ARTICLE
J.-C. Jardillier [1]
introduisant dans le numéro 1 des ABC de 1998 le texte «
Recommandations concernant la biologie délocalisée »
du groupe de travail de la SFBC [2] faisait remarquer que la biologie
délocalisée existe dans de nombreux établissements,
parfois depuis longtemps, et suggérait qu'il serait temps que la
profession participe à la mise en place de « règles
» quant à sa bonne implantation et sa bonne pratique.
Le biologiste français n'est pas le premier à être
confronté à cet « état de fait » et nous
remercions notre collègue canadien M.-J. McQueen d'avoir autorisé
les ABC à publier (page 487) la traduction de son intervention
au 9e colloque de Pont-à-Mousson : Point-of-care
ou point-of-need ? Tentative de définition d'une
technologie connue, qui a le mérite de présenter des
remarques fort pertinentes.
La réflexion se doit de connaître l'« existant »
et les ABC remercient également le groupe de travail susnommé
de leur avoir confié les résultats de l'enquête réalisée
auprès des laboratoires d'analyses des établissements de
soins (page 491). Cette enquête montre que les biologistes se sentent
concernés : ils « avouent » une faiblesse de l'information
quant aux « bonnes pratiques », du personnel usant de l'équipement
délocalisé, mais approuvent la nécessité de
s'impliquer dans la gestion de cette activité, à la condition
d'une « reconnaissance » de cette implication.
L'analyse de cet existant montre que la définition même
de « biologie délocalisée » est hétérogène.
Les matériels les plus souvent cités pour cette activité
sont l'analyseur de glycémie, l'appareil à gaz du sang...
mais les systèmes de mesure de la vitesse de sédimentation,
de la réalisation du test à la sueur et l'usage des bandelettes
urinaires semblent oubliés, tant le quotidien en a fait une pratique
normale des services cliniques.
Les sites de pratique « délocalisée » sont également
mal définis : le service d'urgence, le service « spécialisé
» éloigné du laboratoire, voire le cabinet du médecin
ou certaines structures de santé ?
Il apparaît que
la « biologie délocalisée » sera un exercice de
plus en plus nécessaire suite aux programmes de restructuration
des laboratoires qui mélangent centralisation et, paradoxalement,
décentralisation. La notion de laboratoire central porte les germes
mêmes de la « biologie délocalisée ». Aux
a priori économiques s'associent les a priori médicaux,
mais, comme le signale McQueen, rares sont les études coûts-bénéfices-avantages
justifiant la pratique « délocalisée » d'actes
de biologie, d'où l'évidence de poser les bonnes questions
afin de permettre une décision « éclairée ».
C'est l'approche d'un groupe de travail de l'IFCC préparant les
Guidelines for implemantation of point of care testing, dont il
est espéré une publication rapide. Les principales questions
sont : Quel est le besoin clinique et pour quels analytes ? Quels équipements
répondent à ce besoin, avec quelles performances, et à
quel coût ? Qui sera responsable de la réalisation et de
la validation des analyses, de la maintenance, du contrôle de qualité
quotidien ? Quelles sont les dispositions en cas de panne ou de dysfonctionnement
? Comment la formation du personnel impliqué sera-t-elle réalisée
et validée ? Comment se fera l'interprétation des résultats
? (il apparaît que la « crédibilité » des
résultats n'est souvent mise en doute que devant un résultat
anormal, rarement pour un résultat normal ou le semblant).
La question qui résume les précédentes est : comment
sera (globalement) évaluée l'activité ? Quels en
seront les critères de mesure et quelle sera la démarche
remettant en question la continuation ou non de l'activité ? Ce
sont les éléments de réponse à cette question
qui pourront modifier l'appréhension légitime d'un pourcentage
non négligeable de biologistes réticents à voir se
développer sans contrôle une certaine forme de « biologie
délocalisée » fort éloignée de la biologie
clinique.
Les ABC espèrent que nombreux seront les biologistes qui
accepteront de rapporter leurs expériences, leurs solutions, voire
leurs problèmes et soucis, face à la pratique de «
biologie délocalisée ».
Bonne lecture !
REFERENCES
1. Jardillier JC. La biologie délocalisée (Éditorial).
Ann Biol Clin 1998 ; 56 : 9.
2. Goudable J, Aulois-Griot M, Billion P, et al. Recommandations
concernant la biologie délocalisée. Ann Biol Clin
1998 ; 56 : 114-5.
|