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Détermination des citrates urinaires par une variante de la méthode de Millan


Annales de Biologie Clinique. Volume 63, Number 3, 297-303, Mai - Juin 2005, article original


Résumé   Summary  

Author(s) : H Mezzour, F Neffati, MF Najjar , Laboratoire de biochimie-toxicologie, CHU Monastir, Tunisie.

Summary : Introduction: the physiopathological interest of the determination of urinary citrate lies primarily in its relationships to the lithiasic processes. Indeed, the citrate is a powerful complexing agent of calcium able to lower urinary supersaturation of oxalate and phosphate of calcium. Objects: this study describes a revaluation of the determination of urinary citrates by the colorimetric method of Millan. Methods: the principle of the method rests on the quantification of the yellow complex formed with iron chloride III and the urinary citric acid, measurable at 390 nm in acidic medium. All the conditions were combined to optimize it, while covering a satisfying field of measurement. Results and comments: the evaluation of the modified method showed a good precision (repeatability: CV from 0,18 to 3,42%\; intraserial reproducibility: CV from 1,87 to 3,44 %\; interserial reproducibility: CV from 2,15 to 5,52%) and a very good accuracy. The field of measurement extends up to 17,0 mmol/L, with a limit of detection (L D) lowered to 0,2 mmol/L (Vs 1,48 mol/L for the original method). All analytical performances are improved by automation with a L D \= 0,09 mmol/L and a limit of linearity extended to 18 mmol/L. Conclusion: this modified, simple, fast, inexpensive and easily automatizable technique, seems to be reliable and especially more sensitive, adapting particularly to the detection of subjects suffering a deficit of citrate secretion, one of most significant inhibiting agent of lithiasis kidney formation.

Keywords : citrate, urine, determination

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ARTICLE

Auteur(s) :, H Mezzour, F Neffati, MF Najjar*

Laboratoire de biochimie-toxicologie, CHU Monastir, Tunisie

Article reçu le 6 Decembre 2004, accepté le 16 Février 2005

Les oxalates et les phosphates de calcium représentent les principaux agents retrouvés dans les lithiases rénales. En effet, même en milieu neutre, ces composés peuvent précipiter sous forme cristalline, induisant la formation de lithiases calciques aux effets néfastes tant au niveau organique que fonctionnel et indiquant souvent, au bout du compte, une extraction chirurgicale du calcul [1, 2].Le citrate est un puissant complexant du calcium capable d’abaisser la sursaturation urinaire en oxalate et en phosphate de calcium. Par ailleurs, le citrate, en limitant les interactions entre le calcium et les macromolécules urinaires, joue un rôle facilitant l’effet anti-agrégant de protéines urinaires douées de propriétés inhibitrices comme la protéine de Tamm-Horsfall [3, 4]. Une hypocitraturie inférieure à 1 mmol/L, fréquente chez les sujets lithiasiques (15 à 60 % selon les groupes étudiés), demeure dans 3 à 5 % des cas la seule anomalie biologique permettant d’expliquer le processus lithiasique [5, 6].Dans le présent travail, une réévaluation complète du dosage des citrates urinaires par la méthode colorimétrique de Millan [7] a été effectuée dans le but d’améliorer et ses performances analytiques (domaine de mesure, précision, exactitude) et sa praticabilité par l’automatisation. La validation de la méthode de dosage a été effectuée selon les recommandations de la SFBC pour la validation analytique de techniques [8]. Le principe de cette méthode repose sur la quantification, en milieu acide, du complexe jaune formé entre le chlorure de fer III et l’acide citrique urinaire, mesurable à 390 nm après précipitation des phosphates urinaires avec des sels de magnésium en milieu ammoniacal.

Matériel et méthodes

Réactifs

Le réactif précipitant [7] est composé d’une solution de chlorure de magnésium MgCl2 à 0,2 M, préparée par dissolution de 40,66 grammes de cristaux (MgCl2, 6H2O : PM = 203,3 ; Fluka AG®, Buchs, Suisse) dans de l’eau distillée en quantité suffisante (QSP) pour un volume final de 1 000 mL. Ce réactif est ajouté à l’échantillon préalablement alcalinisé par de l’ammoniaque NH4OH à 28 %, prêt à l’emploi (Biotechnica®, Tunis, Tunisie).

Le réactif complexant [7] est composé d’une solution de chlorure de fer III à 18 mmol/L, préparée par dilution de 7,13 mL d’une solution mère à 41 % de (FeCl3, 6H2O : PM = 162,2 : d = 1,45 ; Riedel-de Haën®, Seelze, Allemagne) dans une solution d’acide chlorhydrique HCl 1M QSP 1 000 mL, elle-même obtenue à partir d’une solution d’acide chlorhydrique HCl à 10 M préparée par dilution de l’acide chlorhydrique concentré à 12,6 M ; d = 1,18 (Fisher Scientific®, Leicester, Royaume-Uni) dans de l’eau distillée. À partir de cette solution, une autre solution tampon d’acide chlorhydrique HCl à 0,01 M, a été préparée et contrôlée à pH 2 avec un pH-mètre.

Une gamme d’étalonnage à 14 niveaux de concentrations d’acide citrique (0,0 ; 0,5 ; 1,0 ; 2,0 ; 3,0 ; 4,0 ; 5,0 ; 8,0 ; 10,0 ; 12,0 ; 15,0 ; 17,0 ; 20,0 et 25,0 mmol/L) a été préparée, à partir d’une solution d’acide citrique à 25 mmol/L, elle-même obtenue par dilution d’une solution mère à 100 mmol/L, préparée par dissolution de 21,014 grammes de cristaux d’acide citrique (C6H8O7, H2O : PM = 210,14 ; Fluka AG®, Buchs, Suisse) dans de l’eau distillée QSP 1 000 mL (stable à température ambiante), puis congelée à – 20 °C.

La corrélation a été effectuée par rapport à une méthode enzymatique colorimétrique [9, 10] (Citrate E-340-U, Réf. B10301 ; Sobioda, Laboratoire Bioréa®, Talant, France, commercialisée en Tunisie par Mediatec SA).

Échantillons

Un pool d’échantillons urinaires a été ensemencé avec une souche pure de Klebsiella pneumoniae, (germe métabolisant le citrate [6]), puis incubé pendant une semaine à température ambiante. Cette urine dépourvue de citrate a été centrifugée avant utilisation, puis après précipitation des phosphates, des aliquotes ont été surchargés en citrates pour avoir des concentrations finales de 0,0 ; 0,5 ; 1,0 ; 2,0 ; 3,0 ; 4,0 ; 5,0 ; 8,0 ; 10,0 ; 12,0 et 15,0 mmol/L. Ce pool a servi pour l’étude du profil de précision et de l’exactitude. Trois fractions titrant 0,5 ; 5,0 et 10,0 mmol/L en citrates, ont servi à l’évaluation de la reproductibilité intrasérielle, tandis que trois autres fractions, titrant 1,24 ; 6,20 et 12,4 mmol/L en citrates, ont servi à l’évaluation de la reproductibilité intersérielle d’une part, et ont été surchargées en phosphates au moyen d’une solution de phosphate dipotassique à 250 mmol/L (préparée par dissolution de 5,7037 grammes (K2HPO4, 3H2O : PM = 228,15 ; Fluka AG®, Buchs, Suisse) dans de l’eau distillée QSP 100 mL, pour évaluer l’influence des phosphates urinaires sur le dosage d’autre part. Les concentrations finales des urines en phosphates étaient 0,0 ; 2,5 ; 5,0 ; 10,0 ; 15,0 ; 20,0 ; 25,0 ; 30,0 ; 35,0 ; 40,0 ; 45,0 et 50,0 mmol/L. Un pool de 64 urines prélevées le même jour, avec des concentrations en citrates allant de 0,13 à 14,9 mmol/L, ont servi pour la corrélation avec la méthode enzymatique ainsi que pour la validation finale de la méthode sur automate.

Appareils de mesure

Le pH de la solution tampon a été contrôlé par un pH-mètre (Mettler-Toledo® MP220, commercialisé en Tunisie par Technolab SA). L’évaluation de la méthode de Millan a été effectuée au moyen d’un spectrophotomètre à réseau UV-Visible (Hitachi® U-2000, Tokyo, Japon). La technique modifiée a été adaptée sur un automate multiparamétrique de transfert (Thermoclinical Labsystems® : Konélab 30, Finlande commercialisé en Tunisie par Bio instruments SA).

Analyse statistique

Le test t de Student a été utilisé pour les comparaisons statistiques. Les résultats exprimés en moyenne ± un écart-type avec un seuil de significativité p < 0,05. Tous les calculs ont été effectués au moyen du logiciel Microsoft Office Excel 2003 de Microsoft® sur Windows®.

Étape préanalytique

Recueil et conservation du prélèvement

Pour éviter la consommation du citrate par suite d’une contamination bactérienne pendant la période de recueil, il est nécessaire que l’urine soit collectée sur azoture de sodium (1-2 mg) ou sur acide chlorhydrique (1 % du volume final). Si le dosage est différé de plus de 24 heures, les prélèvements doivent être conservés par congélation à – 20 °C au maximum pendant un mois. Il est important que le dosage de la citraturie soit différé d’au moins trois jours après guérison chez les patients présentant une infection connue des voies urinaires, en particulier à germes citrate (+) [6].

Préparation de l’échantillon pour le dosage

Tous les échantillons congelés sont homogénéisés et centrifugés après décongélation pour éliminer les particules solides, cristaux, cellules et agrégats protéiques non dissous dans les urines [7].

Étape analytique

Préparation de l’urine déphosphatée par précipitation des phosphates urinaires avec du MgCl2 à pH alcalin

Les phosphates se lient réversiblement aux ions ferriques en milieu acide. De ce fait, 4,0 mL d’urine sont additionnés de 100 μL de NH4OH à 28 %, suivi de 900 μL de réactif précipitant. On procède à une centrifugation à 4 000 g pendant 10 minutes, après quoi on transvase le surnageant alcalin dans un tube en polypropylène de 5 mL. On ré-acidifie par addition de 100 μL d’HCl 10 M, suivie d’une douce agitation et d’un contrôle du pH si nécessaire (pH 2) [7].

Protocole opératoire de la technique originale

À 250 μL d’urine sans phosphate, on ajoute 4,5 mL HCl 0,01 M et 250 μL de réactif complexant (la réaction est immédiate). La lecture est faite en point final après une minute à 390 nm par rapport à un étalon (10,0 mmol/L) et un blanc réactif (4,75 mL de tampon HCl 0,01 M et 250 μL de réactif complexant). Le blanc réactif et le standard subissent le même protocole que l’échantillon [7].

Protocole opératoire de la technique modifiée

À 3 mL d’urine sans phosphate, on ajoute 300 μL de réactif complexant. La lecture est faite en point final à 390 nm au bout d’une minute par rapport à des blancs échantillons, après calibrage linéaire en deux points (0,0 et 5,0 mmol/L), ou non linéaire en douze points (( figure 1 )). La coloration est stable pendant 2 heures. Le blanc échantillon comporte 3,0 mL d’urine déphosphatée et 300 μL de HCl 0,01 M). Le blanc réactif comporte 300 μL de réactif complexant et 3 mL de tampon pH 2. Le blanc réactif et le standard subissent le même protocole que l’échantillon.

Paramètres étudiés

La méthode originale de Millan ainsi que sa variante en modes manuel et automatisé, ont été évaluées à 14 niveaux de concentrations provenant de la gamme d’étalonnage et d’urines surchargées, selon les recommandations de la SFBC pour la validation analytique des techniques de dosage : la limite de linéarité (LL) correspondant au point d’inflexion de la courbe de calibration permettant de fixer la concentration maximale déterminée par le système analytique sans dilution préalable, la limite de détection (LD) du système analytique étant évaluée par la détermination de la moyenne Xm et de l’écart-type SD à partir de 10 mesures de blancs réactifs par la méthode : LD = Xm + 3 SD. La précision ainsi que la stabilité des réactifs ont été appréciées par l’évaluation de la répétabilité, des reproductibilités intra- et intersérielle au moyen d’un contrôle de qualité interne effectué sur 14 jours. L’exactitude a été évaluée par le test de dilution ainsi que par la technique des mélanges. Un seuil de 5 % a été retenu comme limite acceptable. Le rapport R = Véchantillon/Vréactif optimal a été déterminé pour une meilleure sensibilité et un large domaine de mesure. Des spectres différentiels du blanc réactif, de l’échantillon et du blanc échantillon ont été analysés pour sélectionner la longueur d’onde optimale de lecture. L’influence de la surcharge en phosphates urinaires (susceptibles de complexer le fer) a également été évaluée. Après validation de la technique modifiée, cette dernière a été adaptée sur l’automate multiparamétrique de transfert Konélab 30 et corrélée avec la méthode manuelle d’une part, et avec la méthode enzymatique d’autre part.

Résultats

Évaluation de la méthode originale de Millan

Pour l’étude de la linéarité, la précision et l’exactitude, chaque point a été testé 5 fois (n = 5). La méthode retrouvée est linéaire jusqu’à 22,5 mmol/L avec une sensibilité faible ; S1 = 0,006 A/mmol/L. L’équation de régression est de : A = 0,0066×C (mmol/L) + 0,1267 ; r = 0,9999 (A = absorbance et C = concentration en citrate en mmol/L). L’exactitude est satisfaisante seulement au-delà de 3,0 mmol/L avec une excellente corrélation (Y = 1,0092 X + 0,0051 ; r = 0,9983). La précision est satisfaisante seulement à partir de 5,0 mmol/L (( figure 2A )). La limite de détection (n = 10) calculée est de LD = 1,48 mmol/L.

Détermination du rapport R = Véchantillon/Vréactif optimal

La sensibilité du signal (S = ΔA/mmol/L) a été testée en fonction du rapport R = Véchantillon/Vréactif (( figure 3 )). L’analyse prévisionnelle suit une loi hyperbolique et montre que le rapport optimal se situe entre 22 et 30.

Analyse des spectres différentiels du blanc réactif, de l’échantillon et du blanc échantillon

La linéarité ainsi que l’intensité du signal ont été étudiées à 4 longueurs d’onde différentes (370, 380, 390 et 400 nm). La ( figure 4 ) montre une sensibilité croissante de la réaction en fonction de la longueur d’onde. Elle est maximale à 370 nm et minimale à 400 nm. Les spectres différentiels de l’échantillon et du blanc réactif ont été établis afin de sélectionner la longueur d’onde optimale de lecture. La ( figure 5 ) montre que la réaction est très sensible jusqu’à 380 nm avec un pic de sensibilité à 375 nm. Cette sensibilité chute brusquement à 385 nm pour s’annuler au-delà de 400 nm.

Au total, un protocole modifié a été adopté, ramenant le rapport R = Véchantillon/Vréactif à 10 (contre 0,05 pour la méthode originale) pour une sensibilité et une linéarité optimales, avec une mesure faite en point final à 390 nm en mode manuel et à 380 nm sur l’automate Konélab 30 (seul filtre disponible).

Évaluation et validation de la méthode modifiée

Domaine de mesure : la réaction est linéaire au 1er degré (type y = ax+b) jusqu’à 6,0 mmol/L, et suit une régression de second degré (type y = ax2+bx+c) jusqu’à 17 mmol/L (( figure 1 )).

Sensibilité et limite de détection (n = 10) : la sensibilité de la méthode modifiée est au moins 13 fois supérieure à la méthode originale et a pour valeur : S2 = 0,0786 A/mmol/L. Quant à la limite de détection, elle est de loin meilleure (LD = 0,2 mmol/L) que celle de la méthode originale (1,48 mmol/L).

La répétabilité varie de 0,05 à 3,42 % à 11 niveaux de concentration allant de 0,5 mmol/L à 17 mmol/L, selon le calibrage de second degré. Chaque échantillon a été dosé 5 fois.

Le profil de précision (n = 60) est très satisfaisant sur tout le domaine de mesure avec un coefficient de variation maximum égal à 2,87 % pour une concentration de 0,5 mmol/L (( figure 2B )). En prenant un CV % à 5 % comme référence, le domaine d’utilisation pratique alliant précision et linéarité serait de 0,3 à 17 mmol/L.

La reproductibilité intrasérie est effectuée sur 14 échantillons d’urines surchargées en citrates, à trois niveaux de concentration (0,50 ; 5,00 ; 10,00 mmol/L) (tableau 1( Tableau 1 )). La reproductibilité intrasérie est très satisfaisante et reste en deçà de 4,00 %, l’exactitude l’est aussi de même. La reproductibilité intersérie est effectuée à trois niveaux de concentrations (1,24 ; 6,20 et 12,40 mmol/L) sur trois échantillons d’urines aliquotés et congelés à – 20 °C. La décongélation est faite à température ambiante au moment du dosage (tableau 1). La reproductibilité intersérie est excellente et demeure sous 5,60 % pour les trois niveaux de concentrations testés.

L’exactitude par le test de dilution (n = 60) est très satisfaisante sur tout le domaine de mesure avec une droite de régression d’équation : y = 1,0268 x + 0,0395 ; r = 0,9997
Tableau 1 Reproductibilité intra- et intersérie.

Reproductibilité intrasérie

Reproductibilité intersérie

Concentrations cibles (mmol/L)

0,50

5,00

10,00

1,24

6,20

12,40

Moyenne (mmol/L) (n = 14)

0,52

5,02

10,09

1,25

6,25

12,45

Écart-type (mmol/L) (n = 14)

0,02

0,10

0,19

0,07

0,13

0,29

Coefficient de variation (%)

4,00

1,99

1,88

5,60

2,08

2,33

Coefficient d’exactitude (%)

3,84

0,39

0,89

0,80

0,80

0,40

Analyse de l’interférence des phosphates sur la détermination de la citraturie sur la méthode modifiée

L’interférence des phosphates sur la détermination de la citraturie (n = 60) par la méthode modifiée a été étudiée, en surchargeant des urines par des concentrations croissantes de phosphates de potassium. La méthode s’est révélée parfaitement insensible jusqu’à des taux de surcharge en phosphates de 50 mmol/L, et ce à trois niveaux de concentrations en citrates (C1 = 1,24 mmol/L ; C2 = 6,20 mmol/L ; C3 = 12,4 mmol/L). L’interférence des phosphates est non significative pour un risque de 5 % (0,148 ≤ p ≤ 0,980 ; test de Student.).

Adaptation sur automate multiparamétrique de transfert Konélab 30 et corrélation avec la méthode manuelle

La réaction étant linéaire jusqu’à 6,0 mmol/L, nous avons opté pour un calibrage linéaire en double point avec un étalon primaire titré à 5,0 mmol/L d’acide citrique contre de l’eau bidistillée et une lecture en point final à 380 nm (la réaction étant très peu sensible à 405 nm).

La corrélation entre les citraturies en manuel et les valeurs mesurées sur Konélab 30 est excellente (y = 0,7135 x – 0,0033 ; r = 0,9999) avec un profil de précision très satisfaisant sur tout le domaine de mesure (( figure 2C )) et surtout une limite de détection améliorée (LD = 0,09 mmol/L). Le domaine d’utilisation sur l’automate s’étale donc de 0,12 à 18 mmol/L avec une limite de CV % à 5 % et avec une post-dilution au tiers. Nous avons noté une pente plus basse pour les valeurs sur automate, nécessitant un facteur de correction égal à 1,4015. Ce facteur de correction trouve son explication par deux faits : d’une part, l’étalon d’acide citrique utilisé sur l’automate n’a pas subi les mêmes étapes de déphosphatation que les échantillons dosés en mode manuel, ce qui d’emblée impose une majoration du résultat d’un facteur F1 = 1,275 ; d’autre part, le paramétrage comprend une lecture d’un blanc-échantillon d’une urine déphosphatée mais pure, c’est-à-dire sans addition du tampon pH 2 au lieu du réactif (nous avons opté pour cette méthodologie pour améliorer la reproductibilité intrasérie, en diminuant les étapes analytiques), ce qui nous amène à une seconde majoration du signal d’un facteur F2 = 1,1.

Au total, le facteur de correction total F s’exprime comme suit : F = F1 × F2 = 1,275 × 1,1 = 1,4025

Ce facteur final correspond quasi exactement à la correction nécessaire (F = 1,4015) au redressement de la pente de la courbe d’étalonnage sur le Konélab 30 pour un rendu exact des résultats. La corrélation effectuée sur 64 urines prélevées le jour même a donné une droite de régression ayant pour équation : y = 1,0132 x + 0,0422 ; r = 0,9999

Corrélation entre la méthode de Millan modifiée et la méthode enzymatique

La méthode enzymatique repose sur la conversion, à pH 8,2 en présence de Zn2+, du citrate en oxaloacétate et acétate par la citrate-lyase (E.C.4.1.3.6) [9, 10]. En présence de malate et de lactatedéshydrogénase, ainsi que de NADH,H+, l’oxaloacétate et son produit de décarboxylation, le pyruvate, sont réduits respectivement en L-malate et L-lactate avec oxydation du NADH,H+ dont la disparition est suivie à 340 nm. La corrélation entre les deux méthodes (n = 64) sur une échelle de concentration allant de 0,13 à 14,9 mmol/L est excellente avec une droite de régression ayant pour équation :

y = 0,9956 x + 0,1336 ; r = 0,9962

Discussion

L’acide citrique est le principal acide carboxylique de l’urine humaine. Porteur de trois acidités, il est capable de complexer le calcium urinaire et d’abaisser la sursaturation en oxalate et en phosphates de calcium de l’urine. En outre, il possède une activité inhibitrice vis-à-vis de la croissance et de l’agrégation des cristaux d’oxalates de calcium et de phosphates calciques [11].

Le dosage des citrates dans les urines peut être réalisé à l’aide de différentes techniques [6, 12]. La méthode de dosage la plus répandue repose sur la réaction enzymatique utilisant la citrate lyase [9, 10]. D’autres méthodes d’apparition plus récentes, la chromatographie ionique et l’électrophorèse capillaire [4, 6, 12], sont utilisées dans des laboratoires spécialisés. En 1987, Millan et al. [7] ont présenté une technique colorimétrique en point final à 390 nm, très simple pour la quantification des citrates dans les urines. L’évaluation de cette technique a permis de montrer que, en plus d’être peu sensible, cette technique est peu précise dans les concentrations physiologiques (citraturie normale : 1,5 - 6,0 mmol/24 h), rendant son intérêt limité surtout dans le diagnostic des sujets faiblement citrate-sécréteurs [5, 13].

La réévaluation de cette technique a porté sur deux aspects essentiels : d’abord, l’étude de la sensibilité du signal S = ΔA/mmol/L en fonction du rapport R = Véchantillon/Vréactif, et ensuite la sélection de la longueur d’onde pour une fiabilité optimale. L’étude de la réaction en mode manuel montre qu’elle est linéaire au 1er degré jusqu’à 6,0 mmol/L, et qu’elle suit une régression de second degré jusqu’à 17 mmol/L (( figure 1 )). Ce résultat permet ainsi à tout laboratoire disposant d’un spectrophotomètre incapable d’intégrer une régression de second degré d’effectuer un calibrage de premier degré jusqu’à une limite maximale de 6,0 mmol/L, après quoi une seconde dilution s’impose pour des concentrations plus élevées. En outre, ce protocole demeure pertinent d’une part, pour des spectrophotomètres peu performants avec une limite d’absorbance n’excédant guère 1,2 A et, d’autre part, à cause de la possible perte de sensibilité pour des concentrations au-delà de 10 mmol/L (début d’incurvation de la courbe). Par ailleurs, ce protocole devient souhaitable si la réaction est automatisée, les opérations de distributions et de post-dilutions s’en trouvant facilitées.

Si le Konélab 30 présente un avantage certain quant à l’automatisation et la précision des étapes analytiques (distribution, lecture automatique du blanc échantillon…), son principal inconvénient est de ne présenter que deux filtres optiques, l’un à 380 nm et l’autre à 405 nm. De ce fait, le choix de la longueur d’onde de 380 nm a été surtout guidé par des contraintes matérielles pour la méthode automatisée (seul filtre disponible sur l’analyseur Konélab 30), la longueur d’onde de 390 nm (recommandée par Millan et al. [7]) en méthode manuelle a surtout été employée pour s’éloigner le plus possible du spectre du proche ultraviolet (commençant à 370 nm), source de nombreuses interférences.

En plus d’augmenter sa fiabilité, la réévaluation de cette technique a permis d’améliorer sa détectabilité ainsi que ses différentes performances, surtout avec l’introduction de l’automatisation. En effet, cette technique modifiée, simple, rapide, peu coûteuse et aisément automatisable, est fiable et surtout plus sensible, s’adaptant particulièrement à la détection des sujets souffrant d’un déficit sécrétoire en citrate [5, 13].

Compte tenu des seuils de décisions diagnostiques respectifs, le domaine de mesure est satisfaisant et reste plus étendu que ceux de la méthode enzymatique [9, 10] (0,1 – 10,0 mmol/L) ainsi que la chromatographie ionique [4-12] (0,01 – 5,0 mmol/L), avec un profil de précision amélioré par rapport à la méthode originale (( figure 2 )).

Le point fort de cette adaptation reste une bien meilleure détectabilité (LD = 0,09 mmol/L Vs LD = 1,46 mmol/L pour la méthode originale) qui reste comparable à la méthode enzymatique [9, 10] (LD = 0,05 mmol/L) et à la chromatographie ionique [4, 12] (LD = 0,01 mmol/L), offrant une meilleure possibilité de dépistage des hypocitraturies [5, 13] à moindre coût.

Par ailleurs, la méthode modifiée est fiable, reproductible et exacte par le test de dilution. Toutes ces performances sont améliorées par l’automatisation avec un domaine de mesure s’étalant de 0,12 à 18 mmol/L sur l’automate multiparamétrique Konélab 30, avec une meilleure précision et une bonne corrélation avec la méthode manuelle modifiée.

La méthode s’est révélée insensible aux hyperphosphaturies jusqu’à des taux de surcharge en phosphates de 50 mmol/L, et ce à trois niveaux de concentrations (C1 = 1,24 mmol/L ; C2 = 6,20 mmol/L ; C3 = 12,4 mmol/L).

Enfin, l’excellente corrélation avec la technique enzymatique [9, 10] Bioréa®, moins aisée à manier, permet de conforter cette méthode réévaluée de Millan en première place pour le dosage des citrates dans les urines en routine dans notre laboratoire.

Conclusion

Cette méthode de Millan modifiée, rapide, plus facile d’emploi et automatisable, est une méthode fiable, suffisamment précise et exacte dans un domaine de linéarité permettant de répondre à toutes les prescriptions de ce dosage. Elle constitue en outre une excellente alternative à faible coût pour le dosage de la citraturie en cas d’absence du kit enzymatique ou de chromatographie ionique ou encore d’électrophorèse capillaire, avec une excellente fiabilité, même en cas d’hyperphosphaturie.

Références

1 Adler S. Urinary excretion of citrate. Influence of metabolism and acid-base conditions. In : Schwille PO, Smith LH, Robertson WG, Vahlensieck W, eds. Urolithiasis and related clinical research. New-York : Plenum Press, 1985 : 173-80.

2 Rudman D, Kutner MH, Redd SC, Waters WC, Gerron GG, Bleier J. Hypocitraturia in calcium nephrolithiasis. J Clin Endocrinol Metab 1982 ; 55 : 1052-7.

3 Pak CYC. Citrate and renal calculi : new insights and future directions. Am J Kidney Dis 1991 ; 17 : 420-5.

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