ARTICLE
L'une des plus fortes associations connues entre un phénotype
HLA (human leukocyte antigen) et une pathologie est celle de l'antigène
(Ag) HLA B27 avec la spondylarthrite ankylosante [1, 2]. La fréquence
de ce dernier chez les patients atteints de spondylarthrite ankylosante
est de l'ordre de 90 % tandis qu'elle est inférieure à 10
% dans l'ensemble de la population caucasienne [3]. Ainsi, la recherche
de l'Ag HLA B27 fait partie d'un ensemble d'arguments cliniques, radiologiques
et biologiques utiles au diagnostic de spondylarthrite ankylosante [4,
5]. Dans la classification d'Amor, la présence de l'Ag HLA B27
compte pour 2 points sur les 6 permettant d'établir un diagnostic
de spondylarthropathie [5, 6].
Actuellement, deux techniques font référence en matière
de typage HLA. Il s'agit de la microlymphocytotoxicité [7] et des
techniques utilisant la biologie moléculaire [8, 9]. Cependant,
ces analyses spécialisées, longues et coûteuses, sont
pratiquées par des laboratoires disposant d'un recrutement important
focalisé sur ce type d'analyse. À l'inverse, elles ne sont
pas adaptées au fonctionnement de routine d'un laboratoire hospitalier
d'immunologie biologique. En effet, ce dernier répond souvent à
une demande d'analyse ponctuelle au « coup par coup » qui est
fonction de la prescription lors de la consultation en rhumatologie.
Le développement de la cytofluorimétrie offre une alternative
à ces techniques. Depuis les premiers travaux consacrés
à ce sujet [10], plusieurs études ont confirmé la
fiabilité d'une telle approche [11-14]. Cependant, la mise en route
d'une technique de cytofluorimétrie implique une importante phase
de validation propre à chaque laboratoire [11, 12, 14]. En effet,
quelques contraintes existent ; certaines sont liées à un
manque de standardisation de la cytofluorimétrie proprement dite,
d'autres sont dues plus spécifiquement à son application
au typage HLA B27 : un nombre limité de prélèvements
positifs dans un recrutement tout venant (B27-positifs < 10 %), l'absence
de contrôle de qualité utilisable dans ce contexte et, enfin,
l'existence de réactions croisées avec les autres antigènes
du CREG B7 (cross reactive group B7) dues à un manque de
spécificité des anticorps utilisés.
Le but de notre travail était d'introduire et de valider une
technique de cytofluorimétrie pour le typage HLA B27 dans notre
laboratoire. Afin de s'affranchir des contraintes citées précédemment,
celle-ci devait associer automatisation et simplicité d'utilisation
(analyse au coup par coup) dans un protocole le plus standardisé
possible (seuils d'interprétation) conforme au Guide de bonne
exécution des analyses. Notre choix s'est porté sur
une méthode utilisant : l'anticorps monoclonal (FD 705) décrit
comme le plus spécifique de l'Ag HLA B27 [13, 15-16], une technique
sans séparation cellulaire avec lyse automatique des érythrocytes
[15, 16] et un réglage automatique du photomultiplicateur [11,
12, 17]. Après définition du protocole opératoire
et d'un arbre décisionnel, nous avons validé notre technique
par comparaison à la microlymphocytotoxicité.
Matériel et méthodes
Notre étude s'est déroulée en trois phases principales.
La première consistait à établir les paramètres
du réglage automatique du cytomètre. La deuxième
consistait à définir les seuils de positivité et
de négativité éventuellement séparés
par une « zone grise ». La troisième consistait en la
validation de notre protocole en comparant nos résultats à
la microlymphocytotoxicité.
Patients
La population étudiée est issue de différents services
cliniques de l'hôpital : chirurgie, endocrinologie, hépato-gastro-entérologie,
gériatrie, gynéco-obstétrique, médecine interne,
néphrologie, pneumologie, rhumatologie. Onze sujets faisant partie
du personnel du laboratoire ont également été inclus.
Le ratio homme/femme est de 0,81. L'âge moyen est de 46 ans.
Pour les deux premières étapes, nous avons analysé
des échantillons dont le phénotypage B27 était connu.
Nous avons bénéficié des prélèvements
de 122 patients négatifs et de 104 patients positifs (Dr Couprie,
Centre de biologie médicale, Fondation Marcel-Mérieux, Lyon).
Par la suite, nous avons analysé 100 échantillons choisis
au hasard dans l'activité de routine du laboratoire d'immunologie
du CH Lyon-Sud en évitant toutefois les biais de recrutement (ratio
hommes/ femmes, services cliniques, pathologies) afin d'avoir une population
la plus représentative possible de la population de patients de
notre hôpital.
Cytométrie en flux
* Réglage du photomultiplicateur
Nous avons utilisé les prélèvements de 5 patients
connus pour leur positivité vis-à-vis de l'Ag HLA B27. Chaque
prélèvement a donné lieu à deux marquages
: l'un avec l'anticorps anti-B27 couplé FITC (fluorescein isothiocyanate,
clone FD 705, One Lambda, États-Unis), l'autre avec son contrôle
isotypique (One Lambda, États-Unis). La fenêtre d'acquisition
cellulaire était positionnée sur la population lymphocytaire
(histogramme taille/structure). Cette dernière présente,
à la différence des populations monocytaires et polynucléaires,
une expression plus homogène des Ag HLA [16], et donc adaptée
à un traitement des résultats en moyennes de fluorescence.
Nous avons réglé arbitrairement le voltage du photomultiplicateur
de manière à obtenir pour les marquages isotypiques une
moyenne de fluorescence égale à 1. Avec ce même réglage,
les cinq marquages anti-B27 FITC ont été immédiatement
analysés. La moyenne des cinq valeurs de moyennes de fluorescence
obtenues est alors devenue la valeur cible pour la calibration automatique
de l'appareil. Pour la réalisation de cette dernière, nous
utilisons des microbilles de calibration Flow-Set (Beckman Coulter, Miami,
États-Unis) qui sont des billes de polystyrène revêtues
d'un fluorochrome stable dans le temps. Ainsi, l'utilisation quotidienne
des billes permet d'adapter le réglage du PMT par rapport à
la valeur cible. Celle-ci peut alors être considérée
comme une valeur de référence arbitraire qui devient une
constante au cours du temps permettant donc de comparer des moyennes de
fluorescence à des périodes différentes et ainsi
de définir des seuils d'interprétation stables indépendamment
des fluctuations inhérentes à la cytofluorimétrie.
* Définition des seuils de positivité
et de négativité
Nous avons analysé 122 échantillons négatifs et
99 échantillons positifs. Compte tenu de la fréquence de
l'Ag HLA B27 dans la population caucasienne, de tels effectifs permettaient
d'obtenir des résultats statistiquement représentatifs [11]
et d'établir des panels de moyennes de fluorescence représentatifs
des populations négatives et positives vis-à-vis de l'Ag
HLA B27. Ainsi, nous avons pu définir les seuils d'interprétation
: le seuil de positivité est égal à la plus faible
valeur des moyennes de fluorescence des échantillons connus positifs,
le seuil de négativité est égal à la plus
haute valeur des échantillons connus négatifs, entre ces
deux valeurs est définie une « zone grise » ne permettant
pas de définir le statut B27.
* Préparation des échantillons
Dix microlitres de l'anticorps monoclonal anti-B27 humain sont ajoutés
à 100 mul de sang total prélevé indifféremment
sur EDTA ou héparine (le marquage est réalisé dans
les 48 heures qui suivent le prélèvement). Après
incubation (30 min, 4 °C, à l'abri de la lumière),
une lyse automatique des hématies (Immunoprep, Coulter) est réalisée
suivie d'une fixation des cellules par le formol (Q-Prep, Beckman Coulter).
Les échantillons sont analysés avec un cytomètre
Epics XL (Beckman Coulter). Les cellules étant fixées, il
est possible de différer l'analyse proprement dite de 24 à
48 heures.
Microlymphocytotoxicité
Nous avons utilisé la trousse Lymphocytes HLA B27 Special (Biotest
AG, Dreieich, Allemagne) permettant la mise en évidence de l'Ag
HLA B27 et également celle de l'Ag HLA B7. Il s'agit de la technique
sérologique en microplaque initialement décrite par Térazaki
[7].
Résultats
Détermination des seuils de décision
La distribution des valeurs individuelles des 221 échantillons
analysés (122 négatifs et 99 positifs) est présentée
dans la figure 1a. Les
moyennes de fluorescence, moyennes ± DS, et valeurs extrêmes
sont les suivantes : 2,0 ± 1,3 [0,5-8,7] pour la population négative
et 25,7 ± 6,3 [14,4-49,8] pour la population positive. Les seuils
d'interprétation ont donc été ainsi définis
: un échantillon dont la moyenne de fluorescence est inférieure
à 8,7 est considéré comme HLA B27-négatif,
un échantillon dont la moyenne de fluorescence est supérieure
à 14,4 est considéré comme HLA B27-positif, un échantillon
dont la moyenne de fluorescence est comprise entre 8,7 et 14,4 est considéré
comme douteux et nécessite une détermination par microlymphocytotoxité.
Validation des seuils, comparaison à la
microlymphocytotoxicité
Cent échantillons ont été analysés en parallèle
: par cytofluorimétrie selon le protocole décrit ci-dessus
et par microlymphocytotoxicité ffigure
1b). Nous obtenons une parfaite concordance pour 99 d'entre eux
: 93 résultats négatifs (parmi lesquels 13 sont HLA B7)
et 6 résultats positifs. Un échantillon HLA B27-positif
par microlymphocytotoxicité a été trouvé douteux
par cytofluorimétrie (moyenne de fluorescence = 12).
La présence de l'antigène HLA B7 n'induit pas de faux
positif. En effet, la plus forte moyenne de fluorescence obtenue avec
les échantillons HLA B27/HLA B7+ (moyenne
de fluorescence = 4,26) n'est pas située dans la zone grise et
la moyenne (± DS) des valeurs obtenues chez ces 13 patients HLA B7-positifs
(moyenne de fluorescence = 2,0 ± 0,5) n'est pas statistiquement différente
(test de Mann-Whitney) de celle obtenue dans la population B27/B7-négative
(moyenne de fluorescence = 1,2 ± 0,6).
Discussion
L'antigène HLA B27 est associé à des affections
rhumatismales, principalement la spondylarthrite ankylosante pour laquelle
90 % de patients atteints sont porteurs de l'Ag HLA B27 [3], mais aussi
les arthrites réactionnelles [18], le rhumatisme psoriasique [2,
19] et les uvéites antérieures [20]. Sans avoir de caractère
ni spécifique ni pathognomonique, sa recherche fait partie d'un
faisceau d'arguments utiles au diagnostic ou au pronostic de ces affections
[4-6].
La microlymphocytotoxicité et la biologie moléculaire,
considérées comme techniques de référence,
sont des techniques très performantes mais peu adaptées
au fonctionnement de routine d'un laboratoire non spécialisé
dans le typage HLA [14-16]. Les techniques par cytofluorimétrie,
plus rapides d'utilisation, ont été développées
dès la fin des années 1980 [10] et offrent actuellement
une fiabilité très satisfaisante [11-16]. Cependant, leur
mise en place implique une phase de validation importante qui a constitué
le but de notre travail.
Concernant le choix de l'anticorps monoclonal, plusieurs études
comparatives démontrent la supériorité du clone FD
705 en termes de sensibilité et de spécificité [13,
15-16]. En effet, cet anticorps reconnaît tous les sous-types de
B27 [21] et présente un faible taux de réactions croisées
[13, 15]. Ward et al. ont montré que pour 1 091 échantillons
testés avec l'anticorps FD 705 seulement 6 patients (0,5 %) donnaient
un résultat indéterminé. Ces patients étaient
B7-positifs et aucune réaction croisée avec un autre groupe
HLA n'était décelée [16]. Notre expérience
permet d'arriver aux mêmes conclusions sur un type de recrutement
similaire.
L'effectif de notre population, en accord avec les exigences de représentativité
décrites dans la littérature [11], nous a permis de définir
pour seuil de négativité la plus forte valeur obtenue au
sein de la population négative et pour seuil de positivité
la plus faible valeur de la population positive. Les résultats
obtenus lors de la seconde phase de notre étude
valident ces seuils d'interprétation. De plus, les 100 patients
testés semblent représentatifs de la population générale
puisque nous obtenons 7 % de prélèvements HLA B27-positifs
pour une moyenne de 8 à 10 % décrite au sein de la population
caucasienne [1, 2] ; et 13 % de prélèvements HLA B7-positifs
pour une moyenne décrite de 8 à 22 % en fonction des auteurs
et des ethnies [22]. Au total, ces résultats, obtenus sur plus
de 300 patients, illustrent la fiabilité de la méthode.
Seul un échantillon présente une discordance d'interprétation
entre cytofluorimétrie et microlymphocytotoxicité. Pour
ce patient, la moyenne de fluorescence se trouve dans la zone grise et
fait conclure à un test douteux, tandis que la microlymphocytotoxicité
donne un résultat positif. Afin d'exclure un problème de
marquage, nous avons renouvelé celui-ci, mais les résultats
sont restés identiques. La cause de cette discordance demeure inexpliquée.
Il est possible qu'il s'agisse d'une conséquence de la variation
de l'expression des antigènes HLA, diminuée dans certaines
circonstances, comme par exemple lors d'infections virales ou bactériennes
[8, 23]. Il faut toutefois noter que cet échantillon ne peut pas
être considéré comme un réel faux négatif.
Selon l'arbre décisionnel, l'échantillon, rendu douteux
en cytofluorimétrie, aurait été analysé et
rendu positif par microlymphocytotoxicité. De la même manière,
le travail de Pei et al. n'avait montré aucun cas de faux
négatif [21].
Concernant la praticabilité de la méthode,
plusieurs points sont à discuter. Le choix de l'héparinate
de lithium comme anticoagulant a été dicté par la
microlymphocytotoxicité qui impose une viabilité cellulaire.
Les résultats de la cytofluorimétrie ne sont pas influencés
par la nature de l'anticoagulant [11, 15]. Certaines études multicentriques
ont même utilisé des anticoagulants différents en
fonction des sites [11, 16]. De plus, c'est avec l'héparinate de
lithium que sont obtenus les histogrammes les plus stables au cours du
temps [15]. À plus long terme pour notre activité de routine,
l'héparinate de lithium présente l'avantage de pouvoir réaliser,
sur le même prélèvement, la CMF puis la microlymphocytotoxicité
en cas de résultat douteux. Dans un but de standardisation et de
diminution des interventions humaines pouvant induire des biais (séparation
des cellules, lyse manuelle, lavage cellulaire), nous avons utilisé
une technique sur sang total couplée à un système
de lyse automatique. Le réglage du cytofluorimètre est également
automatique à l'aide de billes fluorescentes de calibration. Ce
principe est décrit par plusieurs auteurs [11, 12, 17].
Au total, la réalisation du typage B27 nécessite le dépôt
manuel de 100 mul de sang total et de 10 mul d'anticorps. Le reste de
la manipulation est automatique, l'interprétation du résultat
est faite en 30 min par rapport à des seuils d'interprétation
constants au cours du temps. La technique peut être insérée,
au coup par coup, à n'importe quel moment dans l'activité
du laboratoire. De plus, une fois les cellules marquées et fixées,
l'analyse peut être différée de 24 à 48 heures.
En termes de praticabilité et de standardisation, le typage HLA
B27 par cytofluorimétrie semble très supérieur aux
deux techniques de reférence. Cependant, l'ensemble des auteurs
s'accordent sur l'importance de l'étape de validation. Elle est
à conduire dans chaque laboratoire qui doit établir et tester
ses propres seuils d'interprétation. Ces derniers dépendent
de l'anticorps monoclonal, des réactifs de lyse et des instruments
utilisés. Toutefois en utilisant un même lot de billes de
calibration et le même protocole, il doit être possible de
transférer nos résultats dans d'autres laboratoires.
Enfin, il faut souligner, la nécessité de disposer d'une
technique de référence. Que ce soit la microlymphocytotoxicité
ou la biologie moléculaire, elle sera utilisée comme confirmation
en cas de prélèvement douteux. L'association la plus pertinente
semble être constituée par le couplage cytofluorimétrie
et biologie moléculaire [14]. Cette dernière est le véritable
gold standard puisqu'il s'agit d'un génotypage. Cependant,
si les seuils d'interprétation en cytofluorimétrie sont
correctement établis les échantillons douteux sont finalement
peu nombreux : inférieurs à 1 % dans notre étude
en accord avec d'autres travaux [11, 16].
CONCLUSION
En conclusion, outre l'intérêt lié à la réalisation
du typage B27, le principal résultat de cette étude illustre
la possibilité de s'orienter vers une standardisation des analyses
par cytofluorimétrie. En effet, à l'heure actuelle en immunologie,
la seule analyse réalisée par cytofluorimétrie, «
standardisée » et inscrite à la nomenclature est la
numération des sous-populations lymphocytaires T. Il est donc logique
et nécessaire d'envisager pour l'avenir de nombreux développements
en immunologie cellulaire par cytofluorimétrie : niveaux d'activation
cellulaires, tests fonctionnels in vitro, tests de prolifération.
Autant de protocoles qu'il sera obligatoire de standardiser pour fournir
des résultats exploitables par le clinicien indépendamment
des variables liées à la cytofluorimétrie.
Article reçu le 28 février 2000, accepté le 4 mai 2000.
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