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Prenatal screening for Down’s syndrome using maternal serum markers


Annales de Biologie Clinique. Volume 56, Number 4, 471-5, Juillet - Août 1998, Pratique quotidienne


Résumé  

Author(s) : J.-L.Dhondt.

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ARTICLE

Le programme d'évaluation du risque de trisomie 21 fœtale par la mesure de marqueurs sériques maternels se met progressivement en place en France, après une phase d'autorisation accordée à certains laboratoires (les premières autorisations datent de mai 1996) et celle de l'enregistrement auprès de l'Agence du médicament des réactifs et logiciels dédiés à cette activité.

Cette activité présente bien des originalités par rapport à la pratique habituelle de la biologie clinique, qui tiennent à :

- un « contrat d'objectif » qui sera soumis à une procédure d'évaluation,

- l'expression du résultat sous forme d'un « risque » utilisant, pour l'expression des concentrations, les MoM (multiples of median),

- un encadrement réglementaire très précis des modalités de réalisation et concernant l'exigence d'information des femmes et du recueil de leur « consentement éclairé », la période gestationnelle précise pour ce « dépistage », le choix méthodologique et le compte rendu d'analyse.

Le contrat d'objectif

Si le caryotype fœtal reste le seul moyen fiable de diagnostiquer une trisomie 21, la pratique systématique de l'amniocentèse reste, depuis les années 1980, réservée aux femmes de plus de 38 ans, en raison du risque élevé au-delà de cet âge, et à quelques indications particulières (antécédents, signes d'appel échographiques). Cependant, le risque n'est pas nul chez la femme plus jeune (figure 1) et par l'effet d'un plus grand nombre de naissances avant 38 ans (figure 2) le nombre de nouveau-nés trisomiques est supérieur à celui de femmes « âgées ».

L'extension du diagnostic chromosomique à l'ensemble des femmes enceintes n'est pas réaliste, tant pour des raisons éthiques, médicales (risque de fausse couche induite) qu'économiques. Aussi, une approche indirecte par la mesure de marqueurs sériques est apparue, aux médecins et pouvoirs publiques, une alternative mieux adaptée à une action de santé publique ; néanmoins spécificité et sensibilité des tests ne permettent aujourd'hui qu'une estimation de risque sans certitude diagnostique, notion qui demande à être expliquée tant aux acteurs du dépistage qu'aux patientes.

Ainsi l'activité d'évaluation du risque de trisomie 21 s'inscrit dans un « contrat d'objectif », c'est-à-dire repérer 60 à 70 % des grossesses avec trisomie 21 avec une limite de 5 à 7 % d'amniocentèses induites. C'est essentiellement le respect de cet objectif qui devrait être évalué par le comité de suivi mis en place par l'Arrêté du 27 mai 1997 [3], au terme de deux années de pratique.

Les marqueurs sériques de risque de trisomie 21

À la fin des années 1970, les premiers programmes de dépistage d'anomalies fœtales furent mis en place en Grande-Bretagne, confrontée à une grande fréquence d'anomalies de fermeture du tube neural et dépistables par la mesure de l'alpha-fœtoprotéine (AFP) sérique maternelle. C'est incidemment qu'il fut montré que l'AFP-sérique était abaissée dans les grossesses avec trisomie 21 fœtale. Dans un second temps, à la fin des années 1980, le constat, dans ces grossesses, d'une élévation significative (plus de 2 fois la normale) de l'hormone chorionique gonadotrope (hCG) a conduit à associer ce paramètre, ce qui permet un taux de détection de 60 % avec 5 % de « faux positifs » (pourcentage d'amiocentèses induites). En France, la première étude prospective a été conduite en 1990 à l'initiative de l'AFDPHE et de la CNAMTS ; elle a conduit à des conclusions similaires.

D'autres marqueurs ont été depuis utilisés, œstriol non conjugué (uE3), betahCG libre, PAPP-A (pregnancy associated plasma protein), inhibine A..., en association aux paramètres de « base » (hCG et AFP), pour améliorer le taux de détection mais généralement sans dépasser les 70 %. Une revue générale très complète de Wald et al. peut être consultée [4].

Il a donc été décidé de retenir les paramètres suivants [5, 6] :

- la gonadotrophine chorionique humaine (hCG) ou la sous-unité betahCG libre ;

- l'alpha-fœtoprotéine (AFP) ou l'œstriol (uE3).

C'est donc le principe d'un « double » test qui est retenu implicitement, le « triple » test (ex. hCG + AFP + uE3), très utilisé à l'étranger, n'est pas interdit, mais la cotation de la Nomenclature [5] prévoit un remboursement unique fixé à B180.

L'évaluation du risque

Le principe

Le dépistage basé sur un seul marqueur conduit habituellement à déclencher une action au-delà d'une valeur seuil. Au contraire, la combinaison de marqueurs impose un calcul statistique, donc l'usage d'un algorithme de calcul, délivrant le résultat sous forme d'une fraction : le risque.

Les résultats en concentration sont transformés en MoM, c'est-à-dire divisés par la valeur médiane de la population de référence pour la date précise de la grossesse (figure 3) au moment du prélèvement (semaines et jours d'aménorrhée). Cette forme d'expression présente également l'avantage de pouvoir user ou comparer des statistiques obtenues dans plusieurs laboratoires avec des réactifs différents (méta-analyses). Plusieurs modalités de calcul sont alors possibles, la méthode utilisant le rapport de vraisemblance (likelihood ratio) semble la plus utilisée, ou tout au moins la plus simple à illustrer (figure 4). Pour un paramètre de distribution normale dans les deux populations normale ou trisomique 21, le risque individuel est le risque général pour l'âge multiplié par le rapport de fréquence dans ces deux populations pour la concentration observée du marqueur.

Il faut noter que le risque pour l'âge pris en considération est celui observé au moment du prélèvement, et non celui à terme - généralement plus faible en raison de la fréquence d'avortements spontanés des fœtus trisomiques (figure 1) -, et que l'âge de la grossesse doit être exprimé exclusivement en semaines d'aménorrhée, même en cas de datation échographique (celle-ci étant par ailleurs fortement recommandée).

Le risque calculé est exprimé en fraction (ex. 1/700, < 1/10 000) et alors comparé à celui de 1/250, seuil fixé par l'Arrêté du 27 mai 1997 [6], et correspondant au risque moyen de trisomie 21 dans la population générale de femmes âgées de 36-37 ans.

Facteurs modulant le calcul du risque

La prise en compte du poids maternel est essentiel puisqu'une surcharge pondérale de 20 kg entraîne une diminution de 17 % des MoM d'AFP, et de 16 % des MoM d'hCG et de 7 % des MoM d'uE3 [4], en raison d'un espace de dilution proportionnel au poids pour des métabolites d'origine fœtale.

D'autres situations physiologiques ou pathologiques doivent également être prises en compte (tableau 1) : diabète insulino-dépendant, origine ethnique et tabagisme [4]. Dans le cas de grossesses gémellaires, si théoriquement on peut imaginer s'attendre à des taux de marqueurs multipliés par deux, il semble plus prudent d'attendre les résultats d'études prospectives avant d'user d'un facteur de correction trop simpliste, ne tenant pas compte de la variabilité physiologique de la gémellité (di- ou monozygotes, placentation...).

Modalités de prescription, de réalisation et du rendu du résultat

Les conditions de réalisation ont fait l'objet de plusieurs arrêtés [5-8], en pratique (encadré 1) :

- Les tests biochimiques de dépistage du risque de trisomie 21 doivent être proposés à toute femme enceinte quel que soit son âge.

- Une attestation signée par le médecin signale que toutes les informations ont été données à la femme.

- Un consentement au dépistage du risque de trisomie 21 doit être obtenu par écrit de la femme enceinte, selon un modèle paru dans l'Arrêté du 30 septembre 1997 [8], celle-ci reconnaît avoir reçu l'information (dont celle que « la sensibilité du test ne permet pas de déceler plus de 60 % des trisomies 21 ») et en accepte la réalisation (encadré 2).

- La période de la grossesse accessible à ces tests est « entre la 15e et la 17e semaine d'aménorrhée révolue » (15 semaines d'aménorrhée + 0 jour à 17 semaines d'aménorrhée + 6 jours). Cette condition est obligatoire pour la prise en charge financière du test et de l'éventuelle amniocentèse.

- Seuls les laboratoires habilités sont autorisés à réaliser les analyses (une cinquantaine actuellement) selon une distribution régionale basée sur un indice de besoins [9].

- Réactifs et logiciel de calcul de risque doivent être enregistrés auprès de l'Agence du médicament [6].

- Le résultat doit être remis au médecin prescripteur et non directement à la patiente ; cela sous-entend qu'il doit donner lieu à des explications, disposition qui rejoint celle du GBEA (article III. - 5.2. [10]) en cas de résultat ne devant être révélé qu'avec la plus grande circonspection. De plus ce résultat n'est sensé être commenté qu'à propos du risque de trisomie 21, la possibilité d'attirer l'attention du prescripteur sur un « profil inhabituel » évocateur d'un risque de non-fermeture du tube neural (AFP élevé, par exemple > 2,5 MoM), ou de trisomie 18 (AFP, uE3, hCG effondrés < 0,5 MoM) constitue un problème actuellement non résolu (voir l'article de S. Guibaud, page 439).

Évaluation

L'évaluation de la « mise en œuvre et de la prise en charge du diagnostic prénatal de la trisomie 21 par le dosage des marqueurs sériques dans le sang maternel » sera du ressort du comité de suivi mis en place par l'Arrêté du 27 mai 1997 [3]. Cette mission, au terme de deux années de pratique, ne pourra être efficace que si les laboratoires autorisés assurent parfaitement le recueil de toutes les issues des grossesses des femmes qui ont accepté le test. Le caractère pilote ou expérimental de cette action explique le fonctionnement en réseau des laboratoires autorisés [11].

Article reçu le 12 février 1998, accepté le 10 avril 1998.

REFERENCES

1. Hecht CA, Hook EB. The imprecision in rates of Down syndrome by 1-year maternal age intervals : a critical analysis of rates used in biochemical screening. Prenat Diagn 1994 ; 14 : 729-38.

2. Halliday JL, Watson LF, Lumley J, Danks DM, Sheffield LJ. New estimates of Down syndrome risks at chorionic villus sampling, amniocentesis, and livebirth in women of advanced age from a uniquely defined population. Prenat Diagn 1995 ; 15 : 455-65.

3. Arrêté du 27 mai 1997 portant création du comité de suivi du dépistage de la trisomie 21 à l'aide des marqueurs sériques maternels. JO du 30 mai 1997.

4. Wald NJ, Kennard A, Hackshaw A, McGuire A. Antenatal screening for Down's syndrome. J Med Screening 1997 ; 4 : 181-246.

5. Arrêté du 23 janvier 1997 modifiant l'arrêté du 3 avril 1985 fixant la Nomenclature des actes de biologie médicale. JO du 26 janvier 1997.

6. Arrêté du 27 mai 1997 fixant des conditions particulières d'évaluation et d'utilisation des réactifs de dosage des marqueurs sériques prédictifs de la trisomie 21. JO du 30 mai 1997.

7. Décret n° 97-579 du 28 mai 1997 relatif aux analyses de cytogénétique et de biologie pratiquées en vue d'établir un diagnostic in utero. JO du 31 mai 1997.

8. Arrêté du 30 septembre 1997, annexe II. Consentement de la femme enceinte à la réalisation en vue de diagnostic prénatal in utero de l'analyse mentionnée à l'article R. 162-16-1-7 du code de la santé publique.

9. Arrêté du 3 août 1995 fixant l'indice de besoins relatif aux activités de diagnostic prénatal par les techniques de biochimie portant sur les marqueurs sériques d'origine embryonnaire ou fœtale dans le sang maternel.

10. Décret du 2 novembre 1994 relatif à la bonne exécution des analyses de biologie médicale. JO du 4 décembre 1994.

11. Dingeon B, Doche C, Doche L, Eynard JC, Mercier S, Muller F. Pour une approche nouvelle du contrôle de la qualité globale en biologie clinique. Application aux marqueurs anténataux de risques trisomiques. Ann Biol Clin 1997 ; 55 : 637-8.


 

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