ARTICLE
Auteur(s) : C Caudie1, J
Bancel1, M Dupont1, D Matanza1, F
Poitevin1, J Honnorat2
1Fédération de biologie, service d’immunologie et
neuro-immunologie,
2Service de neurologie, Hôpital neurologique et
neurochirurgical Pierre Wertheimer, Lyon
Article reçu le 26 Août 2005, accepté le 14 Septembre 2005
La β2-microglobuline, polypeptide de faible poids moléculaire
(11 800 Da) est synthétisée par les cellules nucléées de
l’organisme et en particulier par les lymphocytes activés et les
cellules lymphomateuses. La β2-microglobuline existe sous 2 formes,
la forme libre dans les liquides biologiques et la forme liée aux
membranes des cellules nucléées où elle constitue la chaîne légère
des molécules HLA de classe I. Le taux de β2-microglobuline est lié
essentiellement au turn over des cellules lymphocytaires qui
correspond à une production d’environ 150 mg/24 h. La moitié
de la β2-microglobuline plasmatique renouvelée chaque jour provient
des lymphocytes. La β2-microglobuline est filtrée au niveau des
reins par les glomérules, puis réabsorbée et catabolisée au niveau
tubulaire. En l’absence d’insuffisance rénale, l’augmentation des
concentrations plasmatiques correspond à une augmentation de la
synthèse. L’activation des lymphocytes lors d’une réponse
immunitaire systémique ou intrathécale augmente le taux de
β2-microglobuline libre dans le sérum et le LCR. Aussi la
β2-microglobuline du LCR est proposée comme marqueur d’activation
du système immunitaire au sein du système nerveux central au cours
des infections virales [1, 2], des maladies neurologiques
inflammatoires [3-5], des maladies auto-immunes à expression
neurologique [6] et des processus tumoraux de type
lymphoprolifératif [7-9] dont l’incidence a considérablement
augmenté ces deux dernières décennies. Le système nerveux central
est un site privilégié et spécialisé de la réponse immunitaire
caractérisé par l’absence de vaisseaux lymphatiques et la présence
de la barrière hématoencéphalique qui limite les échanges avec la
circulation sanguine. Il y existe à l’état normal une surveillance
immune réalisée essentiellement par les lymphocytes T.La première
étape de ce travail est la mise au point du dosage de la
β2-microglobuline dans le LCR sur l’automate Vidas bioMérieux et
l’établissement des valeurs usuelles dans le LCR et le sérum. La
deuxième étape est l’interprétation correcte des variations de la
β2-microglobuline dans le LCR en raison des nombreux facteurs
influençant les taux de β2-microglobuline [10]. La troisième étape
consiste à situer l’intérêt diagnostique de ce marqueur
d’activation lymphocytaire dans les maladies du système nerveux
central et tout particulièrement dans les syndromes
lymphoprolifératifs intracrâniens primitifs ou secondaires dont
l’incidence est en nette augmentation.
Matériel et méthodes
Critères de sélection des patients
Nous avons sélectionné tous les couples LCR/sérum de patients
analysés au laboratoire sur la période d’avril 2002 à février 2005
sur lesquels nous avons effectué un examen cytochimique,
immunologique et un dosage de β2-microglobuline dans le LCR et le
sérum. Les patients étaient hospitalisés dans les différents
services de neurologie et de neurochirurgie de l’hôpital
neurologique. Les LCR ont été prélevés par ponction lombaire et
accompagnés systématiquement d’un prélèvement sanguin. Tous les
dossiers complets ont été exploités après l’obtention des
renseignements cliniques auprès des services de neurologie. Ils ont
été classés en deux groupes en fonction des données cliniques et
biologiques :
- un groupe « témoin ». : en raison de
l’absence de LCR témoins dans une population de sujets normaux, il
est classique de sélectionner les LCR chez des patients ne
présentant pas une maladie neurologique inflammatoire, infectieuse
ou tumorale, pour lesquels l’examen cyto-immunologique est normal.
Les critères biologiques que nous avons retenus étaient un LCR non
hémorragique, c’est-à-dire avec un nombre d’hématies ≤
1 000/mm3, ayant une cellularité inférieure à
3 éléments blancs/mm3), à frottis lymphomonocytaire
d’allure banale, à protéinorachie normale
(< 0,40 g/L), à quotient albumine normal (marqueur de
dysfonctionnement des échanges entre le LCR et le sang), non
inflammatoire défini par l’absence de bandes oligoclonales d’IgG
par la technique de focalisation isoélectrique ;
- un groupe de patients présentant une maladie
neurologique de type tumoral, inflammatoire ou infectieux :
nous avons constitué différents groupes cliniques sur le critère
tumoral, inflammatoire ou infectieux, sur le critère chronique ou
aigu et sur le critère d’atteinte du système nerveux central (SNC)
ou du système nerveux périphérique (SNP).
Examen cytochimique du LCR
Il comprend :
- – l’examen macroscopique : il a été noté le volume
reçu, l’aspect macroscopique avant et après
centrifugation ;
- – la numération des leucocytes et des hématies a été
réalisée sur cellule de Nageotte (normal si leucocytes ≤ 2 x
106/L et hématies ≤ 100 x 106/L) ;
- – l’examen cytologique a été réalisé sur frottis obtenu
après enrichissement cellulaire par centrifugation douce à 1 000
tours/min pendant 10 minutes à + 4 °C suivi d’une
cytocentrifugation sur Cytopsin Shandon à 600 tours/minutes pendant
6 minutes après addition d’une goutte de protéines sériques pour
améliorer le rendement de récupération. L’examen microscopique
consiste à établir la formule leucocytaire sur frottis coloré au
May-Grünwald-Giemsa. Les frottis sont interprétés inflammatoires
lorsque l’on observe des lymphocytes activés, des lymphoplasmocytes
et/ou des plasmocytes [11, 12] ;
- – le dosage des protéines totales a été réalisé par
colorimétrie au rouge de pyrogallol Biorad sur Hitachi 917 avec un
étalonnage par un sérum contenant 70 % d’albumine (technique
Biorad puis Roche) ;
- – le dosage du glucose a été réalisé sur Hitachi
917.
Bilan IgG sur LCR et sur sérum
Les dosages de l’albumine et des IgG dans le LCR et le sérum ont
été réalisés par immunonéphélémétrie cinétique sur l’automate
Immage de Beckman Coultronics dans une même série d’analyses. Pour
l’interprétation correcte des dosages de l’albumine et des IgG nous
avons retenu le quotient albumine pour juger de l’état de la
barrière hémato-méningée et les index d’IgG, d’IgA et d’IgM pour
juger de l’état immunitaire du système nerveux central :
- – quotient albumine = (albumine du LCR/ albumine du
sérum) x 10–2.Il traduit une altération de la
perméabilité. Le seuil décisionnel est âge dépendant ;
- – index d’Ig = (Ig/albumine
LCR) / (Ig/albumine sérum).
Le seuil décisionnel de l’index d’IgG a été retenu à 0,70. Tout
index d’IgG supérieur à 0,70 est en faveur d’une synthèse
intrathécale d’IgG, reflet d’une réaction inflammatoire chronique
dans le système nerveux central. Cet index est entaché d’erreur
lorsqu’il existe une transsudation des protéines.
L’électrophorèse des protéines totales sur LCR concentré a été
réalisée sur Hydragel HR Sebia sur le semi automate Hydrasys. Les
LCR sont concentrés à 8 g/L de protéines totales et les sérums
sont dilués au 1/10. Après migration, les protéines sont colorées
par du violet acide. L’interprétation se fait par examen minutieux
des profils protéiques du LCR et du sérum pour un même patient,
déposés côte à côte. Six profils caractéristiques sont
classiquement définis.
La technique de focalisation isoélectrique des IgG avec
immunorévélation des IgG sur membrane de transfert [13] a été
réalisée sur gel d’agarose Isogel FMC Bioproducts pH 3-10 (Tebu)
permettant d’analyser 6 à 8 couples LCR/sérum déposés en parallèle.
Les sérums et les LCR sont déposés à la concentration de 0,10 μg
d’IgG, sous un même volume. La migration est réalisée à 15 °C,
2 000 volts et 15 watts maximum. Le temps de migration est de 37
minutes. Les protéines sont transférées par capillarité sur une
membrane de PVDF (Immobilon-P Millipore, porosité 0,45 μm)
pendant 15 minutes. Après saturation dans le tampon Tris pH 7,4
contenant 10 % de lait, les IgG immobilisées sont incubées
avec l’immunsérum de chèvre biotinylé anti-IgG humaines (anti-H+L,
Immunopure Pierce) pendant 30 minutes. Après lavages, la membrane
est révélée par le réactif streptavidine/phosphatase alcaline
(Pierce), pendant 30 minutes. La dernière étape est la révélation
de l’enzyme par le réactif NBT/BCIP de Pierce. L’interprétation se
fait par comparaison du profil IgG du LCR avec celui du sérum. Cinq
profils sont classiquement définis selon la conférence de consensus
de 1994 [14].
Dosages de la β2-microglobuline dans le LCR et le sérum
Les dosages ont été effectués selon la technique automatisée par
cartouche et cônes en tests unitaires sur l’automate Vidas
bioMérieux. Le principe est de type immunoenzymatique sandwich en
deux étapes à détection finale par fluorescence selon le principe
ELFA (Enzyme linked fluorescent assay). Le cône tapissé d’anticorps
est le support solide de la réaction. Les composés non fixés à la
paroi du cône après les étapes d’incubation immunologiques sont
éliminés par lavage. Le cône est le support unique de pipetage. La
cartouche contient tous les réactifs comme le conjugué marqué par
la phosphatase alcaline et son substrat la méthyl umbelliféryl
phosphatase qui devient fluorescent. Les échantillons sont soit
conservés à + 4 °C, cinq jours au plus, soit congelés à
– 20 °C. Les dosages dans le LCR et le sérum sont
réalisés dans une même série, les sérums sont dilués au 1/2 et les
LCR sont utilisés purs. Trois contrôles sont associés à chaque
série de dosages.
Interprétation des résultats
L’interprétation des résultats doit tenir compte de nombreux
facteurs. Les taux des marqueurs du LCR sont liés aux taux sériques
et à l’importance de la transsudation lorsqu’il existe une atteinte
des échanges LCR/sérum au niveau de la barrière. Ils sont souvent
âge dépendants. Nous avons effectué différents calculs pour juger
d’une production intrathécale de β2-micoglobuline : 1) le
calcul du rapport R = β2-microglobuline
LCR / β2-microglobuline sérum ; 2) le calcul de
l’index de β2-microglobuline tenant compte des phénomènes de
transsudation : Index β2-microglobuline = (β2-m LCR/β2-m
sérum) / (albumine LCR/albumine sérum) ; 3) le
calcul β2-microglobuline LCR/albumine LCR ; 4) le calcul
β2-microglobuline LCR/IgG LCR.
Les résultats ont été exploités avec le logiciel
Microsoft® Excel.
Résultats
Patients
Les dossiers patients, complets sur le plan biologique, ont été
classés en deux groupes :
- – le groupe des patients pris comme témoin, retenu sur
la normalité de l’analyse cyto-immunologique du LCR. Ce groupe est
très hétérogène sur le plan clinique et recouvre diverses atteintes
du système nerveux central et périphérique (céphalées, vertiges,
épilepsies, démences, hernies discales, neuropathies
périphériques). Ce groupe comprend 122 patients d’âge moyen 55 ±
16 ans (17 à 84 ans) ;
- – le groupe des patients présentant une atteinte
neurologique tumorale, inflammatoire ou infectieuse (n = 108) ont
été classés en sept groupes cliniques.
1. Les lymphomes cérébraux (n = 10)
Ce groupe comprend 6 lymphomes primitifs de l’encéphale et 4
lymphomes cérébraux secondaires ou métastases cérébro-méningées
d’un lymphome malin non hodgkinien systémique chez des patients
immunocompétents. L’âge moyen est de 59 ± 15 ans (31 à
73 ans). Le diagnostic de certitude a reposé sur les données
cliniques, radiologiques, histologiques et immunohistologiques de
la biopsie cérébrale.
2. Les tumeurs du système nerveux (n = 12)
Ce groupe comprend 10 gliomes intracérébraux, un schwanome et une
tumeur de l’hypophyse. L’âge moyen est de 43 ± 22 ans (13 à
75 ans).
3. Les méningites carcinomateuses (n = 7)
Ce groupe comprend 7 méningites carcinomateuses. L’âge moyen est de
59 ± 11 ans (46 à 78 ans) (1 homme et 6 femmes).
4. Les syndromes neurologiques paranéoplasiques (n = 3)
Ils constituent un groupe très hétérogène avec soit une atteinte
diffuse du système nerveux associant à des degrés divers un
syndrome cérébelleux, une encéphalite limbique, une dysautonomie et
une neuronopathie sensitive associée à des autoanticorps anti-Hu (n
= 1), soit une atteinte du système nerveux périphérique
correspondant aux neuropathies périphériques paranéoplasiques (n =
2)
5. Les scléroses en plaques (n = 34)
Elles sont classées en SEP certaines (n = 16), probables ou
possibles (n = 18) en fonction du degré de certitude de la maladie.
L’âge moyen est de 40 ± 13 ans (19 à 74 ans). La ponction
lombaire a été réalisée pour un premier bilan de SEP lors de
l’hospitalisation correspondant le plus souvent à une première
poussée.
6. Les maladies neurologiques inflammatoires chroniques (MNIC)
à expression neurologique (n = 27)
Ce groupe comprend 6 neuro-sida, 5 suspicions de neuro-sarcoïdose,
3 suspicions de neuro-Gougerot-Sjögren, 1 myélite chronique, 12
maladies inflammatoires chroniques non précisées. L’âge moyen est
de 51 ± 15 ans (27 à 77 ans)
7. Les maladies neurologiques inflammatoires aiguës ou
MNIA (n = 15)
Ce groupe comprend les méningites lymphocytaires, les
méningo-encéphalites et les méningomyélites lymphocytaires. L’âge
moyen est de 50 ± 21 ans (22 à 87 ans).
Performances analytiques du dosage de la β2-microglobuline dans
le LCR
Le dosage automatisé de la β2-microglobuline dans le LCR sur Vidas
bioMérieux se révèle performant. Le domaine de mesure du réactif
Vidas β2-microglobuline est adapté au domaine des variations dans
le LCR. Il s’étend de 0,4 à 4 mg/L. La limite de détection est à
0,007 mg/L. L’imprécision intra- et inter-essais est conforme aux
données du fabricant avec un coefficient de variation <
15 %.
Performances diagnostiques de la β2-microglobuline dans le
LCR
Les taux de β2-microglobuline dans le groupe de patients témoins
sont présentés dans le tableau 1( Tableau
1 ). Le taux moyen de β2-microglobuline dans le LCR est à
1,3 ± 0,5 mg/L pour un taux moyen dans le sérum à 2 ± 0,6 mg/L.
Tout résultat dans le LCR doit être interprété en fonction des taux
sériques, car le taux de β2-microglobuline dans le LCR en valeur
absolue n’a aucune valeur diagnostique. Nous avons retenu le
rapport β2-microglobuline LCR / β2-microglobuline sérum
pour évaluer la production intrathécale de β2-microglobuline. Le
rapport β2-microglobuline LCR/β2-microglobuline sérum est en
moyenne à 0,6 ± 0,19. Le seuil décisionnel a été fixé à 1. Chaque
fois que le taux de la β2-microglobuline du LCR est supérieur au
taux de la β2-microglobuline du sérum, une production intrathécale
de β2-microglobuline peut être affirmée avec certitude.
Les taux de β2-microglobuline dans le groupe des maladies
neurologiques sont présentés dans les tableaux 2 et 3( Tableau 2 )( Tableau 3 )
avec les valeurs des différents marqueurs cyto-immunologiques du
LCR établies dans les 7 groupes cliniques.
1. Le groupe des lymphomes primitifs de l’encéphale et des
métastases cérébrales de lymphomes systémiques (n = 10)
La réaction cellulaire est en moyenne à 34 ± 49 éléments blancs par
mm3 (1 à 148/mm3). La présence de cellules
lymphomateuses de type grandes cellules B est observée dans 3 LCR
sur 8 analysés. La protéinorachie moyenne est à 1,6 ± 2,1 g/L. Les
bandes oligoclonales d’IgG sont présentes dans un seul LCR sur les
10 analysés. La β2-microglobuline moyenne dans le LCR est à 4,3 ±
1,8 mg/L pour un taux moyen dans le sérum à 2,1 ± 0,5 mg/L. Le
rapport est à 2,3 ± 1,3. La sensibilité est à 100 % ce qui en
fait un bon marqueur diagnostique des lymphomes primitifs de
l’encéphale et des lymphomes cérébraux secondaires.
Tableau 1 Taux moyens des marqueurs du LCR dans le
groupe témoin d’âge moyen 55 ans.
|
Marqueurs du LCR dans le groupe des 122 patients témoins
|
Moyenne ± 1 ET
|
Valeurs usuelles
|
|
Globules blancs (106/L)
|
1,4 ± 0.9
|
< 2
|
|
Globules rouges (106/L)
|
53 ± 258
|
< 1 000
|
|
Protéines totales (g/L)
|
0,38 ± 0,13
|
< 0,50
|
|
Q albumine
|
0,62 ± 0,29
|
< 0,80
|
|
IgG (mg/L)
|
32 ± 15
|
< 40
|
|
Index IgG
|
0,51 ± 0,07
|
< 0,70
|
|
Bandes oligoclonales d’IgG
|
Absentes
|
Absentes
|
|
Index d’IgA
|
0,25 ± 0,05
|
< 0,45
|
|
Index d’IgM
|
0,09 ± 0,04
|
< 0,20
|
|
β2 m LCR (mg/L)
|
1,3 ± 0,5
|
< 1,8
|
|
β2 m sérum (mg/L)
|
2 ± 0,6
|
< 3
|
|
Rapport β2 m LCR/sérum
|
0,63 ± 0,19
|
< 1
|
Tableau 2 Taux moyens des marqueurs du LCR dans les 7
groupes cliniques (m ± 1 ET).
|
Maladies neurologiques
|
GB 106/L
|
Protéines g/L
|
Q alb
|
Index IgG
|
Index IgA
|
Index IgM
|
BO d’IgG présence %
|
|
Lymphomes
|
34 ± 49
|
1,6 ± 2,1
|
3 ± 3,8
|
0,7 ± 0,5
|
0,32 ± 0,06
|
0,17 ± 0,10
|
10
|
|
n = 10
|
|
Tumeurs du SN
|
5 ± 12
|
1,17 ± 2,7
|
0,6 ± 0,3
|
0,58 ± 0,2
|
0,29 ± 0,10
|
0,17 ± 0,23
|
6
|
|
n = 12
|
|
Métastases
|
24 ± 51
|
0,51 ± 0,2
|
1,04 ± 0,6
|
0,5 ± 0,05
|
0,26 ± 0,06
|
0,09 ± 0,05
|
0
|
|
n = 7
|
|
SNP
|
33 ± 53
|
0,76 ± 0,8
|
1,4 ± 1,7
|
0,7 ± 0,2
|
0,28 ± 0,04
|
0,09 ± 0,03
|
80
|
|
n = 3
|
|
SEP
|
10 ± 13
|
0,43 ± 0,2
|
0,7 ± 0,5
|
0,9 ± 0,6
|
0,31 ± 0,06
|
0,15 ± 0,23
|
70
|
|
n = 34
|
|
MNIC
|
21 ± 50
|
0,93 ± 1,8
|
1,52 ± 2,9
|
0,95 ± 0,6
|
0,36 ± 0,20
|
0,2 ± 0,16
|
54
|
|
n = 27
|
|
MNIA
|
176 ± 259
|
1,01 ± 0,6
|
1,93 ± 1,4
|
0,84 ± 0,6
|
0,47 ± 0,19
|
0,23 ± 0,14
|
45
|
|
n = 15
|
Tableau 3 Sensibilité de la β2-microglobuline dans les
différentes maladies neurologiques.
|
Maladies neurologiques
|
|
|
Rapport R
|
|
|
Lymphomes
|
4,3 ± 1,8
|
2,1 ± 0,5
|
2,3 ± 1,3
|
100
|
|
n = 10
|
|
Tumeurs primitives du SN
|
1,9 ± 0,6
|
1,5 ± 1
|
0,8 ± 0,7
|
10
|
|
n = 12
|
|
Métastases carcinomateuses
|
1,5 ± 0,7
|
2,8 ± 1,4
|
0,6 ± 0,2
|
0
|
|
n = 7
|
|
SNP
|
1,9, ± 1,3
|
2 ± 0,8
|
1,2 ± 0,9
|
80
|
|
n = 3
|
|
SEP
|
1,4 ± 0,7
|
1,8 ± 0,4
|
0,7 ± 0,3
|
14
|
|
n = 34
|
|
MNIC
|
2,8 ± 2,4
|
3,8 ± 5,7
|
1,1 ± 0,9
|
25
|
|
n = 27
|
|
MNIA
|
4,6 ± 3,7
|
1,9 ± 0,6
|
2,5 ± 1,8
|
70
|
|
n = 15
|
2. Le groupe des tumeurs primitives du système nerveux central
(n = 12)
L’analyse cyto-immunologique du LCR se révèle peu informative. La
β2-microglobuline dans le LCR et le rapport sont le plus souvent
normaux. Deux gliomes de l’encéphale présentent un rapport augmenté
à 2,90 et 1,14.
3. Le groupe des méningites carcinomateuses (n = 7)
Il n’est pas observé de production intrathécale de
β2-microglobuline.
4. Le groupe des syndromes neurologiques paranéoplasiques (n =
3)
La réaction cellulaire moyenne est à 33 ± 53 éléments blancs par
mm3 (1 à 94 /mm3). La cytologie est
inflammatoire avec présence de plasmocytes sur le frottis
cellulaire chez 2 patients. La protéinorachie moyenne à 0,76 ± 0,84
g/L. Les bandes oligoclonales d’IgG sont présentes dans les 3 LCR.
La β2-microglobuline est nettement augmentée dans 2 des 3 LCR avec
un rapport moyen à 1,2 ± 0,9.
5. Le groupe des SEP (n = 34)
La réaction cellulaire moyenne est à 10 ± 13 éléments blancs par
mm3 (1 à 53/mm3). La cytologie est
inflammatoire dans 21 cas sur 34 soit 62 % de positivité. La
protéinorachie moyenne est à 0,43 ± 0,22 g/L (0,15 à 1,32 g/L).
L’index d’IgG est augmenté dans 21/34 LCR. Il est en moyenne égal à
0,9 ± 0,6 (0,4 à 2,85). La présence de bandes oligoclonales d’IgG
est observée dans 22 LCR/34 analysés. Le rapport β2-microglobuline
est modérément augmenté dans 4/29 LCR soit 14 % de
sensibilité.
6. Le groupe des maladies inflammatoires chroniques à
expression neurologique (n = 27)
La réaction cellulaire de type lymphomonocytaire est modérément
augmentée chez 13 patients. Elle est en moyenne à 21 ± 50 éléments
blancs par mm3 (1 à 240/mm3). La cytologie
est inflammatoire chez 6 patients/27 analysés. Les bandes
oligoclonales d’IgG sont présentes chez 15/27 patients analysés
permettant d’affirmer un profil inflammatoire chronique. Le rapport
β2-microglobuline LCR/sérum est augmenté dans 25 % des cas.
Ceci est le reflet d’une activation du système immunitaire
intracrânien compatible avec une localisation intracérébrale du
processus inflammatoire. Ce groupe de maladies inflammatoires
chroniques de type infectieux ou autoimmun est très hétérogène. La
β2-microglobuline du sérum est le plus souvent fortement augmentée
avec une moyenne à 7,8 ± 11 mg/L (1,3 à 30 mg/L) ainsi que la
β2-microglobuline du LCR avec une moyenne à 2,8 ± 3 mg/L (0,83 à
9,9 mg/L). Les rapports β2-microglobuline LCR/sérum sont normaux.
Dans les 13 maladies autoimmunes avec suspicion d’atteinte
neurologique le rapport est augmenté dans 2 cas de
neuro-sarcoïdoses actives.
7. Le groupe des maladies inflammatoires aiguës (n = 15)
Le profil du LCR est de type méningite lymphocytaire aiguë ou
sub-aiguë. La réaction cellulaire lymphomonocytaire est augmentée
dans 14/15 LCR avec une moyenne à 176 ± 259 éléments blancs par
mm3. La protéinorachie est augmentée dans 13/15 LCR avec
une moyenne à 1 ± 0,6 g/L. La présence de bandes oligoclonales
d’IgG est observée dans 6/15 LCR. Le rapport LCR / sérum
de la β2-microglobuline est augmenté dans 10/15 LCR avec une
moyenne à 2,5 ± 1,8. Ces profils de méningites lymphocytaires
aiguës sont des profils lymphoprolifératifs dits bénins facilement
identifiables.
Discussion
Nous avons établi les valeurs usuelles de la β2-microglobuline dans
le LCR et le sérum dans un groupe contrôle de 122 patients
hospitalisés en neurologie, d’âge moyen de 55 ans. Les valeurs
moyennes obtenues sont respectivement à 1,3 ± 0,5 mg/L dans le LCR
et 2 ± 0,6 mg/L dans le sérum. Selon les équipes, les patients
témoins sélectionnés et les techniques utilisées, les taux de
β2-microglobuline dans le LCR varient considérablement de 0,2 à 3,3
mg/L [10]. Ces taux n’ont pas une grande signification en valeur
absolue. Il est important de calculer le rapport LCR/sang qui
permet de s’affranchir des variations techniques et surtout des
variations sériques qui sont âge dépendantes. Ce rapport a été
proposé par Adachi en 1991 [10]. Tout rapport supérieur à 1 est
considéré comme positif, reflet d’une activation intracérébrale du
système immunitaire.
Les augmentations les plus significatives du rapport
β2-microglobuline sont observées dans les processus
lymphoprolifératifs malins, c’est-à-dire dans les lymphomes
primitifs de l’encéphale et les localisations cérébrales
secondaires de lymphomes non hodgkiniens systémiques. La
sensibilité du rapport est de 100 % ce qui en fait un
excellent test d’élimination en cas de négativité. Ce résultat est
tout à fait conforme aux données de la littérature. L’augmentation
de la β2-microglobuline dans le LCR est considérée comme un bon
marqueur diagnostique pour détecter une infiltration cérébrale par
des cellules lymphomateuses. Storti et al. [7] n’ont obtenu aucun
faux positif ni aucun faux négatif sur l’analyse de 574 LCR dont 74
LCR de lymphomes et de leucémies aiguës lymphocytaires et non
lymphocytaires.
Dans les syndromes neurologiques paranéoplasiques les
augmentations du rapport de la β2-microglobuline sont également
significatives (2/3). Les lésions cérébrales sont caractérisées par
une perte neuronale, une gliose et surtout des infiltrats
inflammatoires périvasculaires d’origine auto-immune. L’élément
déclenchant est probablement la réponse immunitaire dirigée contre
un antigène tumoral.
Dans les tumeurs du système nerveux central et dans les
méningites carcinomateuses, le rapport β2-microglobuline est le
plus souvent normal [8]. Dans la SEP, lors des premières poussées
le rapport est modérément augmenté dans quelques cas seulement.
Dans les réactions cellulaires de type lymphocytaire au cours des
maladies inflammatoires auto-immunes à expression neurologique,
lors d’une suspicion d’un neuro-lupus, d’une neuro-sarcoïdose ou
d’un neuro-Behcet, la sensibilité du rapport est faible (2
positifs/13). Dans les processus infectieux de type méningites,
méningo-encéphalites et méningo-myélites lymphocytaires, la
sensibilité du rapport est de 70 %. Le taux de
β2-microglobuline dans le LCR semble lié à l’importance de la
réaction lymphocytaire développée lors du processus infectieux
aigu.
Ces résultats confirment la grande utilité diagnostique de la
β2-microglobuline dans le LCR et le sérum lors de la suspicion d’un
syndrome lymphoprolifératif malin en dehors de tout processus
infectieux ou auto-immun dont le diagnostic est particulièrement
difficile. Le diagnostic de certitude repose sur l’examen
histologique et immunohistochimique de la biopsie cérébrale obtenue
par stéréotaxie ou plus rarement par chirurgie.
Une synthèse intrathécale de β2-microglobuline est facilement
interprétée quand le taux de β2-microglobuline dans le LCR est
supérieur au taux de β2-microglobuline dans le sérum, taux obtenus
par la même technique et dans une même série d’analyses. Il est
très important comme pour le bilan IgG du LCR de prélever avec la
ponction lombaire un tube de sang sur tube sec pour permettre une
interprétation correcte du bilan.
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