ARTICLE
Un des principaux effets secondaires liés à l'utilisation
des thérapeutiques antiprolifératives, en particulier avec
les chimiothérapies employées au cours du traitement des
tumeurs solides, des hémopathies malignes ou du conditionnement
pour greffe de moelle osseuse, est constitué par leur redoutable
toxicité médullaire. Cette toxicité est particulièrement
importante en ce qui concerne la lignée granulocytaire et aboutit
à une neutropénie, voire une agranulocytose, qui par leurs
conséquences sur la morbidité et la mortalité liées
à des phénomènes infectieux, constituent un facteur
limitant les posologies administrables. La mise en évidence et
l'obtention sous forme médicamenteuse de facteurs de croissance
hématopoïétiques, tels le G-CSF ou le GM-CSF, actifs
spécifiquement sur cette lignée, constituent donc un progrès
important dans ce domaine. L'utilisation de ces deux molécules,
qui ont reçu l'AMM en France après de nombreux essais cliniques,
a d'ores et déjà permis de montrer leur intérêt
dans des indications précises.
Granulocyte macrophage
colony-stimulating factor (GM-CSF)
Le GM-CSF a été initialement défini comme un facteur
stimulant la formation de colonies de neutrophiles et de macrophages [1].
En fait son action est extrêmement proche de celle de l'interleukine
3 (IL3).
Abréviations
CFU : colony-forming unit
BFU : burst-forming unit
CFU-GEMM : progéniteurs présentant plusieurs
potentialités (granulocytaire, érythrocytaire, mégacaryocytaire
et macrophagique)
BFU-E et CFU-E : progéniteurs des érythroblastes
CFU-Meg : progéniteurs des mégacaryocytes
CFU-GM : progéniteurs des granulocytes neutrophiles
et des macrophages
CFU-G : progéniteurs des granulocytes neutrophiles
CFU-M : progéniteurs macrophagiques
CFU-Eo : progéniteurs des granulocytes éosinophiles
CFU-Baso : progéniteurs des granulocytes basophiles
CFU-Blast : colony-forming unit-blast (progéniteurs
très immatures donnant des colonies de cellules blastiques en culture)
CFU-S : colony-forming unit in spleen (progéniteurs
qui, lorsqu'ils sont injectés à une souris irradiée,
donnent naissance à des colonies de cellules hématopoïétiques
dans la rate)
M-CSF : macrophage colony stimulating factor
G-CSF : granulocyte colony stimulating factor
GM-CSF : granulocyte-macrophage colony stimulating factor
IL : interleukine
LTC-IC : long-term culture initiating cell (progéniteurs
très immatures présents dans les cultures médullaires
à long terme et capables de donner des colonies lorsqu'ils sont
transplantés dans un milieu de culture de type semi-solide)
Structure
Le GM-CSF humain a été purifié à l'homogénéité
à partir de surnageants de culture de la lignée Mo (lignée
lymphoïde infectée par le virus HTLV2) ou de lymphocytes T
normaux, et son gène a été cloné. Le gène
humain du GM-CSF est situé sur le chromosome 5. Il s'agit d'une
glycoprotéine de poids moléculaire 22 kDa, avec un PM de
14 kDa pour le polypeptide non glycosylé (127 acides aminés).
L'existence de deux ponts disulfures maintient la structure tridimensionnelle
de la molécule. En outre, la glycosylation n'est pas indispensable
à l'activité biologique in vivo ou in vitro
[2]. Les deux protéines humaine et murine ont une homologie de
54 %, mais il n'y a pas de réactivité croisée entre
les deux espèces. Le GM-CSF est synthétisé par les
lymphocytes T, les macrophages, les fibroblastes, les cellules endothéliales
et les cellules du stroma médullaire [3].
Propriétés biologiques
L'action du GM-CSF est polymorphe, avec une activité aussi bien
sur la plupart des progéniteurs que sur les cellules matures des
lignées monocytaires et granulocytaires neutrophiles et éosinophiles,
dont il augmente la survie et les fonctions phagocytaires et adhésives.
Les récepteurs du GM-CSF et de l'IL3 appartiennent à la
famille des récepteurs aux facteurs de croissance, ils sont hétérodimériques.
Alors que la chaîne de liaison alphade chacun de ces facteurs de
croissance est différente, la deuxième chaîne de leur
récepteur, chaîne de transduction beta, est commune, expliquant
les effets extrêmement proches de ces deux facteurs de croissance.
Le nombre de récepteurs par cellule est faible (quelques centaines
seulement) [2]. La partie N-terminale de la chaîne alpha semble
avoir un rôle dans la formation de la poche de liaison au GM-CSF
et d'un complexe stable entre les chaînes alpha et beta [4]. En
outre, sa partie intracellulaire semble indispensable à l'activité,
mais pas à la liaison du facteur de croissance, comme cela a été
montré avec l'IL3. L'agrégation des deux chaînes du
récepteur est indispensable à l'activité du GM-CSF.
Il semblerait que ce soit le GM-CSF qui provoque la formation du complexe
entre les chaînes alpha et beta et qui stabilise ce complexe [5].
Néanmoins, un complexe entre les chaînes alpha et beta semble
pouvoir se former sans GM-CSF et favoriser la survie cellulaire [5].
La formation du complexe GM-CSF-récepteur induit une série
de phosphorylations. Celles-ci ont lieu alors que les domaines intracytoplasmiques
du récepteur au GM-CSF ne présentent aucune activité
de type protéine tyrosine-kinase [6]. Ces activités sont
assurées par des tyrosines-kinases dont certaines sont associées
à la partie proche de la membrane du segment intracellulaire de
la chaîne beta [7, 8]. Les protéines kinases activées
par le complexe GM-CSF-récepteur sont Fes, Jak et Lyn [6, 8, 9].
Elles phosphorylent d'autres protéines permettant leur propre activation,
telles la phosphatidyl-inositol-3-kinase [9] ou des protéines de
la famille Stat. Ces protéines Stat, une fois phosphorylées,
s'organisent en homo- ou hétérodimères et migrent
alors vers le noyau de la cellule où elles ont un rôle de
facteur de transcription [6, 8]. En effet, elles possèdent vers
leur centre une région qui peut lier l'ADN [8].
La liaison du GM-CSF à son récepteur a lieu tant sur les
progéniteurs (CFU-Blast, CFU-GEMM, CFU-GM, CFU-G, CFU-M, CFU-Eo,
CFU-Meg et BFU-E) que sur les cellules matures (neutrophiles, éosinophiles,
monocytes) [3, 10]. Le GM-CSF induit la prolifération des progéniteurs
(même les plus précoces). Son action semble plus précoce
que celle du G-CSF et il induit la production de colonies de macrophages
et d'éosinophiles ainsi que de colonies mixtes de neutrophiles
et de macrophages [10]. En effet, en plus de favoriser la survie des progéniteurs,
le GM-CSF les conduit vers la production de neutrophiles, d'éosinophiles
et de monocytes (puis de macrophages). En outre, le GM-CSF possède
également une action sur les cellules matures (neutrophiles, éosinophiles
et macrophages) dont il favorise la survie et stimule l'activité
[3, 10-12].
Indications thérapeutiques
de l'AMM
Il existe actuellement une seule forme commerciale de GM-CSF (tableau
1) : le Leucomax® dont la DCI (dénomination
commune internationale) est molgramostime. Il s'agit d'une molécule
humaine recombinante produite par génie génétique
en utilisant une souche d'E. coli. Le rh-GM-CSF produit n'est pas
glycosylé et comporte 127 acides aminés (PM de 14 477 daltons).
Les indications de l'AMM du Leucomax® sont la réduction
de la durée des neutropénies sévères et de
leurs complications :
- telles qu'elles surviennent lors de l'emploi de chimiothérapies
cytotoxiques connues pour être associées à une incidence
significative de neutropénies fébriles ;
- chez les patients recevant une thérapie myélosuppressive
suivie de greffe de moelle osseuse autologue ou syngénique ; cependant,
le Leucomax® n'améliore pas la survie globale et
ne retarde pas une rechute. Les allogreffes ne sont pas une indication
de Leucomax® ;
- au cours du traitement par ganciclovir chez les patients présentant
une rétinite à cytomégalovirus (CMV) liée
au sida, afin de maintenir la dose efficace de ganciclovir après
échec ou contre-indication à un traitement alternatif.
* Définition de la neutropénie
fébrile
Avant de discuter ces indications, il convient de définir ce
que l'on appelle une « neutropénie fébrile » :
il s'agit généralement d'une neutropénie absolue
inférieure à 0,5 x 109/l et accompagnée
d'une fièvre supérieure ou égale à 38,5 °C
durant plus d'une heure [13]. D'autre part, le traitement des neutropénies
peut se faire selon plusieurs modes [13] :
- en prophylaxie primaire : avant l'apparition d'une neutropénie
éventuellement fébrile lors du premier cycle de traitement
;
- en prophylaxie secondaire : ce traitement n'a lieu que si le patient
a déjà présenté un épisode de neutropénie
fébrile lors d'un cycle de traitement précédent ;
- en traitement curatif : le GM-CSF est commencé comme traitement
de la neutropénie ou de la neutropénie fébrile, après
leur déclaration.
* Protocoles d'évaluation
Parmi les critères permettant l'évaluation des traitements
par facteurs de croissance (tableau
2), seuls quelques-uns sont généralement pris en
compte dans la plupart des études publiées. En outre, d'autres
facteurs peuvent influencer les résultats des traitements par facteurs
de croissance hématopoïétiques [14] : l'âge des
patients au début du traitement, le stade de la maladie, le schéma
thérapeutique de l'administration des facteurs de croissance hématopoïétiques,
le type de facteur de croissance hématopoïétique utilisé.
Le type de facteur de croissance hématopoïétique
utilisé revêt une importance particulière pour le
GM-CSF. En effet, les propriétés du rh-GM-CSF sont différentes
selon la souche productrice. Lorsque le rh-GM-CSF est produit par des
levures (sargramostim ou Leukine®, Immunex, non commercialisé
en France), il est glycosylé et fait preuve d'une cinétique
plus lente dans le sang. C'est également le cas d'un autre rh-GM-CSF
glycosylé (regramostim, non commercialisé, produit par des
cellules CHO de hamster) [14]. En outre, le sargramostim semble induire
la génération d'une moins grande quantité de leucotriènes,
sources d'effets secondaires. Ces effets (rétention d'eau, augmentation
des symptômes respiratoires, de la fièvre ou des myalgies)
paraissent plus importants avec les facteurs non glycosylés. Enfin,
un taux de distribution plus lent semble induire une augmentation plus
importante du nombre de leucocytes chez le volontaire sain [14].
* GM-CSF et prophylaxie de la neutropénie
Dans une étude randomisée en double aveugle contre placebo,
portant sur des patients atteints de myélome multiple de haut risque,
le GM-CSF a été administré à la dose de 5
µg/kg/j après chimiothérapie [15]. En dépit
d'une amélioration significative de la neutropénie et d'une
tendance à la diminution du nombre de journées d'hospitalisation
dans le groupe GM-CSF par rapport au groupe placebo, les auteurs concluent
qu'une transplantation de cellules souches est préférable
à l'utilisation du GM-CSF après la chimiothérapie.
En effet, il n'est pas apparu de diminution de la mortalité et
de la morbidité chez les sujets traités par GM-CSF par rapport
au placebo [15].
Cette absence d'amélioration de la mortalité après
traitement par le GM-CSF est assez généralement rapportée
[13]. Cependant, l'utilisation de ce facteur de croissance hématopoïétique
(comme celle du G-CSF) présente un intérêt économique
du fait de la réduction du nombre de journées d'hospitalisation.
L'emploi des facteurs de croissance hématopoïétiques
ne présente cet intérêt que lorsque la chimiothérapie
envisagée provoque un risque de neutropénie fébrile
supérieur à 40 % [13]. L'intérêt économique
est également retrouvé dans une étude récente
[16] au cours de laquelle ont été administrés GM-CSF,
G-CSF ou un placebo, et dont le seul critère d'inclusion était
la neutropénie sévère quelle que soit la chimiothérapie.
Cette étude montrait aussi une diminution du nombre de jours de
neutropénie et des journées d'hospitalisation après
utilisation du GM-CSF.
En prophylaxie des traitements anticancéreux, la dose recommandée
est de 5 à 10 µg/kg/j en sous-cutané, commencée
24 heures après la chimiothérapie et continuée jusqu'à
normalisation du nombre des neutrophiles (109/l et stabilité
pendant 3 jours ont été proposés).
* GM-CSF et greffe de cellules souches
Une étude récente rapporte l'utilisation de GM-CSF (5
µg/kg/j) ou de placebo après transplantation de cellules souches
sanguines, suite à une chimiothérapie à forte dose
chez des patients atteints de cancers de mauvais pronostic [17]. Les auteurs
n'ont pas trouvé de différence entre GM-CSF et placebo en
ce qui concerne le délai de recouvrement des neutrophiles ou des
plaquettes, la durée d'hospitalisation, le nombre de jours d'antibiothérapie,
le nombre d'infections ou celui des transfusions globulaires ou plaquettaires.
Seule une différence significative a été retrouvée
dans le nombre moyen de journées fébriles en faveur du placebo.
Une autre étude concernant des greffes de cellules souches médullaires
ou sanguines a été réalisée en double aveugle,
randomisée et multicentrique avec du GM-CSF (10 µg/kg/j) ou
un placebo [18]. Elle montre que l'augmentation du nombre des neutrophiles
est plus rapide avec le GM-CSF, que la durée d'hospitalisation
est plus courte, mais que le nombre de patients quittant l'étude
à cause des effets secondaires est également plus important.
Il faut noter que, dans cette étude, le GM-CSF n'a pas eu d'incidence
sur le délai de rechute ou sur la survie.
Les recommandations concernant les facteurs de croissance hématopoïétiques
préconisent leur utilisation pour les greffes de moelle mais pas
de façon systématique pour les greffes de cellules souches
sanguines [13]. La posologie recommandée est de 10 µg/kg/j
en intraveineux (IV) en perfusion de 4 à 6 heures jusqu'à
recouvrement de 109 neutrophiles/l, à concurrence de
30 jours maximum.
Un certain nombre d'études ont été publiées
à propos des greffes allogéniques. Une étude récente
[19] en double aveugle, randomisée, avec GM-CSF contre placebo
et avec un suivi de 5 ans a mis en évidence un nombre de neutrophiles
plus important au 14e jour dans le groupe traité par
GM-CSF. Après 5 ans, cette étude ne montre pas plus de réactions
du greffon contre l'hôte, de rechutes ou d'autres effets secondaires
telles les myélodysplasies dans le groupe traité par GM-CSF
par rapport au groupe placebo.
Plusieurs études ont été publiées concernant
l'utilisation du GM-CSF pour augmenter le nombre de cellules souches sanguines,
mais cette indication n'est actuellement pas retenue pour l'AMM du molgramostime
[13].
* GM-CSF et traitement des rétinites à
CMV
En ce qui concerne les rétinites à CMV traitées
par ganciclovir, une étude en double aveugle contre placebo a montré
une diminution de la fréquence des neutropénies sévères
chez 85 patients intolérants au ganciclovir, ce qui a permis de
poursuivre le traitement chez ces sujets. Dans cette indication, la posologie
est de 5 µg/kg/j en sous-cutané, commencée dès
que le chiffre des polynucléaires neutrophiles est en dessous de
109/l. Ce traitement est prolongé tant que dure l'administration
de ganciclovir, mais peut être arrêté si les neutrophiles
dépassent 1,5 x 109/l. Si la neutropénie réapparaît,
le GM-CSF est repris à demi-dose. En revanche, si le chiffre de
polynucléaires neutrophiles persiste à une valeur inférieure
à 0,75 x 109/l, il convient d'arrêter le traitement
par le GM-CSF.
Effets secondaires du traitement par le GM-CSF
Les plus fréquemment observés sont mineurs ou modérés.
Ce sont : fièvre, nausée, dyspnées, diarrhées,
rash, tremblement, réaction cutanée au site d'injection
lors de l'administration sous-cutanée, vomissements, fatigue, anorexie,
douleurs musculaires et osseuses, asthénie. On observe plus rarement
des douleurs thoraciques non spécifiques, stomatites, céphalées,
sueurs, douleurs abdominales, prurit, étourdissements, dèmes
périphériques, paresthésies et myalgies.
Les réactions graves sont heureusement rares, mais peuvent prendre
la forme d'anaphylaxie, de bronchospasme, d'insuffisance cardiaque, de
syndrome de fuite capillaire, de troubles vasculaires cérébraux,
de confusions, de convulsions, d'hypotension, de troubles du rythme cardiaque,
d'hypertension intracrânienne, d'épanchement péricardique,
de péricardite, d'épanchement pleural, d'dème
pulmonaire, de syncope, etc.
Pendant un traitement au long cours, on observe les modifications biologiques
suivantes : diminution de la concentration d'albumine, augmentation du
nombre d'éosinophiles, diminution des plaquettes et du taux d'hémoglobine.
L'apparition d'anticorps antimolgramostime a été observée,
sans diminution de l'efficacité du traitement.
Enfin, des terrains à risque ont été déterminés
: il s'agit de patients atteints de sida sous traitement antiviral et
de patients recevant un traitement cytotoxique induisant un risque de
thrombopénie. De plus, les patients avec antécédents
pulmonaires ont des risques de troubles respiratoires ou de réaction
d'hypersensibilité.
Granulocyte colony-stimulating
factor (G-CSF)
Structure
Il s'agit d'un facteur essentiellement actif sur la lignée granulocytaire
neutrophile. Le gène qui code pour le G-CSF est situé dans
la région q21-q22 du chromosome 17. C'est une glycoprotéine
monomérique de poids moléculaire 19 kDa lorsqu'elle n'est
pas glycosylée et de 25 kDa après O-glycosylation. La glycosylation
n'est pas nécessaire à l'activité du G-CSF, mais
elle semble le stabiliser in vitro. Elle ne modifie pas la quantité
de progéniteurs recueillis par cytaphérèse lorsque
des molécules glycosylées ou non sont administrées
à activité biologique équivalente (en unités)
[20]. Le G-CSF comporte 174 acides aminés. La molécule contient
deux ponts disulfures indispensables à son activité.
Propriétés biologiques
Deux points sont à souligner concernant les propriétés
du G-CSF :
- le facteur murin et le facteur humain ont une grande homologie et
leur activité est croisée,
- le G-CSF est relativement spécifique de la lignée granuleuse,
y compris des formes les plus matures, mais il a une action plus large.
Il agirait en particulier en synergie avec l'IL3 et le facteur steel
(ou stem cell factor) sur les CFU-S et les LTC-IC.
Le G-CSF est sécrété par les monocytes, les fibroblastes,
les macrophages, les cellules endothéliales et les cellules du
stroma médullaire.
Le G-CSF se fixe sur un récepteur spécifique constitué
par une sous-unité protéique d'environ 150 kDa [21]. Il
en existe quelques centaines par cellule [22] et ces récepteurs
possèdent une forte affinité pour leur ligand. Celle-ci
est en fait dépendante du degré de polymérisation
du récepteur : l'affinité est faible lorsqu'il est sous
forme monomère et forte lorsqu'il se présente sous forme
d'oligomère. Le récepteur possède une structure hybride
avec un domaine d'immunoglobuline, des domaines semblables à la
fibronectine de type III et un domaine présentant une analogie
importante avec le récepteur de la prolactine [6, 21, 23]. Son
homodimérisation semble possible, conduisant à une activation
des cellules sans fixation du ligand [6]. La fixation du G-CSF sur son
récepteur entraîne l'activation de plusieurs protéines
à activité tyrosine kinase qui n'appartiennent pas au récepteur
mais lui sont associées : Jak1, Jak 2, Lyn et Syk [6, 8, 24]. De
même que pour le récepteur du GM-CSF, il y a ensuite activation
de protéines Stat, et en particulier Stat 3 [6, 8].
Au sein des cellules hématopoïétiques, les récepteurs
au G-CSF sont situés sur la membrane des CFU-GM et des éléments
plus matures de la lignée granulocytaire neutrophile [10, 25].
Ils apparaissent également au niveau des plaquettes, des cellules
endothéliales et du placenta [23]. Certaines cellules leucémiques
présentent des récepteurs au G-CSF et sont capables de se
différencier sous son influence [25]. Ce problème spécifique
sera évoqué ultérieurement.
Le G-CSF est essentiellement un facteur spécifique des cellules
de la lignée granulocytaire neutrophile. Il induit la prolifération
des précurseurs de la lignée granulocytaire et leur différenciation
en polynucléaires neutrophiles [21, 26]. Le nombre de récepteurs
au G-CSF varie de 50 à 500 par cellule, et ce nombre augmente avec
le niveau de maturation des cellules. Les résultats des premières
études faisant part d'un effet biologique du G-CSF sur des cellules
pluripotentes (CFU-GEMM) et des précurseurs érythrocytaires
(BFU-E) étaient en fait le reflet de la libération de facteurs
secondaires par des cellules accessoires stimulées par cette molécule
[27].
Après administration de G-CSF chez le volontaire sain, on observe
une neutropénie brève suivie d'un retour rapide à
la normale vers la quatrième heure [28, 29], le taux de neutrophiles
s'élevant dès la vingt-quatrième heure [21, 27, 28,
30, 31]. L'administration de G-CSF modifie l'aspect des neutrophiles en
induisant l'apparition de corps de Dohle, de granulations toxiques et
d'un « left shift » [21, 28, 29]. Au niveau médullaire,
l'administration de G-CSF induit une augmentation du pourcentage de promyélocytes
et une élévation de la cellularité globale [21, 28,
29, 31]. L'apparition de myélocytes et de promyélocytes
au niveau sanguin est également observée. L'administration
de G-CSF ne modifie pas les constantes hématopoïétiques
à long terme (1 an) et, entre autres, n'induit pas d'augmentation
du nombre de cellules souches CD34+ [32]. Ainsi, après
échec d'une première greffe de cellules souches périphériques,
lié à une insuffisance en progéniteurs greffés,
il y a lieu d'entreprendre une autre stratégie que la réitération
du prélèvement de cellules souches périphériques
après injection de G-CSF [32].
Le G-CSF stimule l'activité des granulocytes neutrophiles en
favorisant la production d'anions superoxydes par ces cellules [21, 22,
26, 28, 29]. De même, le G-CSF favorise la libération d'acide
arachidonique après stimulation par l'ionophore calcique A23187
ou le N-formyl-méthionyl-leucyl-phénylalanine (f-MLP) [22].
L'activité de phagocytose des neutrophiles est également
augmentée sous l'effet du G-CSF, de même que la cytotoxicité
dépendante des anticorps (phénomène ADCC) [21, 22,
30]. Enfin, le G-CSF module l'expression d'un certain nombre d'antigènes
de surface. Ainsi, il augmente l'expression du FcgammaRI et l'affinité
de LAM-1 et diminue l'expression du FcgammaRIII et de la L-sélectine,
tandis que l'expression du CD11b est inchangée ou augmentée
selon les auteurs [21, 29, 30].
Indications thérapeutiques
de l'AMM
Deux types de G-CSF sont commercialisés (tableau
1). Le lénograstime (Granocyte® 13-34, commercialisé
par les laboratoires Rhône-Poulenc-Roger Bellon) et le filgrastime
(Neupogen®, commercialisé par les laboratoires Roche).
Le lénograstime est obtenu sous forme glycosylée à
partir de cellules CHO d'ovaire de hamster chinois. Le filgrastime (méthionyl-G-CSF)
est produit sous forme non glycosylée à partir d'Escherichia
coli, et il subit l'addition ultérieure d'une méthionine
en position N-terminale. Il est donc constitué de 175 acides aminés.
Les indications de l'AMM du lénograstime sont les suivantes :
- réduction de la durée des neutropénies et des
complications associées chez les patients (avec néoplasie
non myéloïde) recevant une auto- ou une allogreffe de moelle
osseuse ;
- réduction de la durée des neutropénies sévères
et des complications associées chez les patients (avec néoplasie
non myéloïde) au cours des chimiothérapies connues
pour être associées à une incidence significative
de neutropénies fébriles ;
- depuis juin 1997 : mobilisation autologue de cellules souches hématopoïétiques
dans le sang périphérique (peripheral blood progenitor
cells).
Les indications de l'AMM du filgrastime comprennent :
a) la réduction de la durée des neutropénies sévères
et de leurs complications chez l'adulte et chez l'enfant :
- telles qu'elles surviennent lors de l'emploi de chimiothérapies
cytotoxiques connues pour être associées à une incidence
significative de neutropénies fébriles,
- chez les patients recevant une thérapie myéloablative
suivie de greffe de moelle ;
b) la collection de cellules souches progénitrices dans le sang
circulant par administration de Neupogen® seul ou après
chimiothérapie myélosuppressive, en vue de la réinjection
de ces cellules souches afin d'accélérer la reconstitution
hématopoïétique après thérapie myélosuppressive
ou myéloablative ;
c) l'augmentation du taux de neutrophiles et la réduction de
l'incidence et de la durée des épisodes infectieux par l'administration
à long terme de la durée des épisodes infectieux
chez les patients, enfants ou adultes, atteints de neutropénie
congénitale, de neutropénie cyclique ou de neutropénie
idiopathique avec un taux de polynucléaires neutrophiles inférieur
ou égal à 0,5 x 109/l et des antécédents
d'infections sévères ou récurrentes.
* Utilisation du G-CSF dans le cadre des chimiothérapies
cytotoxiques associées à une incidence significative de
neutropénies et dans le cadre des greffes de moelle osseuses allo-
ou hétérogéniques
On peut formuler les mêmes remarques concernant les critères
d'évaluation des études publiées que celles citées
pour l'évaluation de l'utilisation du GM-CSF (tableau
2).
Le rôle du G-CSF dans la récupération d'un taux
acceptable de neutrophiles est connu et établi [33]. Il a été
ainsi montré par de nombreux auteurs que le G-CSF favorise la récupération
des neutrophiles et la prise de greffe de moelle osseuse, parfois accompagnée
d'une réduction des journées de fièvre ou d'antibiothérapie,
chez les adultes et les enfants. Cependant, l'utilisation du G-CSF n'a
pas entraîné de différences significatives en ce qui
concerne le taux de réaction du greffon contre l'hôte, le
taux de rechute et la survie des patients [33].
Une étude récente a montré que le lénograstime
(5 µg/kg/j) pourrait favoriser la prise de greffe de moelle [34].
Dans cette étude, les auteurs ont constaté une diminution
de la neutropénie, ainsi que du nombre de jours de fièvre
supérieure ou égale à 38,5 °C, d'antibiothérapie
et d'hospitalisation en cas de traitement par G-CSF. Cependant, en raison
du coût élevé de ce traitement, certains auteurs proposent
de le réserver aux patients ayant subi une greffe de moelle et
dont le risque d'échec de transplantation ou de décès
est élevé [35]. Ce risque est évalué par la
concentration de leucocytes à la fin de la seconde semaine après
le début de la greffe, même si l'état clinique du
patient est satisfaisant [35].
L'effet favorable du G-CSF sur la toxicité induite par les chimiothérapies
est connu depuis quelques années [13]. Ainsi, le Groupe d'étude
des lymphomes de l'adulte a évalué l'effet du filgrastime
(5 µg/kg/j) sur la neutropénie induite par l'administration
de l'association cyclophosphamide-pirarubicine-téniposide-prednisolone
chez des personnes âgées atteintes de lymphome malin non
hodgkinien agressif [36]. Ces auteurs ont observé une diminution
des épisodes infectieux, du nombre des journées d'hospitalisation
et des décès pendant le traitement. Ils n'ont cependant
pas observé d'amélioration significative en termes de réponse
complète (disparition de tous les signes cliniques de la maladie)
et de survie en faveur du G-CSF.
L'utilisation du G-CSF permet de diminuer la toxicité des chimiothérapies,
ce qui conduit certaines équipes à augmenter la posologie
des traitements cytotoxiques. Ainsi, des études ont été
menées afin de déterminer les plus fortes doses cytotoxiques
administrables [37]. La posologie du G-CSF (filgrastime) utilisée
dans cette étude est élevée puisqu'elle est de 20
µg/kg/j. En outre, l'amélioration des chimiothérapies
par le G-CSF, avec diminution du nombre de neutropénies, a également
été rapportée dans le cadre de lymphomes non hodgkiniens
chez des patients VIH-positifs [38]. Une étude australienne montre
par ailleurs que les doses de cyclophosphamide, d'épirubicine et
de vincristine utilisées peuvent être augmentées dans
ce type de pathologie et que l'administration concomitante de G-CSF (filgrastime
5 µg/kg/j) semble en améliorer la tolérance. En ce
qui concerne les traitements par des cytotoxiques à visée
pulmonaire, comme la bléomycine, il avait été envisagé
que l'utilisation concomitante du G-CSF pourrait avoir une incidence sur
la toxicité pulmonaire induite par cette dernière. Néanmoins
une étude rétrospective semble ne pas confirmer cette hypothèse
[39].
Pour ces pathologies, l'AMM du lénograstime préconise
19,2 x 106 UI/m2/j, ce qui équivaut à
5 µg/kg/j. Le traitement par lénograstime est pratiqué
en IV après greffe de moelle et en sous-cutané après
chimiothérapie cytotoxique. Le traitement est continué jusqu'à
dépassement du nadir et obtention d'un taux de neutrophiles stable
et compatible avec l'arrêt du traitement, mais il ne doit pas dépasser
28 jours.
Le filgrastime doit être administré à la dose de
5 µg (0,5 x 106 U)/kg/j selon son AMM au cours des chimiothérapies
cytotoxiques. La voie sous-cutanée doit être préférée,
même si les perfusions IV sont possibles. Le traitement est poursuivi
après le nadir jusqu'à obtention d'un taux stable et normal
de neutrophiles et ne doit pas dépasser 14 jours. Dans le cadre
des chimiothérapies suivies de greffe de moelle osseuse, la posologie
passe à 10 µg/kg/j en perfusion IV ou sous-cutanée
et elle est adaptée au taux de neutrophiles après le dépassement
du nadir.
* Utilisation du G-CSF pour la mobilisation des
cellules souches périphériques
Cette indication a été récemment accordée
au lénograstime (Granocyte®) en juin 1997. De nombreuses
études sont actuellement publiées sur le sujet car certains
auteurs semblent vouloir remplacer la greffe de moelle osseuse par cette
technique [40]. Ainsi, une greffe de cellules souches périphériques
a été récemment effectuée avec succès
après échec d'une greffe de moelle [41], la collection des
cellules souches périphériques ayant été réalisée
après mobilisation par le G-CSF (10 µg/kg/j) chez le même
donneur que pour le greffon médullaire.
Une étude prospective randomisée réalisée
après mobilisation de cellules souches par chimiothérapie
dans le cadre des pathologies suivantes : cancer du sein, lymphomes non
hodgkiniens, maladie de Hodgkin, myélome multiple, leucémie
aiguë et cancer du testicule, n'a pas montré de différence
en termes d'implantation de cellules souches entre des posologies de 5,
10, ou 16 µg/kg/j de G-CSF [42]. D'autres auteurs ont comparé
le nombre et la qualité de cellules souches obtenues chez les mêmes
patientes atteintes de cancer du sein après G-CSF seul, puis après
chimiothérapie (5-fluorouracil, adriamycine, cyclophosphamide)
suivi de G-CSF (lénograstime 10 µg/kg/j) [43]. Dans cette
étude, les auteurs ont différencié les cellules formant
des colonies, les cellules CD34+, et celles qui peuvent donner
des cultures à long terme (8 semaines) (LTC-IC). Ils ont observé
que l'association G-CSF et chimiothérapie mobilise plus de cellules
pouvant former des colonies, mais que le G-CSF seul est plus à
même de sélectionner des LTC-IC.
D'autres schémas thérapeutiques de mobilisation de cellules
souches périphériques peuvent être proposés
selon les pathologies. Ainsi, l'association de faibles doses de cyclophosphamide
et de G-CSF (lénograstime 263 µg/j ou filgrastime 10 µg/kg/j)
a été utilisée pour la transplantation de patients
atteints de lymphomes malins [44]. Les auteurs de cette étude concluent
que la récupération de l'hématopoïèse
est dépendante du nombre de progéniteurs administrés.
Ce nombre est obtenu en une ou, plus généralement, deux
cytaphérèses, selon les seuils admissibles de concentrations
de progéniteurs à transplanter. Enfin, la qualité
des progéniteurs administrés semble importante puisqu'elle
peut entraîner une prise de greffe plus lente.
Des remarques équivalentes ont été formulées
par des auteurs étudiant la mobilisation des progéniteurs
par chimiothérapie (étoposide, ifosfamide et cisplatine
selon les pathologies) pour des myélomes multiples, des tumeurs
solides ou des lymphomes non hodgkiniens [45]. Ils observent que ce traitement,
associé au G-CSF (filgrastime 5 µg/kg/j), permet la mobilisation
suffisante de cellules souches en un ou deux cycles de chimiothérapie.
La mobilisation est néanmoins supérieure pour les tumeurs
solides et les lymphomes non hodgkiniens par rapport à ce qui est
observé au cours des myélomes. L'intérêt de
l'utilisation de G-CSF (filgrastime 5 µg/kg/j) a également
été montré pour l'obtention de cellules souches périphériques
après stimulation par étoposide [46]. Cette étude,
réalisée dans le cadre de traitement pour cancers du sein,
lymphomes non hodgkiniens ou maladie de Hodgkin, montre que cette association
est efficace pour la mobilisation des cellules souches, mais aussi qu'elle
est une alternative relativement peu toxique au traitement des lymphomes
non hodgkiniens et de la maladie de Hodgkin et, à un moindre degré,
des cancers du sein. L'association agents cytotoxiques et G-CSF a également
été évaluée dans le cadre de la mobilisation
de progéniteurs sanguins dans le traitement des cancers du sein
[47]. Cette étude montre que l'association de plusieurs anticancéreux
et de G-CSF est supérieure au cyclophosphamide seul associé
au G-CSF (16 µg/kg/j). De plus, il apparaît que l'association
paclitaxel-cyclophosphamide et G-CSF (10 µg/kg/j) est plus efficace
que les associations cyclophosphamide-étoposide, cyclophosphamide-cisplatine
ou cyclophosphamide-étoposide-cisplatine et G-CSF.
Une étude récente s'est intéressée à
l'utilisation de facteurs de croissance pour mobiliser des cellules souches
périphériques en dehors de toute chimiothérapie [48].
Elle montre d'une part que le nombre maximal de cellules CD34+
circulantes est atteint au 5e ou au 6e jour après
l'administration des facteurs de croissance chez des volontaires sains
et que ce nombre est plus élevé après administration
de G-CSF seul (10 µg/kg/j) qu'après administration de GM-CSF
(10 µg/kg/j) ou du mélange G-CSF/GM-CSF (5 µg/kg/j chacun).
Cependant, le G-CSF seul induit une plus faible mobilisation de progéniteurs
pluripotents. En effet, la plus forte proportion de cellules CD34+/CD38-
circulantes est observée après traitement par le mélange
G-CSF/GM-CSF ou le GM-CSF seul.
On peut remarquer que les critères d'efficacité pour l'évaluation
des protocoles de recueil de cellules souches diffèrent selon les
auteurs, en particulier en ce qui concerne le nombre et le type de cellules
à injecter. Néanmoins, on admet généralement
le nombre de CD34+ comme élément de référence
et le chiffre de 1 à 4 x 106 CD34+/kg comme
seuil minimal de richesse du greffon à injecter.
La posologie recommandée par l'AMM du lénograstime pour
la mobilisation de cellules souches périphériques diffère
si les patients ont subi une chimiothérapie préalable. Dans
ce cas, elle est de 5 µg/kg/j en sous-cutané. Le traitement
débute le lendemain de l'arrêt de la chimiothérapie
et est continué jusqu'à obtention d'un nombre de cellules
circulantes suffisant pour envisager la cytaphérèse. Ce
schéma thérapeutique est identique pour le filgrastime.
Si la mobilisation est réalisée uniquement avec le lénograstime,
la posologie est de 10 µg/kg/j pendant 4 à 6 jours et la cytaphérèse
doit alors être réalisée entre le 5e et
le 7e jour. La stratégie thérapeutique utilisée
pour le filgrastime est légèrement différente : administration
sous-cutanée de 10 µg/kg/j pendant 6 jours, trois cytaphérèses
étant effectuées aux 5e, 6e et 7e
jours.
* Utilisation du filgrastime chez les patients
atteints de neutropénies sévères congénitales,
cycliques ou idiopathiques
Le traitement par le G-CSF n'est indiqué qu'en cas d'infections
sévères à répétition, ou d'infections
récurrentes comme des abcès cutanés, des gingivites,
des infections ORL, etc. Il ne doit donc pas être systématique
et n'est pas indiqué en l'absence de complications infectieuses.
La posologie recommandée par l'AMM est de 5 µg/kg/j (sauf
pour la neutropénie congénitale pour laquelle la posologie
est de 12 µg/kg/j). Comme il s'agit d'un traitement à long
terme, une adaptation est réalisée à partir de ces
doses de départ. Une étude multicentrique a montré
une réduction de la neutropénie, associée à
une diminution significative des infections, après quatre mois
de traitement par le G-CSF par rapport au groupe témoin.
Dans cette indication, le G-CSF pourrait favoriser la survenue d'une
leucémie aiguë (essentiellement dans le syndrome de Kostmann),
bien que cela ne soit pas formellement démontré. Il est
donc conseillé de surveiller le myélogramme avec un caryotype
de façon régulière (une fois par an), l'apparition
d'anomalies cytologiques et/ou d'anomalies cytogénétiques
contre-indiquant la poursuite du traitement.
Effets secondaires
Les effets secondaires les plus fréquemment observés sont
mineurs ou modérés. Il s'agit essentiellement de douleurs
osseuses et de douleurs au site d'injection lors des administrations sous-cutanées.
Lors des traitements au long cours, on observe les modifications biologiques
suivantes (qui disparaissent à l'arrêt du traitement) : élévation
des LDH, des phosphatases alcalines, des gammaGT et de l'uricémie.
G-CSF, GM-CSF et leucémies aiguës
myéloïdes
Il s'agit d'un cas un peu particulier, car ce type de leucémie
expose à un risque important de neutropénie fébrile
et d'infections mortelles. L'intérêt des facteurs de croissance
est donc évident, mais les cellules leucémiques expriment
des récepteurs pour ces molécules, ce qui risque de les
stimuler. En outre, 70 % des patients atteints de leucémie aiguë
myéloïde présentent des cellules blastiques qui sécrètent
des facteurs de croissance (du GM-CSF en particulier), et montrent un
taux de rémission plus faible et un taux de rechute plus important
[13]. Néanmoins, si les blastes prolifèrent in vitro
avec des facteurs de croissance, l'administration de G-CSF ou de GM-CSF
au cours des traitements pour ce type de leucémie ne semble pas
favoriser la prolifération des cellules leucémiques, de
même ces molécules n'induisent pas d'augmentation du taux
de rechute après rémission [14, 49]. L'emploi de ces facteurs
semble, au contraire, favoriser le retour à un taux acceptable
de neutrophiles [14, 49].
Les facteurs de croissance hématopoïétiques ont été
utilisés dans les leucémies aiguës myéloïdes
pour essayer d'augmenter le nombre de cellules sensibles à la chimiothérapie
[49]. En effet, certains cytotoxiques, telle la cytarabine, ont une action
dépendante du cycle et les facteurs de croissance peuvent augmenter
le nombre de cellules en phase S. Néanmoins, les premiers essais
publiés et ceux en cours ne semblent pas confirmer l'intérêt
de cette stratégie thérapeutique [49].
De plus, certains auteurs ont eu recours aux facteurs de croissance
hématopoïétiques afin de provoquer la maturation des
blastes [49]. Un certain nombre d'observations allant dans ce sens a été
rapporté dans la littérature, et des essais sont en cours
afin d'étudier une éventuelle amélioration de l'efficacité
de l'acide trans-rétinoïque par le G-CSF [49].
Enfin, le G-CSF (filgrastime à 5 µg/kg/j) a été
utilisé au cours des chimiothérapies de consolidation après
rémission de leucémies aiguës myéloïdes
[50]. Lors de ces essais, le G-CSF a permis de réduire la durée
de neutropénie et la durée d'hospitalisation, sans présenter
d'effet sur le taux de rémission complète ou sur la survie
des patients. En dépit de ces résultats, le G-CSF et le
GM-CSF ne sont théoriquement pas utilisés chez les patients
présentant des hémopathies myéloïdes.
CONCLUSION
Grâce à l'essor des biotechnologies, les cliniciens ont
aujourd'hui à leur disposition un certain nombre de facteurs de
croissance hématopoïétiques, outils médicamenteux
innovants, avec des indications soit précises, comme l'insuffisance
rénale chronique pour l'érythropoïétine, soit
plus larges, comme la diminution de la période d'aplasie ou de
neutropénie au cours des chimiothérapies ou des greffes.
Reste le problème de l'optimisation de leur utilisation, isolée
ou en association, ainsi que l'évaluation de leurs risques et de
leur coût. En effet, nous avons vu que le prix de ces molécules
est très élevé et on peut se demander comment des
organismes de protection sociale vont pouvoir supporter de telles charges.
Or les marchés potentiels sont énormes, de l'ordre de 3
milliards de dollars en 1997, d'où l'intérêt des études
coût/efficacité ou coût/utilité : les indications
de ces facteurs de croissance hématopoïétiques étant
de plus en plus nombreuses, il est probable que des choix seront à
faire.
Par ailleurs, il ne faut pas oublier que ces facteurs de croissance
hématopoïétiques sont des armes puissantes, mais à
double tranchant, déclenchant des réactions en cascade.
Rares sont ceux, en effet, qui n'ont pas un champ d'activité dépassant
la propriété unique et ponctuelle que l'on souhaite leur
voir posséder. Les études précliniques sont donc
souvent difficiles et on se heurte à des problèmes de toxicité,
liés aux effets pléïotropes de ces molécules
qu'il faut apprendre à manipuler. Un long travail d'investigation
clinique est encore nécessaire, afin de mieux préciser les
indications réelles de ces produits, leurs modalités d'administration,
les posologies optimales, la nécessité éventuelle
d'un traitement d'entretien, les effets à moyen et long terme d'un
traitement prolongé. La toxicité de ces molécules
pourrait être aussi atténuée par une délivrance
locale de ces produits, en utilisant par exemple l'association à
des liposomes, ou à la thérapie génique. Parlant
d'armes à double tranchant, il faut se souvenir que l'on retrouve
des récepteurs pour ces facteurs de croissance hématopoïétiques
sur des cellules malignes et il existe donc un risque, en utilisant ces
substances dans le traitement des hémopathies par exemple, de stimuler
la prolifération de cellules malignes.
Cependant les facteurs de croissance hématopoïétiques
ont d'ores et déjà profondément modifié la
thérapeutique, notamment en hématologie clinique, et constitueront
vraisemblablement un des outils majeurs à la disposition des cliniciens
au tout début du troisième millénaire.
Remarque
L'innocuité de l'utilisation du Leucomax®, Granocyte®
ou du Neupogen® en association avec des agents anticancéreux
doués de myélotoxicité cumulative ou prédominant
sur la lignée plaquettaire (nitrosourées-mitomycine) n'a
pas été démontrée. Dans ces conditions, leur
utilisation pourrait même conduire à une majoration des toxicités,
notamment au niveau des plaquettes.
Remerciements. Les auteurs tiennent à remercier
tout particulièrement Madame Marie-Louise Étienne pour son
précieux concours concernant la mise en forme de ce manuscrit.
Article reçu le 4 septembre 1997, accepté le 8 décembre
1997.
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