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Comparison of techniques used for the detection of antithyroid autoantibodies in autoimmune thyroid disorders


Annales de Biologie Clinique. Volume 55, Number 6, 614-8, Novembre - Décembre 1997, Pratique quotidienne


Résumé  

Author(s) : G.-L. Cartolano, L. Dubel, T. Ocwieja, B. Fareau, C. Johanet.

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ARTICLE

Au cours des maladies autoimmunes de la thyroïde, deux auto-anticorps sont principalement détectés, les anticorps antimicrosomes thyroïdiens [1] dont l'antigène est identifié depuis 1985 comme la peroxydase thyroïdienne [2, 3] et les anticorps antithyroglobuline [4] dont l'antigène constitue le composant majoritaire de la colloïde des follicules thyroïdiens.

Le rôle étiopathogénique de ces anticorps est encore inconnu ; seuls les anticorps antithyroglobuline se sont révélés capables d'induire expérimentalement une thyroïdite autoimmune [4]. Cependant leurs valeurs diagnostiques sont à l'heure actuelle indiscutables. En effet, leur sensibilité et leur spécificifité supérieures à 95 %, toutes techniques de détection confondues, font d'eux les deux marqueurs diagnostiques immunologiques des thyroïdites de Hashimoto.

Ces anticorps sont également recherchés au cours des dysthyroïdies auto-immunes dont la maladie de Basedow et le myxœdème, et au cours des hypothyroïdies de la grossesse et du post-partum. Ces dernières constituent d'ailleurs la meilleure indication de recherche des anticorps antithyroperoxydase [5]. Selon l'anticorps à rechercher, de nombreuses techniques de détection sont disponibles (immunofluorescence indirecte, Elisa, RIA...). Les plus utilisées sont, pour la recherche des anticorps antithyroperoxydase, l'Elisa (antigène souvent recombinant obtenu à partir de cellules eucaryotes [6]) et l'immunofluorescence indirecte (détection des anticorps antimicrosomes) sur coupe de thyroïde humaine, et, pour les anticorps antithyroglobuline, l'hémagglutination passive et l'Elisa (thyroglobuline purifiée humaine) [7].

La mise récente sur le marché de nouveaux kits Elisa (Diagnostics Pasteur) pour la détection de ces deux anticorps nous a conduit à comparer cette technique avec celles habituellement utilisées au laboratoire : l'immunofluorescence indirecte pour les anticorps antimicrosomes et l'hémagglutination passive pour les anticorps antithyroglobuline.

Patients et méthodes

Patients

Les sérums analysés proviennent tous de patients pour lesquels les dossiers cliniques ont pu être consultés. Ces sérums se répartissent en : 150 sérums de patients atteints de dysthyroïdie et 131 sérums de sujets sans maladie thyroïdienne. Tous ces sérums étaient conservés à - 20 °C.

Le groupe des maladies thyroïdiennes inclut : 59 thyroïdites de Hashimoto, 16 maladies de Basedow, 23 goitres ou nodules euthyroïdiens, 38 hypothyroïdies (8 avec goitre, 12 myxœdèmes, 3 syndromes de Schmidt, 9 hypothyroïdies iatrogènes, 3 hypothyroïdies congénitales et 3 cancers), 14 hyperthyroïdies (7 thyrotoxicoses et 7 hyperthyroïdies diverses).

Le groupe des patients sans maladie thyroïdienne inclut : 76 témoins sains dont la normalité de la TSH a été vérifiée (3 étaient positifs en anticorps antithyroïde), 29 patients ayant une hépatite virale C (14 positifs en anticorps antithyroïde), 13 patients atteints de diabète insulinodépendant (8 positifs en anticorps antithyroïde) et 13 patients atteints de maladies diverses : 2 myasthénies, 4 obésités, 4 fausses couches à répétition, 1 anémie de Biermer, 1 insuffisance surrénalienne et 1 hépatite virale A (7 positifs en anticorps antithyroïde).

Les anticorps antithyroïde (anticorps antimicrosomes thyroïdiens et/ou antithyroglobuline) présents chez tous ces malades ont été détectés dans le laboratoire respectivement par immunofluorescence indirecte et par hémagglutination passive.

Méthodes

* Détection des anticorps antimicrosomes par immunofluorescence indirecte. Elle s'effectue sur coupes de thyroïde humaine [8], réalisées au cryostat à - 20 °C sur organe frais. La technique consiste à incuber dans un premier temps ces coupes avec le sérum du malade, puis avec une antiglobuline polyvalente marquée à la fluorescéine (antiglobuline Pasteur) diluée au 1/40. La présence d'anticorps antimicrosomes donne une fluorescence homogène du cytoplasme des thyréocytes. Les sérums sont dilués au 1/10 pour le dépistage puis, en cas de positivité, en dilution sérielle du 1/20 au 1/640. La dilution au 1/10 est considérée comme seuil de valeur diagnostique.

* Détection des anticorps antithyroglobuline par hémagglutination passive. Elle s'effectue avec le kit Thymune-T (Murex Diagnostics), utilisant le principe de l'hémagglutination passive de Boyden. Des hématies (préalablement traitées à l'acide tannique) recouvertes de thyroglobuline humaine sont agglutinées par les auto-anticorps spécifiques présents dans le sérum du malade, créant ainsi un tapis au fond des cupules. En cas d'absence d'anticorps spécifiques, les globules rouges sédimentent en un « bouton » au fond des cupules. Les sérums sont dilués d'emblée en dilution sérielle du 1/5 au 1/640. En cas de positivité de la dernière dilution, le sérum est dilué progressivement jusqu'au 1/4 096 000. La dilution au 1/640 est considérée comme seuil de valeur diagnostique.

* Détection des anticorps antithyroperoxydase et des antithyroglobuline par Elisa. Nous avons utilisé les coffrets TPOAb Elisa (anticorps antithyroperoxydase) et TGAb Elisa (anticorps antithyroglobuline) (Sanofi Diagnostics Pasteur). Dans les deux cas, les antigènes utilisés sont des antigènes humains purifiés. Les seuils de valeur diagnostique pour les anticorps antithyroperoxydase et les anticorps antithyroglobuline, fixés par le fabricant, sont respectivement de 50 et 100 UI/ml. Cependant, ce dernier est apparu trop faible puisque 46 % des témoins sains étudiés présentaient un taux d'anticorps antithyroglobuline supérieur à 100 UI/ml. Le seuil de valeur diagnostique a donc été fixé à 200 UI/ml (moyenne des témoins sains + 2 écarts-types). Les résultats présentés tiennent compte de cette modification de seuil pour la détection des anticorps antithyroglobuline.

Résultats

Anticorps antimicrosomes thyroïdiens/antithyroperoxidase (immunofluorescence indirecte versus Elisa)

Les résultats obtenus pour les différents groupes sont présentés sur la figure 1. Dans le groupe des patients atteints de thyroïdite de Hashimoto ou de maladie de Basedow, la sensibilité de l'Elisa est légèrement supérieure puisque respectivement, pour ces deux groupes de malades, elle est de 93 % (versus 86,5 % pour l'immunofluorescence indirecte) et de 87,5 % (versus 81 %). La spécificité de l'immunofluorescence indirecte est cependant un peu plus élevée comparée à celle obtenue par Elisa (96 % versus 93 %). La concordance entre les deux techniques pour chaque groupe de patients est donnée dans le tableau 1. Elle varie de 72 à 100 % avec une concordance globale de 90 %. La plus basse est obtenue dans le groupe des patients présentant une hépatite virale C. Sur les 281 sérums analysés, 30 (10 %) ont montré des résultats discordants. Parmi ces 30 sérums, 17 sont positifs par Elisa et négatifs par immunofluorescence indirecte, les 13 autres présentant une discordance inverse. Sur ces 13 sérums négatifs par Elisa et positifs par immunofluorescence indirecte, 8 appartiennent au groupe des hépatites virales C.

Anticorps antithyroglobuline (hémagglutination passive versus Elisa).

Les résultats obtenus pour les différents groupes sont présentés sur la ure 2. Les spécificités obtenues pour les deux techniques sont excellentes, respectivement pour l'Elisa et l'hémagglutination passive à 97 % et à 99 %.

Les sensibilités sont très faibles, surtout pour l'hémagglutination, puisqu'elles sont respectivement, pour l'Elisa et l'hémagglutination passive, de 51 % et 41 % dans le groupe des thyroïdites de Hashimoto et de 31 % et 6 % dans le groupe des maladies de Basedow.

Quant à la concordance obtenue entre ces deux techniques (tableau 1), elle est comprise entre 75 % (groupe des maladie de Basedow) et 100 % (groupe des euthyroïdies), le coefficient de concordance globale étant de 94 %.

Dix-sept sérums (6 %) ont donné des résultats discordants entre ces deux techniques dont 15 présentent un résultat positif par Elisa et négatif par hémagglutination. Parmi ces 15 sérums, 6 appartiennent au groupe des thyroïdites de Hashimoto et 4 au groupe des maladies de Basedow.

Discussion

Les anticorps antithyroïde constituent de précieux marqueurs diagnostiques des thyroïdites autoimmunes. Présents au cours de ces maladies dans plus de 95 % des cas, leur absence permet un diagnostic d'exclusion [9]. Les moyens disponibles pour les détecter sont nombreux, mais de sensibilités variables. Les deux techniques utilisées dans le laboratoire sont l'immunofluorescence indirecte pour les anticorps antimicrosomes thyroïdiens et l'hémagglutination passive pour les anticorps antithyroglobuline. L'existence de nouveaux kits diagnostiques (technique Elisa) sur le marché, commercialisés par la société Sanofi Diagnostics Pasteur, nous a amené à comparer les résultats obtenus par Elisa et immunofluorescence indirecte (anticorps antithyroperoxidase et anticorps antimicrosomaux) d'une part et Elisa et hémagglutination passive (anticorps antithyroglobuline) d'autre part. Les substrats utilisés par ces trois techniques sont différents mais sont tous d'origine humaine. Les deux kits Elisa (TPOAb Elisa et TGAb Elisa) utilisent des protéines (peroxydase et thyroglobuline) natives et purifiées.

Anticorps antiperoxidase et anticorps antimicrosomaux

L'Elisa se présente, par rapport à l'immunofluorescence indirecte, comme une technique de détection plus sensible mais de spécificité moindre. La concordance entre ces deux techniques est bonne (90 %), pour l'ensemble des sérums testés. Les résultats obtenus avec la technique Elisa sont proches de ceux décrits au cours des thyroïdites autoimmunes avec la technique radio-immunologique [9, 10].

Anticorps antithyroglobuline

La sensibilité des deux techniques est faible. Comme cela est classiquement décrit [11, 12], l'Elisa présente une sensibilité plus importante que l'hémagglutination pour la détection de ces anticorps. L'analyse des sérums discordants reflète cette sensibilité accrue puisque 10 des 15 sérums positifs par Elisa et négatifs par hémagglutination passive (66 %) appartiennent au groupe des thyroïdites de Hashimoto et des maladies de Basedow. Les spécificités obtenues de 97 % et 99 % respectivement pour l'Elisa et l'hémagglutination passive sont excellentes. Les résultats de ces deux techniques sont bien corrélés (entre 90 % et 100 %) pour l'ensemble des groupes sauf celui des maladies de Basedow où la corrélation n'excède pas 75 %.

Une forte discordance est observée entre l'Elisa et l'immunofluorescence indirecte pour la détection des anticorps antiperoxidase et des anticorps antimicrosomaux au cours des hépatites virales C. En effet, sur les 13 sérums positifs par immunofluorescence indirecte et négatifs par Elisa, 8 (61,5 %) appartiennent à ce groupe de patients. Bien que récemment discutée [13], la détection d'anticorps antithyroïdes est classiquement décrite au cours des infections par le virus de l'hépatite C [14], avec une prévalence accrue au cours du traitement par l'interféron [15]. La prévalence d'anticorps antithyroperoxidase par Elisa dans notre étude (7 %) est donc tout à fait en accord avec l'étude de Carella et al. [15] (anticorps antithyroperoxidase détectés par RIA) alors que les résultats pour les anticorps antimicrosomaux par immunofluorescence indirecte montrent une prévalence beaucoup plus élevée de 48 %. Cela peut s'expliquer par la sélection de la population des patients séropositifs pour le virus C sur leur positivité en anticorps antithyroïde par immunofluorescence indirecte. Cependant, la discordance observée entre les deux techniques (Elisa/immunofluorescence indirecte) permet de soulever l'hypothèse d'épitopes différents reconnus par les auto-anticorps antithyroïde au cours de l'infection par le virus de l'hépatite C.

Quant aux sérums inversement discordants, positifs par Elisa et négatifs par immunofluorescence indirecte, il s'agit principalement des groupes de thyroïdite d'Hashimoto (n = 5) et d'hypothyroïdie (n = 7). De façon intéressante, neuf d'entre eux sont positifs aussi en anticorps antithyroglobuline par le kit TGAb Elisa. La possibilité de réaction croisée n'est pas exclue. En effet, la reconnaissance d'épitopes communs portés par la peroxidase et la thyroglobuline humaines est décrite depuis près de dix ans [16], cette réaction croisée n'étant pas retrouvée en cas d'utilisation d'antigènes recombinants [17].

Dans le groupe des patients présentant des maladies non thyroïdiennes (n = 13), les anticorps antithyroïde ont été retrouvés dans 7 cas : il s'agissait de 4 patientes ayant eu un bilan étiologique de fausses couches à répétition inexpliquées, une insuffisance surrénalienne, une hépatite virale A et une myasthénie. Les quatre premières patientes présentaient des anticorps antiperoxidase par Elisa (sans discordance avec les résultats obtenus par immunofluorescence indirecte pour les anticorps antimicrosomaux) et les trois autres présentaient des anticorps antithyroglobuline associés par Elisa (dont un négatif par hémagglutination). L'analyse des dossiers cliniques a permis de retrouver une hypothyroïdie légère traitée par opothérapie et une patiente présentant des antécédents familiaux maternels de goitre thyroïdien sans antécédent personnel (euthyroïdie biologique confirmée). Les deux autres dossiers n'ont rien révélé de particulier. Pour la première patiente, les anticorps antithyroïdiens présents étaient de type antimicrosomaux à titre modéré, la deuxième patiente présentait en revanche des anticorps antimicrosomaux à titre élevé (ainsi qu'un fort titre d'anticorps antithyroperoxidase) associés à des titres d'anticorps antithyroglobuline très élevés par hémagglutination et par Elisa.

Remerciements : Nous tenons à remercier vivement Mme le Pr Duron (service d'endocrinologie, hôpital Saint-Antoine) et Mme le Dr Reznikoff (service de gynécologie-obstétrique, hôpital Saint-Antoine) pour nous avoir permis l'accès aux dossiers cliniques de leurs patients.

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