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Mitochondrial cytopathy in an HIV infected patient treated by nucleoside analogues


Annales de Biologie Clinique. Volume 59, Number 1, 93-6, Janvier - Février 2001, Pratique quotidienne


Résumé  

Author(s) : Y. Helis, J.-L. Delassus, N. Bouzard, D. Resiere, H. Porcheret, L. Maisonneuve, D. Lusina, Hôpital Robert-Ballanger, 93602 AuService de biologie médicale, lnay-sous-Bois.

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ARTICLE

Ce tableau d'acidose lactique sévère avec atteinte musculaire chez une patiente traitée par analogues nucléosidiques fait évoquer en premier lieu une cytopathie mitochondriale, et la patiente est transférée en soins intensifs.

On note dans ses antécédents la découverte de l'infection par le VIH en novembre 1997 avec un taux de CD4 initial à 173/mm3 et une charge virale à 48 862 copies/ml (stade A3). La patiente est traitée par AZT + 3TC et Bactrim Forte® en prophylaxie primaire de pneumocystose et toxoplasmose. La charge virale devient indétectable (< 500 copies/ml) jusqu'en février 1999. En mars 1999, on découvre une tuberculose pulmonaire à Mycobacterium tuberculosis traitée par Rifater® et Myambutol®. La NFS montre des leucocytes à 7,2 G/l (N = 4-10) avec 2,6 G/l polynucléaires neutrophiles (N = 2-7,5). Les CD4 sont à 275/mm3, la charge virale à 1 496 copies/ml. En juin 1999, le traitement antirétroviral est changé entièrement pour D4T + ddI + névirapine à la suite d'une augmentation de la charge virale et d'une baisse des CD4. La charge virale redevient indétectable (< 50 copies/ml) jusqu'en décembre 1999 où elle remonte à 7 800 copies/ml avec un taux de CD4 à 375/mm3 malgré une bonne observance, mais la patiente a présenté début novembre une colique néphrétique droite. La lithiase pyélo-urétérale est opérée début décembre avec des suites opératoires simples.

À son entrée en réanimation, sa numération montre : leucocytes 8,7 g/l, hémoglobine 12 g/dl, VGM 97 fl, plaquettes 253 g/l. L'observation à J2 d'une hyperleucocytose à 17,3 G/l avec monocytose à 3,1 G/l (N = 0,2-1) et vacuolisation inhabituelle des éléments (polynucléaires et monocytes surtout) (figure 1) et l'apparition d'une thrombopénie à 119 G/l nous conduit à pratiquer un myélogramme. Les frottis sont riches. On note une vacuolisation des myéloblastes et des promyélocytes (figure 2). La lignée érythroblastique est hyperplasique, avec une dysérythropoïèse marquée : macrocytose, cytoplasme des érythroblastes acidophiles inhomogène, et surtout vacuolisation des proérythroblastes et des érythroblastes basophiles (figure 3). Ce phénomène de vacuolisation, qui touche principalement les stades les plus immatures des lignées granuleuse et érythroblastique, concerne également certains éléments appartenant à d'autres lignées ou d'autres stades, comme les polynucléaires basophiles (figure 4). La coloration de Perls met en évidence la présence de 12 % de sidéroblastes en couronne (figure 5).

Dès son admission en réanimation, la patiente est ventilée et mise sous sédatif, une perfusion de bicarbonate de sodium est instaurée, ainsi qu'une hémofiltration et un traitement comportant riboflavine, ubiquinone, et lévocarnitine. Une anémie s'installe (hémoglobine à 7,4 g/dl), l'hyperleucocytose se maintient, une érythromyélémie apparaît, la thrombopénie se majore (29 g/l). L'acidose lactique s'aggrave (lactates à 39 mmol/l), l'évolution se fait vers une défaillance multiviscérale avec insuffisance rénale aiguë, et la patiente décède à J11.

Le point de vue du biologiste

Quelques dizaines d'observations d'acidose lactique sévère avec atteinte pluriviscérale ont été rapportées chez des patients infectés par le VIH traités par inhibiteurs nucléosidiques de la transcriptase inverse (INRT) [1]. Le tableau est dominé par une stéatose hépatique, une atteinte musculaire et hématologique, consécutives à une toxicité mitochondriale. La microscopie électronique permet de mettre en évidence les anomalies ultrastructurales des mitochondries [2].

L'accumulation d'acide lactique est due à un défaut de son métabolisme hépatique par dysfonctionnement de la chaîne respiratoire cellulaire induit par les inhibiteurs nucléosidiques de la transcriptase inverse virale qui inhibent l'ADN polymérase gamma mitochondriale [2]. Il y a blocage de la transformation de lactate en pyruvate du fait de l'altération des fonctions oxydatives des mitochondries.

Un phénomène de vacuolisation des éléments médullaires est décrit au cours de nombreuses maladies constitutionnelles qui sont dues à des mutations ou des délétions de l'ADN mitochondrial. Il pourrait correspondre à la dégénérescence des mitochondries atteintes qui se videraient de leur contenu [3]. Les principales maladies constitutionnelles sont :

- le syndrome de Pearson, première atteinte hématologique rapportée à ce type de maladie. Il associe une insuffisance pancréatique exocrine et une anémie sidéroblastique avec vacuolisation des précurseurs médullaires érythroblastiques et myéloïdes. Au niveau des érythroblastes, le dysfonctionnement de la chaîne respiratoire mitochondriale est responsable d'une accumulation de fer ferrique, mis en évidence par la coloration de Perls [3],

- les mêmes anomalies hématologiques peuvent s'observer dans le syndrome de Kearns-Sayre associant ophtalmoplégie, rétinite pigmentaire et syndrome cérébelleux, et dans des syndromes non définis.

Toutes ces pathologies liées à des anomalies mitochondriales ont en commun une vacuolisation des précurseurs médullaires et une acidose métabolique.

Les anomalies hématologiques observées chez cette patiente présentant une cytopathie mitochondriale liée aux INRT correspondent tout à fait à ce qui est décrit dans les pathologies constitutionnelles type syndrome de Pearson. Le myélogramme peut ainsi apporter un argument diagnostique positif en faveur de l'hypothèse de cytopathie mitochondriale chez un patient sous INRT présentant une acidose lactique.

Le point de vue du clinicien

Le diagnostic retenu est celui de cytopathie mitochondriale secondaire au traitement par INRT. Le rôle des INRT est évoqué d'emblée en l'absence d'autre cause d'acidose : diabète, hypoxie, état de choc, insuffisance cardiaque bas débit ou haut débit, comme dans le béri-béri, toxiques, sepsis, insuffisance hépatique sévère, anomalies métaboliques congénitales... [1].

La patiente présente un tableau clinique évocateur d'acidose lactique, associant douleurs abdominales, troubles digestifs (nausées, vomissements, diarrhée), dyspnée avec polypnée, état d'agitation et asthénie. Ce tableau est en général d'apparition brutale, mais il peut exister dans les jours ou semaines précédant un état d'asthénie avec des signes digestifs à type de nausées, des myalgies, une sensation de malaise, tableau cependant peu spécifique.

L'intervalle libre entre le début du traitement par INRT et l'apparition de signes cliniques (variable de quelques semaines à plusieurs années) peut s'expliquer par la nécessité d'une accumulation d'une quantité d'ADN mitochondrial tronqué au-delà d'un certain seuil pour pouvoir observer une expression clinique de ces anomalies.

L'incidence de ce syndrome est mal connue et probablement largement sous-estimée. Il n'existe pas de circonstances favorisantes évidentes mais certains auteurs ont rapporté que l'existence d'une surcharge pondérale initiale, d'une hépatopathie sous-jacente ou d'un alcoolisme chronique pourrait augmenter ce risque. Il semble plus fréquent chez la femme. Le taux de CD4 et la charge virale ne semblent pas influer sur l'apparition de cette toxicité. Cette complication a été décrite avec les différents INRT utilisés chez les patients infectés par le VIH. On discute le caractère favorisant d'une association de plusieurs molécules.

Les examens complémentaires retrouvent une acidose lactique avec baisse du pH artériel, des bicarbonates plasmatiques, de la PaCO2, et hyperlactacidémie. Il existe fréquemment des anomalies hépatiques et pancréatiques associées (explorées par les dosages d'amylase et de lipase).

Lorsqu'une biopsie hépatique est possible, on retrouve des lésions de stéatose massive à prédominance macrovacuolaire. La biopsie musculaire est également contributive.

L'évolution est fatale dans 50 à 70 % des cas à ce stade, en quelques jours, avec défaillance respiratoire, défaillance hémodynamique, atteinte neurologique, hépatique ou rénale.

La prise en charge thérapeutique en réanimation repose sur l'arrêt des antirétroviraux, la correction des défaillances respiratoire et hémodynamique, l'hémodialyse. Certaines équipes ont proposé l'utilisation de protocoles thérapeutiques par L carnitine, riboflavine. Les résultats cliniques ne sont pas évalués pour l'instant.

Si le diagnostic d'acidose lactique est évoqué d'emblée devant un tel tableau chez un patient traité par INRT, il est plus difficile à mettre en évidence lorsqu'un patient ne se plaint que de banales nausées, myalgies ou asthénie évoluant depuis plusieurs semaines. Dans quelle mesure des dosages prospectifs des lactates, du pyruvate et du rapport lactate/pyruvate permettent-ils de prévoir une évolution vers un syndrome aigu ? Une augmentation des lactates sériques et du pyruvate avec élévation du rapport doit entraîner l'arrêt systématique des antirétroviraux chez un patient présentant des signes à l'interrogatoire et à l'examen clinique. La normalisation biologique est progressive, de même que la régression des symptômes.

Les études en cours permettront de préciser l'intérêt de dosages systématiques des lactates et du pyruvate chez les patients traités par INRT, et l'attitude à adopter dans le cas de résultats anormaux chez un patient ne présentant aucun signe : faut-il arrêter le traitement ? D'un point de vue pratique, les modalités rigoureuses de prélèvement et le coût de ces analyses doivent être pris en considération.

REFERENCES

1. Mégarbane B, Brivet F, Guérin JM, Baud FJ. Acidose lactique et défaillance multi-viscérale secondaire aux thérapeutiques antirétrovirales chez les patients infectés par le VIH. Presse Méd 1999 ; 28 : 18-25.

2. Charton-Bain MC, Flamant M, Aubertin JM, et al. Acidose lactique et altérations mitochondriales hépatiques au cours d'un traitement par zidovudine. Gastroentérol Clin Biol 1997 ; 21 : 979-81.

3. Tchernia G, Breton-Gorius J, Bader-Meunier B, Miélot F, Rötig A. Cytopathies mitochondriales et anémies sidéroblastiques. Hématologie 1997 ; 3 : 25-32.


 

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