 patients avec une activité moyenne de l’Ada de 61,6 U/L (17,5-115 U/L), cette activité était significativement augmentée par rapport aux autres groupes diagnostiques < 0,05). Utilisant la courbe ROC, le choix de la valeur seuil de 30 U/L correspondait à une sensibilité de 94 % et une spécificité de l’ordre de 92 % [15]. Une étude espagnole a été faite, portant sur le dosage de l’Ada du liquide d’ascite dans deux groupes de patients : le premier comportait 12 malades avec une tuberculose péritonéale confirmée et le groupe contrôle 96 patients avec ascite secondaire à différentes autres étiologies. La valeur moyenne chez le premier groupe était de 47,9 ± 21,9 U/L significativement différente (p < 0,01), par rapport au second groupe, 9,6 ± 5 U/L, ce qui montre que le meilleur compromis sensibilité/spécificité était obtenu pour une valeur seuil de 32 U/L [16].

Au Brésil, Brant et al. ont évalué l’intérêt de la détermination de l’activité de l’Ada dans le liquide d’ascite pour le diagnostic de la tuberculose chez 44 patients. En se basant sur les tests biochimiques, cytologiques, histopathologiques et microbiologiques, les patients inclus dans cette étude étaient divisés en 5 groupes : groupe 1, ascite tuberculeuse (n = 8) ; groupe 2, ascite d’origine maligne (n = 13) ; groupe 3, péritonite bactérienne spontanée (n = 6) ; groupe 4 ascite pancréatique (n = 2) et groupe 5 ascites diverses (n = 15). La concentration des Ada dans le liquide d’ascite était significativement élevée dans le groupe 1 (133,5 ± 24,74 U/L) comparativement aux autres groupes (G2 = 41,85 ± 52,07 ; G3 = 10,63 ± 5,87 ; G4 = 18 ± 7,07 et G5 = 11,23 ± 7,66 U/L). Pour une valeur seuil de 31 U/L, la sensibilité, la spécificité et la valeur prédictive négative (VPN) étaient de 100 %, 92 % et 100 %, respectivement. Ces auteurs concluent que la détermination de l’activité de l’Ada dans le liquide d’ascite est le meilleur argument pour le diagnostic de la tuberculose et des valeurs supérieures à 31 U/L confirment ce diagnostic [17].

Chez 92 patients d’Afrique du Sud dont 30 malades avec une tuberculose péritonéale, 21 avec une ascite maligne et 41 patients présentant une cirrhose, Sathar et al. ont évalué l’activité de l’Ada et la concentration d’interféron gamma. Les résultats concernant l’Ada montraient une activité significativement élevée dans le groupe de patients avec tuberculose avec une valeur moyenne de 101,84 U/L vs 19,35 U/L dans le groupe ascite maligne et 13,49 U/L dans celui avec cirrhose (p = 0,0001). La valeur seuil de 30 U/L était associée à une sensibilité et une spécificité respectives de 93 % et 96 % [18].

En Inde, plusieurs études soulignent l’intérêt du dosage de cette enzyme dans le liquide d’ascite. Dans une étude prospective pour l’évaluation de l’activité de l’Ada dans le sérum et dans le liquide péritonéal chez trois groupes de patients présentant une ascite d’étiologies différentes : groupe 1 : ascite maligne (n = 11) ; groupe 2 : tuberculose péritonéale (n = 7) et groupe 3 : cirrhose (n = 6), Gupta et al. [19] rapportent que l’activité de l’Ada dans le sérum est voisine dans les trois groupes. À la différence, son activité dans le liquide d’ascite était significativement plus élevée dans le groupe 2 (p = 0,001) : une activité de 30 U/L au niveau du liquide d’ascite avait une sensibilité de 100 % et une spécificité de 94,1 % pour la tuberculose péritonéale.

Bhargava et al. proposent 36 U/L comme valeur seuil pour orienter le diagnostic vers une étiologie tuberculeuse [20].

Dans la même optique, les résultats de l’étude Soliman [21] montraient que l’activité de l’Ada au niveau du liquide d’ascite chez 50 patients égyptiens était significativement élevée dans le groupe de malades présentant une tuberculose péritonéale par rapport aux autres groupes sans tuberculose. La valeur seuil de 28 U/L qui présentait une sensibilité et une spécificité respectives de 94,4 % et 100 %, semble légèrement basse par rapport aux précédentes mais présente des performances pratiquement identiques.

Par rapport aux conclusions pertinentes de ces auteurs, nous soulignons la place de la mesure de l’activité de l’Ada dans le liquide d’ascite dans le diagnostic d’une tuberculose péritonéale. Pour une valeur seuil moyenne de 31 U/L correspondent une sensibilité et une spécificité significatives.

L’Ada du LCR

Les méningites tuberculeuses sont exceptionnelles en France. Par contre, elles sont fréquentes en zone d’endémie tuberculeuse. En l’absence de traitement elles sont sources majeures de mortalités et de séquelles.

De nombreuses études montrent l’intérêt de la mesure de l’Ada dans le liquide céphalorachidien (LCR). Pour Mishra, avec 27 échantillons de LCR prélevés d’enfants présentant une méningite tuberculeuse, une activité supérieure à 5 U/L avait une sensibilité et une spécificité respectivement de 89 % et 92 % [22].

Donald et al., rapportent chez 27 patients atteints de méningite tuberculeuse une moyenne d’activité de l’Ada de 12,6 U/L, valeur voisine de celle retrouvée chez les patients atteints de méningite bactérienne (15,43 U/L), mais nettement supérieure à celle mesurée au cours des méningites virales ou aseptiques (2,0 U/L) ou en l’absence de méningite (1,5 U/L). À partir de ces résultats, les auteurs concluent que la détermination de l’activité de l’Ada, en se référant à la valeur sérique, permet de distinguer une méningite tuberculeuse d’une méningite virale ou aseptique [23].

Une étude sur 182 cas de méningites en Corée, dont 36 tuberculeuses, montre une sensibilité de l’activité de l’Ada de 83 % et une spécificité de 95 % pour une valeur seuil de 7 U/L vis-à-vis des méningites virales ou aseptiques et une sensibilité plus basse de 58 % avec une spécificité de 89 % et 71 % vis-à-vis des méningites bactériennes et cryptococciques pour une valeur seuil à 10 U/L [24].

Correa rapporte dans son étude vénézuélienne que pour une activité de l’Ada au niveau du LCR supérieure à 8 U/L correspond une sensibilité et une spécificité respectives de 80 % et 91 % par rapport à 80 % et 97 % pour la PCR [25].

Ces différentes études montrent globalement que, pour des activités supérieures à 7 U/L, l’activité de l’Ada dans le LCR possède une sensibilité et une spécificité meilleures dans le cas de suspicion d’une méningite tuberculeuse. Le chevauchement dans les résultats entre méningite septique et tuberculeuse met en doute, certes, l’utilité de cette détermination. Néanmoins, les paramètres biochimiques et cytologiques sont différents, de plus la culture bactériologique ou la présence d’antigènes sont déterminants dans le cas de méningite septique.

L’Ada dans le liquide péricardique

Le diagnostic d’une péricardite d’origine tuberculeuse est très souvent difficile et la culture du Mycobacterium tuberculosis est rarement positive. L’activité de l’Ada peut être mesurée dans le liquide péricardique en cas de suspicion de tuberculose. Plusieurs études ont mis en évidence l’intérêt de ce test. Dans leur étude s’étendant de 1988 à 1995, Fijalkowska et al. concluent sur l’intérêt de la détermination de l’activité de l’Ada au cours d’un épanchement péricardique comme examen facile et rapide pour exclure une étiologie tuberculeuse [26]. Komsuoglu et al. rapportent une sensibilité et une spécificité, respectivement de 100 % et 91 %, pour le diagnostic d’un épanchement d’origine tuberculeuse [27].

Pour une valeur discriminante de 50 U/L au niveau du liquide péricardique, Dogan et al. montrent une sensibilité aussi intéressante que la précédente, mais par contre une spécificité moindre (83 %) [28]. Dans son étude, Aggeli avait adopté une valeur seuil de 72 U/L, plus élevée que la précédente, et avait montré une sensibilité similaire aux précédentes, mais une nette amélioration de la spécificité pour le diagnostic d’une péricardite d’origine tuberculeuse [29].

En 2003, Burgess et al. étudient l’intérêt de l’activité de l’Ada et de l’interféron gamma dans les péricardites d’origine tuberculeuse. Choisissant une valeur seuil de 30 U/L, la sensibilité et la spécificité rapportées étaient de 94 % et 68 %. Par rapport aux pourcentages précités, cette valeur de la spécificité laisse à discuter le choix de la valeur discriminante qui offre la meilleure performance diagnostique vis-à-vis de la tuberculose [30].

L’Ada dans le sérum

La mise en évidence rapide d’une infection au Mycobacterium tuberculosis par un dosage de l’Ada sérique a été évaluée par plusieurs auteurs mais les résultats sont disparates et très contradictoires. Dans son étude comparative (Ada vs lysosymes, enzymes bactériolytiques présentes dans les granulations des polynucléaires, des monocytes et de leurs précurseurs, chez des patients tuberculeux (n = 51) dont 21 pulmonaires, 15 miliaires, 11 neurotuberculomes et 4 tuberculoses abdominales et ostéoarticulaires) Mischra et al. rapportent une sensibilité de 100 % pour une activité supérieure ou égale à 42 U/L dans le sérum [31]. Dans une autre étude comparant l’activité de l’Ada dans le sérum et les résultats de la PCR chez des patients tuberculeux, Canbolat réitère la pertinence de cet examen avec des pourcentages de sensibilité et de spécificité comparables entre ces deux outils diagnostiques, respectivement 91,7 % et 94,5 % pour l’Ada et 95,8 % et 100 % pour la PCR [32].

L’intérêt du dosage de l’Ada dans le sérum diffère selon qu’on l’interprète isolément, ou associée à sa détermination dans un autre liquide biologique. Dans une étude prospective pour l’évaluation de l’activité de l’Ada dans le sérum et dans le liquide péritonéal chez trois groupes de patients présentant une ascite d’étiologies différentes (G1 : ascite maligne (n = 11) ; G2 : tuberculose péritonéale (n = 7) et G3 : cirrhose (n = 6)) Gupta et al. rapportent que l’activité de l’Ada dans le sérum n’est pas différente entre les trois groupes [17].

Donald et al. proposent, en plus de la détermination de l’activité de l’Ada dans le LCR, le calcul d’un ratio par rapport à l’Ada du sérum pour distinguer les méningites tuberculeuses ou bactériennes des méningites aseptiques [23].

Ces études révèlent bien que l’intérêt du dosage de l’Ada dans le sérum, indépendamment des autres liquides, reste encore à prouver car il manque de sensibilité et de spécificité ce qui explique la rareté de sa prescription.

Conclusion

La tuberculose reste un fléau mondial dont la prévalence est en nette augmentation dans les pays développés. Devant la complexité de son diagnostic, l’apport du laboratoire demeure souvent modeste. La revue de la littérature concernant l’adénosine désaminase montre, à travers plusieurs études clinico-biologiques, européennes, africaines, asiatiques ou américaines, une certaine unanimité dans le choix des valeurs seuils, dans les sensibilités, les spécificités rapportées (tableau 2( Tableau 2 )) et dans leurs conclusions, en l’occurrence, l’intérêt du dosage de l’adénosine désaminase dans les liquides biologiques pour le diagnostic rapide et précoce de la tuberculose dans les épanchements pleuraux en particulier. L’intégration de ce paramètre en routine, comme c’est le cas dans les pays à forte prévalence de tuberculose, de mise en œuvre facile et peu coûteux, permettra de facto, de corroborer les résultats des études déjà entreprises. La pertinence des résultats de ces études pourrait inciter à réévaluer les recommandations des sociétés savantes.
Tableau 2 Valeurs usuelles, valeurs seuils et leurs sensibilités-spécificités respectives, par rapport à la tuberculose.

Nature du liquide biologique

Valeurs seuils pour la tuberculose (U/L)

Sensibilité (%)

Spécificité (%)

Liquide pleural

Valeurs usuelles : < 24 U/L

Sharma et al. (Inde) [9]

35

83,3

66,6

Gorguner et al. (Turquie) [5]

47

91,57

89

Burnat et al. (France) [11]

45

100

97

Denise Duprat Neves et al. (Brésil) [12]

39

94,9

84,5

Reechaipichitkul et al. (Thaïlande) [33]

48

80

80,5

Valdes et al. (Espagne) [34]

47

100

91

Villena et al. (Espagne) [35]

33

90

85

Liquide péritonéal

Valeurs usuelles : < 24 U/L

Burgess et al. (Afrique du Sud) [15]

30

94

92

Brant et al. (Brésil) [17]

31

100

92

Sathar et al. (Afrique du Sud) [18]

30

93

96

Gupta et al. (Inde) [19]

30

100

94,1

Soliman et al. (Égypte) [21]

28

94,4

100

LCR

Valeurs usuelles : < 1,5 U/L

Mishra et al. (Inde) [22]

5

89

92

Sang-Ho Choi et al. (Corée du Sud) [24]

7

83

95

Correa et al. (Venezuela) [25]

8

80

91

Liquide péricardique

Fijalkowska et al. (Pologne) [26]

40

-

97

Komsuoglu et al. (Turquie) [27]

-

100

91

Dogan et al. (Turquie) [28]

50

100

83

Aggeli et al. (Grèce) [29]

72

100

94

Burgess et al. (Afrique du Sud) [30]

30

94

68

Makhlouf et al. (Liban) [36]

41

85

100

Sérum

Valeurs usuelles : < 24 U/L

Mishra et al. (Inde) [31]

42

100

-

Canbolat et al. (Turquie) [32]

-

91,7

94,5

Références

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