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Valeurs usuelles et utilité diagnostique de la β2-microglobuline dans le liquide céphalorachidien


Annales de Biologie Clinique. Volume 63, Number 6, 631-7, Novembre - Décembre 2005, article original


Résumé   Summary  

Author(s) : C Caudie, J Bancel, M Dupont, D Matanza, F Poitevin, J Honnorat , Fédération de biologie, service d’immunologie et neuro-immunologie,, Service de neurologie, Hôpital neurologique et neurochirurgical Pierre Wertheimer, Lyon.

Summary : CSF levels of β2-microglobulin reflect immune activation and lymphoid cell turnover in CNS. There were proposed as a reliable marker of lymphoproliferative disorders in central nervous system in viral infections, inflammatory diseases, autoimmune diseases and malignancies. The aims of this study were to measure β2-microglobulin on the automate Vidas of bioMérieux in 122 paired CSF and serum from control patients. We evaluated whether or not the elevated levels β2-microglobulin in CSF can be a useful marker for diagnosis of lymphoproliferative disorders in 108 patients with neurological diseases. The concentrations of β2-microglobulin in the CSF and sera from control patients were respectively 1.3 ± 0.5 mg/L and 2 ± 0.6 mg/L. The normal CSF to serum β2-microglobulin ratio was 0.6 ± 0.19. A CSF to serum β2-microglobulin ratio greater than 1 was closely associated with intrathecal synthesis β2-microglobulin in CNS lymphoproliferative disorders. Elevation of CSF β2-microglobulin ratio is a sensitive marker of central nervous system disease activity by infiltrating lymphocytes in intracranial lymphomas (10/10) and paraneoplastic neurological syndromes (2/3).

Keywords : β2-microglobulin, cerebrospinal fluid, intracranial lymphoma, neurological disease, central nervous system

ARTICLE

Auteur(s) : C Caudie1, J Bancel1, M Dupont1, D Matanza1, F Poitevin1, J Honnorat2

1Fédération de biologie, service d’immunologie et neuro-immunologie,
2Service de neurologie, Hôpital neurologique et neurochirurgical Pierre Wertheimer, Lyon

Article reçu le 26 Août 2005, accepté le 14 Septembre 2005

La β2-microglobuline, polypeptide de faible poids moléculaire (11 800 Da) est synthétisée par les cellules nucléées de l’organisme et en particulier par les lymphocytes activés et les cellules lymphomateuses. La β2-microglobuline existe sous 2 formes, la forme libre dans les liquides biologiques et la forme liée aux membranes des cellules nucléées où elle constitue la chaîne légère des molécules HLA de classe I. Le taux de β2-microglobuline est lié essentiellement au turn over des cellules lymphocytaires qui correspond à une production d’environ 150 mg/24 h. La moitié de la β2-microglobuline plasmatique renouvelée chaque jour provient des lymphocytes. La β2-microglobuline est filtrée au niveau des reins par les glomérules, puis réabsorbée et catabolisée au niveau tubulaire. En l’absence d’insuffisance rénale, l’augmentation des concentrations plasmatiques correspond à une augmentation de la synthèse. L’activation des lymphocytes lors d’une réponse immunitaire systémique ou intrathécale augmente le taux de β2-microglobuline libre dans le sérum et le LCR. Aussi la β2-microglobuline du LCR est proposée comme marqueur d’activation du système immunitaire au sein du système nerveux central au cours des infections virales [1, 2], des maladies neurologiques inflammatoires [3-5], des maladies auto-immunes à expression neurologique [6] et des processus tumoraux de type lymphoprolifératif [7-9] dont l’incidence a considérablement augmenté ces deux dernières décennies. Le système nerveux central est un site privilégié et spécialisé de la réponse immunitaire caractérisé par l’absence de vaisseaux lymphatiques et la présence de la barrière hématoencéphalique qui limite les échanges avec la circulation sanguine. Il y existe à l’état normal une surveillance immune réalisée essentiellement par les lymphocytes T.La première étape de ce travail est la mise au point du dosage de la β2-microglobuline dans le LCR sur l’automate Vidas bioMérieux et l’établissement des valeurs usuelles dans le LCR et le sérum. La deuxième étape est l’interprétation correcte des variations de la β2-microglobuline dans le LCR en raison des nombreux facteurs influençant les taux de β2-microglobuline [10]. La troisième étape consiste à situer l’intérêt diagnostique de ce marqueur d’activation lymphocytaire dans les maladies du système nerveux central et tout particulièrement dans les syndromes lymphoprolifératifs intracrâniens primitifs ou secondaires dont l’incidence est en nette augmentation.

Matériel et méthodes

Critères de sélection des patients

Nous avons sélectionné tous les couples LCR/sérum de patients analysés au laboratoire sur la période d’avril 2002 à février 2005 sur lesquels nous avons effectué un examen cytochimique, immunologique et un dosage de β2-microglobuline dans le LCR et le sérum. Les patients étaient hospitalisés dans les différents services de neurologie et de neurochirurgie de l’hôpital neurologique. Les LCR ont été prélevés par ponction lombaire et accompagnés systématiquement d’un prélèvement sanguin. Tous les dossiers complets ont été exploités après l’obtention des renseignements cliniques auprès des services de neurologie. Ils ont été classés en deux groupes en fonction des données cliniques et biologiques :

- un groupe « témoin ». : en raison de l’absence de LCR témoins dans une population de sujets normaux, il est classique de sélectionner les LCR chez des patients ne présentant pas une maladie neurologique inflammatoire, infectieuse ou tumorale, pour lesquels l’examen cyto-immunologique est normal. Les critères biologiques que nous avons retenus étaient un LCR non hémorragique, c’est-à-dire avec un nombre d’hématies ≤ 1 000/mm3, ayant une cellularité inférieure à 3 éléments blancs/mm3), à frottis lymphomonocytaire d’allure banale, à protéinorachie normale (< 0,40 g/L), à quotient albumine normal (marqueur de dysfonctionnement des échanges entre le LCR et le sang), non inflammatoire défini par l’absence de bandes oligoclonales d’IgG par la technique de focalisation isoélectrique ;

- un groupe de patients présentant une maladie neurologique de type tumoral, inflammatoire ou infectieux : nous avons constitué différents groupes cliniques sur le critère tumoral, inflammatoire ou infectieux, sur le critère chronique ou aigu et sur le critère d’atteinte du système nerveux central (SNC) ou du système nerveux périphérique (SNP).

Examen cytochimique du LCR

Il comprend :
  • l’examen macroscopique : il a été noté le volume reçu, l’aspect macroscopique avant et après centrifugation ;
  • la numération des leucocytes et des hématies a été réalisée sur cellule de Nageotte (normal si leucocytes ≤ 2 x 106/L et hématies ≤ 100 x 106/L) ;
  • l’examen cytologique a été réalisé sur frottis obtenu après enrichissement cellulaire par centrifugation douce à 1 000 tours/min pendant 10 minutes à + 4 °C suivi d’une cytocentrifugation sur Cytopsin Shandon à 600 tours/minutes pendant 6 minutes après addition d’une goutte de protéines sériques pour améliorer le rendement de récupération. L’examen microscopique consiste à établir la formule leucocytaire sur frottis coloré au May-Grünwald-Giemsa. Les frottis sont interprétés inflammatoires lorsque l’on observe des lymphocytes activés, des lymphoplasmocytes et/ou des plasmocytes [11, 12] ;
  • le dosage des protéines totales a été réalisé par colorimétrie au rouge de pyrogallol Biorad sur Hitachi 917 avec un étalonnage par un sérum contenant 70 % d’albumine (technique Biorad puis Roche) ;
  • le dosage du glucose a été réalisé sur Hitachi 917.

Bilan IgG sur LCR et sur sérum

Les dosages de l’albumine et des IgG dans le LCR et le sérum ont été réalisés par immunonéphélémétrie cinétique sur l’automate Immage de Beckman Coultronics dans une même série d’analyses. Pour l’interprétation correcte des dosages de l’albumine et des IgG nous avons retenu le quotient albumine pour juger de l’état de la barrière hémato-méningée et les index d’IgG, d’IgA et d’IgM pour juger de l’état immunitaire du système nerveux central :
  • quotient albumine = (albumine du LCR/ albumine du sérum) x 10–2.Il traduit une altération de la perméabilité. Le seuil décisionnel est âge dépendant ;
  • index d’Ig = (Ig/albumine LCR) / (Ig/albumine sérum).

Le seuil décisionnel de l’index d’IgG a été retenu à 0,70. Tout index d’IgG supérieur à 0,70 est en faveur d’une synthèse intrathécale d’IgG, reflet d’une réaction inflammatoire chronique dans le système nerveux central. Cet index est entaché d’erreur lorsqu’il existe une transsudation des protéines.

L’électrophorèse des protéines totales sur LCR concentré a été réalisée sur Hydragel HR Sebia sur le semi automate Hydrasys. Les LCR sont concentrés à 8 g/L de protéines totales et les sérums sont dilués au 1/10. Après migration, les protéines sont colorées par du violet acide. L’interprétation se fait par examen minutieux des profils protéiques du LCR et du sérum pour un même patient, déposés côte à côte. Six profils caractéristiques sont classiquement définis.

La technique de focalisation isoélectrique des IgG avec immunorévélation des IgG sur membrane de transfert [13] a été réalisée sur gel d’agarose Isogel FMC Bioproducts pH 3-10 (Tebu) permettant d’analyser 6 à 8 couples LCR/sérum déposés en parallèle. Les sérums et les LCR sont déposés à la concentration de 0,10 μg d’IgG, sous un même volume. La migration est réalisée à 15 °C, 2 000 volts et 15 watts maximum. Le temps de migration est de 37 minutes. Les protéines sont transférées par capillarité sur une membrane de PVDF (Immobilon-P Millipore, porosité 0,45 μm) pendant 15 minutes. Après saturation dans le tampon Tris pH 7,4 contenant 10 % de lait, les IgG immobilisées sont incubées avec l’immunsérum de chèvre biotinylé anti-IgG humaines (anti-H+L, Immunopure Pierce) pendant 30 minutes. Après lavages, la membrane est révélée par le réactif streptavidine/phosphatase alcaline (Pierce), pendant 30 minutes. La dernière étape est la révélation de l’enzyme par le réactif NBT/BCIP de Pierce. L’interprétation se fait par comparaison du profil IgG du LCR avec celui du sérum. Cinq profils sont classiquement définis selon la conférence de consensus de 1994 [14].

Dosages de la β2-microglobuline dans le LCR et le sérum

Les dosages ont été effectués selon la technique automatisée par cartouche et cônes en tests unitaires sur l’automate Vidas bioMérieux. Le principe est de type immunoenzymatique sandwich en deux étapes à détection finale par fluorescence selon le principe ELFA (Enzyme linked fluorescent assay). Le cône tapissé d’anticorps est le support solide de la réaction. Les composés non fixés à la paroi du cône après les étapes d’incubation immunologiques sont éliminés par lavage. Le cône est le support unique de pipetage. La cartouche contient tous les réactifs comme le conjugué marqué par la phosphatase alcaline et son substrat la méthyl umbelliféryl phosphatase qui devient fluorescent. Les échantillons sont soit conservés à + 4 °C, cinq jours au plus, soit congelés à – 20 °C. Les dosages dans le LCR et le sérum sont réalisés dans une même série, les sérums sont dilués au 1/2 et les LCR sont utilisés purs. Trois contrôles sont associés à chaque série de dosages.

Interprétation des résultats

L’interprétation des résultats doit tenir compte de nombreux facteurs. Les taux des marqueurs du LCR sont liés aux taux sériques et à l’importance de la transsudation lorsqu’il existe une atteinte des échanges LCR/sérum au niveau de la barrière. Ils sont souvent âge dépendants. Nous avons effectué différents calculs pour juger d’une production intrathécale de β2-micoglobuline : 1) le calcul du rapport R = β2-microglobuline LCR / β2-microglobuline sérum ; 2) le calcul de l’index de β2-microglobuline tenant compte des phénomènes de transsudation : Index β2-microglobuline = (β2-m LCR/β2-m sérum) / (albumine LCR/albumine sérum) ; 3) le calcul β2-microglobuline LCR/albumine LCR ; 4) le calcul β2-microglobuline LCR/IgG LCR.

Les résultats ont été exploités avec le logiciel Microsoft® Excel.

Résultats

Patients

Les dossiers patients, complets sur le plan biologique, ont été classés en deux groupes :
  • le groupe des patients pris comme témoin, retenu sur la normalité de l’analyse cyto-immunologique du LCR. Ce groupe est très hétérogène sur le plan clinique et recouvre diverses atteintes du système nerveux central et périphérique (céphalées, vertiges, épilepsies, démences, hernies discales, neuropathies périphériques). Ce groupe comprend 122 patients d’âge moyen 55 ± 16 ans (17 à 84 ans) ;
  • le groupe des patients présentant une atteinte neurologique tumorale, inflammatoire ou infectieuse (n = 108) ont été classés en sept groupes cliniques.

1. Les lymphomes cérébraux (n = 10)

Ce groupe comprend 6 lymphomes primitifs de l’encéphale et 4 lymphomes cérébraux secondaires ou métastases cérébro-méningées d’un lymphome malin non hodgkinien systémique chez des patients immunocompétents. L’âge moyen est de 59 ± 15 ans (31 à 73 ans). Le diagnostic de certitude a reposé sur les données cliniques, radiologiques, histologiques et immunohistologiques de la biopsie cérébrale.

2. Les tumeurs du système nerveux (n = 12)

Ce groupe comprend 10 gliomes intracérébraux, un schwanome et une tumeur de l’hypophyse. L’âge moyen est de 43 ± 22 ans (13 à 75 ans).

3. Les méningites carcinomateuses (n = 7)

Ce groupe comprend 7 méningites carcinomateuses. L’âge moyen est de 59 ± 11 ans (46 à 78 ans) (1 homme et 6 femmes).

4. Les syndromes neurologiques paranéoplasiques (n = 3)

Ils constituent un groupe très hétérogène avec soit une atteinte diffuse du système nerveux associant à des degrés divers un syndrome cérébelleux, une encéphalite limbique, une dysautonomie et une neuronopathie sensitive associée à des autoanticorps anti-Hu (n = 1), soit une atteinte du système nerveux périphérique correspondant aux neuropathies périphériques paranéoplasiques (n = 2)

5. Les scléroses en plaques (n = 34)

Elles sont classées en SEP certaines (n = 16), probables ou possibles (n = 18) en fonction du degré de certitude de la maladie. L’âge moyen est de 40 ± 13 ans (19 à 74 ans). La ponction lombaire a été réalisée pour un premier bilan de SEP lors de l’hospitalisation correspondant le plus souvent à une première poussée.

6. Les maladies neurologiques inflammatoires chroniques (MNIC) à expression neurologique (n = 27)

Ce groupe comprend 6 neuro-sida, 5 suspicions de neuro-sarcoïdose, 3 suspicions de neuro-Gougerot-Sjögren, 1 myélite chronique, 12 maladies inflammatoires chroniques non précisées. L’âge moyen est de 51 ± 15 ans (27 à 77 ans)

7. Les maladies neurologiques inflammatoires aiguës ou MNIA (n = 15)

Ce groupe comprend les méningites lymphocytaires, les méningo-encéphalites et les méningomyélites lymphocytaires. L’âge moyen est de 50 ± 21 ans (22 à 87 ans).

Performances analytiques du dosage de la β2-microglobuline dans le LCR

Le dosage automatisé de la β2-microglobuline dans le LCR sur Vidas bioMérieux se révèle performant. Le domaine de mesure du réactif Vidas β2-microglobuline est adapté au domaine des variations dans le LCR. Il s’étend de 0,4 à 4 mg/L. La limite de détection est à 0,007 mg/L. L’imprécision intra- et inter-essais est conforme aux données du fabricant avec un coefficient de variation < 15 %.

Performances diagnostiques de la β2-microglobuline dans le LCR

Les taux de β2-microglobuline dans le groupe de patients témoins sont présentés dans le tableau 1( Tableau 1 ). Le taux moyen de β2-microglobuline dans le LCR est à 1,3 ± 0,5 mg/L pour un taux moyen dans le sérum à 2 ± 0,6 mg/L. Tout résultat dans le LCR doit être interprété en fonction des taux sériques, car le taux de β2-microglobuline dans le LCR en valeur absolue n’a aucune valeur diagnostique. Nous avons retenu le rapport β2-microglobuline LCR / β2-microglobuline sérum pour évaluer la production intrathécale de β2-microglobuline. Le rapport β2-microglobuline LCR/β2-microglobuline sérum est en moyenne à 0,6 ± 0,19. Le seuil décisionnel a été fixé à 1. Chaque fois que le taux de la β2-microglobuline du LCR est supérieur au taux de la β2-microglobuline du sérum, une production intrathécale de β2-microglobuline peut être affirmée avec certitude.

Les taux de β2-microglobuline dans le groupe des maladies neurologiques sont présentés dans les tableaux 2 et 3( Tableau 2 )( Tableau 3 ) avec les valeurs des différents marqueurs cyto-immunologiques du LCR établies dans les 7 groupes cliniques.

1. Le groupe des lymphomes primitifs de l’encéphale et des métastases cérébrales de lymphomes systémiques (n = 10)

La réaction cellulaire est en moyenne à 34 ± 49 éléments blancs par mm3 (1 à 148/mm3). La présence de cellules lymphomateuses de type grandes cellules B est observée dans 3 LCR sur 8 analysés. La protéinorachie moyenne est à 1,6 ± 2,1 g/L. Les bandes oligoclonales d’IgG sont présentes dans un seul LCR sur les 10 analysés. La β2-microglobuline moyenne dans le LCR est à 4,3 ± 1,8 mg/L pour un taux moyen dans le sérum à 2,1 ± 0,5 mg/L. Le rapport est à 2,3 ± 1,3. La sensibilité est à 100 % ce qui en fait un bon marqueur diagnostique des lymphomes primitifs de l’encéphale et des lymphomes cérébraux secondaires.
Tableau 1 Taux moyens des marqueurs du LCR dans le groupe témoin d’âge moyen 55 ans.

Marqueurs du LCR dans le groupe des 122 patients témoins

Moyenne ± 1 ET

Valeurs usuelles

Globules blancs (106/L)

1,4 ± 0.9

< 2

Globules rouges (106/L)

53 ± 258

< 1 000

Protéines totales (g/L)

0,38 ± 0,13

< 0,50

Q albumine

0,62 ± 0,29

< 0,80

IgG (mg/L)

32 ± 15

< 40

Index IgG

0,51 ± 0,07

< 0,70

Bandes oligoclonales d’IgG

Absentes

Absentes

Index d’IgA

0,25 ± 0,05

< 0,45

Index d’IgM

0,09 ± 0,04

< 0,20

β2 m LCR (mg/L)

1,3 ± 0,5

< 1,8

β2 m sérum (mg/L)

2 ± 0,6

< 3

Rapport β2 m LCR/sérum

0,63 ± 0,19

< 1


Tableau 2 Taux moyens des marqueurs du LCR dans les 7 groupes cliniques (m ± 1 ET).

Maladies neurologiques

GB 106/L

Protéines g/L

Q alb

Index IgG

Index IgA

Index IgM

BO d’IgG présence %

Lymphomes

34 ± 49

1,6 ± 2,1

3 ± 3,8

0,7 ± 0,5

0,32 ± 0,06

0,17 ± 0,10

10

n = 10

Tumeurs du SN

5 ± 12

1,17 ± 2,7

0,6 ± 0,3

0,58 ± 0,2

0,29 ± 0,10

0,17 ± 0,23

6

n = 12

Métastases

24 ± 51

0,51 ± 0,2

1,04 ± 0,6

0,5 ± 0,05

0,26 ± 0,06

0,09 ± 0,05

0

n = 7

SNP

33 ± 53

0,76 ± 0,8

1,4 ± 1,7

0,7 ± 0,2

0,28 ± 0,04

0,09 ± 0,03

80

n = 3

SEP

10 ± 13

0,43 ± 0,2

0,7 ± 0,5

0,9 ± 0,6

0,31 ± 0,06

0,15 ± 0,23

70

n = 34

MNIC

21 ± 50

0,93 ± 1,8

1,52 ± 2,9

0,95 ± 0,6

0,36 ± 0,20

0,2 ± 0,16

54

n = 27

MNIA

176 ± 259

1,01 ± 0,6

1,93 ± 1,4

0,84 ± 0,6

0,47 ± 0,19

0,23 ± 0,14

45

n = 15


Tableau 3 Sensibilité de la β2-microglobuline dans les différentes maladies neurologiques.

Maladies neurologiques

  • β2 m LCR
  • mg/L


  • β2 m Sang
  • mg/L


Rapport R

  • Sensibilité
  • %


Lymphomes

4,3 ± 1,8

2,1 ± 0,5

2,3 ± 1,3

100

n = 10

Tumeurs primitives du SN

1,9 ± 0,6

1,5 ± 1

0,8 ± 0,7

10

n = 12

Métastases carcinomateuses

1,5 ± 0,7

2,8 ± 1,4

0,6 ± 0,2

0

n = 7

SNP

1,9, ± 1,3

2 ± 0,8

1,2 ± 0,9

80

n = 3

SEP

1,4 ± 0,7

1,8 ± 0,4

0,7 ± 0,3

14

n = 34

MNIC

2,8 ± 2,4

3,8 ± 5,7

1,1 ± 0,9

25

n = 27

MNIA

4,6 ± 3,7

1,9 ± 0,6

2,5 ± 1,8

70

n = 15

2. Le groupe des tumeurs primitives du système nerveux central (n = 12)

L’analyse cyto-immunologique du LCR se révèle peu informative. La β2-microglobuline dans le LCR et le rapport sont le plus souvent normaux. Deux gliomes de l’encéphale présentent un rapport augmenté à 2,90 et 1,14.

3. Le groupe des méningites carcinomateuses (n = 7)

Il n’est pas observé de production intrathécale de β2-microglobuline.

4. Le groupe des syndromes neurologiques paranéoplasiques (n = 3)

La réaction cellulaire moyenne est à 33 ± 53 éléments blancs par mm3 (1 à 94 /mm3). La cytologie est inflammatoire avec présence de plasmocytes sur le frottis cellulaire chez 2 patients. La protéinorachie moyenne à 0,76 ± 0,84 g/L. Les bandes oligoclonales d’IgG sont présentes dans les 3 LCR. La β2-microglobuline est nettement augmentée dans 2 des 3 LCR avec un rapport moyen à 1,2 ± 0,9.

5. Le groupe des SEP (n = 34)

La réaction cellulaire moyenne est à 10 ± 13 éléments blancs par mm3 (1 à 53/mm3). La cytologie est inflammatoire dans 21 cas sur 34 soit 62 % de positivité. La protéinorachie moyenne est à 0,43 ± 0,22 g/L (0,15 à 1,32 g/L). L’index d’IgG est augmenté dans 21/34 LCR. Il est en moyenne égal à 0,9 ± 0,6 (0,4 à 2,85). La présence de bandes oligoclonales d’IgG est observée dans 22 LCR/34 analysés. Le rapport β2-microglobuline est modérément augmenté dans 4/29 LCR soit 14 % de sensibilité.

6. Le groupe des maladies inflammatoires chroniques à expression neurologique (n = 27)

La réaction cellulaire de type lymphomonocytaire est modérément augmentée chez 13 patients. Elle est en moyenne à 21 ± 50 éléments blancs par mm3 (1 à 240/mm3). La cytologie est inflammatoire chez 6 patients/27 analysés. Les bandes oligoclonales d’IgG sont présentes chez 15/27 patients analysés permettant d’affirmer un profil inflammatoire chronique. Le rapport β2-microglobuline LCR/sérum est augmenté dans 25 % des cas. Ceci est le reflet d’une activation du système immunitaire intracrânien compatible avec une localisation intracérébrale du processus inflammatoire. Ce groupe de maladies inflammatoires chroniques de type infectieux ou autoimmun est très hétérogène. La β2-microglobuline du sérum est le plus souvent fortement augmentée avec une moyenne à 7,8 ± 11 mg/L (1,3 à 30 mg/L) ainsi que la β2-microglobuline du LCR avec une moyenne à 2,8 ± 3 mg/L (0,83 à 9,9 mg/L). Les rapports β2-microglobuline LCR/sérum sont normaux. Dans les 13 maladies autoimmunes avec suspicion d’atteinte neurologique le rapport est augmenté dans 2 cas de neuro-sarcoïdoses actives.

7. Le groupe des maladies inflammatoires aiguës (n = 15)

Le profil du LCR est de type méningite lymphocytaire aiguë ou sub-aiguë. La réaction cellulaire lymphomonocytaire est augmentée dans 14/15 LCR avec une moyenne à 176 ± 259 éléments blancs par mm3. La protéinorachie est augmentée dans 13/15 LCR avec une moyenne à 1 ± 0,6 g/L. La présence de bandes oligoclonales d’IgG est observée dans 6/15 LCR. Le rapport LCR / sérum de la β2-microglobuline est augmenté dans 10/15 LCR avec une moyenne à 2,5 ± 1,8. Ces profils de méningites lymphocytaires aiguës sont des profils lymphoprolifératifs dits bénins facilement identifiables.

Discussion

Nous avons établi les valeurs usuelles de la β2-microglobuline dans le LCR et le sérum dans un groupe contrôle de 122 patients hospitalisés en neurologie, d’âge moyen de 55 ans. Les valeurs moyennes obtenues sont respectivement à 1,3 ± 0,5 mg/L dans le LCR et 2 ± 0,6 mg/L dans le sérum. Selon les équipes, les patients témoins sélectionnés et les techniques utilisées, les taux de β2-microglobuline dans le LCR varient considérablement de 0,2 à 3,3 mg/L [10]. Ces taux n’ont pas une grande signification en valeur absolue. Il est important de calculer le rapport LCR/sang qui permet de s’affranchir des variations techniques et surtout des variations sériques qui sont âge dépendantes. Ce rapport a été proposé par Adachi en 1991 [10]. Tout rapport supérieur à 1 est considéré comme positif, reflet d’une activation intracérébrale du système immunitaire.

Les augmentations les plus significatives du rapport β2-microglobuline sont observées dans les processus lymphoprolifératifs malins, c’est-à-dire dans les lymphomes primitifs de l’encéphale et les localisations cérébrales secondaires de lymphomes non hodgkiniens systémiques. La sensibilité du rapport est de 100 % ce qui en fait un excellent test d’élimination en cas de négativité. Ce résultat est tout à fait conforme aux données de la littérature. L’augmentation de la β2-microglobuline dans le LCR est considérée comme un bon marqueur diagnostique pour détecter une infiltration cérébrale par des cellules lymphomateuses. Storti et al. [7] n’ont obtenu aucun faux positif ni aucun faux négatif sur l’analyse de 574 LCR dont 74 LCR de lymphomes et de leucémies aiguës lymphocytaires et non lymphocytaires.

Dans les syndromes neurologiques paranéoplasiques les augmentations du rapport de la β2-microglobuline sont également significatives (2/3). Les lésions cérébrales sont caractérisées par une perte neuronale, une gliose et surtout des infiltrats inflammatoires périvasculaires d’origine auto-immune. L’élément déclenchant est probablement la réponse immunitaire dirigée contre un antigène tumoral.

Dans les tumeurs du système nerveux central et dans les méningites carcinomateuses, le rapport β2-microglobuline est le plus souvent normal [8]. Dans la SEP, lors des premières poussées le rapport est modérément augmenté dans quelques cas seulement. Dans les réactions cellulaires de type lymphocytaire au cours des maladies inflammatoires auto-immunes à expression neurologique, lors d’une suspicion d’un neuro-lupus, d’une neuro-sarcoïdose ou d’un neuro-Behcet, la sensibilité du rapport est faible (2 positifs/13). Dans les processus infectieux de type méningites, méningo-encéphalites et méningo-myélites lymphocytaires, la sensibilité du rapport est de 70 %. Le taux de β2-microglobuline dans le LCR semble lié à l’importance de la réaction lymphocytaire développée lors du processus infectieux aigu.

Ces résultats confirment la grande utilité diagnostique de la β2-microglobuline dans le LCR et le sérum lors de la suspicion d’un syndrome lymphoprolifératif malin en dehors de tout processus infectieux ou auto-immun dont le diagnostic est particulièrement difficile. Le diagnostic de certitude repose sur l’examen histologique et immunohistochimique de la biopsie cérébrale obtenue par stéréotaxie ou plus rarement par chirurgie.

Une synthèse intrathécale de β2-microglobuline est facilement interprétée quand le taux de β2-microglobuline dans le LCR est supérieur au taux de β2-microglobuline dans le sérum, taux obtenus par la même technique et dans une même série d’analyses. Il est très important comme pour le bilan IgG du LCR de prélever avec la ponction lombaire un tube de sang sur tube sec pour permettre une interprétation correcte du bilan.

Références

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2 Peterlund NA, Black FT, Geil JP, Mogensen CE. Beta-2-microglobulin in cerebral spinal fluid of patients with infections of the central nervous system. Acta Neurol Scand 1989 ; 80 : 579-83.

3 Bjerrum OW, Bach FW, Zeeberg I. Increased level of cerebrospinal fluid beta 2-microglobulin is related to neurologic impairement in multiple sclerosis. Acta Neurol Scand 1988 ; 78 : 72-5.

4 Caudie C, Vergne A, Saint-Marc T, et al. Profil biologique du LCR chez 48 patients infectés par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH1 et VIH2). Rétrovirus 1990 ; 3 : 34-42.

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6 Kawai M, Hirohata S. Cerebrospinal fluid β2-microglobulin in neuro-Behcet’s syndrome. J Neurol Sci 2000 ; 179 : 132-9.

7 Storti S, Pagano L, Marra R, et al. Cerebrospinal fluid beta 2-microglobulin : a reliable index of leukaemia invasion of central nervous system. Scand J Haematol 1986 ; 37 : 301-5.

8 Twijnstra A, van Zanten AP, Nooyen WJ, et al. Cerebrospinal fluid beta 2-microglobulin : a study in controls and patients with metastatic and non-metastatic neurological diseases. Eur J Cancer Clin Oncol 1986 ; 22 : 387-91.

9 Hansen PB, Kjeldsen L, Dalhoff K, Olensen B. Cerebrospinal fluid beta 2-microglobulin in adult patients with acute leukemia or lymphoma : a useful marker in early diagnosis and monitoring of CSF involvement. Acta Neurol Scand 1992 ; 85 : 224-7.

10 Adachi N. Beta-2-microglobulin levels in the cerebrospinal fluid : their value as a disease marker. Eur Neurol 1991 ; 31 : 181-5.

11 Caudie C, Confavreux C, Quincy C. L’analyse cytologique du LCR dans la sclérose en plaques. Rev Franc Lab 1986 ; 149 : 29-33.

12 Confavreux C, Caudie C, Touraine F. Plasma cells in cerebrospinal fluid and multiple sclerosis : diagnostic yield and clinicobiological correlation. Acta Neurol Scand 1986 ; 74 : 432-8.

13 Caudie C, Allausen O, Bancel J, Later R. Apport de la focalisation isoélectrique des immunoglobulines G du liquide céphalorachidien dans le bilan précoce de la sclérose en plaques. Ann Biol Clin (Paris) 2000 ; 58 : 187-93.

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