ARTICLE
La connaissance des corynébactéries date de 1883 quand
Klebs découvrit le bacille diphtérique (Corynebacterium
diphtheriæ) par l'examen microscopique des fausses membranes
de patients atteints de croup. Ces bacilles, de forme irrégulière,
avec des renflements aux extrémités, furent appelés
corynébactéries, coryne signifiant en grec massue.
En pratique courante, le terme corynébactéries désigne
tous les bacilles à coloration de Gram positive qui présentent
des contours irréguliers par opposition aux bacilles à contours
rectilignes retrouvés chez des bactéries appartenant aux
genres Bacillus, Lactobacillus et Listeria. D'autres
noms désignent ces bactéries tels que bacilles corynéformes
ou bacilles diphtéroïdes par association morphologique avec
l'agent responsable de la diphtérie.
Ces dénominations génériques recouvrent en fait
des bactéries très différentes, que ce soit d'un
point de vue bactériologique (constitution de la paroi, type respiratoire,
activités enzymatiques, G+C% de l'ADN) ou écologique (pathogènes
ou saprophytes des muqueuses et de la peau de l'homme, bactéries
de l'environnement). Des comparaisons du génome bactérien
ont confirmé cette diversité par la description de nouveaux
genres et espèces.
Grâce à des avancées taxonomiques récentes,
l'identification d'une grande partie des corynébactéries
est maintenant possible et le pouvoir pathogène de certaines de
ces bactéries considérées auparavant comme commensales
a pu être précisé. D'autre part, la recrudescence
de la diphtérie dans certains pays, d'où sont originaires
beaucoup d'immigrés, oblige le microbiologiste à rester
vigilant quant à la possibilité d'isoler le germe. Après
un rappel de la taxonomie et de la classification de ces bactéries,
nous aborderons les moyens et les clés d'identification ainsi que
l'interprétation de leur présence dans un produit pathologique.
Historique de la classification
et de l'identification des corynébactéries
La classification des corynébactéries a évolué
parallèlement à l'avènement de nouvelles techniques
qui ont permis d'analyser les constituants bactériens tels la paroi
et le génome. Le genre Corynebacterium fut créé
par Lehmann et Neumann en 1896 [1] pour intégrer le bacille diphtérique
à la nomenclature bactérienne ainsi que quelques autres
bacilles, sur la base d'une morphologie commune. Ces derniers furent appelés
C. pseudodiphtheriticum pour ceux isolés de la gorge et
C. xerosis pour des bacilles isolés des yeux. Il n'est ainsi
pas étonnant de voir que le genre Corynebacterium a regroupé,
pendant toute la première moitié de ce siècle, quasiment
tous les bacilles de forme irrégulière et à coloration
de Gram positive [2]. Pendant cette période, plus de vingt espèces
furent décrites sur la base du type respiratoire, de la fermentation
des sucres, de la réaction de l'indole et de l'hydrolyse de la
gélatine. Parmi celles-ci, seules restent aujourd'hui dans le genre
Corynebacterium, les espèces C. diphtheriae, C.
pseudodiphtheriticum, C. xerosis, C. striatum, C.
bovis et C. pseudotuberculosis. La 6e édition
du Bergey's Manual of Systematic Bacteriology (1948) inclut dans
la famille des Corynebacteriaceae les genres Corynebacterium,
Erysipelothrix et, de manière surprenante, le genre Listeria.
La 7e édition (1957) ajoute les genres Microbacterium,
Cellulomonas et Arthrobacter pour des bacilles corynéformes
isolés de l'environnement. À cette période, l'apparition
de techniques chromatographiques a permis d'étudier la composition
en acides aminés et en sucres de la paroi des bactéries.
La systématique de ces bactéries a été alors
redéfinie avec la description de trois familles, la famille Mycobacteriaceæ
pour les genres Mycobacterium, Nocardia et Corynebacterium,
la famille Streptomycetaceæ pour les genres Streptomyces
et Micronospora et la famille Actinomycetaceae pour le genre
Actinomyces [3].
La famille des Mycobacteriaceæ a été définie
par la présence dans la paroi bactérienne d'acide meso-diaminopimélique,
d'arabinose et de galactose, entraînant l'élimination de
cette famille de certaines espèces du genre Corynebacterium,
telles que C. pyogenes et C. hæmolyticum. Des travaux
ultérieurs ont permis de montrer que les espèces appartenant
à la famille des Mycobacteriaceæ possédaient
des acides gras d'un type particulier, les acides mycoliques dont la longueur
des chaînes carbonées permettaient de les différencier
et de leur donner une résistance variable aux acides et aux alcools
[4]. Sur cette base, les genres Rhodococcus, Gordona et
Tsukamurella, et plus tard l'espèce Dietzia maris,
furent créés [5]. La classification de ces espèces
a concerné surtout des corynébactéries de l'environnement
et s'est vite révélée insuffisante pour identifier
les corynébactéries isolées en bactériologie
médicale [6]. On pouvait estimer ainsi que près de la moitié
de ces bactéries ne pouvait être intégrée dans
un taxon connu. Pour pallier cette insuffisance, les Centers for Diseases
Control (CDC) ont décrit 17 groupes taxonomiques corynéformes
en supplément des espèces reconnues [7]. La caractérisation
de ces groupes était cependant seulement basée sur quelques
tests phénotypiques tels que le type respiratoire, le pouvoir fermentatif
ou des activités enzymatiques.
Les études taxonomiques basées sur des comparaisons de
séquence du gène codant l'ARN 16S ribosomique [8] et des
expériences d'hybridation ADN/ADN ont permis d'amener certains
de ces groupes au statut d'espèce comme C. urealyticum (groupe
D-2), C. jeikeium (groupe JK) et C. propinquum (groupe ANF-3),
mais d'autres groupes se sont révélés très
hétérogènes, comprenant plusieurs espèces
et même des genres différents comme le groupe ANF-1 (C.
afermentans, C. auris, Turicella otitidis). Il a été
montré d'autre part que les groupes taxonomiques 1, 2 et E appartenaient
aux genres Actinomyces alors que les bactéries des groupes
A et B faisaient partie de genres bactériens rencontrés
habituellement dans l'environnement tels Aureobacterium, Cellulomonas
ou Microbacterium. Ces aspects taxonomiques ont été
évoqués dans une récente revue concernant les bactéries
corynéformes [9]. D'autres travaux ont permis de décrire
de nouvelles espèces pour des corynébactéries jusque-là
non caractérisées, comme C. coyleæ, C. seminale,
C. durum, C. mucifasciens ou C. riegelii. La liste
de ces modifications taxonomiques est exposée dans le tableau
1.
Dans un but pratique, on peut distinguer les corynébactéries
en fonction de leur type respiratoire. Les bactéries de type anaérobie
facultatif sont fréquemment rencontrées dans des prélèvements
cliniques humains et comprennent les genres Corynebacterium, Dermabacter
et Rothia. Les corynébactéries de type respiratoire
anaérobie préférentiel appartiennent aux genres Actinomyces,
Actinobaculum, Arcanobacterium et Propionibacterium
et sont isolées principalement chez l'homme et les animaux. Les
genres bactériens formés par des corynébactéries
de type aérobie strict possèdent, pour certains, des acides
mycoliques (Rhodococcus, Dietzia, Gordona, Tsukamurella)
alors que d'autres n'en possèdent pas (Cellulomonas, Microbacterium,
Arthrobacter, Brevibacterium). Ces bactéries sont
essentiellement d'origine environnementale, mais peuvent être cependant
responsables d'infections opportunistes. Cette classification, pratique
pour l'identification en routine de ces bactéries, est dans l'ensemble
bien corrélée avec la classification déterminée
par taxonomie moléculaire. L'orientation vers un de ces genres
bactériens peut être réalisée par quelques
tests clés exposés dans le tableau
2.
Les bactéries
du genre Corynebacterium
Les espèces appartenant au genre Corynebacterium sont
pour la plupart isolées exclusivement de prélèvements
humains. D'autres sont spécifiques des animaux [6]. Elles sont
majoritairement de type respiratoire anaérobie facultatif. Certaines
espèces (C. afermentans, C. jeikeium, C. urealyticum)
ont cependant une croissance très faible en anaérobiose
mais seront traitées ici avec les autres bactéries de ce
genre. La morphologie à la coloration de Gram révèle
des bacilles irréguliers à extrémités renflées
et disposés en palissades et en « lettres chinoises »
(figure 1). La classification
s'est abondamment enrichie ces dernières années de nouvelles
espèces dont la responsabilité dans des infections a pu
être établie. La pathologie associée à ces
bactéries est encore dominée par C. diphtheriæ,
mais les espèces C. amycolatum, C. jeikeium et C.
urealyticum se sont révélées être pathogènes
dans certaines circonstances et présentent souvent une multirésistance
aux antibiotiques. Leur identification est basée sur des tests,
exposés dans le tableau
3 qui sont réalisables individuellement ou inclus pour
la plupart dans la galerie API Coryne® (bioMérieux)
dont la base de donnée est en cours de modification [39].
Corynebacterium diphtheriæ
Cette bactérie est responsable de la diphtérie qui a pratiquement
disparu en France, mais subsiste et a même resurgi récemment
dans les nouveaux états indépendants de l'Europe de l'Est,
en Algérie et au Viêt Nam. Des cas de diphtérie touchant
des touristes en provenance de ces pays ont été signalés
en Allemagne, en Italie et en Finlande [40]. Il convient donc aux médecins
et bactériologistes français de rester vigilants et de savoir
reconnaître cette infection qui nécessite une sérothérapie
et une antibiothérapie dès le diagnostic posé. Selon
les dernières recommandations de l'OMS, l'isolement de ce germe
à partir d'un produit biologique non stérile doit se faire
par l'ensemencement d'un milieu cystéine-tellurite, dit de Tinsdale,
qui révèle C. diphtheriæ par la formation de
colonies noires entourées d'un halo brunâtre bien visible
en 48 heures. On peut également noter, pour la majorité
des souches, un petit halo d'hémolyse beta sur une gélose
supplémentée par du sang. L'identification peut se faire
à partir d'un schéma classique (tableau
3) mais l'utilisation de la galerie API Coryne®
permet une identification fiable de C. diphtheriæ en 24 heures
en révélant les activités pyrazinamidase (négative)
et alpha-glucosidase (positive). La présence de toxine se détecte
habituellement par le test d'immunoprécipitation en milieu gélosé
(test d'Elek), mais l'existence de réactions aspécifiques
a nécessité la mise au point de la recherche directe du
gène tox par amplification génique, réalisée
par quelques laboratoires de référence (Laboratoire des
identifications bactériennes, Institut Pasteur de Paris). Il faut
signaler l'isolement en France de souches non toxinogènes à
partir du tractus respiratoire, mais aussi d'infections systémiques
dont de nombreux cas d'endocardites [41]. Le traitement antibiotique reste
toujours basé sur les pénicillines ou l'érythromycine,
mais une détermination des concentrations minimales inhibitrices
(CMI) et éventuellement des concentrations minimales bactéricides
(CMB) doit être effectuée en raison de l'observation récente
de souches tolérantes vis-à-vis de la pénicilline
G et de résistances à l'érythromycine ou à
la rifampicine [41, 42]. Les espèces C. ulcerans et C.
pseudotuberculosis ont la possibilité de produire la toxine
diphtérique, mais la pathologie due à ces espèces
est surtout du domaine vétérinaire.
Corynebacterium amycolatum
Cette espèce a été décrite en 1988 pour
des corynébactéries assimilables au genre Corynebacterium
mais qui ne possèdent pas d'acides mycoliques [43]. L'importance
clinique de cette espèce a été sous-estimée
en raison de la confusion de son identification avec les espèces
C. xerosis et C. striatum dont les phénotypes biochimiques
recouvrent ceux de C. amycolatum [44]. Il a été d'autre
part démontré que cette espèce comprenait les groupes
I-2 et F-2 des CDC [45]. Suite à ces travaux taxonomiques, il a
été supposé que de nombreux cas d'infections initialement
reliés à une souche multirésistante de C. xerosis
étaient en fait dus à C. amycolatum [46, 47]. Nous
avons pu déterminer que cette espèce formait une part importante
des corynébactéries isolées en bactériologie
médicale et pouvait être retrouvée à partir
de prélèvements très divers [48]. Les tests biochimiques
simples ne permettent pas toujours son identification (tableau
3), qui peut cependant être suspectée par l'aspect
mat des colonies dont les bords sont irréguliers, à la différence
des espèces C. striatum et C. minutissimum, biochimiquement
très proches. L'isolement fréquent de C. amycolatum à
partir de prélèvements cliniques tient surtout à
une résistance fréquente à de nombreux antibiotiques
(50 % de souches résistantes aux bêtalactamines, en milieu
hospitalier). Cette espèce semble assez ubiquitaire chez l'homme
et est parfois responsable d'infections survenant après des actes
chirurgicaux, des gestes médicaux invasifs ou en présence
de matériels étrangers [47].
Corynebacterium jeikeium et Corynebacterium
urealyticum
Ces deux espèces ont été décrites respectivement
à partir des anciens groupes JK et D-2. Il s'agit de bactéries
saprophytes de la peau et des muqueuses qui présentent un besoin
en lipides pour leur croissance. Il est donc nécessaire de supplémenter
les milieux d'isolement par du sérum ou des lipides de synthèse
et leur multirésistance aux antibiotiques a été mise
à profit pour la confection de milieux sélectifs utilisés
notamment pour la recherche de C. urealyticum dans les urines [47,
49]. Cette résistance à des antibiotiques majeurs, tels
les bêtalactamines et les aminosides, permet leur développement
et leur sélection en milieu hospitalier en donnant parfois des
infections sévères chez des patients porteurs de matériels
étrangers. C. jeikeium est responsable de bactériémies,
d'endocardites, d'infections sur prothèse ou de méningites
en milieu neurochirurgical [50]. C. urealyticum a un tropisme plutôt
urinaire et provoque, en raison de sa très forte activité
uréasique, des infections urinaires pouvant être compliquées
de cystites à incrustations, de pyélonéphrites et
d'endocardites [51]. L'isolement de ces espèces nécessite
donc des milieux supplémentés en lipides qui doivent être
utilisés en cas d'examen direct positif ou chez des malades présentant
des facteurs de risques (réanimation, antibiothérapie prolongée
ou chirurgie urologique pour C. urealyticum). Leur identification
ne pose pas de problèmes majeurs bien que la différenciation
entre C. jeikeium et les corynébactéries du groupe
G nécessite la détermination du type respiratoire et de
la fermentation du fructose (tableau
3). Ces deux espèces sont en général seulement
sensibles aux glycopeptides et de sensibilité variable à
la pristinamycine et à la rifampicine. Il a été montré
que les souches de C. jeikeium les plus sensibles à l'ampicilline
(de 5 à 10 % des souches) présentaient cependant des CMI
entre 0,5 mg/l et 2 mg/l qui rendaient nécessaire une association
d'antibiotiques pour le traitement des infections sévères
dues à ce germe [52].
Autres espèces du genre Corynebacterium
Des travaux taxonomiques récents ont permis de constater que
beaucoup de ces espèces ont un habitat spécifique pouvant
être relié à une infection particulière.
À côté de C. jeikeium et C. urealyticum,
les corynébactéries lipophiles sont constituées de
l'espèce C. accolens qui est isolée principalement
du tractus respiratoire, de C. macginleyi retrouvée à
partir de prélèvements oculaires et des groupes G et F-1
qui sont plutôt saprophytes de la peau et du tractus urinaire [22].
Leur pouvoir pathogène semble assez faible bien que quelques infections
dues à ces germes aient pu être décrites [9]. Parmi
les espèces non lipophiles, certaines prédominent dans le
tractus respiratoire telles que C. pseudodiphtheriticum, C.
argentoratense, C. striatum et C. propinquum. L'espèce
C. durum est assez atypique en raison de colonies irrégulières
adhérentes à la gélose et de l'observation à
l'examen microscopique de formes bacillaires filamenteuses [33]. Elle
a été isolée essentiellement de lavages broncho-alvéolaires
ensemencés sur un milieu BCYE pour recherche de Legionella
mais semble exister à l'état saprophyte dans le nasopharynx.
L'implication clinique de ces espèces isolées de prélèvements
respiratoires doit être discutée en fonction de leur abondance
à l'examen direct et à l'isolement ainsi que de la flore
associée et de prélèvements positifs répétés.
Les espèces C. coyleæ, C. afermentans et
C. minutissimum ont un tropisme cutané et sont fréquemment
rencontrées comme contaminants d'hémocultures, la responsabilité
de C. minutissimum dans l'érythrasma, infection cutanée
bénigne, restant à démontrer. La spécificité
de l'habitat de certaines corynébactéries est également
notée pour l'espèce C. seminale, aussi nommée
C. glucuronolyticum [9], qui n'est retrouvée que dans des
prélèvements urogénitaux. Cette espèce semble
être responsable de prostatites et d'uréthrites et constitue
une part importante des corynébactéries isolées en
quantité significative du sperme de patients consultant pour infertilité.
On peut aussi citer l'espèce C. riegelii qui a été
récemment décrite pour des corynébactéries
isolées d'infections urinaires [36].
Les corynébactéries
à croissance anaérobie préférentielle
Ces bactéries appartiennent aux genres Actinomyces, Arcanobacterium
et Propionibacterium, auxquels on peut ajouter Propioniferax
innocua et une espèce récemment décrite, Actinobaculum
schaalii [54]. Leur croissance est optimale en anaérobiose
mais certaines espèces représentant des anciens groupes
taxonomiques des CDC, Actinomyces neuii (CDC groupe 1), Arcanobacterium
bernardiæ (CDC groupe 2), ainsi que Actinomyces viscosus
et Propionibacterium avidum se développent correctement
en aérobiose et de manière parfois équivalente aux
corynébactéries classiques. La classification s'est enrichie
récemment des espèces Actinomyces graevenitzii, Actinomyces
europeaus, Actinomyces radingæ et Actinomyces turicensis
(CDC groupe E), toutes isolées de prélèvements humains.
Le genre Arcanobacterium inclut A. haemolyticum mais contient
maintenant les anciennes espèces Actinomyces pyogenes et
Actinomyces bernardiæ [11]. La majorité de ces espèces
montrent des colonies assez petites (1 mm) après 2 jours de culture,
en donnant une hémolyse alpha sur gélose au sang. À
l'examen microscopique, ces bactéries se présentent habituellement
comme des fins bacilles à Gram positif montrant des branchements
rudimentaires et sont parfois observées en chaînettes de
2 à 3 bacilles sans formations typiques en palissades (figure
2). Dans le cas des actinomycoses, l'examen direct des prélèvements
permet de retrouver des bacilles ramifiés et regroupés sous
forme de grains. Il faut enfin noter que les espèces Actinomyces
radingæ et Arcanobacterium bernardiae montrent souvent
des formes coccobacillaires pouvant évoquer des bactéries
apparentées aux streptocoques.
L'identification biochimique repose actuellement sur des tests biochimiques
exposés dans le tableau
4. Ces tests sont inclus dans la galerie API Coryne®
qui peut donc être utilisée, bien que la majorité
de ces espèces ne se trouve pas dans la base de donnée.
La présence de catalase est constante pour les bactéries
du genre Propionibacterium sauf pour P. propionicus (anciennement
Arachnia propionica), alors qu'elle n'est retrouvée que
pour deux espèces du genre Actinomyces. On peut noter que
le genre Arcanobacterium contient, à l'exception de A.
bernardiae des bactéries qui présentent une hémolyse
beta nette sur gélose contenant du sang de mouton. L'espèce
Propionibacterium avidum montre une hémolyse moins
importante et plus diffuse. Le Camp test, réalisé sur une
gélose au sang par culture du germe à tester à proximité
de Staphylococcus aureus, permet l'identification d'Arcanobacterium
haemolyticum en révélant pour cette espèce une
inhibition de l'activité hémolytique de S. aureus
(Camp test reverse positif). Les espèces décrites récemment
forment en fait la majorité des Actinomyces isolées
en bactériologie médicale [9].
Ces bactéries de croissance anaérobie préférentielle
constituent une part très importante de la flore des muqueuses
et sont souvent isolées d'abcès cutanés ou profonds
en association avec une flore anaérobie polymorphe, mais certaines
espèces sont liées à un processus pathologique particulier.
On cite classiquement les actinomycoses dues à Actinomyces israelii
ou à Actinomyces meyeri qui sont des suppurations subaiguës
ou chroniques de sites cervico-faciaux, thoraciques, abdominaux ou pelviens
et dont l'évolution vers la fistulisation est habituelle [55].
L'espèce Arcanobacterium hæmolyticum est responsable
chez l'adolescent de pharyngites parfois associées à des
fausses membranes et à un rash cutané pour la moitié
des patients [56-58]. On retrouve cette espèce dans des lésions
cutanées ulcéreuses et beaucoup plus rarement dans des cas
d'endocardites. Toutes ces bactéries sont habituellement sensibles
aux pénicillines qui restent le traitement habituel de l'actinomycose.
Les corynébactéries
aérobies strictes
Une caractéristique majeure de ces bactéries est une croissance
stricte en aérobiose se traduisant par une absence de fermentation
des sucres. Certaines espèces du genre Corynebacterium isolées
chez l'homme présentent ce type respiratoire (voir supra), mais
la majorité des bactéries de type aérobie strict
appartiennent à d'autres genres bactériens et sont le plus
souvent isolées de l'environnement. On peut distinguer les genres
possédant des acides mycoliques de ceux n'en possédant pas.
Les bactéries des genres Gordona, Rhodococcus,
Dietzia et Tsukamurella (anciennement tous regroupés
dans le genre Rhodococcus) possèdent des acides mycoliques
dont la longueur des chaînes carbonées permet leur différenciation.
Ces acides gras particuliers leur confèrent une résistance
relative aux acides et aux alcools mise à profit pour une coloration
dite de « Ziehl rapide » qui consiste en un contact de seulement
30 secondes avec ces agents. Cette coloration est surtout positive pour
les genres Gordona et Tsukamurella (ainsi que pour le genre
Nocardia, non traité ici) qui ont les chaînes carbonées
les plus longues. La coloration classique de Ziehl reste négative.
Il s'agit de bacilles à Gram positif irréguliers bien que
les genres Rhodococcus et Dietzia montrent plutôt
des formes coccobacillaires. Ils forment des colonies très souvent
pigmentées en rose ou en orange, de croissance optimale en 3 à
4 jours. Rhodococcus equi présente des colonies caractéristiques,
muqueuses, translucides et rose pâle.
L'identification de ces bactéries est assez difficile à
partir des tests biochimiques qui sont très nombreux et qui nécessitent
une lecture tardive. Il reste préférable de contacter un
laboratoire de référence qui identifiera ces bactéries
par la recherche des acides mycoliques ou par comparaison moléculaire.
La pathologie associée à ces bactéries est dominée
par Rhodococcus equi qui est responsable d'infections opportunistes,
surtout chez le sujet immunodéprimé [58]. Il s'agit habituellement
d'abcès pulmonaires pouvant essaimer par voie hématogène
dans d'autres sites dont le cerveau. Les autres bactéries de ces
genres sont plus fréquemment retrouvées dans des bactériémies
survenant chez des patients porteurs de matériels étrangers
[5, 59]. Le traitement des infections sévères dues à
ces bactéries doit être basé sur les résultats
de l'antibiogramme et sur une détermination de l'activité
de diverses associations d'antibiotiques dans le cas d'infections à
R. equi.
Les corynébactéries aérobies strictes appartenant
aux genres Aureobacterium, Cellulomonas, Arthrobacter
et Brevibacterium ne possèdent pas d'acides mycoliques mais
proviennent également de l'environnement. Les espèces des
deux premiers genres présentent des colonies jaunes et leur identification
reste aléatoire, certaines de celles-ci ayant été
définies à partir d'une seule souche [23]. Les bactéries
du genre Brevibacterium donnent des colonies non pigmentées
à forte odeur de fromage. L'identification de ces genres peut être
suggérée à partir de quelques tests simples dont
les hydrolyses de la gélatine et de l'esculine qui sont habituellement
positives pour ces genres bactériens (tableau
2). Leur pathogénicité semble faible bien qu'il
a été rapporté divers cas d'infections dues à
ces germes [9].
Autres corynébactéries
L'espèce Rothia dentocariosa est considérée
comme étant de type anaérobie facultatif bien que sa croissance
en anaérobiose soit très faible. Elle est commensale de
la cavité buccale et est souvent isolée de prélèvements
respiratoires. Elle s'identifie facilement par ses colonies irrégulières
se creusant au milieu et par des bacilles assez longs formant des branchements
rudimentaires [33, 60]. Cette espèce est responsable d'abcès
et d'endocardites [60].
Le genre Dermabacter comprend une seule espèce, D.
hominis, qui est saprophyte de la peau et dont l'identification repose
sur la présence d'une gélatinase et de l'hydrolyse de l'esculine.
Cette espèce recouvre les groupes taxonomiques 3 et 5 des CDC [14].
CONCLUSION
Les corynébactéries forment une part importante de la flore
commensale de la peau et des muqueuses et ont été, à
l'exception de C. diphtheriæ considérées seulement
comme des contaminants. Ce groupe bactérien, qui se définit
par une morphologie commune, est en fait constitué par de nombreux
genres et espèces qui présentent une très grande
diversité, d'un point de vue bactériologique ou clinique.
Les travaux taxonomiques récents ont affiné la classification
et ont permis de démontrer une certaine spécificité
d'habitat pour des espèces fréquemment rencontrées
à partir de prélèvements cliniques. La pathologie
de ces bactéries est encore dominée par la diphtérie,
mais les récentes publications ont mis en lumière l'importance
en bactériologie médicale de certaines espèces telles
C. amycolatum, C. jeikeium, C. urealyticum, C.
seminale et T. otitidis. Le développement de l'implantation
de matériels étrangers, des techniques de réanimation
et des antibiothérapies à large spectre chez des patients
souvent fragilisés a favorisé l'apparition d'infections
opportunistes dues à ces corynébactéries saprophytes
dont certaines présentent une résistance multiple aux antibiotiques.
Il s'avère maintenant indispensable qu'une identification exacte
de ces bactéries soit effectuée dans le cas des études
cliniques concernant des infections dans lesquelles sont impliquées
ces bactéries, la diversité de ce groupe bactérien
ne permettant plus de les rassembler sous un nom générique.
Les futurs travaux devront ainsi préciser l'implication exacte
de chacune des espèces dans différentes infections et devront
élucider les mécanismes de leurs résistances aux
antibiotiques. Une identification précise de ces bactéries
se justifie en laboratoire de routine dès lors qu'elles se trouvent
dans une situation potentiellement pathogène.
Article reçu le 9 décembre 1997, accepté le 26 janvier
1998.
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