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XVIes Journées nationales de biologie


Annales de Biologie Clinique. Volume 55, Number 6, 629-31, Novembre - Décembre 1997, Congrès


Résumé  

Author(s) : M. Vernet.

ARTICLE

Les 16es Journées nationales de biologie étaient organisées par l'Association des internes et anciens internes en pharmacie des Hôpitaux de Lyon (Secrétaires généraux : B. Poggi, P. Bondon, A. Vialle) à l'espace Tête d'Or de Villeurbanne. Elles étaient placées sous la présidence de M. Joseph Charret, président du conseil central G de l'Ordre des Pharmaciens.

Thèmes d'actualités

La ménopause connaît un regain d'intérêt en raison de l'allongement de l'espérance de vie et d'une demande de confort de vie plus pressante. Les dosages hormonaux sont peu utiles dans le diagnostic et l'appréciation de la tolérance du traitement substitutif hormonal (M. Groussin-Weyland, Y. Badonnel - Nancy), sauf chez les femmes à risque pour éviter un surdosage et dans la période de périménopause. Même en l'absence de traitement hormonal substitutif, toute femme de plus de 50 ans devrait bénéficier régulièrement d'un bilan biologique (glucido-lipidique, thyroïde, os, hémostase).

Les aspects biochimiques, éthiques et réglementaires du dépistage de la trisomie 21 par dosage de marqueurs sériques maternels ont fait l'objet d'une excellente mise au point par P. Leymarie (Caen), basée sur une expérience de plus de 83 000 dépistages. Les principaux marqueurs actuellement dosés sont l'hCG (obligatoire), l'AFP (le plus ancien marqueur) et l'estriol non conjugué. De nouveaux marqueurs sont en cours de validation : hCGbeta core urinaire, la pregnancy associated plasma protein (PAPP).

La connaissance et l'exploration biologique des maladies autoimmunes ne cessent de s'affiner par la description de nouveaux auto-anticorps non obligatoirement associés à une maladie précise (J.C. Monier, Lyon). L'apport de la recherche des auto-anticorps au diagnostic clinique a été illustré par deux exemples. Les anticorps antisystème nerveux périphérique sont responsables de 10 % des neuropathies périphériques ; ils sont dirigés contre les glycoconjugués du nerf périphérique et sont de vrais marqueurs diagnostiques (C. Caudie, Lyon). Selon la nature de l'auto-antigène, les techniques mises en œuvre sont l'immunofluorescence indirecte, la chromatographie couche mince, le Western-blot ou l'Immunodot-blot.

La recherche d'anticorps antiphospholipides est indispensable devant toute suspicion de syndrome thromboembolique (N. Fabien, Lyon). Les anticorps sont dirigés soit contre des cardiolipides, soit contre la beta2-glycoprotéine I. Dans le premier cas, des kits commerciaux existent mais conduisent souvent à des résultats discordants, dans le deuxième cas les kits sont en cours d'évaluation. De toutes manières, chaque laboratoire doit définir son propre seuil de positivité.

Génétique

La majorité des cancers sont sporadiques. Néanmoins, on peut parler de prédisposition génétique au cancer (G.M. Lenoir, Lyon) si on observe une fréquence anormale de cancers dans une famille, surtout si le type de cancer est rare dans la population générale. La découverte des gènes dans les syndromes prédisposant au cancer permet de cibler le dépistage ou la prévention sur les seuls individus porteurs de l'anomalie génétique. De nombreuses questions d'ordre éthique surgissent pour les sujets porteurs de l'anomalie génétique, ce qui justifie le développement des consultations d'oncogénétique.

La mucoviscidose constitue un bon exemple de l'apport de la biologie moléculaire au conseil génétique (D. Bozon, Lyon) dans le cadre d'un diagnostic prénatal, ainsi que dans les études familiales pour le dépistage des hétérozygotes transmetteurs. Bien que 600 mutations du gène CFTR aient été décrites, on connaît les mutations les plus fréquentes qui permettent de définir le génotype complet de 75 % des malades.

Les pathologies de la chaîne respiratoire sont mieux expliquées depuis le séquençage de l'ADN mitochondrial et la description des remaniements du génome mitochondrial (B. Mousson, Lyon) : délétions simples à caractère sporadique, réarrangements complexes à transmission maternelle, délétions à transmission mendélienne, mutations ponctuelles. L'analyse moléculaire de l'ADN mitochondrial permet d'établir une relation entre le phénotype clinique, l'expression biochimique et le génotype mitochondrial.

La thérapie génique a été appliquée à certaines maladies génétiques (P. Aubourg, Paris) telles que la mucoviscidose, l'hypercholestérolémie familiale, la maladie de Gaucher, l'hémophilie B, la granulomatose chronique... La tolérance est bonne mais l'efficacité est très inférieure aux résultats escomptés : dans la mucoviscidose, l'expression de la protéine CFTR est transitoire. La thérapie génique a des limites d'ordre très divers : nature des vecteurs, impossibilité d'utiliser la voie systémique, absence de contrôle de l'expression du gène, physiopathologie des maladies mal connue, problèmes économiques, industriels (en France, deux sociétés seulement ont investi dans ce domaine).

Maladies à prions

Les différentes formes cliniques des maladies à prions ont été rappelées par G. Chazot (Lyon). À coté de la maladie de Creutzfeld-Jakob (MCJ) classique sporadique, il existe des formes génétiques : MCJ familiale, syndrome de Gerstmann-Sträussler-Scheinker et insomnie familiale fatale. Les formes acquises comprennent les formes iatrogènes (inoculation périphérique ou cérébrale directe) et la forme variante. Le diagnostic clinique est difficile ; le diagnostic biologique est facilité par la mise en évidence, par électrophorèse bi-dimensionnelle, de la protéine 14-3-3 dans le LCR (positivité dans 96 % des cas). Mais le diagnostic de certitude repose sur l'examen anatomopathologique (N. Kopp, Lyon) de biopsie cérébrale ou sur autopsie post-mortem. Si la maladie est localisée, le résultat de la biopsie peut être négatif ; en cas de positivité, toutes les précautions prophylactiques seront prises.

Depuis quelques années, l'attention s'est focalisée sur le gène PRNP codant pour la protéine PrP. Dans la plupart des espèces, il existe une variation génétique de la sensibilité aux maladies à prions (J.L. Laplanche, Paris). Dans les formes familiales, il existe une relation causale entre certaines mutations du gène et l'expression clinique, par ailleurs l'âge d'apparition des symptômes dépend de la taille de l'insertion. Dans les formes sporadiques et acquises, il n'y a aucune mutation de la séquence codante du gène PRNP, mais l'étude du polymorphisme du codon 129 conduit à des constatations intéressantes : le génotype 129 MV (méthionine-valine) a un rôle partiellement protecteur vis-à-vis de la maladie alors que le génotype 129 MM est un facteur de risque génétique important. À signaler que tous les cas de la variante de MCJ sont homozygotes 129 MM. Tous les individus ne sont donc pas égaux face au risque de développer une maladie à prions.

Le point actuel des connaissances fit l'objet d'une conférence remarquable de D. Dormont (Fontenay-aux-Roses). Certaines propriétés fondamentales distinguent les prions des virus : résistance physico-chimique aux agents d'inactivation, absence d'acide nucléique identifiable, absence de réaction inflammatoire et de réaction immune, pas de mise en évidence en microscopie électronique. La protéine physiologique PrP, de rôle inconnu, est localisée à la surface des membranes alors que la protéine PrPres (résistante à la protéine-kinase) est intracytoplasmique ; elle est formée par modification post-traductionnelle avec augmentation des hélices beta aux dépens des hélices alpha. L'accumulation de PrPres résulte probablement de sa résistance au catabolisme des protéines. Plusieurs hypothèses ont été formulées pour expliquer le passage de PrP en PrPres : formation d'un hétérodimère, polymérisation en chaîne avec propagation de la forme anormale (phénomène de nucléation), intervention de molécules chaperons. Il semble donc que PrP soit nécessaire à l'expression de la toxicité de PrPres. Il faut souligner l'absence de la protéine anormale chez certains patients atteints d'insomnie familiale fatale. De nombreux travaux sont encore nécessaires pour expliquer la nature de l'agent infectieux en cause.

Le bilan des risques professionnels dans les unités de soin et les laboratoires a été dressé par O. Robert (Lyon). En milieu chirurgical et anatomopathologique, les précautions sont en lien direct avec l'appréciation du risque. Le nettoyage et l'inactivation des agents transmissibles non conventionnels se font selon des protocoles très précis détaillés par D. Goullet (Lyon). Les conséquences économiques des processus de décontamination peuvent être considérables.

Une étude de surveillance épidémiologique vétérinaire a été présentée par T. Baron (Lyon). En France, 27 cas d'encéphalopathie spongiforme bovine ont été recensés (contre 160 000 en Grande-Bretagne). Il s'agit donc d'une maladie sporadique, mais il faut prêter attention à la possibilité théorique de la transmission alimentaire de la souche bovine aux petits ruminants. La question est posée d'une éventuelle transmission chez les bovins par insémination artificielle ou transfert d'embryons. La transmissibilité de la souche bovine à d'autres animaux tels que le chat domestique (75 cas en Grande-Bretagne) et les félidés est maintenant bien connue. L'identification d'un nouveau variant de la MCJ (14 cas dont un en France) repose la question de la possible transmission de l'encéphalopathie spongiforme bovine à l'homme ; les expérimentations en cours sur diverses espèces animales devraient apporter une réponse dans les prochaines années.

Session du comité scientifique de la Société française de biologie clinique

La qualité en enzymologie et en immunochimie clinique fut abordée, après un rappel sur l'utilité respective des étalons et des contrôles (G. Férard, Strasbourg). En enzymologie, le calcul de l'activité enzymatique est basé sur l'application d'un facteur qui dépend, en réalité, de la qualité de l'appareil utilisé : exactitude des mesures photométriques, volumétriques, thermiques (D. Grafmeyer, Lyon). La très grande dispersion des résultats dans les enquêtes inter-laboratoires justifie la perspective apportée par l'utilisation de calibrateurs d'enzymes applicables à des familles de techniques. La cohérence des résultats d'amylase et de lipase (F. Schiele, Nancy) est très encourageante pour les biologistes, mais aussi pour les cliniciens. L'heure est peut-être proche d'utiliser un intervalle de référence unique pour une enzyme donnée.

La standardisation du dosage immunochimique des protéines sériques par l'introduction du matériau de référence CRM 470 a contribué à une amélioration spectaculaire de la précision et de la justesse interlaboratoire et intertechnique (M. Pressac, Paris). La détermination des valeurs de référence valables à l'échelle mondiale pour les 14 protéines concernées est attendue avec impatience.

L'arbre décisionnel de mise en évidence d'immunoglobulines monoclonales dans le sérum et l'urine fut très clairement explicité, avec les avantages et inconvénients de chaque méthode (F. Pontet, Paris). Le projet de recommandations a été publié dans le numéro 5 des Annales de Biologie Clinique (1997 ; 551 : 486-90).

La place et le rôle du biologiste face au développement de la biologie délocalisée furent largement débattus au cours d'une table ronde organisée, par la SFBC (J. Goudable, Lyon) et le Collège de biochimie des hôpitaux généraux, à la suite d'une enquête lancée auprès de 200 biologistes des secteurs public et privé. Les biologistes doivent faire valoir leur professionnalisme, leur savoir-faire, leurs compétences d'analyste dans le choix des équipements délocalisés, la formation du personnel, l'élaboration des procédures, la gestion des systèmes. Des recommandations applicables aux établissements de soin seront prochainement élaborées.

Une étude d'analyse stratégique sur l'exercice de la biologie en l'an 2000 a été présentée par la section Formation aux techniques de management (P. Blouin, Bordeaux). Partant de l'environnement naturel des laboratoires, il faut analyser les nouvelles tendances pour bâtir un projet d'entreprise. Parmi les facteurs émergents, on peut citer : le vieillissement de la population, le développement de la médecine prédictive et préventive, l'évolution technologique, le rapprochement des fournisseurs... Ces éléments devront être considérés pour une meilleure organisation du métier de biologiste.


 

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