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EBV diagnosis


Annales de Biologie Clinique. Volume 58, Number 4, 517-8, Juillet - Août 2000, Lettre à la revue


Résumé   Summary  

Author(s) : P. Joubaud, Laboratoire d’analyses de biologie médicale Sainte-Barbe, passage Sainte-Barbe, 67600 Sélestat.

Summary : Le récent article de Raffenot et al. [1] montre la difficulté de l’interprétation de sérologies anti-virus d’Epstein-Barr (EBV) dans un contexte de stimulation polyclonale IgM consécutive à une trypanosomose africaine. En dépit de quelques imprécisions et inexactitudes rapportées dans cette observation, il me semble que le choix d’une technique sérologique plus appropriée aurait permis de minimiser cette difficulté d’interprétation. À mon avis, il aurait été utile de préciser l’âge du patient, la présence éventuelle d’une dysphagie et/ou d’une anorexie (en relation avec la perte de poids de 5 kg ?), l’existence éventuelle de troubles du rythme cardiaque, la présence ou non d’une lymphocytose sanguine, les valeurs des index IgM des sérologies EBV. De plus, la durée de la symptomatologie (fin de l’été-décembre), l’absence (a priori) d’une lymphocytose sanguine et le bilan hépatique normal ne sont pas en faveur d’une primo-infection par l’EBV. Enfin, il me semble inexact d’évoquer une séroconversion au vu des résultats des sérologies EBV. En effet, la première sérologie (6/12/96) étant déjà positive et l’absence de variation significative des IgG à la deuxième sérologie (31/12/96) ne permettent pas d’évoquer une séroconversion et encore moins de la confirmer (les auteurs de cet article l’avouent d’ailleurs quelques paragraphes plus loin). En fait, le retard pris dans le diagnostic de cette parasitose est, pour moi, dû en grande partie à la technique Elisa utilisée pour les sérologies EBV. Cette technique (Enzygnost anti-EBV, Behring), que nous avons utilisée plusieurs années au sein de notre groupement de laboratoires, met en évidence des IgG ou des IgM dirigées contre un mélange d’antigènes viraux (VCA, EA D, EA R et EBNA). Ainsi, les IgG détectées par cette technique peuvent être, par exemple, uniquement des anticorps anti-VCA (primo-infection par l’EBV ?), des anti-VCA associés à des anti-EA R (convalescence d’une infection par l’EBV ?) ou encore des anti-VCA associés à des anti-EBNA (infection ancienne ?). Il est clair que l’impossibilité d’identifier la spécificité antigénique des IgG révélées par cette technique entraîne une interprétation très délicate des sérologies EBV en cas de stimulation polyclonale en IgM [2]. Cette situation étant possible, notamment dans la toxoplasmose et l’infection par le cytomégalovirus (diagnostics différentiels avec la primo-infection par l’EBV), il me semble que l’utilité de la technique Enzygnost anti-EBV est douteuse et en tout cas de valeur nettement inférieure à la recherche des anticorps anti-VCA (IgG et IgM) et anti-EBNA de type IgG. Il est très vraisemblable qu’une recherche complémentaire d’IgG anti-EBNA aurait permis dès la première sérologie de conclure à une infection ancienne par l’EBV. Ainsi, cette fausse piste étant écartée, la mise en œuvre de techniques plus sensibles de recherche des trypanosomes (PCR ?) aurait peut-être permis un diagnostic et un traitement spécifique plus rapides.

ARTICLE

Le récent article de Raffenot et al. [1] montre la difficulté de l'interprétation de sérologies anti-virus d'Epstein-Barr (EBV) dans un contexte de stimulation polyclonale IgM consécutive à une trypanosomose africaine.

En dépit de quelques imprécisions et inexactitudes rapportées dans cette observation, il me semble que le choix d'une technique sérologique plus appropriée aurait permis de minimiser cette difficulté d'interprétation. À mon avis, il aurait été utile de préciser l'âge du patient, la présence éventuelle d'une dysphagie et/ou d'une anorexie (en relation avec la perte de poids de 5 kg ?), l'existence éventuelle de troubles du rythme cardiaque, la présence ou non d'une lymphocytose sanguine, les valeurs des index IgM des sérologies EBV.

De plus, la durée de la symptomatologie (fin de l'été-décembre), l'absence (a priori) d'une lymphocytose sanguine et le bilan hépatique normal ne sont pas en faveur d'une primo-infection par l'EBV.

Enfin, il me semble inexact d'évoquer une séroconversion au vu des résultats des sérologies EBV. En effet, la première sérologie (6/12/96) étant déjà positive et l'absence de variation significative des IgG à la deuxième sérologie (31/12/96) ne permettent pas d'évoquer une séroconversion et encore moins de la confirmer (les auteurs de cet article l'avouent d'ailleurs quelques paragraphes plus loin).

En fait, le retard pris dans le diagnostic de cette parasitose est, pour moi, dû en grande partie à la technique Elisa utilisée pour les sérologies EBV. Cette technique (Enzygnost anti-EBV, Behring), que nous avons utilisée plusieurs années au sein de notre groupement de laboratoires, met en évidence des IgG ou des IgM dirigées contre un mélange d'antigènes viraux (VCA, EA D, EA R et EBNA). Ainsi, les IgG détectées par cette technique peuvent être, par exemple, uniquement des anticorps anti-VCA (primo-infection par l'EBV ?), des anti-VCA associés à des anti-EA R (convalescence d'une infection par l'EBV ?) ou encore des anti-VCA associés à des anti-EBNA (infection ancienne ?).

Il est clair que l'impossibilité d'identifier la spécificité antigénique des IgG révélées par cette technique entraîne une interprétation très délicate des sérologies EBV en cas de stimulation polyclonale en IgM [2].

Cette situation étant possible, notamment dans la toxoplasmose et l'infection par le cytomégalovirus (diagnostics différentiels avec la primo-infection par l'EBV), il me semble que l'utilité de la technique Enzygnost anti-EBV est douteuse et en tout cas de valeur nettement inférieure à la recherche des anticorps anti-VCA (IgG et IgM) et anti-EBNA de type IgG.

Il est très vraisemblable qu'une recherche complémentaire d'IgG anti-EBNA aurait permis dès la première sérologie de conclure à une infection ancienne par l'EBV. Ainsi, cette fausse piste étant écartée, la mise en œuvre de techniques plus sensibles de recherche des trypanosomes (PCR ?) aurait peut-être permis un diagnostic et un traitement spécifique plus rapides.

Réponse

C. Doche, D. Raffenot

Le courrier de notre confrère concernant notre cas clinique est un peu surprenant mais hélas assez classique d'un mélange d'approche entre étude de cas et comparaison de techniques. L'intérêt de cette rubrique (NDLR : Pratique quotidienne) est de publier des cas à la marge (« tordus ») et non pas de rappeler le « bon gros » diagnostic classique et fréquent qui figure dans tous les livres de bonne qualité.

Notre expérience est très particulière car, en milieu hospitalier spécialisé, nous recevons essentiellement des diagnostics différentiels complexes et des patients à état clinique justement non habituel (fièvre traînante, polyadénopathies suspectes, clinique très bruyante, etc.) ; les autres ont déjà été aisément diagnostiqués par nos confrères de ville.

Dans notre pratique, nous connaissons tous ces cas de diagnostics différentiels épineux, impliquant l'EBV avec des sérologies complexes et n'évoluant pas parfois pendant plusieurs mois, voire plus d'une année. Vouloir simplifier le diagnostic à un tableau clinique évident et une séroconversion sous quinzaine est un peu simpliste, voire dangereux. La sérologie EBV est un élément fort dans le faisceau diagnostique de ces formes très difficiles à trancher et chaque année des traitements mal adaptés sont hélas démarrés sur des diagnostics aussi légers.

La seule critique que nous retiendrons est celle de ne pas avoir rajouté le résultat de la sérologie faite par une autre technique dans un laboratoire référent, sérologie au résultat ambigu en raison de la présence d'anticorps anticellules qui ne nous a pas permis de conclure avec certitude. En cas de problème, comme nombre de nos confrères, nous pratiquons de la sorte et multiplions les techniques. Si, assez souvent, cela nous aide à trancher, parfois nous sommes encore plus dans l'embarras. Ici, dans notre cas, ce n'est pas tant la sérologie EBV qui a failli (faux positif banal), c'est surtout la sérologie de trypanosomiase qui a « planté » le diagnostic primitif...

Pour élargir le débat, le véritable problème de fond est qu'il ne faut surtout pas parler comparaisons de techniques sur un cas. Si notre confrère veut publier ses essais et son expérience, nous sommes preneurs, à condition d'une série importante, d'une analyse rigoureuse, d'une population clairement et précisément définie et d'un diagnostic final étayé. Là, pour cette sérologie difficile aux résultats parfois ambigus, nous y trouverions tous certainement un très grand intérêt.

Pour terminer, nous militons totalement pour cette rubrique de cas cliniques difficiles. Les pièges, les « fausses routes » sont à publier le plus possible, car utiles et de salut public. Un biologiste averti en vaut quatre. Nos confrères anglo-saxons vont plus loin, qui publient également (anonymement parfois) les ratages médicaux, techniques ou d'organisation dans l'intérêt général et, malgré un système de soins parfois défaillant, ont réussi grâce à cela à bien améliorer la qualité dans des disciplines aussi difficiles que l'obstétrique ou la chirurgie. Ne laissons pas torpiller cette rubrique par des collègues qui, forts d'une expérience, la leur, peut-être quantitativement importante mais qualitativement limitée, pensent connaître tout le sujet. Il vaut mieux apprendre encore, cela évite bien des affirmations diagnostiques péremptoires et parfois erronées.

Références

1. Raffenot D, Rogeaux O, De Guer B, Doche C, Tous J. Mononucléose infectieuse ou maladie du sommeil ? Ann Biol Clin 2000 ; 58 : 94-6.

2. Seigneurin JM. Quel marqueur rechercher en 1993 pour le diagnostic des infections à EBV. Colloque de virologie, Versailles 27-28 mai 1993. Option/Bio 1993 ; supplément au n° 106 : 35-7.


 

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