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Séminaire de virologie clinique : les virus respiratoires, Caen, 5 et 6 octobre 2000


Annales de Biologie Clinique. Volume 59, Number 2, 210-3, Mars - Avril 2001, Congrès



Author(s) : P. Le Roux, Service de pédiatrie, Groupe hospitalier du Havre, BP 24, 76083 Le Havre cedex.

ARTICLE

Les journées de virologie clinique organisées, cette année à Caen, par le Pr. F. Freymuth, ont permis de faire le point des connaissances sur les aspects cliniques et diagnostiques des virus à tropisme respiratoire et d'évaluer la place des thérapeutiques actuelles et à venir.

Les lésions de l'appareil respiratoire induites par les virus

(F. Galateau-Salle, Caen)

Les lésions cellulaires et tissulaires aiguës constatées lors des affections virales sont fonction, pour leur localisation, de la taille des particules virales. Les lésions de l'arbre supérieur vont correspondre à des particules de plus de 10 microns, celles de l'arbre inférieur à des particules de 5 à 10 microns. Leur intensité est également dépendante du terrain compétent ou immunodéficient du patient. Les mécanismes de défense mis en jeux lors des infections virales sont non spécifiques et spécifiques et les lésions essentielles vont concerner la cellule ciliée et l'appareil muco-ciliaire. Le pathologiste a un rôle essentiel en mettant en évidence les effets cytopathogènes. Il déterminera également les facteurs de gravité par la présence de membranes hyalines et d'œdème lésionnel. Le matériel qu'il est amené à examiner peut être le résultat d'expectorations, de prélèvement nasal, de lavage broncho-alvéolaire ou de biopsie pulmonaire. Les atteintes à virus respiratoire syncytial (VRS) vont correspondre à la mise en évidence de cellules géantes syncytiales avec inclusion intracytoplasmique. Dans le cas des adénovirus, le diagnostic est porté sur la présence d'inclusions intranucléaires d'aspect « smidge » dans les polynucléaires basophiles et neutrophiles. Les cytomégalovirus donnent un aspect de cytomégalie avec des inclusions intranucléaires et intracytoplasmiques ; enfin, lors de la rougeole, l'anatomopathologiste peut mettre en évidence des cellules de Whartin-Finkelday.

La réponse inflammatoire et immunitaire de l'appareil respiratoire à l'infection virale

(D. Dusser, Paris)

L'arbre respiratoire est confronté aux infections virales ayant pour conséquence, sur le plan clinique, la symptomatologie et, d'autre part, la mise en évidence de signes de gravité.

Le virus de la grippe s'attache aux cellules épithéliales des voies aériennes supérieures qu'il infeste et l'infection virale se propage de proche en proche, atteignant rapidement l'ensemble de l'arbre respiratoire. Il va induire des lésions bronchiques de desquamation épithéliale, d'altération de la ciliature, d'hypersécrétion et d'inflammation de la muqueuse. La réplication des cellules épithéliales s'accompagne d'un phénomène de nécrose. Cette nécrose entraîne une inflammation, inflammation pariétale avec mise en évidence de polynucléaires neutrophiles, d'éosinophiles, mastocytes, macrophages, de lymphocytes CD8 ; l'inflammation endoluminale avec présence de polynucléaires neutrophiles et d'éosinophiles. Sur le plan symptomatologique, ces éléments sont responsables de la toux et d'expectorations purulentes avec présence de polynucléaires neutrophiles. L'activation des polynucléaires neutrophiles s'accompagne, dans la lumière bronchique, de la présence d'élastase, des radicaux libres de l'oxygène, augmentant la sécrétion bronchique et inhibant les battements ciliaires. L'augmentation de la sécrétion bronchique est responsable d'obstruction des voies aériennes majorant ainsi l'altération des défenses antibactériennes et favorisant les lésions endobronchiques. Les éosinophiles ont un rôle important dans les lésions épithéliales dans l'hyper-réactivité bronchique, dans la stimulation des fibres nerveuses expliquant la gravité des atteintes, notamment chez l'asthmatique lors de la grippe.

Les virus ont une action sur le système nerveux autonome avec potentialisation de la sécrétion cholinergique. Les virus inactivent les récepteurs M2, favorisant ainsi l'hyper-réactivité bronchique et réduisant l'efficacité des récepteurs bêta-2-mimétiques, d'où une diminution de l'efficacité des broncho-dilatateurs sympathomimétiques. Les virus potentialisent les tachykinines, notamment la substance P responsable d'inflammation neurogène. Ils majorent le risque d'infection bactérienne par la perte de la barrière épithéliale avec nécrose cellulaire, altération de l'épithélium cilié, modification rhéologique du mucus, altération de la phagocytose et modification de la réponse immunitaire. Cette modification de la réponse immunitaire intervient dans l'équilibre TH1-TH2 avec sécrétion d'interleukine 4 (IL4) à activité TH2 like. Les adénovirus favorisent, pour leur compte, la sécrétion d'IL11, s'accompagnant de prolifération fibroblastique d'où le risque de fibrose et d'évolution vers une bronchiolite oblitérante.

Cette meilleure connaissance des réponses immunitaires et inflammatoires permet d'envisager, dans l'avenir, de nouveaux traitements en dehors des traitements symptomatiques actuels, selon la chronologie, action possible d'anticytokine ou d'inhibiteur de la neuraminidase dans les 8 premiers jours, ou au-delà des 8 premiers jours, l'action des anti-protéases.

Le virus respiratoire syncytial

La bronchiolite à VRS : importance en clinique et santé publique

(B. Guillois, Caen)

Un rappel de la symptomatologie et de l'incidence des bronchiolites à virus respiratoire syncytial a été effectué. Celles-ci sont responsables d'un taux de morbidité élevé chez les enfants de moins d'un an. Le virus respiratoire syncytial est responsable de 43 à 74 % des cas de bronchiolites, et de 19 à 54 % des cas de pneumonies chez les enfants de moins de un an. Les facteurs de risques de bronchiolite sont bien identifiés : garçon, famille nombreuse, nombre d'enfants important par chambre, fréquentation des crèches, conditions socio-économiques défavorables, prématurité et altération préalable de la fonction respiratoire. Parmi les facteurs de gravité, la dysplasie broncho-pulmonaire, la prématurité, l'existence de pathologie sous-jacente (mucoviscidose, cardiopathie, ou déficit immunitaire) sont bien identifiées.

L'utilisation d'anticorps monoclonaux anti-VRS (Synagis®) semblerait, chez les prématurés dans les 6 premiers mois de vie et chez les enfants présentant une dysplasie broncho-pulmonaire, diminuer le taux d'hospitalisation qui passerait de 10,6 à 4,6 %. Un consensus est actuellement proposé pour utiliser ces produits chez les prématurés sans dysplasie broncho-pulmonaire de moins de 28 semaines avec un âge civil de moins de 12 mois en novembre ou chez les prématurés de 28 à 32 semaines âgés de moins de 6 mois au mois de novembre et chez les prématurés sans dysplasie pulmonaire de 32 à 35 semaines d'âge gestationnel, âgé de moins de 6 mois en novembre mais présentant des facteurs de risque sus-cités. Pour les enfants présentant une dysplasie broncho-pulmonaire, les indications sont portées chez les enfants d'un âge civil inférieur à 12 mois ou inférieur à 24 mois en cas d'oxygènothérapie à domicile.

Les vaccins anti-VRS et la physiopathologie de l'infection

(U. Power, Institut P. Fabre)

Les besoins en vaccins sont évidents vis-à-vis du VRS. Les premiers essais de vaccins inactivés par formol en 1967 ont été un échec. La structure glycoprotéinique du virus amène à proposer soit des vaccins par sous-unités (protéine F, protéine G, chimère FG), ou génétique inverse, soit des fragments d'acide nucléique. La stratégie sous-unitaire avec la protéine F permet de mettre en évidence des anticorps neutralisants et une bonne réponse cellulaire immunogène chez les enfants de plus de 12 ans. La protéine recombinante BBG2N1 étudiée en phase 1 et 2 chez les adultes montre des résultats très favorables sur le plan immunogène sur l'absence d'effet pathogène. Le problème des réinfections reste entier.

La recherche directe du VRS et des virus parainfluenzae

(F. Freymuth, Caen)

La recherche du VRS en sérologie est de délai trop long, la réponse survenant après la guérison. Les tests directs rapides sont très dépendants du prélèvement, de l'opérateur, de la souche infectante et de la technique de détection. Le prélèvement doit être méticuleux, nasal ou trachéal, mais jamais de prélèvement de gorge. La précocité du prélèvement avant le troisième jour de la bronchiolite est essentielle. Les techniques de détection actuelles font appel soit à l'immunofluorescence, soit à des tests immunoenzymatiques, soit à des techniques type PCR, de PCR cinétique. Chaque technique doit être évaluée, notamment dans les délais de réponse et les coûts afin de permettre un diagnostic en routine fiable.

Les coronavirus respiratoires

(A. Vabret, Caen)

Le coronavirus est un virus à ARN, à fort tropisme respiratoire. C'est un virus ubiquitaire, circulant de manière épidémique, en particulier l'hiver et au printemps chez l'enfant. L'incidence clinique des infections respiratoires à coronavirus est estimée entre 4 et 8 % par les méthodes sérologiques, 3 et 4 % par les techniques de PCR. La recherche systématique ne semble, actuellement, pas justifiée.

Les picornavirus en pathologie respiratoire

Le diagnostic des infections à rhinovirus

(L. Andreoletti, Paris)

Le rhinovirus est un virus à ARN, dont 108 sérotypes humains sont connus. Il s'agit d'un virus cosmopolite, essentiellement responsable de rhinite, transmis par les enfants par voie aérienne, par les sécrétions respiratoires, mais aussi par les mains et sur les surfaces. Deux pics sont connus : en mai et en automne. Les sérotypes 1 à 89 sont les plus fréquents. Le diagnostic virologique est classiquement fait par la méthode de référence en culture, mise en évidence de l'effet cytopathogène, mais les délais de réponses sont longs. Les techniques de biologie moléculaire à la recherche du génome viral montrent comparativement à la culture une bonne sensibilité (98 % et une spécificité de 85 %) avec la technique RT-PCR.

Les entérovirus sont-ils à rechercher en pathologie respiratoire ?

(B. Pozzetto , St-Étienne)

La responsabilité des entérovirus en pathologie respiratoire est estimée entre 12 et 26 % selon les études. Les entérovirus peuvent être responsables de rhinite chez l'adulte jeune, mais l'isolement, dans l'étude lyonnaise, ne met en évidence que 1 % d'identification chez les patients présentant une pathologie respiratoire. Dans des tableaux d'asthme de l'enfant, un entérovirus est retrouvé dans 10 % des cas (F. Freymuth). Cette communication soulève les perspectives en identification virale avec des PCR multiplexes permettant sur un prélèvement d'isoler 9 pathogènes.

Les virus respiratoires chez l'immunodéprimé

Quels virus rechercher chez l'immunodéprimé, dans quelles pathologies ?

(R. Verdon, Caen)

Prenant comme modèle la transplantation, R. Verdon a rappelé la chronologie dans laquelle les différents agents pathogènes peuvent être retrouvés : lors du premier mois, infections nosocomiales, bactériennes ou à Candida ; entre le premier et le sixième mois, infections opportunistes, virales, parasitaires ; au-delà du sixième mois, infections communautaires mais aussi, chez un sujet prédisposé, infection à CMV ou à papillomavirus, sans oublier les bactéries habituelles.

Diagnostic des pneumopathies à CMV

(M.-C. Mazeron, Paris)

Le cytomégalovirus a une forte séroprévalence et un tropisme pulmonaire. Chez les sujets immunocompétents, 6 % des pneumopathies infectieuses peuvent être identifiées comme à CMV. Le diagnostic repose, non pas sur les sérologies, mais plutôt sur le diagnostic direct par réplication virale dans le poumon ou recherche de dissémination. La présence d'ADN viral par technique PCR sur les liquides de lavage bronchoalvéolaire ou sur des biopsies est essentielle. La lésion anatomopathologique caractéristique est la présence de cellule à inclusion. La détection d'ADN chez des sujets greffés 2 semaines avant les signes de pneumopathie est possible. La positivité de la PCR à J30 de la greffe montre un risque accru de pneumopathie à CMV.

Les adénovirus

Pathologie respiratoire de l'enfant à adénovirus

(J. Brouard, Caen)

Les adénovirus le plus souvent responsables de la pathologie respiratoire chez l'enfant sont les sérotypes 4-7 ou 3-7-21. L'incidence est estimée entre 5 et 8 % des infections respiratoires. L'aspect clinique est souvent celui d'une pharyngite, d'une fièvre pharyngo-conjonctivale. L'atteinte du tractus inférieur va correspondre soit à une bronchite aiguë dans 5 % des étiologies, soit à une pneumopathie aiguë avec des sérotypes 3-7-21. Le propre de l'adénovirus est de s'accompagner de syndrome obstructif sévère avec évolution vers une bronchiolite oblitérante.

Les virus influenza

Prise en charge médicale de la grippe et les nouvelles molécules antivirus influenza

(P. Léophonte, Toulouse)

La grippe reste aujourd'hui grevée d'une mortalité, malgré son caractère bénin habituel. Les problèmes soulevés sont ceux des surinfections bactériennes et de la grippe maligne. La politique actuelle consiste, en France, à vacciner les sujets au-delà de 65 ans, à privilégier la vaccination du personnel soignant. La place des antiviraux (ribavirine, antineuramidase : zanamivir, oceamivire) reste difficile à déterminer ; leur administration doit être très précoce dans la maladie afin d'en arrêter l'évolution. Parmi les inhibiteurs de la neuramidase, le zanamivir est le chef de file. Il est actif sur les virus grippaux A et B. L'analyse montre qu'il réduit significativement de 1,5 jour la durée des symptômes. Il permet la réduction de la consommation des antibiotiques chez les sujets ayant une grippe confirmée. La prévention reste axée sur la vaccination malgré tout.


 

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