ARTICLE
Dans une lettre récemment publiée dans les Annales de
Biologie Clinique [1], à propos des prélèvements
« hémolysés », J.-L. Dhondt et al. considèrent
que seules les hémolyses réellement interférentes,
très facilement repérables visuellement, doivent faire l'objet
d'un rejet analytique. Outre le fait que l'appréciation visuelle
de l'hémolyse peut être subjective, notamment quand le prélèvement
est ictérique, nous nous demandons s'il est très prudent
de proposer une telle procédure, indépendamment non seulement
de l'analyse prescrite, mais aussi des circonstances cliniques de la prescription.
Prenons par exemple le cas d'un dosage de la sous-unité 1 des
lactates déshydrogénases (LDH1) sériques prescrit
pour le suivi post-thérapeutique d'un patient porteur de tumeur
germinale testiculaire. Dans ce contexte particulier, Von Eyben et
al. [2] ont récemment démontré qu'une correction
systématique, pour tenir compte de l'hémolyse in vitro,
des résultats de LDH1 (c'est-à-dire effectuée quel
que soit l'aspect visuel du sérum selon la formule générale
: 1 mg/l S-Hb = 0,1 U/l S-LDH1), peut avoir un impact non négligeable
sur la décision clinique. Dans cette étude, où les
dosages de LDH1 étaient effectués par une méthode
immuno-chimique et systématiquement corrigés, la limite
qui indiquait un risque élevé de rechute passait, après
cette correction, de 145 à 128 U/l, avec, en même temps,
une amélioration de la précision diagnostique (moins de
faux positifs notamment). Bien que très peu d'études de
ce type aient été publiées, il semblerait logique
de considérer, jusqu'à preuve du contraire, que des résultats
similaires seraient probablement obtenus avec d'autres variables biologiques
sensibles à l'hémolyse et utilisées, non seulement
en tant que marqueurs tumoraux (LDH, NSE, etc.), mais aussi dans d'autres
cadres cliniques [3, 4].
Ces considérations ne plaident donc pas vraiment pour la procédure
proposée par J.-L. Dhondt et al. Il est toutefois vrai que
les biologistes connaissent rarement les circonstances cliniques de toutes
les prescriptions d'analyses dont les résultats sont susceptibles
d'être influencés par une hémolyse, même minime.
C'est pourquoi, dans notre laboratoire, en plus de la procédure
proposée par J.-L. Dhondt et al. [1], nous insérons
le commentaire suivant pour tout prélèvement « hémolysé
» : « résultat(s) sous réserve, prélèvement
"hémolysé" ; l'hémolyse in vitro, qui est
le plus souvent due à un prélèvement défectueux,
entraîne une fausse augmentation de K, LDH, fer, TGO, acide urique...
et une fausse diminution de la bilirubinémie ». Cette
solution n'est bien sûr qu'un pis-aller. Serait-il préférable
de doser systématiquement l'hémoglobine sérique et
d'indiquer le résultat du dosage sur tous les comptes rendus (avec
indication des valeurs « normales »), voire même d'effectuer
systématiquement des corrections du type de celle proposée
par Von Eyben et al. [2], au moins pour certaines variables particulièrement
sensibles à l'hémolyse (et de signaler ces corrections sur
les comptes rendus [5]) ?
Références
1. Dhondt JL, Hayte JM, Demouveaux A. Les prélèvements
« hémolysés ». Ann Biol Clin 2000 ; 58
: 639.
2. Von Eyben FE, Petersen PH, Blaabjerg O, Madsen EL. Analytical
quality specifications for serum lactate dehydrogenase isoenzyme 1 based
on clinical goals. Clin Chem Lab Med 1999 ; 37 : 553-61.
3. Kaplan LA. Determination and application of desirable analytical
performance goals : the ISO/TC 212 approach. Scand J Clin Lab Invest
1999 ; 59 : 479-82.
4. Ross SM, Fraser CG. Biological variation of cardiac markers
: analytical and clinical considerations. Ann Clin Biochem 1998
; 35 : 80-4.
5. Arrêté du 26 novembre 1999 relatif à la
bonne exécution des analyses de biologie médicale. Journal
officiel de la République française du 11 décembre
1999.
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