ARTICLE
Malgré la diminution de la séroprévalence
de la toxoplasmose, dont la moyenne nationale était estimée
à 54 % en 1995 contre 63 % en 1983, la France reste particulièrement
exposée au problème de toxoplasmose congénitale (4
à 5 séroconversion pergravidique, 1 transmission
materno-ftale) [1]. Ces données épidémiologiques
semblent justifier l'intérêt du programme officiel de prévention
instauré en 1978 visant tout d'abord à dépister les
femmes enceintes dépourvues d'anticorps, donc exposées au
risque d'infection congénitale et, ensuite, à instaurer
le plus précocement possible des mesures thérapeutiques
si nécessaire. L'identification précise de cette population
à risque est conditionnée par la qualité du test
de détection des IgG spécifiques. De nombreuses études
comparatives ont été effectuées entre les différentes
trousses commercialisées [2-6]. L'utilisation d'un étalon
international et d'une technique de référence tend à
diminuer les discordances [2, 7]. Pour cette population à risque
(IgG négatives), les tests de détection d'IgM antitoxoplasmiques
deviennent primordiaux : plus l'apparition des IgM est précoce,
sensible et spécifique et plus la mise en route de la thérapeutique
sera rapide et efficace [8, 9]. Les études comparatives des tests
d'IgM sont aussi nombreuses et pour la plupart récentes [4-6, 10-12].
Cependant, l'absence d'étalon international et la diversité
des techniques rendent leurs interprétations difficiles.
C'est dans ce cadre que nous avons testé lors de sa commercialisation
courant 2000, le test Access® Toxo IgM (II) (Beckman Coulter
INC). Nous l'avons comparé à l'ancien test Access®
Toxo IgM (I) à partir de 507 sérums tout venant ainsi qu'à
89 sérums sélectionnés (séroconversions, IgM
résiduelles, IgM non spécifiques). Cette étude comparative
a été associée à l'expertise de nos premiers
résultats en routine pendant 1 an, soit 11 000 sérologies
entre juin 2000 et juin 2001. Cela nous a permis de déterminer
la signification des résultats avec ce nouveau test lors du suivi
de femmes enceintes séronégatives ou de statut inconnu.
Matériel et méthodes
Échantillonnage de l'étude comparative
Une série de 507 sérums tout venant correspond
à l'ensemble des sérologies effectuées dans
notre laboratoire pendant 15 jours. Ce recrutement est composé
de 430 (85 %) prélèvements provenant de suivis de grossesse,
57 (11 %) prélèvements provenant de suivis d'immunodépression
(service d'infectiologie, hématologie, oncologie et de greffe d'organes)
et 20 (4 %) prélèvements provenant d'autres services.
Sur ces 507 sérums ont été effectués en parallèle
les Kits Access® Toxo IgM (I) et (II) ainsi que le Kit
Access® Toxo IgG (Beckman Coulter INC).
Quatre-ving-neuf sérums ont été sélectionnés,
correspondant à 48 sérums provenant de suivis longitudinaux
post-séroconversion (11 femmes enceintes), et 41 sérums
avec soit des IgM résiduelles (IgG positive, IgM positive
ou douteuse avec l'un ou l'autre des Kits Access®, avidité
forte), soit des IgM non spécifiques (IgG négative, suivi
d'un minimum de 2 mois sans évolution et sans traitement, IgM positive
ou douteuse avec le kit Access® Toxo IgM I). Sur ces 89
sérums ont été effectuées (en plus des 3 techniques
Access®) les techniques suivantes : IFI IgG et IgM, ISAgA®
IgM (Biomérieux), et l'Avidité IgG Vidas®
(Biomérieux) (pour les sérums IgG positif).
Population suivie pendant 1 an avec le nouveau
test Access®
Le test Access® Toxo IgM (II) a été réalisé
à partir de 11 000 sérums en technique de routine entre
juin 2000 et juin 2001. Ces résultats ont été comparés
à ceux obtenus l'année précédente (juin 1999-juin
2000) sans modification de recrutement entre les 2 années, et ceci
en vue d'évaluer l'évolution générale de ce
test. De manière systématique pour ces 2 années,
les techniques IFI IgM et ISAgA® IgM ont été
effectuées dès que la valeur des IgM était supérieure
ou égale au seuil préconisé par Beckman Coulter Inc
(0,8 S/CO et 100 AU/mL).
Techniques
Test Access® Toxo IgM (I)
Le test Access® Toxo IgM (I) est un dosage immuno-enzymatique
qui utilise une technique sandwich habituelle. Ce test n'est plus commercialisé.
Le seuil de positivité, exprimé en unité arbitraire
(UA) est de 140 avec une zone équivoque entre 100 et 140.
Test Access® Toxo IgM (II)
Le test Access® Toxo IgM (II) est un dosage immuno-enzymatique
qui utilise le principe de l'immunocapture en deux étapes. Le seuil
de positivité exprimé par le rapport signal/cut-off, (S/CO),
est de 1 avec une zone équivoque entre 0,8 et 1.
Test ISAgA® IgM
Cette technique commercialisée par BioMérieux utilise
des toxoplasmes entiers formolés. C'est une réaction d'agglutination
sur plaque associée à une immunocapture des IgM. Le seuil
de positivité exprimé en indice (allant de 0 à 12)
est de 9 avec une zone équivoque de 6 à 8 inclus.
Détermination de la sensibilité
et de la spécificité des tests Access® IgM
(I) et (II) et analyse statistique
La détermination de la sensibilité et de la spécificité
sera effectuée avec les critères de positivité et
de négativité suivants :
- la négativité des tests IgM Access® (I)
et (II) a été confirmée, soit par l'absence d'évolution
significative en IgG (IgG négative) sur une durée minimale
de deux mois (3 sérums) en l'absence de traitement, soit par un
test d'ISAgA® négatif quand le suivi n'a pas été
possible ;
- la positivité des tests IgM Access® (I) et (II)
a été confirmée par un test d'ISAgA®,
reflet soit d'une infection récente (titre évolutif), soit
d'affection plus ancienne (titre stable en IgG, IgM résiduelles).
Les comparaisons de la spécificité, de la sensibilité
et du pouvoir de discrimination des deux tests Access®
Toxo IgM sont réalisées grâce au test de khi2,
signification p < 0,05.
Résultats
Étude comparative à partir des
507 sérums tout venant, détermination du pouvoir de discrémination,
spécificité
Sur ces 507 sérums, 493 ont été négatifs
avec les deux techniques (Access I et II®), 3 ont été
positifs avec les deux techniques et confirmés par un test ISAgA®
et 11 ont présenté des résultats discordants (tableau
1) entre les différentes techniques.
Par ailleurs, le test Access® Toxo IgM (II) s'avère
plus discriminant : 100 % (438/438) des sérums IgG négatif
sont inférieurs à une valeur correspondant à 50 %
du seuil (0,5 S/CO ou 70 AU/ml) contre seulement 94 % pour l'ancien
test (p < 0,001).
La spécificité a été évaluée
à partir des 438 sérums séronégatifs et ne
présentant pas d'évolution de leur titre en IgG et en IgM
dans les 2 mois qui ont suivi et/ou un ISAgA® négatif
lorsque le suivi n'a pas été possible. Elle est de 100 %
pour le nouveau test contre 98,6 % pour l'ancien test (p = 0,01).
Étude comparative à partir des
89 sérums sélectionnés
Détermination de la sensibilité
des deux tests Access®
La sensibilité a été déterminée uniquement
à partir de sérums post-contamination toxoplasmique datée
(délai : 10 jours à 13 mois) (tableau 2). Seuls 33
sérums sur les 48 présentés dans le tableau 2
présentent un ISAgA® positif. À partir de
ces 33 sérums, nous avons voulu évaluer la sensibilité
des deux tests Access® : 100 % (32/32, quantité
insuffisante pour 1 sérum) pour le nouveau test contre 97 % (32/33)
pour l'ancien test (différence non significative).
Comparaison des deux tests Access®
avec l 'ISAgA®
Cette comparaison a porté sur 41 sérums à problèmes,
présentant soit des IgG négatives, soit des IgG positives
et un index d'avidité élevé, et ayant au moins un
test Access® IgM positif ou douteux.
Comme le montrent les tableaux 3b et 3d, la corrélation
entre l'ISAgA® et le nouveau test Access®
est très satisfaisante. Cependant, deux sérums avec une
avidité forte et présentant un ISAgA® douteux
se sont révélés négatifs avec le nouveau test.
Pour les 15 autres sérums présentant un ISAgA®
positif ou douteux, le nouveau test est positif et confirme l'ISAgA®.
Ces données comparées à celles des tableaux 3a
et 3c démontrent d'une part, une meilleure spécificité
et, d'autre part, une détection plus importante des IgM spécifiques
résiduelles du nouveau test par rapport à l'ancien.
Détermination de la précocité
d'apparition des IgM
Avec le seuil de 1 S/CO, le nouveau test devient positif de manière
plus précoce que l'ancien test (pour 1 séroconversion sur
11). Il paraît avoir une cinétique d'apparition identique
à celle de l'ISAgA® (tableau 2). Ce nouveau
test n'a d'ailleurs jamais été mis en défaut par
rapport à l'ISAgA® en début de séroconversion.
Étude à partir des 11 000 sérologies
effectuées en routine avec le nouveau test Access®
Sur ces 11 000 sérologies (juin 2000-juin 2001), seules 213 (1,9
%) se sont révélées positives ou douteuses avec le
nouveau test. Cinquante-huit sérums ne provenant pas de suivi de
femme enceinte ne seront pas traités dans cette étude. Cent
cinquante-cinq tests correspondent à des suivis de grossesse de
58 patientes. Sur ces patientes présentant des IgM antitoxoplasmiques
avec le test Access® IgM (II) :
- 6 (10 %) présentaient des IgM non spécifiques (absence
de séroconversion au cours de la grossesse, IgM variables entre
1,02 à 3,46 S/CO et non confirmées par lSAgA®)
;
- 37 (64 %) présentaient des IgM résiduelles avec présence
d'IgG : 27 /37 cas avaient un index d'avidité élevé
(> 0,3) et 10/37 cas avaient des antériorités connues
(antériorité d'au moins 4 mois) ce qui nous a permis d'exclure
une séroconversion récente survenue pendant les premiers
mois de grossesse (IgM variables entre 1,02 et 11,34 S/CO) ;
- 15 (26 %) correspondaient à des séroconversions récentes
datées et confirmées sur un second prélèvement
pendant la grossesse (IgM variables entre 1,00 et 65,83 S/CO).
Ces chiffres sont à comparer à ceux observés lors
de l'année précédente à partir d'un nombre
identique de sérologie avec l'ancien test Access®
Toxo IgM (I) (figure 1a et 1b). En effet, avec l'ancien test les
pourcentages sont différents. Sur 78 patientes présentant
des IgM :
- 38 (48 %) correspondaient à des IgM non spécifiques
(absence de séroconversion au cours de la grossesse, IgM variables
entre 140 à 186 AU/mL et non confirmées par l'ISAgA®)
;
- 27 (35 %) correspondaient à des IgM résiduelles avec
présence d'IgG, (IgM variables entre 142 et 770 AU/mL) ;
- 13 (17 %) correspondaient à des cas de séro-conversions
récentes (IgM variables entre 168 et 770 AU/mL).
Discussion
Dans ce travail, notre objectif était double :
- définir certains critères de fiabilité avec le
nouveau test (spécificité, sensibilité), mais aussi
d'autres paramètres comme la précocité d'apparition,
le pouvoir de discrimination et la mise en évidence d'IgM résiduelles
;
- évaluer la signification de la présence IgM avec le
nouveau test lors de son utilisation en routine.
L'étude comparative stricto sensu n'est pas d'un intérêt
majeur, l'ancien test n'étant plus commercialisé. De plus,
Decoster et al., ont effectué en 2000 une étude comparative
avec deux autres tests largement utilisés (Test Axsym®
Abbott et Vidas® Biomérieux) et ont conclu à
la concordance entre les trois tests et à la qualité du
test Access® par rapport aux deux autres. En revanche,
nous avons voulu compléter leurs résultats par l'évaluation
de la sensibilité, la spécificité, et la mise en
évidence d'IgM résiduelles, critère difficile à
définir en l'absence de technique de référence suffisamment
sensible. Les équipes françaises [4, 6, 11] utilisent volontiers
l'ISAgA® comme technique de référence. Elle
a l'avantage d'être sensible et de cinétique précoce
[13]. Les équipes anglo-saxonnes utilisent quant à elles,
dans certains cas [10, 14] un test personnel (Elisa IgM palo alto medical
fondation) qui paraît moins sensible, ce qui peut induire des
contresens majeurs lors de la détermination de ces critères
de fiabilité [14]. Comme le soulignent Pelloux et al. en
1997 [15], il nous a semblé nécessaire de dissocier l'analyse
des sérums IgG négatif, des sérums IgG positif. Les
sérums IgG négatif n'évoluant pas sur 2 mois de suivi
(3 sérums) devraient être dépourvus d'IgM spécifiques.
À l'inverse, les sérums IgG positif peuvent présenter
des IgM résiduelles pouvant persister plusieurs années [16].
Dans ces cas, l'ISAgA® sera utilisée pour confirmer
ou infirmer la présence d'IgM. Ces critères de positivité
et négativité éliminent toute ambiguïté
possible pour la détermination de la spécificité
et de la sensibilité.
La spécificité (98,6 %) des IgM avec l'ancien test paraissait
perfectible même si les études comparant celui-ci à
d'autres trousses commercialisées [6, 17] n'ont pas révélé
un manque flagrant de spécificité. Ce problème nous
a semblé cependant majeur. En effet, 1 test sur 70 environ présentait
des IgM (valeur comprise entre 140 à 186 AU/mL) alors qu'aucune
autre technique IgM, ni d'ailleurs le suivi sérologique, ne le
confirmait. Ce problème majeur a été résolu
lors de la mise sur le marché du test Access® Toxo
IgM (II) : celui-ci présente une excellente spécificité
de 100 %. L'expérience sur une année montre cependant que
cette spécificité n'est pas parfaite puisque environ 1 test
sur 500 correspondrait à un faux positif. Cette augmentation de
spécificité est associée à la diminution du
bruit de fond non spécifique et donc à un pouvoir de discrimination
plus important avec, comme le soulignent Decoster et al. en 2000,
un nombre plus faible de cas limites par rapport aux autres techniques.
Mais ce nombre plus faible peut être aussi lié à la
faible amplitude de la zone « grise » : 0,8 à 1 S/CO.
Au regard de cette faible amplitude, mais aussi de la spécificité
et du pouvoir de discrimination, il nous paraît justifié
d'élargir cette zone « grise » entre 0,5 et 1 S/CO (dans
ces cas, nous effectuons un ISAgA® IgM systématiquement).
Avec ce nouveau seuil, la spécificité reste toujours satisfaisante
(100 % pour notre échantillonnage) et donc bien supérieure
à l'ancien test (98,6 %). Plus important, comme le montrent les
différents suivis de séroconversion, 1 cas aurait été
détecté à J10 alors qu'il ne l'a été
qu'à J35 (tableau 2, cas AYA). Ce test réputé
plus précoce et plus sensible que ses concurrents [11] le devient
encore plus avec ce nouveau seuil. D'ailleurs, la cinétique d'apparition
des IgM avec ce nouveau seuil est identique à l'ISAgA®.
En revanche, cette augmentation de sensibilité (quel que soit le
seuil utilisé) est associée à une plus grande fréquence
de détection des IgM résiduelles (tableau 3, figure 1).
En effet, comme le montrent d'autres études récentes [11,
12, 18], la dernière génération de test tend à
devenir de plus en plus sensible et à détecter plus fréquemment
des IgM résiduelles : 35 % des cas avec l'ancien test contre 64
% avec le test Access IgM (II) pour notre étude. Ainsi, certaines
femmes peuvent garder le même taux d'IgM résiduelles d'une
grossesse à l'autre avec 2 ou 3 années, voire plus, de délai
entre les grossesses. Dans ces cas, le plus important est de disposer
d'un test d'exclusion tel que le test d'avidité qui permet d'exclure
une séroconversion récente de moins de 4 mois. Ces IgM résiduelles
associées à un index d'avidité élevé
sont pour nous sans signification de risque potentiel ftal. Si le
suivi de la toxoplasmose chez une femme de statut inconnu commence au
cours du deuxième mois, un index d'avidité élevé
permet d'exclure une séroconversion périconceptionnelle
avec une marge de 2 à 3 mois voire plus [19 ; expérience
personnelle, données non publiées]. L'association d'un test
sensible et précoce comme le test Access® IgM (II)
à un test d'exclusion comme le test d'avidité est donc recommandé
et permet de ne suivre et de ne traiter que les grossesses réellement
à risque.
CONCLUSION La
sensibilité et la précocité d'un test IgM antitoxoplasmique
sont indispensables à la prise en charge rapide d'une séroconversion
pendant la grossesse. Le test Access® IgM (II) répond
parfaitement à ces caractéristiques. En revanche, l'augmentation
de la sensibilité est associée à la mise en évidence
d'IgM résiduelles de plus en plus fréquentes qu'il faudra
apprendre à connaître et à gérer. Lorsque pour
un suivi de grossesse et en l'absence de statut sérologique connu,
une patiente présente une sérologie toxoplasmique positive
avec présence d'IgM, il faudra effectuer des tests complémentaires
tel que le test d'avidité pour déterminer le caractère
récent ou résiduel de celles-ci. En revanche, lors d'une séroconversion,
la mise en évidence d'IgM par un test automatisé spécifique
confirmée par une autre technique (ISAgA®) sera suffisante
pour instaurer un traitement et une prise en charge immédiate. Un
second prélèvement à distance (15 jours) ne servira
alors qu'à confirmer le précédent. REFERENCES
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