ARTICLE
Auteur(s) : V. Cattoir
Laboratoire de bactériologie-virologie, Faculté de médecine de
Rennes Vincent.
Cattoir@chu-rennes.fr
Article reçu le 5 mars 2004, accepté le 27 avril
2004
Conséquence de leur multiplication très lente, les mycobactéries
posent le réel problème du délai de rendu des résultats au
clinicien. En effet, même si l’examen direct peut être contributif,
la culture qui nécessite plusieurs semaines reste la méthode de
référence dans le diagnostic de tuberculose et des mycobactérioses
humaines. En parallèle, les techniques moléculaires permettent un
gain de temps précieux dans la prise en charge de la maladie,
notamment avec les méthodes d’amplification génique, applicables
directement aux échantillons cliniques. À côté de ces techniques
développées pour les espèces du complexe tuberculosis, les
méthodes d’identification et de génotypage de la résistance à
partir de cultures seront abordées dans cette revue en tenant
compte des avantages et inconvénients de chacune, notamment en
terme de rapidité, fiabilité, applicabilité et coût.
Généralités sur les mycobactéries
Une taxonomie en constante évolution
Le genre Mycobacterium est le seul représentant de la
famille des Mycobacteriaceae de l’ordre des
Actinomycetales. Il comprend des bactéries dont le génome a
une teneur élevée en G et C (de 55 à 70 %) et dont la paroi
contient des acides mycoliques, absents du règne bactérien à
l’exception de quelques genres voisins (Corynebacterium,
Nocardia, Rhodococcus, Tsukamurella,
Dietzia et Gordonia). Depuis l’avènement des
techniques d’identification moléculaire, le genre
Mycobacterium a connu une très grande évolution [1] et
comprend à ce jour 97 espèces différentes regroupées dans le
tableau I.
Tableau I. Liste des espèces et
sous-espèces du genre Mycobacterium.
|
No |
Espèce |
Année* |
No |
Espèce |
Année* |
No |
Espèce |
Année* |
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
20
21
22
23
24
25
26
27
28
29 |
M. abscessus
M. africanum
M. agri
M. aichiense
M. alvei
M. asiaticum
M. aurum
M. austroafricanum
M. avium
subsp. avium
subsp. paratuberculosis
subsp. silvaticum
M. bohemicum
M. botniense
M. bovis
subsp. bovis
subsp. caprae
M. branderi
M. brumae
M. celatum
M. chelonae
subsp. abscessus
subsp. chelonae
M. chitae
M. chlorophenolicum
M. chubuense
M. confluentis
M. conspicuum
M. cookii
M. diernhoferi
M. doricum
M. duvalii
M. elephantis
M. fallax
M. farcinogenes
M. flavescens |
1992 (1953)
1980 (1969)
1981 (1972)
1981 (1973)
1992
1980 (1971)
1980 (1966)
1983
1980 (1901)
1990
1990
1990
1998
2000
1980 (1907)
2002 (1970)
2002 (1999)
1995
1993
1993
1980 (1923)
1992 (1953)
1980 (1972)
1980 (1967)
1994 (1986)
1981 (1973)
1992
1996 (1995)
1990
1983 (1965)
2001
1980 (1971)
2000
1983
1980 (1973)
1980 (1962) |
30
31
32
33
34
35
36
37
38
39
40
41
42
43
44
45
46
47
48
49
50
51
52
53
54
55
56
57
58
59
60
61
62
63 |
M. fortuitum
subsp. acetamidolyticum
subsp. fortuitum
M. frederiksbergense
M. gadium
M. gastri
M. genavense
M. gilvum
M. goodii
M. gordonae
M. haemophilum
M. hassiacum
M. heckeshornense
M. heidelbergense
M. hiberniae
M. hodleri
M. holsaticum
M. immunogenum
M. interjectum
M. intermedium
M. intracellulare
M. kansasii
M. komossense
M. kubicae
M. lacus
M. lentiflavum
M. leprae
M. lepaemurium
M. madagascariense
M. mageritense
M. malmoense
M. marinum
M. microti
M. montefiorense
M. moriokaense
M. mucogenicum |
1980 (1938)
1986
1990 (1938)
2001
1980 (1974)
1980 (1966)
1993
1980 (1971)
1999
1980 (1962)
1980 (1978)
1997
2001 (2000)
1998 (1997)
1993
1996
2002
2001
1995 (1993)
1993
1980 (1949)
1980 (1955)
1980 (1979)
2000
2002
1996
1980 (1880)
1980 (1912)
1992
1997
1980 (1977)
1980 (1926)
1980 (1957)
2003
1986
1995 |
64
65
66
67
68
69
70
71
72
73
74
75
76
77
78
79
80
81
82
83
84
85
86
87
88
89
90
91
92
93
94
95
96
97 |
M. murale
M. neoaurum
M. nonchromogenicum
M. novocastrense
M. obuense
M. palustre
M. parafortuitum
M. peregrinum
M. phlei
M. porcinum
M. poriferae
M. pulveris
M. rhodesiae
M. scrofulaceum
M. senegalense
M. septicum
M. shimoidei
M. shottsii
M. simiae
M. smegmatis
M. sphagni
M. szulgai
M. terrae
M. thermoresistibile
M. tokaiense
M. triplex
M. triviale
M. tuberculosis
M. tusciae
M. ulcerans
M. vaccae
M. vanbaalenii
M. wolinskyi
M. xenopi |
1999
1980 (1972)
1980 (1965)
1997
1981 (1971)
2002
1984 (1965)
1992 (1962)
1980 (1899)
1983
1987
1983
1981 (1971)
1980 (1956)
1980 (1973)
2000
1982 (1975)
2003{qa 1980 (1965)
1980 (1889)
1980
1980 (1972)
1980 (1966)
1980 (1966)
1981 (1973)
1997 (1996)
1980 (1970)
1980 (1883)
1999
1980 (1950)
1980 (1964)
2002
1999
1980 (1959) |
D’après LBSN List of bacterial names with standing in
nomenclature (www.bacterio.cict.fr/index.html) et DSMZ
Deutsche Sammlung von Mikroorganismen und Zellkulturen GmbH
(www.dsmz.de/species/bacteria.htm).
* Année de classification et de 1re description
entre parenthèses. Les espèces les plus fréquemment retrouvées en
médecine humaine sont indiquées en gras.
Un groupe bactérien atypique
Les mycobactéries sont des bacilles aérobies stricts, immobiles,
asporulés et acapsulés. La présence d’acides mycoliques pariétaux
est responsable d’une propriété tinctoriale particulière : ce
sont des bacilles acido-alcoolo-résistants (BAAR). Pour les
colorer, il faut donc utiliser la technique de Ziehl-Neelsen ou la
coloration à l’auramine. La croissance in vitro des
mycobactéries est souvent très lente (de 1 à 8 semaines) et
s’obtient classiquement sur des milieux spécifiques comme ceux de
Löwenstein-Jensen et de Coletsos. Les milieux de culture liquides
réduisent significativement le délai de croissance. Certains,
développés depuis quelques années, ont l’avantage d’être utilisés
dans des automates [2].
Tuberculose et mycobactérioses humaines
En bactériologie médicale, on distingue classiquement trois
groupes de mycobactéries :
– les espèces du complexe tuberculosis, responsables
de la tuberculose ;
– les mycobactéries atypiques ou non tuberculeuses,
responsables des mycobactérioses humaines ;
– Mycobacterium leprae ou bacille de Hansen, agent de
la lèpre, qui ne sera pas abordé ici.
La tuberculose est une infection due le plus souvent à M.
tuberculosis, le bacille de Koch (BK), et plus rarement à
Mycobacterium bovis (agent de la tuberculose des bovins) ou
à Mycobacterium africanum. Dans le monde, la tuberculose est
responsable de plus de 2 millions de décès par an et son
incidence annuelle est de 8 à 9 millions de nouveaux cas. En
2001, 6 465 cas de tuberculose ont été déclarés en France
avec un taux de mortalité d’environ 10 % [3]. En raison de la
fréquence de l’atteinte respiratoire, on distingue la forme
pulmonaire représentant 75 à 80 % des tuberculoses en France
et les tuberculoses extra-pulmonaires comprenant notamment les
formes miliaires, ganglionnaires, osseuses et la méningite
tuberculeuse. À noter qu’il existe une quatrième espèce du complexe
tuberculosis, responsable de la tuberculose des rongeurs et
exceptionnellement décrite chez l’homme : Mycobacterium
microti. Enfin, la souche de virulence atténuée BCG ou Bilié de
Calmette et Guérin est à différencier de M. bovis.
Les mycobactérioses humaines sont les infections dues aux
mycobactéries qui n’appartiennent ni au complexe
tuberculosis, ni à l’espèce M. leprae. Ces bactéries
sont pour la plupart environnementales et se comportent en
pathogènes opportunistes. Elles infectent le plus souvent des
patients fragilisés (immunodépression, traumatisme, intervention
chirurgicale) ou présentant une pathologie respiratoire chronique
(mucoviscidose, dilatation des bronches). Elles peuvent être à
l’origine d’adénites, de pneumopathies, d’ostéo-arthrites ou
d’infections cutanées ainsi que d’infections disséminées (tableau II) [2, 4].
Tableau II. Manifestations
cliniques des principales mycobactérioses humaines [2, 4].
|
Espèce |
Infection |
|
Pulmonaire |
Ganglionnaireb |
Cutanée
Sous-cutanée |
Ostéo-articulaire |
Post-traumatique
Post-chirurgicale |
Disséminéec |
| Espèces le plus fréquemment rencontrées en
médecine |
MACa |
+ + + |
+ + |
|
|
|
+ + + |
|
M. abscessus |
+ |
|
+ |
|
+ |
|
|
M. chelonae |
|
|
+ + |
|
+ |
|
|
M. fortuitum groupd |
+ |
|
+ |
+ |
+ |
|
|
M. haemophilum |
|
+ |
+ + + |
+ |
|
|
|
M. kansasii |
+ + + |
+ |
|
|
|
+ |
|
M. malmoense |
+ |
+ |
|
|
|
|
|
M. marinum |
|
|
+ + + |
+ |
|
|
|
M. simiae |
+ |
|
|
+ |
|
+ |
|
M. szulgai |
+ + |
+ |
+ |
+ |
|
|
|
M. ulcerans |
|
|
+ + + |
|
|
|
|
M. xenopi |
+ + + |
|
|
|
|
|
| Espèces rarement retrouvées ou rarement
responsables d’infections humaines |
M. mucogenicum |
|
|
|
|
+ |
|
|
M. genavense |
|
|
|
|
|
+ |
|
M. asiaticum |
+ |
|
|
|
|
|
|
M. gordonae |
|
|
+ |
|
|
|
|
M. scrofulaceum |
|
+ + |
|
|
|
+ |
|
M. shimoidei |
+ |
|
|
+ |
|
+ |
|
M. smegmatis |
+ |
|
|
|
+ |
|
|
M. terrae complexe |
|
|
|
|
+ |
|
Espèces non pathogènes : M. flavescens, M.
vaccae, M. aurum, M. phlei, M. neoaurum,
M. branderi, M. celatum, M. intermedium, M.
conspicuum, M. interjectum, M. gastri, M.
lentiflavum, M. triplex
a MAC : M. avium complex ;
b Lymphadénite souvent rencontrée chez
l’enfant ; c Infection disséminée retrouvée
chez le patient immunodéprimé (sida) ; d M.
fortuitum group : ce groupe comprend M. fortuitum
et M. peregrinum ; e M. terrae
complex : ce complexe comprend 3 espèces : M.
terrae, M. triviale et M. nonchromogenicum.
Diagnostic et traitements
Actuellement, le diagnostic microbiologique de la tuberculose et
des mycobactérioses repose toujours sur l’examen direct et la
culture mais connaît une évolution importante grâce au
développement de nouvelles techniques moléculaires, directement
applicables aux échantillons cliniques, notamment respiratoires
[5]. En effet, différents kits commerciaux permettent ainsi une
identification moléculaire des espèces du complexe
tuberculosis. Leur principe repose sur l’amplification de
l’ADN ou de l’ARN mycobactérien mais l’interprétation doit rester
prudente du fait des limites actuelles de ces méthodes (extraction
de l’ADN, présence d’inhibiteurs, risque de contamination) et doit
toujours être faite avec les données clinico-radiologiques et
biologiques (référentiel en microbiologie médicale 2004 :
145-8). Ces techniques permettent un diagnostic très rapide avec
une bonne spécificité (allant de 96 % à 100 %) mais leur
sensibilité est très variable : elle passe de 98-100 % à
seulement 27-75 % selon que l’examen microscopique est positif
ou négatif [6].
Le traitement de la tuberculose fait appel à quatre antibiotiques
classiques : la rifampicine, l’isoniazide, le pyrazinamide et
l’éthambutol. Cependant, certaines souches résistantes à un ou
plusieurs antituberculeux, imposent le recours à des antibiotiques
dits de seconde ligne, comme les fluoroquinolones ou les
aminosides. La résistance est dite primaire si la souche est isolée
chez un patient qui n’a jamais été traité ou traité moins de
4 semaines. Elle est dite secondaire ou acquise s’il y a eu
traitement pendant plus de 4 semaines. Entre 1995 et 1999, en
France, le taux de résistance primaire à l’un des antituberculeux
majeurs était de 9 % (valeur médiane mondiale de 10 %)
tandis que la prévalence de la résistance acquise était de
20 % (valeur médiane mondiale de 30 %). Enfin, les
souches sont dites multirésistantes (MDR pour multi-drug
resistant) lorsqu’elles sont au moins résistantes à la
rifampicine et l’isoniazide. Un document intéressant sur la prise
en charge de la tuberculose à bacilles résistants est accessible en
ligne sur le site internet de l’OMS
http ://whqlibdoc.who.int/hq/1997/WHO_TB_96.210_(Rev.1).pdf. À
noter qu’en France, la fréquence de souches de BK MDR dans les
nouveaux cas de tuberculose est faible, de l’ordre de 0,6 %
(médiane mondiale, 1 %) et son évolution est stable depuis une
décennie [7].
Identification des mycobactéries
Orientation phénotypique
Les caractères culturaux en milieu solide permettent d’orienter
le choix des tests d’identification les plus appropriés. L’aspect
macroscopique des colonies (morphologie et pigmentation) ainsi que
le délai de culture peuvent être très évocateurs de certaines
espèces. Ainsi, les colonies de M. tuberculosis apparaissent
en 15 à 21 jours sur milieu de Löwenstein-Jensen, et sont
élevées, épaisses, irrégulières, rugueuses, « en
chou-fleur » (aspect eugonique) de couleur crème à beige
chamois. Parmi les mycobactéries atypiques, on distingue les
espèces scotochromogènes (pigmentées en l’absence de lumière),
photochromogènes (pigmentées en présence de lumière), non
chromogènes (non pigmentées) et les mycobactéries à croissance
rapide (RGM pour rapid growth mycobacteria).
L’aspect microscopique après coloration de Ziehl-Neelsen permet
d’apprécier la forme, la coloration et le regroupement des
bacilles. Par exemple, les bacilles de Koch sont bien colorés,
petits, incurvés, en amas denses ou en « cordes » bien
visibles en milieu liquide. Pour les autres espèces courantes,
certains caractères microscopiques sont aussi très
informatifs : les bacilles de M. xenopi sont longs et
effilés, ceux de M. kansasii sont longs, larges et tigrés
(« en échelle ») et ceux de M. avium sont courts
et groupés en amas réguliers.
Selon ces caractères d’orientation, différents tests biochimiques
peuvent être mis en œuvre pour obtenir un diagnostic [2]. Une autre
approche phénotypique est représentée par l’analyse des acides
mycoliques de la paroi par des techniques chromatographiques en
phase gazeuse ou liquide. C’est un bon outil d’identification des
mycobactéries, fournissant un résultat définitif en quelques
heures. Cependant, l’équipement nécessaire est coûteux et la mise
au point délicate [8].
Identification moléculaire
Les mycobactéries les plus courantes (notamment pour le BK) sont
traditionnellement identifiées par des techniques phénotypiques.
Cependant, l’identification moléculaire devient de plus en plus
indispensable [9]. En effet, les tests biochimiques sont lents et
leurs résultats sont souvent ambigus. De plus, la description de
plus en plus fine des espèces et la fréquence d’isolement d’espèces
environnementales imposent aux laboratoires des méthodes génétiques
d’identification. Celles-ci peuvent être mises en œuvre à partir de
cultures en milieu solide ou liquide et donnent des résultats
rapides et fiables. Cependant, la notion de rapidité
d’identification doit être nuancée par le fait que les analyses
sont effectuées après culture et qu’elles sont souvent regroupées
selon l’organisation du laboratoire (utilisation du séquenceur, par
exemple). Tous ces diagnostics s’appuient sur une étape
d’amplification génique. Actuellement, on dispose en France de
trois kits commerciaux [6, 9] :
– AccuprobeND (Gen-Probe) est une technique TMA
(transcription mediated amplification) qui repose sur
l’amplification de l’ARN ribosomal 16S suivie d’une détection par
chimiluminescence. Elle permet le diagnostic différentiel entre le
complexe tuberculosis et les mycobactéries atypiques les
plus fréquemment rencontrées en médecine (MAC, M. kansasii,
M. gordonae). Spécifique et très rapide (environ
2 heures), elle permet de porter un diagnostic précoce
d’infection à mycobactéries du complexe tuberculosis ;
– les techniques Inno LiPAND Mycobacteria
(Innogenetics) et Genotype MycobacteriaND (Hain
Diagnostika) reposent sur le principe de SSO (single strand
oligonucleotide reverse). Des sondes spécifiques de chaque
espèce sont immobilisées sur une bandelette et une réaction
d’hybridation se fait après amplification de la région intergénique
16S-23S. Seize espèces ou groupes d’espèces sont actuellement
identifiés : MCT, M. avium, M. intracellulare,
M. kansasii, M. gordonae, M. scrofulaceum,
M. xenopi, M. chelonae, M. fortuitum, M.
malmoense, M. marinum/M. ulcerans, M.
haemophilum, M. simiae, M. smegmatis, M.
genavense, M. celatum. La sensibilité et la spécificité
sont identiques à celles de la technique AccuprobeND. Si
le nombre d’espèces identifiées est plus important, le temps de
réalisation est plus long (6 heures) et son coût élevé.
À côté de ces techniques commercialisées, il existe des méthodes
moléculaires d’amplification par PCR suivie d’une restriction
enzymatique (PCR amplification restriction analysis) ou d’un
séquençage [6, 9]. Elles consistent en l’amplification d’un gène
cible (tableau III) puis l’analyse de
l’amplicon par digestion et électrophorèse ou séquençage. Le
séquençage du gène rrs, encodant l’ARN 16S, constitue une
méthode universelle d’identification moléculaire des bactéries
[10]. À noter que le séquençage des 500 premières bases du
gène rrs suffit au diagnostic d’espèce car cette courte
séquence génomique contient les deux régions hypervariables de
l’ARN 16S [10]. Dans le genre Mycobacterium, il permet
d’identifier la plupart des espèces mais ne permet pas de
différencier certaines espèces comme celles du complexe
tuberculosis ou M. kansasii et M. gastri
(figure 1). Le
séquençage du gène rpoB présente l’intérêt supplémentaire de
distinguer M. kansasii de M. gastri [11]. D’autres
régions génomiques peuvent être utilisées, comme la séquence
rrs-rrl (espace intergénique 16S-23S) [12], le gène
gyrB [13] ou le gène hsp65 d’une protéine du choc
thermique de 65 kDa [14] (tableau
III).
Tableau III. Liste des gènes
cibles pour l’identification des mycobactéries par PCR-séquençage
[10-14].
| Gène |
Taille du
gène
Position/Sensa |
Produit du
gène
Taille de la protéineb |
|
Avantages/inconvénientsc |
|
rrs |
1537 bp
1471846 → 1473382 (+) |
ARN ribosomal
16S |
|
Identification
de toutes les espèces
Pas de différenciation entre les espèces du CT,
M. kansasii/M.gastri, M. ulcerans/M.
marinum,
M. chelonae/M. ulcerans
Banques de données les plus fournies |
|
rpoB |
3516 bp
759807 → 763322 (+) |
Sous-unité β de
l’ARN polymérase
1172 AA |
|
Identification
de toutes les espèces
Pas de différenciation entre les espèces du CT
et M. ulcerans/M. marinum
Mise en évidence simultanée des mutations responsables
de résistance à la rifampicine
Banques de données bien fournies |
|
gyrB |
2142 bp
5123 → 7264 (+) |
Sous-unité GyrB
de l’ADN gyrase
714 AA |
|
Identification
de la plupart des espèces
Identification des espèces au sein du complexe
tuberculosis
Banques de données bien fournies |
| ITS
16S-23S |
|
Région
intergénique entre les gènes
codant les ARNr 16S et 23S |
|
Identification
de toutes les espèces
Mêmes limites qu’avec rrs
(mais distinction entre M. kansasii/M.gastri)
Banques de données assez bien fournies |
|
groEL2 |
1620 bp
528608 → 530227 (+) |
Protéine de choc
thermique de 65 kDa
540 AA |
|
Identification
de toutes les espèces notamment les RGM
Distinction entre M. abscessus/M. chelonae
Banques de données bien fournies |
|
sodA |
621 bp
4320704 → 4321324 (+) |
Superoxyde
dismutase
207 AA |
|
Identification
de la plupart des espèces
Banques de données assez bien fournies |
|
recA |
2370 bp
3049055 → 3051424 (–) |
Recombinase
A
790 AA |
 |
Identification de la plupart des espèces
Absence de banques de données sur internet
(banques personnelles uniquement) |
rpoV
(= sigA) |
1584 bp
3017835 → 3019418 (+) |
Facteur ς de
l’ARN polymérase
528 AA |
| dnaJ
(= dnaJ1) |
1185 bp
422452 → 423636 (+) |
Protéine
chaperonne
395 AA |
|
fbpA |
1014 bp
4265645 → 4266658 (–) |
Protéine de
32 kDa
(= antigène 85A)
338 AA |
a, b La taille, la position, le sens des gènes et
la taille des protéines sont ceux décrits pour la souche de M.
tuberculosis H37Rv. c Complexe
tuberculosis
(http ://genolist.pasteur.fr/TubercuList/index.html).
La principale limite des techniques fondées sur l’analyse des
séquences cibles rrs, rpoB, ITS 16S-23S ou
hsp65 est l’absence de différenciation des espèces du
complexe tuberculosis. Leurs séquences génomiques sont en
effet identiques à 99,99 %. Seule la séquence du gène
gyrB présente quatre sites de polymorphisme naturel
permettant la différenciation des espèces tuberculeuses [13]. Pour
détecter ces différences, deux techniques peuvent être
utilisées : 1) l’amplification/hybridation sur bandelette,
commercialisée sous le nom de Genotype MTBCND (Hain
Diagnostika) ; 2) le séquençage de gyrB, moins coûteux
mais qui nécessite l’accès à un séquenceur [13, 15]. À noter que la
différenciation entre M. bovis et le BCG n’est pas possible
par cette approche moléculaire.
La technique de PCR-séquençage est devenue la méthode la plus
fiable pour l’identification des mycobactéries grâce aux banques de
données de plus en plus riches en séquences bactériennes (par
exemple RIDOM, http ://www.ridom-rdna.de/ et BIBI,
http ://pbil.univ-lyon1.fr/bibi/query.php) [16, 17]. Enfin, il
est probable que les technologies récentes d’hybridation sur puces
à ADN (microarrays technologies) seront dans un avenir
proche appliquées au diagnostic des infections à mycobactéries et à
la détection des principales résistances. Cependant, leur
introduction en pratique courante est retardée par des coûts élevés
et une mise au point délicate [18].
Détection de la résistance aux antibiotiques
La méthode de référence : l’antibiogramme
La méthode des proportions, réalisée en milieu solide ou
liquide, est la technique de référence. Elle consiste à répartir
des quantités égales d’inoculum bactérien sur des milieux contenant
les antibiotiques à tester. Elle permet de déterminer au sein d’une
population donnée le nombre de mutants résistants par rapport à un
témoin sans antibiotique. Ce pourcentage de mutants résistants est
à comparer à une « proportion critique » qui varie selon
le milieu utilisé et la nature de l’antibiotique ; elle est
généralement de 1 % (pour l’isoniazide, la rifampicine,
l’éthambutol ou la streptomycine) mais elle est fixée à 10 %
pour le pyrazinamide. Il existe aussi des techniques automatisées
en milieu liquide (type Bactec 460TB et MGIT, Becton Dickinson) qui
fournissent des résultats fiables plus rapidement (5 à
10 jours). Les antibiotiques couramment testés par ces
méthodes phénotypiques sont l’isoniazide, la rifampicine,
l’éthambutol, le pyrazinamide et la streptomycine [19].
La place du diagnostic moléculaire
L’antibiogramme classique permet de connaître la sensibilité ou
la résistance d’une mycobactérie à chaque antibiotique, alors que
l’approche moléculaire ne permet que la détection de résistances de
support génétique connu. Néanmoins, la facilité et la rapidité
d’obtention des résultats en font un outil actuel très
intéressant.
Même s’il existe des résistances par efflux actif ou inactivation
enzymatique, les résistances des mycobactéries vis-à-vis des
antituberculeux sont principalement dues à des mutations
chromosomiques dans les gènes qui encodent les cibles des
antibiotiques ou les enzymes impliquées dans l’activation de ces
médicaments (tableau IV) [20].
L’identification de mutations conférant la résistance aux
antibiotiques permet d’envisager la mise au point de tests rapides
prédictifs de la résistance des mycobactéries, notamment pour M.
tuberculosis. Les tests de détection de la résistance à la
rifampicine sont les plus pertinents. Il existe d’ailleurs une
technique commercialisée, Inno LiPAND Rif TB
(Innogenetics), qui repose sur le principe
d’amplification/hybridation avec des sondes spécifiques de
séquences génomiques sauvages ou mutées du gène rpoB. La
sensibilité et la spécificité de cette technique sont proches de
100 % [21]. À côté de ce kit, la méthode de PCR-séquençage du
gène rpoB est aisément applicable dans les laboratoires
ayant accès au séquençage, avec les mêmes performances. À
l’exception de la rifampicine, les techniques
« d’antibiogramme moléculaire » sont peu utilisées pour
les autres antituberculeux. Pourtant, la mise au point de méthodes
de PCR-séquençage d’un nombre restreint de gènes permettrait de
détecter les principales mutations responsables de résistance
(tableau IV). La valeur prédictive
positive de cette méthode génotypique est élevée. En effet, si une
mutation majeure est retrouvée, la résistance phénotypique est très
probable. Cependant, en absence de mutations, on ne peut affirmer,
stricto sensu, la sensibilité (mutations non décrites,
autres mécanismes de résistance type efflux). Par contre, cette
technique est adaptable aux souches à croissance difficile (comme
le sont souvent les BK MDR) et permet de tester la sensibilité aux
fluoroquinolones et aux macrolides, ce qui est d’autant plus
intéressant que les milieux commerciaux classiques contenant ces
antibiotiques ne sont pas disponibles. Enfin, le délai diagnostique
pourrait être encore raccourci grâce aux techniques nouvelles de
PCR en temps réel par détection rapide et ciblée des principales
mutations par exemple, au niveau des codons 516, 526 et 531 pour
rpoB ou au niveau du codon 315 pour katG [32].
Tableau IV. Principaux gènes
associés à la résistance aux antibiotiques chez les mycobactéries
[19, 20, 22-31].
Catalase-peroxydase
740 AA |
S315T/R ; D63E ; H108Q ; T262R ; T275P ;
A350S ; G629S |
|
inhA |
810 pb |
Enoyl-ACP réductase NADH dép.
269 AA |
G(– 24)T ; C(– 15)T ; T(– 8)G/A
(en amont de mabA) I16T ; I21V ; I47T ;
S94A ; I95P (dans inhA) |
|
ahpC |
588 pb |
Alkyl hydropexoyde
réductase C
195 AA |
C(– 81)T ; G(– 74)A ; C(– 54)T ;
G(– 51)T ; G(– 48)T |
|
kasA |
1251 pb |
β-cétoacyl-ACP synthase
416 AA |
D66N ; R121K ; G269S ; G312S ; G387D ;
F413L |
|
ndh |
1392 pb |
NADH déshydrogénase
463 AA |
T110A ; R268H |
|
EMB |
M. tuberculosis |
embB |
3297 pb |
|
47-65 |
Arabinosyltransférase
1098 AA |
M306I/V/L ; F285L ; D328Y ; F330V ;
Y334H ; G406D/S/A/C ; Q497K/R ; T630I ;
G745D ; M1000R |
|
PZA |
M. tuberculosis |
pncA |
561 pb |
|
72-97 |
Pyrazinamidase (PZase)
186 AA |
A(– 11)G ; Q10P ; D12A ; A46V ;
T47A ; L85P ; V139A ; R140S
Polymorphisme C(169)G spécifique de M. bovis |
|
STR |
M. tuberculosis,
M. smegmatis |
rpsL |
375 pb |
|
70 |
Protéine ribosomale S12
124 AA |
K43R/T ; K88Q/R |
|
|
|
rrs |
1537 pb |
|
70 |
ARN
16S |
C(491, 512, 513, 516, 798)T ; A(877, 904, 905, 906)C
A(1400)G pour la R à la kanamycine et amikacine |
|
FQ |
M. tuberculosis,
M. smegmatis |
gyrA |
2517 pb |
|
75-94 |
Sous-unité A ADN gyrase
838 AA |
A90V/P ; D94G/A/Y/H/N ; D89V ; S91P au niveau
de la QRDR de gyrA (codons 74 à 113) |
|
|
|
gyrB |
2145 pb |
|
|
Sous-unité B ADN gyrase
714 AA |
D495R/H
au niveau de la QRDR de gyrB (codons 495 à 533) |
|
Macrolides |
MAC, M. chelonae,
M. abscessus |
rrl |
3138 pb |
|
95 |
ARN
23S (domaine V) |
A(2058)C/G/T ; A(2059)C/G |
a, b Les tailles des gènes et des protéines sont
ceux décrits pour la souche de M. tuberculosisH37Rv
(http ://genolist.pasteur.fr/TubercuList/index.html) ;
c Les mutations les plus fréquentes sont
représentées en gras ; d Pourcentage de la
résistance associé à une mutation dans le gène décrit.
Conclusion
L’approche moléculaire des infections à mycobactéries permet de
diminuer considérablement le délai de diagnostic. En effet, ces
nouvelles méthodes d’identification et de détection de la
résistance fournissent des résultats fiables, pour une prise en
charge des patients plus précoce. La détection moléculaire,
directement à partir des prélèvements cliniques, n’est possible
qu’avec les espèces du complexe tuberculosis (en se
rapportant toujours à l’examen direct). Quant à l’identification
moléculaire des mycobactéries après culture, elle tend à remplacer
les nombreux tests nécessaires à l’identification phénotypique. Un
algorithme d’identification « mixte » est pour l’instant
la solution la plus astucieuse afin d’obtenir des résultats les
plus rapides, précis et au meilleur coût. La détection génotypique
de résistances ne remplace pas à ce jour l’antibiogramme et doit
être interprétée avec prudence. En fait, elle est surtout
intéressante pour la détection rapide de la résistance à la
rifampicine même si, en France, la prévalence de ces souches est
très faible. En revanche, l’utilisation de tests moléculaires pour
les autres antituberculeux, reste une solution onéreuse du fait de
la nécessité de réaliser simultanément un antibiogramme classique.
Seule une connaissance exhaustive des mécanismes moléculaires des
résistances permettrait éventuellement de s’affranchir de l’analyse
phénotypique. Enfin, les puces à ADN et la PCR en temps réel sont
les outils potentiels de demain qui seront utilisables directement
à partir du prélèvement clinique et auront l’avantage d’être
automatisables.
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| ATB |
Espèce(s) |
Gène |
Taille du
gènea |
|
Résistanced % |
Produitb |
Principales
mutationsc |
|
RIF |
M. tuberculosis,
M. africanum, M. kansasii,
M. bovis |
rpoB |
3519 pb |
|
96 |
Sous-unité β ARN polymérase 1172 AA |
S531L/W ; D516V/Y ; H526Y/D/R/L ;
L533P ; G513L
au niveau des 81 pb de la RRDR (codons 507 à 533) |
| INHa |
M. tuberculosis |
katG |
2223 pb |
 |
90
|
|