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Fight against nosocomial infections: the interest of simultaneous considering of bacterial ecology and computorized hospitalisation data


Annales de Biologie Clinique. Volume 56, Number 1, 88-91, Janvier - Février 1998, Pratique quotidienne


Résumé  

Author(s) : S. Hennebicq, S. Hendricx, P. Fievet.

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ARTICLE

L'hôpital de Douai est un centre hospitalier de 816 lits, comportant près de 500 lits très actifs, répartis dans les services de médecine, chirurgie, cardiologie avec unité de soins intensifs, gynécologie-maternité, pédiatrie avec néonatalogie et environ 300 lits en hospitalisation de long séjour et maison de retraite. Le suivi des infections acquises ou déclarées à l'hôpital est un élément important dans l'appréciation de la qualité des soins. Ce suivi est réalisé par le laboratoire de bactériologie qui recueille et analyse les résultats des examens effectués à visée bactériologique. Nous présentons dans ce travail une étude de ce suivi et nous avons été particulièrement attentifs aux germes sentinelles d'infections nosocomiales (Escherichia coli, Klebsiella, Pseudomonas, Staphylococcus aureus et staphylocoques à coagulase négative) et aux sites de prélèvement pouvant témoigner d'infections acquises à l'hôpital. Par ailleurs, ce suivi réalisé sur plusieurs années nous a permis de mieux cerner l'écologie bactérienne de l'hôpital et il nous a semblé intéressant de comparer les données recueillies à celles existant dans la littérature, et notamment aux données fournies par les Centres de lutte contre les infections nosocomiales (CLIN).

Matériel et méthodes

Les prélèvements parvenus au laboratoire ont été ensemencés selon les techniques habituelles, propres à chaque type de prélèvement, puis les germes isolés et considérés comme témoin d'infection (selon les critères bactériologiques généralement admis) ont été identifiés grâce à un appareillage Walkaway (Dade) couplé à un logiciel Microscan, système permettant l'identification et la réalisation des antibiogrammes. Les données ainsi obtenues ont été collectées et retraitées sur logiciel Excel 4 (Microsoft), permettant leur analyse qualitative et quantitative.

Afin de pouvoir étudier l'évolution de l'écologie bactérienne, les données ont été exprimées pour mille journées d'hospitalisation, selon les renseignements fournis par le Département d'information médicale de l'hôpital (DIM). En effet, depuis la mise en place du programme de médicalisation du système d'information hospitalier en 1992, les DIM fournissent des tableaux de bord aux différents services, présentant l'analyse des groupes homogènes de malades et leur durée moyenne de séjour. L'étude de ces fichiers DIM permet donc, par comparaison des durées de séjour au sein de groupes homogènes de patients, d'apprécier l'existence de durées de séjour prolongées. Les enquêtes médicales qui ont été menées pour les patients dont la durée de séjour était supérieure ou égale à 80 % de la durée moyenne de séjour du groupe de patients correspondant ont montré dans la plupart des cas des complications infectieuses attribuables à des infections nosocomiales.

La significativité des variations observées tant au niveau des données bactériologiques qu'au niveau des durées moyennes de séjour a été appréciée par la réalisation d'un test de Chi2.

Résultats

Écologie globale

L'analyse des données bactériologiques, tous services confondus, a révélé une prédominance des infections à bacilles à Gram négatif (59 %), avec surtout la présence d'entérobactéries (48 %). Les infections à cocci à Gram positif représentent 35 % des germes isolés, comprenant 11 % d'entérocoques et 19 % de staphylocoques dont 8 % de Staphylococcus aureus (S. aureus) (figure 1).

Cette répartition des germes semble assez stable entre 1992 et 1994 (figure 2), avec néanmoins une augmentation des infections à Escherichia coli-Citrobacter (E. coli-Citrobacter), streptocoques, entérocoques et staphylocoques à coagulase négative et une diminution des infections à Pseudomonas et S. aureus. Un pic d'infections à Salmonella-Shigella est à noter en 1993.

Répartition des germes selon les services et évolution entre 1993 et 1994 (tableau 1)

Les infections à Escherichia coli-Citrobacter sont prédominantes dans tous les services, excepté en chirurgie. Cette prédominance est particulièrement nette en gynécologie-maternité (46 % des infections du service) et en pédiatrie (35 %). Pseudomonas et Acinetobacter représentent 10 à 11 % des germes isolés en médecine et en chirurgie.

L'importance des infections à staphylocoques est à noter en chirurgie, où l'on retrouve 12 % de Staphylococcus aureus et 21 % de staphylocoques à coagulase négative, tandis qu'en médecine S. aureus et les staphylocoques à coagulase négative représentent chacun 12 % des germes isolés. En gynécologie-maternité on observe une nette prédominance des staphylocoques à coagulase négative par rapport à S. aureus.

Les infections à streptocoques et entérocoques sont quantitativement importantes dans tous les services : gynécologie-maternité 31 % dont 14 % d'entérocoques, chirurgie 20 % dont 14 % d'entérocoques, pédiatrie 16 % dont 8 % d'entérocoques et médecine 15 % dont 10 % d'entérocoques.

La répartition des germes isolés dans les différents services s'est avérée dans l'ensemble assez stable. Plusieurs éléments méritent néanmoins d'être soulignés. Concernant les bacilles à Gram négatif, nous avons noté une augmentation des infections à E. coli-Citrobacter en gynécologie-maternité, une diminution des infections à Proteus-Providencia et surtout à Salmonella-Shigella en pédiatrie (correspondant en fait à un retour à des chiffres comparables à ceux de 1992), une diminution des infections à Acinetobacter baumannii en médecine et en chirurgie, et des infections à Pseudomonas en chirurgie, tandis que ces dernières étaient en augmentation en médecine. Concernant les cocci à Gram positif, il faut noter une augmentation des staphylocoques à coagulase négative en chirurgie, tandis que S. aureus est en diminution, alors que l'évolution des deux groupes de germes est parallèle dans les autres services, en augmentation en gynécologie-maternité et en pédiatrie et en diminution en médecine. Les infections à entérocoques sont en revanche en augmentation dans tous les services depuis 1992, sauf en pédiatrie.

Répartition des germes selon les prélèvements

Les germes urinaires sont constitués à 76 % d'entérobactéries, répartition comparable en 1993 et 1994. Dans les expectorations, Haemophilus influenzae est le germe prépondérant mais en régression, puisqu'il représentait 27 % des germes isolés en 1993 et seulement 19 % en 1994. En contrepartie, E. coli-Citrobacter et S. aureus sont en augmentation.

L'analyse des prélèvements purulents a montré une prédominance des infections à staphylocoques. La diminution de ces germes entre 1993 et 1994 a été compensée par une augmentation de la proportion d'entérocoques.

Dans les hémocultures, la diminution des staphylocoques à coagulase négative est nette, de même que l'augmentation des germes du groupe Klebsiella-Enterobacter-Serratia (groupe KES). Dans les cathéters, au contraire, l'évolution des staphylocoques à coagulase négative reste stable. L'analyse des prélèvements de cathéters ou d'extrémités de sondes urinaires est un bon témoin de la présence des germes dans un service et fait partie des moyens simples de surveillance des infections nosocomiales.

Commentaires

La surveillance de l'écologie bactérienne est l'un des rôles du laboratoire de bactériologie de l'hôpital. Bien que le mode de recueil actuel des données ne nous permette pas d'affirmer le caractère nosocomial des infections, cette approche nous permet néanmoins de suivre les germes sentinelles d'infections nosocomiales, comme E. coli, Klebsiella, Pseudomonas, S. aureus et les staphylocoques à coagulase négative [1, 2]. La répartition des germes est assez comparable à celle retrouvée lors de l'enquête de prévalence des infections nosocomiales, « hôpital propre », mettant en évidence une prédominance de E. coli à 25 %, 14 % de S. aureus, 11 % de Pseudomonas, 8 % de staphylocoques à coagulase négative et 6 % d'entérocoques [3]. Dans notre étude, la part de S. aureus par rapport aux staphylocoques à coagulase négative s'avère moindre étant donné que l'on considère l'écologie globale et non uniquement les infections nosocomiales, mais celle des entérocoques est par contre plus importante avec 11 % ce qui dans notre cas place les entérocoques en deuxième position après E. coli-Citrobacter. Nos données sont également à rapprocher des résultats de l'enquête de prévalence des infections nosocomiales pour les hôpitaux du Nord-Pas-de-Calais effectuée le 16 décembre 1993 dans le cadre de l'Areclin (Association régionale des comités de lutte contre les infections nosocomiales du Nord-Pas-de-Calais) et qui révèlent une prédominance de S. aureus (16 %), puis Pseudomonas sp (12,5 %), E. coli (10,9 %) et Klebsiella-Enterobacter-Serratia (10,4 %) [4].

La prédominance de E. coli parmi les germes isolés est due au fait que les infections urinaires représentent environ 40 % des infections en règle générale [2]. Par ailleurs, la forte prévalence de ce germe en service de gynécologie-maternité s'explique par une nette prédominance féminine des infections urinaires (64 %) [2]. Le pic d'infections à Salmonella-Shigella retrouvé en 1993 est à rapporter à une épidémie de toxi-infections alimentaires survenue dans les écoles de Douai durant l'été 1993. Cette variation est la seule variation statistiquement significative (p < 0,05).

La diminution des infections à Acinetobacter baumannii, tant en médecine qu'en chirurgie, est un élément tout à fait positif, quand on sait que la mortalité directe et indirecte des infections à A. baumannii avoisine 18 % [2]. Ces infections sont le plus souvent urinaires et bronchopulmonaires [5, 6]. Néanmoins, lorsque l'on compare les chiffres des trois dernières années, il existe un pic modéré en 1993 qui est à rapporter à plusieurs petites épidémies d'infections à A. baumannii en service de soins intensifs cardiologiques.

L'isolement de S. aureus de façon plus fréquente en chirurgie qu'en médecine est le fait de complications post-opératoires locales propres à la chirurgie. En effet, les infections locales sont en deuxième place en chirurgie après les infections urinaires, tandis qu'en médecine cette position est occupée par les infections bronchopulmonaires [2]. La diminution des hémocultures positives à staphylocoques à coagulase négative est un phénomène pour l'instant sans explication, d'autant que dans les cathéters ce germe est isolé avec la même fréquence en 1993 et 1994.

Enfin, l'augmentation constante des infections à entérocoques semble un phénomène assez généralement retrouvé actuellement [3, 7, 8]. Cet accroissement avait été constaté aux États-Unis entre 1970 et 1980 et attribué à une augmentation des infections nosocomiales à entérocoques [7], mais il est maintenant également manifeste en France [8]. L'augmentation de la part de ce germe dans tous les services n'est pas étonnante si l'on considère que ce germe peut être responsable d'infections urinaires, d'infections abdominales, de surinfections de plaies cutanées ou d'escarres, de bactériémies et de septicémies [7]. Ces pathologies sont retrouvées aussi bien dans les services de médecine que de chirurgie et seule la pédiatrie paraît peu concernée.

CONCLUSION

Cette étude d'une écologie bactérienne hospitalière est informative à différents niveaux. En effet, elle reflète les mesures prises par les services dans la lutte contre les infections nosocomiales et l'augmentation d'incidence d'isolement d'un germe nécessite souvent une nouvelle sensibilisation du service aux moyens de lutte contre les infections nosocomiales. Cette étude permet également de positionner l'hôpital par rapport à d'autres travaux de surveillance d'infections. Par ailleurs, l'analyse statistique des variations observées a montré l'absence de significativité de ces variations (sauf infections à Salmonella-Shigella en 1993) et cette stabilité de l'écologie bactérienne pourrait permettre d'instaurer un système informatisé de surveillance du risque de survenue d'infections nosocomiales. En effet, une étude régulière du profil évolutif des infections à germes sentinelles permettrait de déterminer des fourchettes de variation seuil, et le croisement de ces études avec les données des fichiers du DIM, et notamment la constatation de durées de séjour prolongées (supérieures à 80 % de la durée moyenne de séjour), au sein de groupes homogènes de patients devrait entraîner la réalisation d'une enquête par le laboratoire au sein du service. Enfin, ce travail constitue un reflet concret des collaborations existant entre le laboratoire, les services cliniques et le Département d'information médicale de l'hôpital, l'objectif de ces collaborations étant une amélioration constante de la qualité des soins apportés aux malades. Mais il faut étudier la baisse des infections nosocomiales au sein d'un établissement sur des périodes longues, afin que les résultats soient significatifs sur le plan statistique.

REFERENCES

1. Feldmann L, Legras B, Burdin JC, Weber M. Estimation à partir de la bactériologie de l'évolution des infections nosocomiales entre 1989 et 1991 dans un hôpîtal universitaire. Pathol Biol 1993 ; 41 : 927-30.

2. Publication collective des hôpitaux-pilotes de l'AIRHH. Étude multicentrique européenne de surveillance continue des infections nosocomiales. Résultat de trois années (1990, 1991, 1992). Techniques Hospitalières 1994 ; n° 589.

3. Carlet J. Infections nosocomiales. Le sujet de l'année. Méd Mal Infect 1994 ; 24 : 12-8.

4. Enquête de prévalence des infections nosocomiales pour les hôpitaux du Nord-Pas-de-Calais du 16 décembre 1993. Areclin.

5. Guillou-Joly ML, Decre D, Wolff M, Bergogne-Berezin E. Infections nosocomiales à Acinetobacter. Bilan d'une enquête rétrospective dans les unités de soins intensifs des CHU français en 1991. BEH 1993 ; 10 : 44-5.

6. Joly-Guillou ML, Decre D, Bergogne-Berezin E. Infections nosocomiales à Acinetobacter surveillance épidémiologique hospitalière. BEH 1992 ; 45 : 211-2.

7. Morrisson AL, Wenzel RP. Nosocomial urinary tract infections due to Enterococcus. Ten years experience in a University hospital. Arch Intern Med 1986 ; 146 : 1549-51.

8. Leclercq R. Épidémiologie des infections nosocomiales à entérocoques. Méd Mal Infect 1994 ; 4 : 199-206.


 

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